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Lettre ouverte à Médecins du monde. Le marketing jusqu’à la nausée


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Aver­tis­se­ment : la légende “20% des ONG cari­ta­tives…”, est un détour­ne­ment  de la cam­pagne ori­gi­nelle. Elle est des­ti­née à retour­ner à l’envoyeur l’interpellation adres­sée “20% des per­sonnes sol­li­ci­tées”.

Ce texte sera dépo­sé en ver­sion papier auprès de Méde­cin du Monde Paris. Si vous sou­hai­tez vous y asso­cier, un for­mu­laire de péti­tion (gérée par Indis­ci­pline) est dis­po­nible à la fin de ce billet. Il adresse auto­ma­ti­que­ment le texte de la péti­tion à l’adresse sui­vante : ile-de-france@medecinsdumonde.net

Auteurs et pre­miers signa­taires :

  • Joëlle Le Marec, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés, uni­ver­si­té Paris-Sor­bonne (GRIPIC, EA 1498), membre de l’International Coun­cil Of Museums
  • Igor Babou, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés, uni­ver­si­té de La Réunion (LCF, EA 4549), membre de l’Association Inter­na­tio­nale des Socio­logues de Langue Fran­çaise
  • Oli­vier Chan­traine, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés émé­rite, uni­ver­si­té de Lille 3 (GERii­CO, EA 4073), Vice-Pré­sident du Comi­té de Recherche « Socio­lo­gie de la com­mu­ni­ca­tion, la connais­sance et la culture » de l’Association Inter­na­tio­nale de Socio­lo­gie

***

ads-and-more-medecins-du-monde-noexcuses-1Méde­cins du Monde, nous vous écri­vons pour vous expri­mer notre sur­prise, et notre inquié­tude en décou­vrant la cam­pagne de culpa­bi­li­sa­tion qui s’affiche aujourd’hui dans le métro pari­sien, relayée par un clip publi­ci­taire dif­fu­sé dans les salles de ciné­ma.

Cette cam­pagne exploite, par l’affiche, l’image d’enfants et d’adultes dont vous vous faites les porte-parole et qui sont mis en scène dans des images de situa­tions tra­giques : dénue­ment, ruines, noir­ceur, misère. Le clip publi­ci­taire pousse plus loin la mise en scène de la culpa­bi­li­sa­tion, pré­ten­dant que les réponses éva­sives faites aux agents com­mer­ciaux de vos cam­pagnes de col­lecte cor­res­pon­draient à un refus d’assistance à per­sonne en grande misère. De ce fait, c’est vous qui adres­sez fic­ti­ve­ment ces paroles à des repré­sen­tants de la grande pau­vre­té alors qu’elles ne leur ont jamais été adres­sées en réa­li­té.

Cette cam­pagne est juste ignoble, pour toutes les par­ties concer­nées. Quels sont ces 20 % de refus (ou 21 % ou 23 % selon les affiches) qui sont dénon­cés comme étant le résul­tat d’une lâche­té dégui­sée en excuse (manque de temps, etc.) ? Oui : des per­sonnes que vous contac­tez par télé­phone peuvent vous écon­duire, ça nous arrive, puisque nous rece­vons désor­mais plu­sieurs coups de fil par jour de toutes sortes d’organismes qui ont reven­du leurs fichiers les uns aux autres et uti­lisent tous les mêmes tech­niques de mar­ke­ting (banques, ONG, etc.). Ces per­sonnes, inter­pel­lées d’autorité, donnent le type de rai­son polie qui fait gar­der la face à tout le monde. Des eth­no­logues et des psy­cho­logues ont tra­vaillé depuis long­temps sur ces situa­tions. Des manières ordi­naires de se déga­ger de situa­tions de com­mu­ni­ca­tions subies, sont ici affi­chées et spec­ta­cu­lai­re­ment reliées à l’image d’un indi­vi­du souf­frant : ces per­sonnes qui se défilent lais­se­raient cet enfant, cette vic­time, à leur misère objec­ti­vée par le cli­ché pho­to ou la vidéo.

Or, ces réac­tions n’ont stric­te­ment rien à voir avec la petite fille ou la vic­time à l’arrière-plan de l’affiche. Les per­sonnes sol­li­ci­tées, par télé­phone par exemple, n’ont eu aucun contact avec les vic­times pho­to­gra­phiées, mais elles en ont un, direct, avec un agent sala­rié ou vaca­taire recru­té par un ser­vice spé­cia­li­sé de votre orga­ni­sa­tion. Si les ONG cari­ta­tives font exac­te­ment le même type de démar­chage avec exac­te­ment les mêmes stra­té­gies de mar­ke­ting que n’importe quelle entre­prise, pour­quoi vou­draient-elles que le sol­li­ci­té réagisse de manière dif­fé­ren­ciée et fasse sou­dain abs­trac­tion des média­tions du mar­ke­ting et de la com­mu­ni­ca­tion pour se sen­tir relié direc­te­ment à la vic­time ? Nous savons que pour les pro­fes­sion­nels du mar­ke­ting, Méde­cins du monde n’est pas un groupe de méde­cins qui s’occupent des souf­frants, mais une marque, gérée par des per­sonnes qui col­lectent de l’argent mais qui ne voient jamais le tra­vail de ces fameux méde­cins.

Non, le public que vous met­tez en scène ne refuse pas d’aider cette petite fille ou cet homme car tel n’est pas l’enjeu du coup de fil qu’ils reçoivent de la part de sous-trai­tants tra­vaillant indif­fé­rem­ment pour n’importe quel type de marque. Pré­sen­ter les choses ain­si est faux. Vous contri­buez ce fai­sant à un état de men­songe sur les liens sociaux. Vous cédez à la ten­ta­tion com­mune aux poli­ti­ciens pro­fes­sion­nels et aux pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion : s’arroger un rôle de réédu­ca­tion morale d’une popu­la­tion jugée tou­jours défaillante, égoïste, indif­fé­rente, jamais assez tra­vailleuse, jamais assez consom­ma­trice, jamais assez dona­trice, jamais assez soli­daire, jamais assez sen­sible à l’injonction.

Non, Méde­cins du Monde n’a pas de « droit » ou d’exclusivité sur une pra­tique géné­reuse de la méde­cine et/ou de la soli­da­ri­té avec les popu­la­tions amal­ga­mées dans vos images pieuses et ce n’est cer­tai­ne­ment pas à l’agence de com­mu­ni­ca­tion qui tra­vaille pour cette ONG de nous faire la morale. Cette agence – DDB Paris — tra­vaille par ailleurs pour enri­chir bien d’autres entre­prises, dont des mul­ti­na­tio­nales qui contri­buent à des situa­tions d’exploitation et de misère. Par  contre, cette cam­pagne jette le trouble sur la maî­trise par Méde­cins du Monde de sa propre action. Celle-ci ne se résume pas à ce que font les méde­cins et tous les agents sur le ter­rain. Si l’association perd à ce point la maî­trise de sa com­mu­ni­ca­tion, entiè­re­ment délé­guée à une entre­prise de com­mu­ni­ca­tion qui ne se pré­oc­cupe que de son propre enri­chis­se­ment et de celui de ses clients, qu’est-ce qui peut nous assu­rer qu’elle garde la maî­trise de ce qu’elle fait dans le domaine cari­ta­tif ? Méde­cins du Monde est-elle maître du type de méde­cine qu’elle pra­tique ? Qui défi­nit des orien­ta­tions et traite des ques­tions telles que : quels médi­ca­ments avec quels coûts et pro­fits ? Quelles poli­tiques mises en œuvre pour quelles rela­tions prestataires/bénéficiaires d’aide et de soin ? Der­nière chose, à pro­pos des per­sonnes pho­to­gra­phiées pour votre cam­pagne : qui sont-elles, savent-elles où elles sont ain­si expo­sées ? Com­ment se sont dérou­lées les réunions pour les choi­sir ? Dans quels, bureaux avec quels consul­tants payés pour choi­sir l’image qui culpa­bi­li­se­ra le plus le des­ti­na­taire ? Nous pen­sons que vous faites erreur avec cette cam­pagne qui ins­pire du dégoût. Il s’agit d’une cam­pagne de mépris qui ne fait que légi­ti­mer la démarche pro­fes­sion­nelle du mar­ke­ting par la stig­ma­ti­sa­tion de des­ti­na­taires cou­pables d’être indo­ciles et incré­dules.

C’est pour­quoi nous vous deman­dons de mettre fin à cette cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion men­son­gère. Nous vous met­tons par ailleurs au défi, publi­que­ment, de pré­sen­ter l’intégralité de vos bud­gets publi­ci­taires pour cette cam­pagne : bud­get de DDB Paris, salaire ou droits d’auteur ver­sés au pho­to­graphe, salaires des employés de votre ONG affec­tés à la ges­tion de cette cam­pagne, impres­sion des affiches, dif­fu­sion des affiches dans toute la France, salaires ver­sés à l’équipe de réa­li­sa­tion du clip vidéo et à sa réa­li­sa­trice (Emma Luchi­ni), frais de dif­fu­sion sur Inter­net et dans tous les médias où le clip a été dif­fu­sés, frais de ges­tion de l’ensemble de la cam­pagne. Ain­si seule­ment nous pour­rons voir qui, du public que vous insul­tez sur vos affiches et dans votre clip ou de votre propre orga­ni­sa­tion, est le moins géné­reux à l’égard des plus dému­nis de la pla­nète.

Cette lettre sera dif­fu­sée sur Média­part, sur Indiscipline.fr, et sur les réseaux sociaux.

Rece­vez l’expression de nos sin­cères salu­ta­tions.

Joëlle Le Marec

Igor Babou

Oli­vier Chan­traine

Paro­dies (cli­quez sur les images pour les agran­dir) :

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Lettre ouverte à Médecins du monde

  

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    45 réponses “Lettre ouverte à Médecins du monde. Le marketing jusqu’à la nausée”

    1. 22 décembre 2015 à 21 h 39 min

      J’ai dépo­sé ce texte sur mon blog sur Media­part.

      Il est pro­bable qu’il y aura de la bagarre dans les com­men­taires…

      Je peux suivre à peuples, mais je ne suis pas chez moi cette semaine… Pen­sez donc à aller mettre votre grain de sel…

      • Igor Babou 22 décembre 2015 à 21 h 47 min

        Mer­ci Oli­vier. Mon compte n’est plus actif chez Média­part, mais j’irai voir ce que donne la bagarre…

      • 23 décembre 2015 à 19 h 38 min

        Un pre­mier troll est arri­vé sur MdpT… Pas très dis­cret, abon­né du jour, aucun élé­ment de pré­sen­ta­tion, un seul com­men­taire à son actif… C’est à dire une dizaine de lignes pour nous accu­ser de man­quer au devoir de soli­da­ri­té et annon­cer, comme si ça nous répon­dez … qu’il va faiire un don sur inter­net…

    2. Al Ceste
      22 décembre 2015 à 23 h 16 min

      édith

    3. Igor Babou 23 décembre 2015 à 0 h 08 min

      Si vous ne voyez pas votre signa­ture appa­raître, il faut peut être re-signer, car le logi­ciel est un peu lent à la détente : au début, j’avais lais­sé l’option d’envoi d’un mail de confir­ma­tion, mais il me semble que ça dys­fonc­tionne (et en plus, il y a de fortes chances que le mail arrive dans votre boîte à spam). Je viens donc d’annuler cette fonc­tion, et main­te­nant les signa­tures s’affichent direc­te­ment, sans confir­ma­tion. J’indique cela, car contrai­re­ment à ce qui est visible ce soir, il y a beau­coup plus de signa­tures que celles affi­chées (je les vois dans le back office du site, mais pas en bas de ce billet…)

    4. 24 décembre 2015 à 18 h 43 min

      Sur média­part un contra­dic­teur apporte ” l’info” que DDB a tra­vaillé à titre gra­tuit et pré­tend ain­si rec­ti­fier nos infos erron­nées. Je lui ai fait une pre­mière réponse, reca­drant quel est le sujet de notre lettre, à savoir cette cam­pagne et non son finan­ce­ment…

      • Al Ceste
        25 décembre 2015 à 17 h 27 min

        J’ai vu ce “nou­vel abon­né”. Je lui ai mis une petite cla­quette.

      • Igor Babou 27 décembre 2015 à 21 h 59 min

        J’ai vu ta réponse, Oli­vier, et l’ai trou­vée très bien. J’ajouterai deux choses :

        • On retrouve dans la cri­tique de ce contra­dic­teur la sem­pi­ter­nelle attaque pou­ja­diste à l’égard des uni­ver­si­taires. On peut au moins répondre que, contrai­re­ment aux jour­na­listes dont il cite en exemple le tra­vail empi­rique de véri­fi­ca­tion des faits (rions…), en tant qu’universitaires nous trois, co-signa­taires de cette lettre, avons mené et pour cer­tains conti­nuons à mener des recherches sur les phé­no­mènes de com­mu­ni­ca­tion, sur les ONG et leur fonc­tion­ne­ment (là, je parle pour moi), ou que nous avons dans notre entou­rage immé­diat des col­lègues qui tra­vaillent sur la publi­ci­té, et qu’on ne peut guère, en consé­quence, nous taxer d’amateurisme en ce domaine. Par ailleurs, en tant qu’ancien pho­to­graphe de publi­ci­té, j’ai connu d’assez près les pra­tiques des agences, c’est le moins que je puisse dire… Je suis bien content d’avoir quit­té ce monde-là (sans aucun regret) il y a plus de 15 ans, mais j’y ai au moins appris qu’une cam­pagne coûte très cher, et pas seule­ment en termes de “créa­tion” par l’agence.
        • Ce qui amène direc­te­ment au deuxième point : l’argent. Même si ce n’est pas l’argument cen­tral de notre cri­tique de Méde­cin du Monde, la réponse au contra­dic­teur de Média­part est simple. En effet, que DDB Paris ait tra­vaillé gra­tui­te­ment pour MdM ne change abso­lu­ment rien à l’affaire. Des sala­riés de l’agence de com­mu­ni­ca­tion ont été uti­li­sés pour un tra­vail qui a mobi­li­sé une masse sala­riale. La petite fille ou les gens en détresse mon­trés sur les affiches n’ont pas reçu le mon­tant de cette masse sala­riale qui a été, de ce fait, détour­née de l’objectif cari­ta­tif reven­di­qué : si MdM et/ou DDB Paris s’appliquait les exi­gences de géné­ro­si­té dont les affiches dénoncent l’absence chez les publics, il aurait tout sim­ple­ment été plus utile de ver­ser cette masse sala­riale à ces gens, pho­to­gra­phiés com­plai­sam­ment dans les affiches, et dont rien ne nous dit qu’ils auront, concrè­te­ment, béné­fi­cié de la cam­pagne. Ensuite, que DDB Paris ait tra­vaillé “gra­tui­te­ment” n’enlève rien à l’ampleur des fonds mobi­li­sés pour la cam­pagne de dif­fu­sion elle-même (des affiches en 4x3 dans toute la France, des spots vidéo dans tous les ciné­mas de France, etc.). Et on ne sait rien (mais on l’imagine aisé­ment…) du salaire d’Emma Luc­chi­ni, ni de l’ensemble de l’équipe de réa­li­sa­tion du clip (acteurs, machi­nistes, chef opé­ra­teur, scripts, scé­na­ristes, etc.), de la loca­tion du maté­riel de tour­nage, des lieux de tour­nage, etc. Tout cela a eu un coût consi­dé­rable, et on le sait d’autant mieux quand, comme Oli­vier Chan­traine, Joëlle Le Marec, ou moi-même, on a tra­vaillé dans et/ou sur la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­nelle.

        Der­nier point : déjà plus de 100 signa­tures en quelques jours (le tout en pleine période de Noël, et sans pas­ser par un site de péti­tion), et dans tous les com­men­taires lus sur Média­part, une seule cri­tique, visi­ble­ment issue d’une per­sonne qui s’est abon­née spé­cia­le­ment pour répondre à cette lettre ouverte, comme par hasard, et en uti­li­sant la même rhé­to­rique que la cam­pagne elle-même (appel final à la géné­ro­si­té). Bref, cette cri­tique est iso­lée, sus­pecte et infon­dée. En revanche, je vois beau­coup d’approbation à l’égard de notre démarche : mer­ci aux signa­taires ! Et on attend tou­jours la réponse de Méde­cins du Monde. Mais je sup­pose que là, tout de suite, ils ont plus urgent à faire : leur cam­pagne de com’ se pour­suit…

    5. 27 décembre 2015 à 21 h 31 min

      La cupi­di­té est à l’aise par­tout. Là, Coco, y’a un cré­neau ! On peut se faire des gol­den balls !

    6. 28 décembre 2015 à 2 h 18 min

      Lettre inté­res­sante et bien écrite. En effet la culpa­bi­li­sa­tion est un très mau­vais choix de com­mu­ni­ca­tion, même si par­fois je peux com­prendre la frus­tra­tion de cer­tains béné­voles. Mais d’une, les gens n’ont aucune obli­ga­tion, contri­buer doit être un choix libre. Et ensuite, bon nombre des “récol­teurs” sont insup­por­tables, et rares sont les béné­voles enga­gés. La plu­part sont sim­ple­ment des com­mer­ciaux rom­pus aux tech­niques de toute marque.

      Par contre que MDF uti­lise un gros bud­get com­mu­ni­ca­tion n’est pas un pro­blème, puisqu’à par­tir de ce bud­get ils sont cen­sés récol­ter plus de dons. Donc ce ne sont pas des dépenses reti­rées d”aides éven­tuelles, mais des dépenses allouées pour géné­rer encore plus d’aides. Enfin en théo­rie. Sauf que là oui, le choix de com­mu­ni­ca­tion est mal­adroit, déjà uti­li­sé par d’autres alors que ça a engen­dré les mêmes réac­tions.
      Ils ont vou­lu se ser­vir de la période de Noël pour l’appitoiement. C’est basique, ça joue à fond sur le pathos, et donc bye bye la réflexion.
      Une lettre méri­tée

      • 28 décembre 2015 à 16 h 10 min

        Il me semble que cette ques­tion du “bud­get com­mu­ni­ca­tion” peut effec­ti­ve­ment, dans un pre­mier temps, être consi­dé­rée de la manière dont vous l’exposez. Une sorte de “‘pas­sage obli­gé” par la dépense publi­ci­taire et de com­mu­ni­ca­tion pour … récol­ter “plus”.

        C’est sans doute ce que les agences de publi­ci­té ont fort inté­rêt à ce que leurs clients le croient.

        On peut pour­tant repé­rer quelques aspects qui viennent com­pli­quer cette façon de voir les choses.

        Il est à peu près cer­tain que cha­cun a un bud­get “don”, peut-être pas conçu consciem­ment et expli­ci­te­ment comme tel, mais en tout cas déter­mi­né par ses capa­ci­tés finan­cières et sa tré­so­re­rie d’une part, son sys­tème de valeur d’autre part…

        La masse finan­cière mobi­li­sable par l’ensemble du sys­tème cari­ta­tif et “huma­ni­taire”, qui passe après les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires ou consen­tis (impôts, contri­bu­tions aux cultes reli­gieux, coti­sa­tions asso­cia­tives, redis­tri­bu­tion par soli­da­ri­té fami­liale, pro­fes­sion­nelle, rému­né­ra­tions euphé­mi­sées des ser­vices publics aux foyers — ramas­sage de déchets, poste,  pom­piers …) est donc un pac­tole fini et défi­ni.

        Le pro­blème des por­teurs des diverses causes, ou celui des consor­tiums béné­fi­ciant d’une accré­di­ta­tion d’intérêt public mul­ti­causes et consti­tuent des capi­taux pou­vant être mobi­li­sés selon les “urgences” dont ils financent la prise en charge est celui de la répar­ti­tion de ce pac­tole.

        Pour récol­ter la part atten­due, il faut, outre l’action huma­ni­taire elle-même, vendre du dis­cours et des images, de la “com­mu­ni­ca­tion”, de la pub”. Vendre de la bonne conscience, du sens com­mun ou aus­si du diver­tis­se­ment, quel­que­fois du “beau” …

        Ce n’est en effet, de plus en plus, que la cam­pagne, la pres­ta­tion de diver­tis­se­ment ou d’éducation morale four­nie en plus, qui per­met de dif­fé­ren­cier au sein d’une soli­da­ri­té indif­fé­ren­ciée, et même opaque.

        C’est à ce niveau qu’intervient le détour­ne­ment publi­ci­taire. D’une part, il s’agit d’une acti­vi­té para­site, qui s’octroie une part non négli­geable du bud­get “soli­da­ri­té-cha­ri­té” de l’ensemble des dona­teurs sans modi­fier en rien ce qui sera effec­ti­ve­ment offert aux “béné­fi­ciaires” expli­ci­te­ment des­ti­na­taires des dons …D’autre part il s’agit d’une acti­vi­té de for­ma­tage idéo­lo­gique et morale du public qui se légi­time et se finance par sur­croît, qui, pour par­ler cru se “paient sur la bête”…

        Inutile de reve­nir sur le carac­tère fic­tif de la “gra­tui­té” de cer­taines cam­pagnes … Celles-ci ne rési­dant que dans l’absence de fac­tu­ra­tion à la marque cari­ta­tive pro­mue, les béné­fices de la cam­pagne pour les agences pres­ta­taires venant par ailleurs, après coup et bien plus pro­fi­tables, notam­ment car hors-fisc…

        Un der­nier aspect méri­te­rait une ana­lyse éco­no­mique fouillée. Par les “déduc­tions fis­cales” accor­dées par l’Etat, les dons sont en fait une fis­ca­li­té concé­dée à per­cep­tion pri­vée… Cela contient l’idée que le sec­teur des ONG et autres ins­ti­tu­tions pri­vées d’intérêt public, serait mieux à même que l’état d’utiliser l’argent des contri­buables…

        Il fau­drait éva­luer un jour l’impact réel de cette réorien­ta­tion des flux finan­ciers sur la recherche bio­lo­gique, bio­chi­mique et médi­cale, sur la san­té publique et l’alimentation, sur l’intervention huma­ni­taire inter­na­tio­nale …

        En tout cas les seuls béné­fi­ciaires évi­dents et surs des cam­pagnes de pubs huma­ni­taires sont ceux dont c’est le métier de faire ces cam­pagnes…

         

         

         

         

         

        • VICTORIA ABRAHAM
          28 décembre 2015 à 21 h 46 min

          Effec­ti­ve­ment Oli­vier, je vous rejoins vous, aus­si bien qu’Igor, Al Ceste et tous: la culpa­bi­li­sa­tion est ce qu’emploi les “lob­bies” pour atteindre des buts et là, en occur­rence, me paraît à la fois frau­du­leux et injuste. Cette méthode de culpa­bi­li­ser, d’amadouer, et de se ser­vir du mal­heur d’autrui est injuste quand il s’agit des ONG, dans la mesure où ces orga­nismes sont pour la plu­part sub­ven­tion­né que par le peuple. Poin­ter du doigt celui qui leur fait vivre et uti­li­ser des images de la souf­france de l’autre pour atteindre “des résul­tats”?, n’est pas indi­qué pour un hôpi­tal qui se veut juste, impar­tial et non maté­riel.

          Il fut un temps, un temps…des per­sonnes comme Chris­tophe, voué au MDM ont don­né leurs vies au Rwan­da au nom de MDM.

          Bra­vo Mes­sieurs pour votre prise de posi­tion cou­ra­geuse.

      • 29 décembre 2015 à 10 h 02 min

        Je me demande si cette cam­pagne n’est pas direc­te­ment en lien avec ce que montrent nos socié­tés de leurs capa­ci­tés de réac­tion face aux drames humains.  En effet, pen­dant plu­sieurs mois, les médias nous expli­quaient -fai­sant sur­tout appel à notre rai­son- le drame des migrants, les bateaux qui coulent, ces hommes, femmes, enfants qui mour­raient noyés. Rien n’y a fait. Puis est parue cette fameuse pho­to du corps d’un enfant échoué sur une plage. Pho­to qui ne fai­sait pas appel à notre rai­son, mais à nos émo­tions. Et c’est tris­te­ment ça, l’appel à nos émo­tions, qui a enfin per­mis une prise de conscience des popu­la­tions et des gou­ver­ne­ments (fina­le­ment prise de conscience très rela­tive…). Il sem­ble­rait qu’une majo­ri­té de per­sonnes ne par­viennent pas à pen­ser les drames humains et ont besoins d’être “tou­chés” pour réagir. C’est sans doute à eux que s’adresse cette hon­teuse cam­pagne de publi­ci­té. Au lieu de contri­buer à infor­mer et faire réflé­chir les gens, elle s’engouffre dans leurs fai­blesses…

        • Joëlle Le Marec 29 décembre 2015 à 13 h 30 min

          Je me demande si c’est  cette pho­to a  vrai­ment eu un tel rôle ou bien si les gens de médias, bour­rés d’idées reçues sur ce que pensent les gens en géné­ral, n’ont pas pro­je­té com­plè­te­ment, parce qu’eux-mêmes ont réagi énor­mé­ment à la fois à cette image et au fait que les autres pro­fes­sion­nels des autres médias s’y inté­res­saient, ce qui conduit ensuite les poli­tiques à pen­ser que “les gens” ont réagi (à tra­vers les médias). Je pense qu’il y a véri­ta­ble­ment un effet d’optique, avec les médias, l’agenda média­tique, les pré­ju­gés des pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion et la foi des poli­tiques dans le fait que les médias sont la socié­té : ils réus­sissent à don­ner l’impression qu’ils sont en phase avec un état des opi­nions ou des réac­tions alors qu’ils s’ébattent en cir­cuit fer­mé, spec­ta­cu­lai­re­ment. Je pra­tique énor­mé­ment l’enquête, sur les pra­tiques, tant mieux pour moi car ce que j’observe et ce que j’entends n’a stric­te­ment rien à voir avec ce que sont sup­po­ser pen­ser et croire les gens, le public, la popu­la­tion. Pour moi il y a un écran de cli­chés et de pré­ju­gés incroya­ble­ment opaque, sili­ci­fié, incroya­ble­ment dan­ge­reux, qui donne l’illusion d’une sorte de bêtise “des gens”, bêtise utile et néces­saire au fonc­tion­ne­ment des médias clas­sique et du poli­tique sim­pliste. Pour­tant, les chiffres d’affaire des médias clas­siques ne cessent de s’effondrer, inexo­ra­ble­ment, et il faut des shoots d’émotions tou­jours plus fortes tou­jours plus gros­sières, pour ten­ter de rat­tra­per l’attention. En atten­dant, la popu­la­tion reste une énigme, nous ne savons pas si ce que nous pen­sons ou res­sen­tons est par­ta­gé et par qui, nous sommes bom­bar­dés de sti­mu­la­tions média­tiques qui nous font bien sûr quelque chose, mais quoi au juste?

          • Igor Babou 29 décembre 2015 à 15 h 05 min

            Bien d’accord avec cette idée d’un fonc­tion­ne­ment média­tique en cir­cuit fer­mé, à base de sté­réo­types gros­siers, qui est confon­du (sans doute volon­tai­re­ment) avec l’opinion. C’est sans doute d’autant plus fort qu’en France, le jour­na­liste, par tra­di­tion et parce qu’il se prend pour un “intel­lec­tuel”, ne pra­tique pas l’enquête de ter­rain : Max Weber le notait déjà en… 1910 ! ( voir ici : http://www.persee.fr/doc/reso_0751-7971_1992_num_10_51_1928). Il notait la dif­fé­rence, déjà pré­sente, entre la presse anglo-saxonne (plus por­tée sur l’enquête et la véri­fi­ca­tion) et la presse fran­çaise (plus atten­tive à l’élaboration de com­men­taires sur l’actualité). C’est le drame des métiers du jour­na­lisme en France, et des cala­mi­teuses for­ma­tions aux jour­na­lisme, qui, mal­heu­reu­se­ment, (dé) forment intel­lec­tuel­le­ment des tas de jeunes en pri­vi­lé­giant l’aspect “lit­té­raire” au détri­ment de la for­ma­tion à l’enquête, qui est négli­gée. Du coup, le fonc­tion­ne­ment en cir­cuit fer­mé dont tu parles, avec la confu­sion entre opi­nion des gens et opi­nion des jour­na­listes et des poli­ti­ciens, est deve­nue struc­tu­relle, car elle s’acquière sous forme d’habitus dans les for­ma­tion au jour­na­lisme. Au lieu de for­mer les futurs jour­na­listes à com­prendre la socié­té, et même à trans­for­mer leur futur métier pour qu’il s’inscrive dans une éthique du débat public, on les forme à être adap­tés au mar­ché de l’information, c’est à dire à être alié­nés par les idéo­lo­gies mar­chandes des patrons de presse. Je vis très mal cela car j’interviens moi-même dans des for­ma­tions au jour­na­lisme, et je ne peux que consta­ter que les cours à tona­li­té cri­tique que je donne à ces futurs jour­na­listes et com­mu­ni­cants n’ont que peu d’impact sur leur pen­sée et leur pra­tique, car une fois mes cours ter­mi­nés, ils sont immé­dia­te­ment pris en charge, idéo­lo­gi­que­ment, par des pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion qui leur font bien com­prendre que les théo­ries cri­tiques n’ont aucun inté­rêt et que s’ils veulent un job, il fau­dra qu’ils se plient aux exi­gence du mar­ché de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion, et que donc ils aban­donnent toute éthique du débat public.

          • 29 décembre 2015 à 21 h 26 min

            Mer­ci de sou­li­gner ce fonc­tion­ne­ment des médias qui en effet n’est sans doute pas le reflet de l’opinion. Cepen­dant, même s’il s’agit de cir­cuits fer­més, ils s’impactent pro­ba­ble­ment beau­coup, et même si l’on ne sait pas qui de la poule ou de l’oeuf, on constate des évo­lu­tions paral­lèles entre ques­tions de socié­té, dis­cours média­tiques, dis­cours poli­tiques, évo­lu­tions légis­la­tives, ques­tions de socié­té, etc… D’autre part, cer­tains évè­ne­ments per­mettent de se faire une idée de l’opinion sans l’intermédiaire média­tique, comme par exemple des résul­tats d’élections…

    7. 9 janvier 2016 à 14 h 47 min

      Cher(e)s cri­tiques,

      Pour ma part, je pense que vous vous trom­pez de com­bat et  que vous fra­gi­li­sez par de mau­vais argu­ments les dona­teurs qui vous liront. Il y a de nom­breuses dérives dans le milieu de l’humanitaire, j’en ai vu un paquet (j’y ai tra­vaillé avec pas­sion — et recul — pen­dant 10 ans) et il y a aus­si bien des choses à amé­lio­rer. Mais cette lettre et les com­men­taires que je lis en des­sous me donnent envie de réagir: vous n’attaquez pas, selon moi, le bon pro­blème et vous tirez des conclu­sions dou­teuses pour ne pas dire erro­nées et dont les consé­quences sont plus graves que la morale de cette cam­pagne dénon­cée pré­ci­pi­tam­ment. La plus part d’entre vous sont cer­tai­ne­ment étran­ger au milieu pour conclure de la sorte.

      Le mar­ke­ting, lorsqu’il est res­pon­sable de vos achats impul­sifs d’une paire de bas­ket à 150 euros ou d’une mal-bouffe chez Mac­do, ne vous dérange pas. Mais lorsqu’il est employé pour in fine, sau­ver des vies, vous criez au scan­dale.

      Certes, il faut res­ter cri­tique. Et j’aurais aimé que la lettre de Joelle soit plus cri­tique que viru­lente ou émo­tion­nelle. Un même outil est employé à des fins tota­le­ment dif­fé­rentes et vous poin­tez du doigts celui qui l’emploie a des fins hono­rables? Que vou­lez vous? Des ONG sacro­saintes, qui soient irré­pro­chables de toute part et qui récoltent de l’argent dans une mora­li­té abso­lue et sans les outils les plus effi­caces (mal­heu­reu­se­ment) uti­li­sées par toutes les indus­tries? La per­fec­tion n’existe pas. Et dans l’imperfection, s’il y a des choses à dénon­cer et devant les­quelles s’indigner, c’est sur­ement plus les actions ter­rains mal menées que la façon de récol­ter de l’argent, par exemple. Et il y en a. Mais je ne vous ai pas vu vous atte­ler à les dénon­cer avec autant de force.

      Cette façon de récol­ter de l’argent, je le crois, vous dérange car elle vous sort de votre espace de confort et/ou brise l’image que vous vou­lez vous faire/maintenir du monde de l’ONG que vous cri­ti­quez sou­vent plus ouver­te­ment que tout autre et qui n’est pas celui des bisou­nours. Il est bien celui de ces enfants misé­rables que vous ne sup­por­tez pas de voir en pho­to (les avez-vous même jamais vu en en face?) et dont vous vous faites ponc­tuel­le­ment ici les défen­seurs et porte parole. Oui, la vue de leur image et de leur contexte vous fait culpa­bi­li­ser et c’est nor­mal, cela indique que vous êtes humain et que leur situa­tion n’est pas accep­table. Mais vous refu­sez ce sen­ti­ment en jetant la pierre à celui qui vous le pro­voque. Pire, en atta­quant le mar­ke­ting appli­qué à l’ONG, vous défen­dez un égoïsme dis­si­mu­lé: celui d’accepter cette pra­tique lorsqu’elle sert vos inté­rêts per­son­nels (cf para­graphe 2)

      Faut il tom­ber dans le misé­ra­bi­lisme? Sur­ement pas. Faut il uti­li­ser l’image d’autrui (qui reste une image de la réa­li­té!) pour faire réagir? Je ne sais pas — regar­dez l’impact inouï qu’avait eu l’image de cet enfant mort sur une plage lors d’une tra­ver­sée de migrants? Faut il pro­vo­quer pour faire réagir? Toutes ces ques­tions sont valables. Toute réflexion et invi­ta­tion à s’élever et ne pas se méprendre est valable. Mais la lettre de Joelle et ses col­lègues dénonce au lieu d’enrichir. Et ce de façon très incom­plète. C’est ce que je regrette. Elle porte ain­si pré­ju­dice à l’ensemble de l’ONG concer­née qui par ailleurs fait un tra­vail de ter­rain abso­lu­ment remar­quable com­pa­ré à bien d’autres qui méri­te­raient sans modé­ra­tion l’encre de vos plumes. Et c’est ce tra­vail qui est impor­tant, plus que cette cam­pagne. Et c’est ce tra­vail que vous aurez déva­lué en atta­quant la méthode d’une par­tie de la col­lecte qui per­met de le réa­li­ser.

      Il ne suf­fit pas de poin­ter du doigt. Et si une cam­pagne “s’enfonce dans les fai­blesses de l’homme au lieu de l’informer” comme le fait très bien remar­quer M Car­bo dans son com­men­taire, il ne faut pas pour autant s’engouffrer trop rapi­de­ment non plus dans une dénon­cia­tion qui ne fera que fra­gi­li­ser les dona­teurs, déjà mal infor­més en effet.  J’ajouterai qu’en atten­dant d’informer /éduquer suf­fi­sam­ment les gens pour qu’ils modi­fient leurs com­por­te­ment au point que le monde change et que le besoin d’ONG cessent, que l’ensemble du sys­tème de cause à effet soit per­çu et modi­fier par cha­cun, il faut aus­si récol­ter l’argent pour conduire des actions ter­rains, car ces enfants mis en scène dans cette cam­pagne n’attendront pas. C’est main­te­nant qu’ils vivent l’absence du confort depuis lequel vous émet­tez, indi­gnez qu’on vous le rap­pel si bru­ta­le­ment, vos com­men­taires.

      Si ces ONG ont recours au mar­ke­ting pour lever des fonds, c’est parce que cela fonc­tionne. C’est le nerf de toute indus­trie à but lucra­tif. Et il fonc­tionne aus­si pour les ONG mal­gré les dires infon­dés d’un com­men­taire un peu plus haut qui pré­tend qu’il ne béné­fi­cie qu’à ces acteurs et non aux popu­la­tions ciblées par les ONG. Que le milieu des ONG soient cri­ti­quable, OK, mais de là à le dia­bo­li­ser a à ce point…

      Dans cette lettre, on fait par exemple l’erreur de base de “défier de publier les coûts de la cam­pagne” sans réflé­chir que cette cam­pagne per­mettent de récol­ter plus qu’elle n’a cou­té. Si au final plus d’actions sont menées sur le ter­rain, quel mal est fait, si ce n’est celui de vous avoir déran­gé comme n’importe quelle autre indus­trie le fait? Mais si on vous dérange pour fina­le­ment satis­faire un de vos besoins, dans ce cas là, pas de sou­cis. Mais si c’est pour vous « prendre de l’argent » pour autrui, il faut en plus le faire dans les règles de l’art, que dans un tel cas, vous pren­drez soin de défi­nir par ailleurs!

      Je ne sais pas si cette cam­pagne aura ser­vie a récol­ter plus qu’elle n’aura cou­tée. Je ne dis pas que le mar­ke­ting dans le milieu de l’humanitaire doit prendre une place pré­do­mi­nante ou irré­flé­chie et qu’il ne faut pas en sur­veiller les tenants et les abou­tis­sants. Mais je dis atten­tion à la viru­lence des pro­pos tenus hâti­ve­ment, atten­tion à leurs incom­plé­tudes, atten­tion à leurs consé­quences sur la vie de ceux que vous défen­dez mal­adroi­te­ment, et par des­sus tout, atten­tion de mobi­li­ser son éner­gie aux bons endroits.

      Par exemple il y a des pra­tiques scan­da­leuses (le street fun­drai­sing pas exemple!) qui méritent bien plus d’être expli­ci­tées aux dona­teurs qui pour­raient faire “plus” avec leurs dons, qu’une cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion dont on peut ou non appré­cier les fon­de­ments — faire culpa­bi­li­ser, uti­li­ser les images de per­sonnes en détresses, etc.

      Bref, mer­ci de son­ner  des alarmes, mais atten­tion de ne pas le faire trop vite, de trop loin, ou pour des rai­sons qui sont elles mêmes dis­cu­tables.

      Bien à cha­cun,

      P.

       

       

      • 17 janvier 2016 à 15 h 39 min

        Je découvre tar­di­ve­ment le mes­sage de Paul.

        Il ne répond en aucune manière à notre lettre ouverte. En gros, il parle d’autre chose.

        Il y a pour­tant un argu­ment qui concerne notre démarche. Celui-ci est une “jus­ti­fi­ca­tion par la fin”. On peut le refor­mu­ler ain­si:

        les tech­niques du mar­ke­ting sont mau­vaises certes, mais si on les emploie dans une bonne fina­li­té elles deviennent bonnes
        avec ce qui n’est qu’une variante: l’argent inves­ti dans la cam­pagne n’a pas à être ques­tion­né, du moment que la cam­pagne est béné­fi­ciaire, l’apport de sur­plus finan­cier pour de bonnes actions légi­time l’es moyens mis à le pro­duire.

        Notre lettre contre­dit ces élé­ments. En effet, il n’est pas pos­sible, même dans le domaine de l’action huma­ni­taire, de dire que “la fin jus­ti­fie les moyens”.

        C’est pour­quoi je main­tiens:

        qu’il est illé­gi­time d’identifier celui qui rabroue un quê­teur par télé­phone à un irres­pon­sable indif­fé­rent à la détresse et la misère de ses conci­toyens du monde
        qu’il est illé­gi­time de pré­sen­ter les agents com­mer­ciaux d’une cam­pagne de col­lecte de fonds comme des porte-parole de la misère et la détresse, allé­go­ri­sés par des images … dont on ne peut que regret­ter qu’elles portent atteinte à celle des per­sonnes repré­sen­tées dans des situa­tions dont elles sont vic­times
        que le manque de res­pect de l’image des per­sonnes pré­ten­du­ment secou­rues est une mau­vaise repré­sen­ta­tion de l’action huma­ni­taire
        que l’utilisation de l’argumentation huma­ni­taire pour légi­ti­mer les pra­tiques mar­ke­ting est une mani­pu­la­tion.

        Nous n’avons aucu­ne­ment dis­cu­té de l’action huma­ni­taire de Méde­cins du Monde. Nous pro­tes­tons publi­que­ment contre une cam­pagne qui donne une très mau­vaise image de cette orga­ni­sa­tion et de l’action huma­ni­taire plus géné­ra­le­ment.

        Acces­soi­re­ment, “Paul” sous-entend que nous serions par­ti­sans des pra­tiques mar­ke­ting et publi­ci­taires concer­nant d’autres domaines d’activité… C’est une attri­bu­tion sans fon­de­ment et mal­veillante  d’opinion. Comme l’a indi­qué Igor, cela contient un pro­cès d’intention. Je pré­cise pour­tant que le har­cè­le­ment télé­pho­nique et la pol­lu­tion publi­ci­taire des espaces média­tiques et de vie me semblent des aspects à com­battre de nos espaces de vie.

    8. Igor Babou 9 janvier 2016 à 15 h 54 min

      Cher Paul,

      Je vous répond à titre per­son­nel, et non au nom du petit col­lec­tif des 3 rédac­teurs de cette lettre. Cha­cun d’entre nous pour­ra vous répondre s’il le sou­haite, et comme il le sou­haite. De même que cha­cun des signa­taires de cette lettre (plus de 160 à ce jour).

      Tout d’abord, mer­ci de vous expri­mer ici. Vous pou­vez, bien enten­du, être en désac­cord avec les argu­ments de la lettre. Du moins, tant que vous argu­men­tez et que vous le faites avec bonne foi.

      Or, votre com­men­taire repose prin­ci­pa­le­ment sur des pro­cès d’intention. En effet, que savez-vous de nos mul­tiples enga­ge­ments ou de nos modes de consom­ma­tion ? Que savez-vous de ce qui nous “dérange” en dehors de ce qui est stric­te­ment argu­men­té dans cette lettre ? Que savez vous de nos “inté­rêts per­son­nels” ? Rien, par défi­ni­tion.

      Par ailleurs — détail qui a son impor­tance quand on accuse un col­lec­tif de lan­ceurs d’alerte (c’est, en gros, ce que nous sommes dans le cadre de cette lettre ouverte) d’avoir des “inté­rêts per­son­nels” -, nous avons dit d’où nous par­lions : cha­cun peut véri­fier que nous avons pris la plume avec nos noms réels, au nom de nos com­pé­tences pro­fes­sion­nelles et de nos champs de recherche, et non avec un pseu­do ou un simple pré­nom qui inter­dit, comme dans votre cas, de vous répli­quer sur le thème de l’intérêt per­son­nel. Qui nous dit que vous n’êtes pas l’un des com­mu­ni­cants de l’agence ou de MdM, ayant éga­le­ment des “inté­rêts per­son­nels” ?

      Vous ne savez rien, non plus, du “pré­ju­dice” éven­tuel qu’une telle lettre peut ou ne peut pas avoir pour d’autres ONG : ce n’est qu’une pure spé­cu­la­tion. En revanche, sans trop déflo­rer ce qu’il appar­tien­dra à Joëlle de dire en temps utile, je peux dire que cette lettre a eu un impact très posi­tif pour cer­tains membres de MdM qui sont d’accord avec ses argu­ments et qui ont même éprou­vé le besoin de le lui dire… On en repar­le­ra sans doute ici, dans peu de temps.

      Par ailleurs, nous connais­sons la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­nelle de très près, non seule­ment en tant qu’observateurs (c’est notre domaine de recherche et d’enseignement depuis une ving­taine d’années), mais aus­si en tant qu’anciens pra­ti­ciens (j’ai tra­vaillé dans la publi­ci­té, et je sais de quoi je parle quand j’en parle). Nous connais­sons aus­si très bien la ques­tion des publics, Joëlle en étant une spé­cia­liste depuis plus de 20 ans. Sur la ques­tion des enjeux de la com­mu­ni­ca­tion dans l’espace public, nous sommes tous trois en plein dans nos domaines de recherche. Idem sur les enjeux poli­tiques de tout cela, et sur les enjeux de la cri­tique sur les­quels Oli­vier Chan­traine a publié, de même que Joëlle ou moi-même.

      Tout cela peut se véri­fier aisé­ment : nous sommes des scien­ti­fiques, nos CV sont publics et consul­tables en ligne, et nous publions des articles et des livres sur nos objets de recherche, et en par­ti­cu­lier sur le thème des publics et de la com­mu­ni­ca­tion. Une simple recherche sur Google ou dans les réseaux sociaux scien­ti­fiques vous aurait per­mis de le véri­fier.

      Tout ça pour ten­ter de vous faire com­prendre que nous ne sommes pas de simples agi­ta­teurs d’idées façon Zem­mour : quand nous avan­çons un argu­ment, ce n’est pas de la pure spé­cu­la­tion, ni pour des effets de manche. En revanche, nous nous appuyons sur une connais­sance pré­cise de divers domaines (la com­mu­ni­ca­tion dans l’espace public, ses effets ins­ti­tu­tion­nels, ses effets sur les publics, les attentes ou les com­por­te­ments des publics, les ONG, la cir­cu­la­tion des savoirs sociaux, la signi­fi­ca­tion des images, etc.), vali­dée empi­ri­que­ment par des pairs, et sur laquelle, dans le cas de cette lettre, nous avons une exper­tise recon­nue.

      Pour toutes ces rai­sons, j’attendrai donc que vous argu­men­tiez avec bonne foi et sans pro­cès d’intention avant de vous répondre sur le fond. On ne peut pas en effet débattre ration­nel­le­ment avec quelqu’un qui fonde ses opi­nions sur des spé­cu­la­tions et sur des pro­cès d’intention.

      Cor­dia­le­ment

    9. 9 janvier 2016 à 16 h 11 min

      Un bijou ce com­men­taire de Paul. Dom­mage que les sophismes ne se portent pas en sau­toir, il y aurait de quoi gar­nir nombre de cous. Si on y ajoute la dys­or­tho­gra­phie c’est le grand bal.
      Pour avoir vu et agi, en Asie et en ex-You­go­sla­vie, le tra­vail et les moyens des inter­ve­nants sur place, et l’avoir com­pa­ré au train de vie des com­mu­ni­cants des ONG, je ne peux que consta­ter l’existence d’un “cha­ri­ty busi­ness”. Et c’est ce contre quoi s’élevait cette péti­tion.
      Pour aider untel, j’ai fait une col­lecte et j’ai récol­té 100 euros. Je lui en ai don­né 30. Sans moi, il n’aurait jamais eu ces 30 euros. J’ai gar­dé le reste.
      Une jour­née de reve­nu d’un super riche ramè­ne­rait bien plus que le faible apport que nous pou­vons four­nir. Mais les super riches sont clients de ces com­mu­ni­cants et ils ne veulent pas qu’on les embête avec la misère qu’ils ont semée dans les pays pauvres (misère dont nous pro­fi­tons, c’est exact). Les com­mu­ni­cants choi­sissent donc les “culpabilisables“dans la rue plu­tôt que d’affronter l’absence de culpa­bi­li­té qu’on ren­contre dans les châ­teaux. Leur train de vie tient à leur choix de cible.
      La per­fec­tion n’existe pas, c’est vrai. Mais l’imperfection existe bel et bien.
      Une agence de com­mu­ni­ca­tion qui dénon­ce­rait les salo­pe­ries des auto­ri­tés et des cupides qui créent la mort et la misère ne per­met­trait pas à ses diri­geants d’avoir une enième rési­dence secon­daire.
      Les moyens importent autant que les fins. Quoi qu’en disent les cyniques.

      • 9 janvier 2016 à 17 h 30 min

        C’est si plai­sant de vous lire évo­quer le sophisme  : “Une jour­née de reve­nu d’un super riche ramè­ne­rait bien plus que le faible apport que nous pou­vons four­nir. Mais les super riches sont clients de ces com­mu­ni­cants et ils ne veulent pas qu’on les embête avec la misère qu’ils ont semée dans les pays pauvres (misère dont nous pro­fi­tons, c’est exact).” »> Donc, vous pro­fi­tez, mais bon, seuls les “riches” sont res­pon­sables. Au moins vous, contrai­re­ment à d’autres (sic), vous avez “vu et agi en Asie et ex-You­go­sla­vie” (faut-il rajou­ter “bra­vo” ?)…

        Si, s’agissant des ONG, les coûts dédiés au mar­ke­ting sont sou­vent indus, l’utilisation d’images fortes me semble per­ti­nente, car oui, la réa­li­té est crue et tant mieux si ces com­mu­ni­ca­tions inter­pellent celui qui aurait un peu trop à l’esprit l’augmentation du prix du tabac ou le der­nier mot de l’ancien pré­sident à l’égard de son suc­ces­seur. Il semble que même nos pro­fes­seurs «émé­rites» se sou­cient davan­tage de la forme (les images uti­li­sées, les slo­gans…) que du fond du pro­blème (le finan­ce­ment de la phi­lan­thro­pie, son effi­ca­ci­té… des vau­tours i.e. ONG CONSEIL …) ou des solu­tions aujourd’hui expé­ri­men­tées (Entre­pe­neu­riat social, Pro­fit for Not-Pro­fit, …).

        Bref, ce papier pour rien… Ano­ther brick in the wall (Hey, Tea­chers, leave those kids alone!)

         

        • 9 janvier 2016 à 18 h 29 min

          Bon­jour,

          J’intervenais sur le géné­ral, vous m’embarquez dans mon par­ti­cu­lier.

          Je ne me cache pas der­rière mon petit doigt : je dis que je pro­fite de cette misère, comme chaque occi­den­tal, et que j’en suis en par­tie res­pon­sable quel que soit mon désir d’y échap­per. J’ai d’ailleurs peu de peine pour ce faire avec mes 987 euros de retraite. Je ne demande pas de bra­vos, je fais ce qui me semble juste car ce que la vie m’a don­né je dois le par­ta­ger. Lisez “Misère de la Kaby­lie” d’Albert Camus, vous y décou­vri­rez ce qui me meut (la vache !). Je n’ai jamais vou­lu être riche, ayant vu et vécu les dégâts que peut pro­vo­quer la cupi­di­té.

          Ce sont les cupides qui font le plan du monde et les pauvres qui le construisent. Ces plans sont des­si­nés d’abord en tenant compte des dési­rs et envies des domi­nants, et un peu en tenant compte des besoins des exploi­tés, pour qu’ils le res­tent. Quand on vit, comme moi, comme vous, dans un pays riche, les miettes qui tombent du des­sus per­mettent de vivre.

          Cer­tains com­mu­ni­cants se sont dit : “Y’a d’la thune à s’faire, Coco ! Allons-y !”. Et hop ! Pho­to d’une petite fille sur un tas d’ordures, culpa­bi­li­sa­tion du popu­lo, col­lecte et fac­ture. Sans iro­nie, les faits. Mais sur­tout pas d’enquête sur les cupides res­pon­sables de cette misère.

          Pour aider untel, j’ai fait une col­lecte et j’ai récol­té 100 euros. Je lui en ai don­né 30. Sans moi, il n’aurait jamais eu ces 30 euros. J’ai gar­dé le reste.

          Les moyens importent autant que les fins. Quoi qu’en disent les cyniques.

           

        • 17 janvier 2016 à 15 h 54 min

          J’ai répon­du à Paul ci-des­sus.

          Il y a deux points nou­veaux chez “Eric” :

          Nous ne dis­cu­tons pas ces images parce qu’elles sont “fortes”, mais parce qu’elles sont men­son­gères et mani­pu­la­toires par l’identification infon­dée des per­sonnes repré­sen­tées avec les col­lec­teurs de fonds de la cam­pagne en ques­tion
          la pré­ci­sion de l’éméritat ne vise qu’à don­ner l’exactitude d’un sta­tut. Un prof “émé­rite” est un prof à la retraite nom­mé tem­po­rai­re­ment “col­la­bo­ra­teur à titre gra­tuit” de son uni­ver­si­té. Au terme de l’éméritat, il peut être nom­mé “pro­fes­seur hono­raire” ou conti­nuer à vivre en retrai­té sans lien ins­ti­tu­tion­nel avec son Uni­ver­si­té. “L’éméritat” n’est donc pas un titre plus ou moins glo­rieux, c’est un sta­tut, une moda­li­té d’appartenance, limi­tée dans le temps à l’Université au-delà de la période d’activité titu­laire d’un poste.

          Je regrette d’avoir vu tar­di­ve­ment ces rebon­dis­se­ments du débat. L’essentiel de ma réponse et ci-des­sus en réponse à Paul

      • Igor Babou 9 janvier 2016 à 18 h 45 min

        J’ai éga­le­ment vu et agi avec une OGN envi­ron­ne­men­ta­liste en Argen­tine, filiale du WWF. J’ai donc vu le gas­pillage d’argent dou­teux issu du green washing, avec des cré­dits à dépen­ser en urgence, un peu n’imprte com­ment, car si l’ONG dépas­sait une cer­taine date, le cré­dit était per­du. Donc, l’ONG argen­tine en ques­tion, qui avait reçu de l’argent de la Lote­rie Hol­lan­daise (sans rire…) a ache­té en urgence un ter­rain tota­le­ment anthro­pi­sé et livré depuis des décen­nies au pâtu­rage des mou­tons, pour y faire… du moni­to­ring ! Je ne rentre pas dans les détails tech­niques, mais le moni­to­ring consiste à uti­li­ser un ter­rain très peu anthro­pi­sé, en prin­cipe, de manière à ce qu’il serve de ter­ri­toire témoin par rap­port à d’autres ter­rains, proches, et qui eux sont anthro­pi­sés. Une aber­ra­tion éco­no­mique et éco­lo­gique, donc, uni­que­ment jus­ti­fiée par le fait de devoir dépen­ser de l’argent pour le dépen­ser. Mais ça n’empêche pas que les gens avec qui (et sur qui) je tra­vaillais était d’excellent éco­lo­gistes, actifs, et mili­tants. Le pro­blème ici ce n’est pas les gens, mais le sys­tème éco­no­mique per­vers qui enserre les ONG, dans un contexte où elles se pro­fes­sion­na­lisent et où, dans le cadre du désen­ga­ge­ment de l’Etat des poli­tiques publiques (libé­ra­lisme outran­cier en Argen­tine), et où elles finissent par assu­mer des fonc­tions orga­niques à la place de l’Etat, et non plus à jouer les contre-pou­voir comme avant.

        Ensuite, tou­jours en Argen­tine, avec la même ONG, j’ai eu de nom­breuses dis­cus­sions avec plu­sieurs cadres. Ils se lamen­taient du rôle de plus en plus impor­tant des com­mu­ni­cants dans leur tra­vail, ce qui fai­sait, par exemple, qu’ils pas­saient un temps fou à ache­ter des logos de leurs ONG et à en tapis­ser les car­ros­se­ries de leurs 4x4, au lieu de contri­buer à la recherche sur les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Cela débou­chait d’ailleurs sur une concur­rence effré­née des ONG locales en matière de gros 4x4 logo­ti­sés, sym­boles de leur puis­sance et de leur sup­po­sée effi­ca­ci­té.

        Ce qui est inté­res­sant, c’est que ces col­lègues de l’ONG, tous bio­lo­gistes dotés d’un doc­to­rat ou d’une Licence en éco­lo­gie, com­pre­naient bien qu’ils se fai­saient avoir par la com’, et que ça ne débou­che­rait sur rien de pro­duc­tif en termes d’écologie. Et donc, je suis per­sua­dé qu’une cam­pagne cri­tique peut don­ner des outils d’analyse et de lutte en interne de ces ONG, pour celles et ceux qui, y tra­vaillant, sont comme nous dans nos propres ins­ti­tu­tions, affli­gés par le gas­pillage publi­ci­taire, et par la nul­li­té et le carac­tère men­son­ger des com­mu­ni­ca­tions pro­fes­sion­nelles et publi­ci­taires qu’on leur impose, ce qui déna­ture autant leur “image” publique que leur tra­vail de fond.

        Pour celles et ceux que cela inté­resse, j’ai publié un ouvrage, pas uni­que­ment sur ce thème, mais où j’aborde cette ques­tion : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=29521

    10. admin
      9 janvier 2016 à 18 h 11 min

      Mer­ci de bien vou­loir faire l’effort de lire les prin­cipes de modé­ra­tion d’Indiscipline avant de pos­ter : vous n’êtes ni sur Média­part, ni sur un forum du Monde ou de Libé ici, et on n’acceptera ni les pro­cès d’intention, ni les accu­sa­tions ad homi­nem. Ain­si, je ferai appel à la modé­ra­tion la pro­chaine fois qu’un inter­ve­nant dési­gne­ra à la vin­dicte une caté­go­rie socio­pro­fes­sion­nelle englo­bante sans appor­ter aucun preuve de quoi que ce soit (les “pro­fes­seurs émé­rites” qui se sou­cie­raient d’avantage de la forme que du fond), ou qu’un pro­cès d’intention sera énon­cé (“au moins vous vous avez vu et agi…”) : vous ne savez rien de ce que les signa­taires de cette lettre ont vu ni où et com­ment ils ont agi.

      Aver­tis­se­ment, donc, à Paul et à Eric : ici, on argu­mente de bonne foi, avec pré­ci­sion, en tenant compte des écrits et en les citant, et sans for­mule lapi­daire (“ce papier pour rien”) ou on risque d’être rétro­gra­dé au rang de simple spec­ta­teur des dis­cus­sions des autres.

      Jusqu’à votre arri­vée, les dis­cus­sions se pas­saient cor­rec­te­ment, sans sophisme ni usage mal­veillant de pro­cès d’intention. Nous tenons à ce que cela conti­nue ain­si.

    11. 9 janvier 2016 à 18 h 30 min

      Je per­siste dans mon rai­son­ne­ment et vous encou­rage à davan­tage par­ler “du fond du pro­blème (le finan­ce­ment de la phi­lan­thro­pie, son effi­ca­ci­té… les vau­tours i.e. ONG CONSEIL …) ou des solu­tions aujourd’hui expé­ri­men­tées (Entre­pe­neu­riat social, Pro­fit for Not-Pro­fit, …)”. 

      Navré d’être sin­cè­re­ment indis­ci­pli­né (sic) et de ne pas sous­crire à vos “alertes” : je mérite plei­ne­ment votre excommuni(cati)on …

       

      • 9 janvier 2016 à 18 h 43 min

        Paul, Eric,

        Je ne pense pas que la fin jus­ti­fie les moyens, et si, je pense que tra­vailler dans l’humanitaire impose une cer­taine éthique.

        Je suis méde­cin hos­pi­ta­lier, pédiatre en réani­ma­tion. Je suis déjà par­tie avec Pédiatres du Monde sur une mis­sion enfance et han­di­cap, et dans le cadre de la coopé­ra­tion avec Mada­gas­car pour aider à la mise en place d’une réani­ma­tion néo­na­tale à Tana­na­rive. L’inconfort de la misère et des enfants qui souffrent et meurent, je connais, et je vous assure que ce n’est pas cet incon­fort que je res­sens face à cette cam­pagne de publi­ci­té. Ce qui me gène, c’est ce à quoi elle fait appel en moi et donc en cha­cun de nous: la culpa­bi­li­té, le fait que nous serions égoistes, bien à l’aise dans nos vies confor­tables et nos pré­oc­cu­pa­tions mes­quines pen­dant que d’autres souffrent. On peut avoir une éthique, des valeurs d’entre-aide et de par­tage et pour autant ne pas se fla­gel­ler tous les soirs. Donc oui, je trouve dif­fi­ci­le­ment sup­po­table que des publi­ci­taires mora­li­sa­teurs cherchent à culpa­bi­li­ser plu­tôt que de faire appel à des valeurs posi­tives: notre capa­ci­té à l’empathie et à aider les autres.

        • Igor Babou 9 janvier 2016 à 19 h 55 min

          Votre expé­rience, très directe de ces ques­tions, est inté­res­sante. Mer­ci de rap­pe­ler une évi­dence trop sou­vent négli­gée : aucune fin ne jus­ti­fie les moyens. On en crève de cet uti­li­ta­risme, et de cette pen­sée mar­ke­ting qui pré­tend rem­pla­cer l’éthique par l’efficacité.

          Le pire, c’est que les pos­tu­lats de la com’ et du mar­ke­ting n’ont jamais pus être démon­trés, pas plus que leur effi­ca­ci­té empi­rique. Or, les pos­tu­lats sur les­quels repose la com­mu­ni­ca­tion des ONG cari­ta­tives, comme cette cam­pagne que nous avons cri­ti­quée, se résument gros­so modo aux affir­ma­tions sui­vantes :

          • la com­mu­ni­ca­tion est effi­cace pour faire chan­ger les repré­sen­ta­tions et donc les com­por­te­ments du public
          • le public n’est pas assez géné­reux

          Le pro­blème qui est alors posé est vieux comme la recherche en com­mu­ni­ca­tion, voire comme la rhé­to­rique. C’est très bana­le­ment celui de l’influence des médias. Et là, on est en plein dans le fond de l’affaire, et dans le domaine de spé­cia­li­té des trois signa­taires (dont je fais par­tie).

          Le pro­blème, c’est qu’on n’a jamais pu démon­trer, en plus de 50 ans de recherche empi­rique dans tous les labos de recherche en socio­lo­gie de la com­mu­ni­ca­tion du monde, le carac­tère “puis­sant” des médias ni de la publi­ci­té. Ça paraît déli­rant, tant les médias se sont condi­tion­nés eux-mêmes par l’idéologie de la com­mu­ni­ca­tion et ont déve­lop­pé une croyance dans l’efficacité de la publi­ci­té, mais l’efficacité de la publi­ci­té n’a jamais été démon­trée nulle part. Il y a trop de contre exemples, et les exemples sup­po­sés mar­cher ne sont que des exemples, et ne fondent aucune théo­rie.

          Quelques faits qui inva­lident l’hypothèse des effets forts des médias sur les com­por­te­ments :

          - L’étude des effets de la vio­lence média­tique sur les com­por­te­ments (2500 articles publiés par an aux USA dans les années 1970) n’a abou­ti à aucun résul­tat scien­ti­fique…

          - Aux USA (pays connu pour sa forte cri­mi­na­li­té), il n’y a pra­ti­que­ment aucun pro­gramme télé­vi­suel violent pour les enfants (la grille des pro­grammes y est plus contrô­lée qu’en Europe). Mais le pays où les jeunes consomment le plus de jeux vidéos et de man­gas vio­lents (le Japon) est le pays où le nombre de viols et de meurtres est le plus bas au monde.

          - La consom­ma­tion de drogue ou d’alcool, qui fait l’objet de cam­pagnes de pré­ven­tion sys­té­ma­tiques, reste éle­vée dans les pays où cette com­mu­ni­ca­tion de san­té publique est pour­tant très déve­lop­pée.

          Ce qui est faux dans le rai­son­ne­ment des com­mu­ni­cants, c’est le lien direct entre les médias et les com­por­te­ments sociaux, et plus pré­ci­sé­ment le lien direct sans arrêt affir­mé alors que toute la lit­té­ra­ture scien­ti­fique démontre le contraire entre les repré­sen­ta­tions et l’action. Si l’on suit les dogmes du mar­ke­ting, on a le sché­ma de la signi­fi­ca­tion sui­vant :

          Mes­sage –> Repré­sen­ta­tions sociales –> Com­por­te­ments sociaux

          Ce lien est dou­ble­ment faux : il est faux entre le mes­sage publi­ci­taire et le chan­ge­ment des repré­sen­ta­tions sociales. Les média­tions (dis­cours, orga­ni­sa­tions, réseaux d’influences, etc.) qui inter­viennent entre un mes­sage et son inter­pré­ta­tion sont trop com­plexes pour que l’on puisse pré­tendre pré­dire un chan­ge­ment de repré­sen­ta­tion men­tale d’un sujet social en se conten­tant de lui four­nir un stock de mes­sages bien for­més. Il est ensuite faux, pour la même rai­son (forte com­plexi­té) entre les repré­sen­ta­tions et les com­por­te­ments sociaux. Dans mon domaine, il se trouve que j’ai été au jury d’une bonne thèse en psy­cho­so­cio­lo­gie, il y a quelques années, qui trai­tait exac­te­ment ce pro­blème.

          Voi­ci en résu­mé ce qu’on sait depuis les études empi­riques des années 1940 aux USA :

          - Les publics ne sont pas sou­mis, et peuvent résis­ter à la pro­pa­gande
          — Les effets des médias (ou de la pub) ne sont pas directs, mais sont eux-mêmes “média­ti­sés” par des phé­no­mènes sociaux (classes sociales, reli­gions, appar­te­nances ter­ri­to­riales)
          — Les effets des médias (ou de la pub) ne sont pas directs, mais sont “média­ti­sés” par la pra­tique de la dis­cus­sion (dans le cadre de groupes sociaux d’appartenance : famille, reli­gion, tra­vail, etc.)

          Déso­lé de vous faire ce vade mecum d’un cours que je fais habi­tuel­le­ment en licence. Mais si on veut aller au fond des choses, là on y est.

          Une seule chose me semble sure : le mar­ché de la publi­ci­té se struc­ture sur la base de la croyance de divers acteurs (jour­na­listes, poli­ti­ciens, com­mu­ni­cants, par­fois des acti­vistes cri­tiques des médias, etc.) dans ces liens directs entre  mes­sages, repré­sen­ta­tions sociales et com­por­te­ments sociaux.

          Je me sou­viens que lorsque j’étais doc­to­rant, j’avais ren­con­tré un “ponte” de la publi­ci­té, sémio­logue de son état. Je l’avais inter­ro­gé sur ces ques­tions, car je me deman­dais, en tant qu’apprenti sémio­logue (à l’époque c’était mon domaine de pré­di­lec­tion), si on pou­vait pré­dire des com­por­te­ments sur la base des prin­cipes de la sémio­tique de Peirce et de sa relec­ture par Eli­séo Véron (qui les appli­quait avec lui, dans sa boite de com­mu­ni­ca­tion, la SORGEM). Déso­lé d’être un peu tech­nique ici et de citer des trucs poin­tus, mais si on veut aller au fond des choses, il faut y aller, hein ! Bon, hé bien ce ponte de la com’ m’avait arrê­té d’entrée de jeu : l’argumentation sémio­lo­gique de type publi­ci­taire (qui, la plu­part du temps porte sur l’efficacité du mes­sage) est avant tout des­ti­née… au com­man­di­taire ! Pas au public ! Au com­man­di­taire de la cam­pagne qui doit croire dans l’efficacité du mes­sage pour rému­né­rer le sémio­logue asso­cié à la boite de pub. Mais le public ? Les sémio­logues comme les publi­ci­taires n’y connaissent rien, rien de rien ! Une boite de com, en France en par­ti­cu­lier (et ça je l’ai vécu en tant que pho­to­graphe tra­vaillant dans une agence de publi­ci­té, il y a 20 ans), ne sait abso­lu­ment rien de l’efficacité de ses mes­sages sur le public : elle n’a tout sim­ple­ment aucun moyen de les mesu­rer. Au mieux, elle fera (cas raris­sime, dans la tra­di­tion publi­ci­taire fran­çaise) des groupes témoins et de vagues mesures qua­li­ta­tives entre groupe témoin et groupe test. Mais comme cela deman­de­rait un véri­table tra­vail de recherche et des métho­do­lo­gies issues des sciences sociales, qui sont rare­ment maî­tri­sées en publi­ci­té, tout cela relève en fait de l’enfumage. Aux USA, ces tests sont plus déve­lop­pés, du moins, c’est ce qu’on dit (aux USA, l’herbe est tou­jours plus verte, c’est bien connu…)

          Donc, qu’on arrête de nous bas­si­ner avec l’efficacité des cam­pagnes cari­ta­tives que notre lettre ouverte ris­que­rait de mettre à mal : on ne risque de mettre à mal que le salaire des com­mu­ni­cants, et ça, fran­che­ment, c’est pas mon pro­blème.

          Sinon, plus tech­nique encore pour les ama­teurs, dans un autre domaine que l’on peut trans­po­ser un peu par­tout, Joëlle et moi-même avons démon­tré socio­lo­gi­que­ment l’autonomisation de la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­na­li­sée dans les ins­ti­tu­tions et les orga­ni­sa­tions, et le fait que cette auto­no­mi­sa­tion impor­tait des normes exo­gènes au sein des orga­ni­sa­tions qui mettent en place des pra­tiques et des dis­po­si­tifs de com­mu­ni­ca­tion. C’est là, pour les ama­teurs : http://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2008–1-p-115.htm

          Qu’est ce que ça nous dit tout ça ? Hé bien ça nous dit que la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­na­li­sée n’est pas un simple vec­teur de mes­sage entre un émet­teur et un public : elle struc­ture en pro­fon­deur les pra­tiques au sein des orga­ni­sa­tions, et elle y importe SES propres normes, tel un can­cer ins­talle des méta­stases dans un corps aupa­ra­vant valide (déso­lé de la méta­phore, mais ici on rejoint un point éthique qui néces­site une cri­tique un peu radi­cale). La com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­na­li­sée trans­forme les orga­ni­sa­tions qui s’y adonnent. Et elle les trans­forme au béné­fice des com­mu­ni­cants.

          Fin du cours, déso­lé, mais j’ai aus­si le droit de m’énerver un peu, non ? (pas contre vous, Car­bo, mais contre ce que je lis plus haut)

          En ce qui concerne le public et sa géné­ro­si­té, ou sa concep­tua­li­sa­tion, je pré­fère lais­ser la parole à Joëlle qui connait bien mieux ces ques­tions théo­riques et empi­riques que moi.

      • admin
        9 janvier 2016 à 18 h 56 min

        L’indiscipline consiste avant tout à ne pas se confor­mer à la doxa dis­cur­sive et sty­lis­tique des forums de dis­cus­sion grand public (cynisme, agres­si­vi­té, iro­nie facile, pro­cès d’intention, for­mules lapi­daires, non res­pect des argu­ments des autres) : argu­men­ter est un art qui se cultive. Culti­vez-le, et vous serez le bien­ve­nu. Lisez par exemple prin­cipes de modé­ra­tion d’Indiscipline qui citent les prin­cipes de Camé­dia que vous êtes sup­po­sé avoir lu avant d’intervenir : je ne pense pas qu’entre 18h11 (heure de votre pré­cé­dent post) et 18h30 (heure du post auquel je réponds), vous ayez fait cet effort de lec­ture et d’assimilation.

        Der­nier aver­tis­se­ment, Eric et Paul : nous ne lais­se­rons pas s’installer ici une ambiance de dis­cus­sion sem­blable à celle des forums de la presse grand public ou du tout venant d’internet. Nous avons une exi­gence argu­men­ta­tive forte. Si elle ne vous convient pas, mer­ci de ne plus inter­ve­nir sur nos forums.

      • 9 janvier 2016 à 19 h 07 min

        Je vous en prie, par­lez-en !

        Il y a par­fois de petites moque­ries sur ce blog, mais elles ne visent pas à bles­ser. Igor Babou a bien défi­ni le style : conver­sa­tions entre amis et avec res­pect.

    12. Joëlle Le Marec 10 janvier 2016 à 0 h 55 min

      Bon­soir Je découvre l’échange un peu tar­di­ve­ment, je vais répondre à quelques-uns de vos argu­ments Paul et Eric. Paul, vous trou­vez cho­quant ne pas atta­quer le mar­ke­ting lorsqu’il nous fait ache­ter de la mal­bouffe ou des bas­kets mais de le faire quand il est mobi­li­sé pour sau­ver des vies. Il se trouve que dans un cas nous sommes sol­li­ci­tés pour ache­ter et dans l’autre pour don­ner. Dans un cas il s’agit de pous­ser à une tran­sac­tion qui ne nous engage pra­ti­que­ment pas puisqu’on est dans l’échange mar­chand. Celui-ci n’implique pas l’existence d’une rela­tion (c’est le sens même de la tran­sac­tion finan­cière). Dans l’autre il s’agit de sti­mu­ler un geste, le don, qui a une valeur consi­dé­rable dans la vie sociale, parce qu’il est lié à des rela­tions, qu’il active des concep­tions du lien social, comme la soli­da­ri­té, la décence, la com­pas­sion, le sou­ci d’autrui (la culpa­bi­li­té peut-être, mais cer­tai­ne­ment pas en pre­mier lieu).  Si on prive les dona­teurs du sens de leur geste peut-être qu’on aura quand même l’argent, mais on contri­bue­ra à voler le sens du geste qui est une autre valeur que l’argent.  C’est dan­ge­reux pour l’ensemble du fonc­tion­ne­ment social. Je donne à MDM, il m’est signi­fié que je donne parce que j’ai eu honte d’être insen­sible à la situa­tion de la per­sonne en détresse qu’on me montre : on altère, peut-être irré­ver­si­ble­ment à la longue, la qua­li­té de la soli­da­ri­té.

      Ce n’est pas de la forme ou du détail.  J’ai par­ti­ci­pé à une séance d’un comi­té d’éthique au démar­rage d’une recherche qui néces­si­tait le recru­te­ment de nou­veaux-nés en grand nombre. La dis­cus­sion a por­té sur le fait que les mères (et leur nou­veau-né) pour­raient se voir offrir quelque chose lorsqu’elles consen­taient. Le comi­té avait fina­le­ment déci­dé qu’il valait mieux renon­cer pour que le geste reste le don qu’il était, plei­ne­ment assu­mé mais aus­si plei­ne­ment recon­nu comme tel, mais aus­si parce qu’il ne fal­lait pas alté­rer le sens de ce qui était fait par les uns et les autres : les mères don­naient parce qu’elles pre­naient au sérieux la valeur de la recherche.

      Dans la rela­tion mise en scène il y a aus­si les per­sonnes en détresse. Qui sont celles qui sont mon­trées ? On ne sau­ra pas non plus ce qu’elles pensent de cette façon d’être uti­li­sées comme sur­face de pro­jec­tion d’une culpa­bi­li­té.

      Quant aux méde­cins et soi­gnants de Méde­cins du Monde  : que pensent-ils de cette manière de mettre en scène la soli­da­ri­té?. D’ailleurs j’ai été contac­tée par l’un d’eux qui approu­vait tota­le­ment la lettre.

      Pré­ci­sons quand même que nous n’avons par­lé que de cette cam­pagne-là de Méde­cins du Monde, celle-là, pas une autre. On finit par s’habituer depuis le temps, à ce fonc­tion­ne­ment des ONG, à la com­pé­ti­tion entre elles, etc tout en se disant que les causes sont impor­tantes et qu’on va quand même don­ner parce que ces cam­pagnes révèlent des besoins de ces ONG.  Mais c’est cette cam­pagne-là qui passe les bornes.  Cette cam­pagne-là dépasse les bornes pour les rai­sons que nous avons expo­sées lon­gue­ment.

    13. 10 janvier 2016 à 18 h 53 min

      Si on prive les dona­teurs du sens de leur geste peut-être qu’on aura quand même l’argent, mais on contri­bue­ra à voler le sens du geste qui est une autre valeur que l’argent.

      Mer­ci d’éclairer un point auquel je n’avais pas pen­sé.

    14. 11 janvier 2016 à 18 h 56 min

      Bon­jour et mer­ci pour vos réponses.

      L’écrit laisse sou­vent place à des qui­pro­quos. Il y en a sur­ement eu.  Je vais ten­ter de répondre briè­ve­ment à cha­cun.

      @Mr Lar­bi: je regrette, Mr Lar­bi, que mes fautes d’orthographes vous aient déran­gées au point de man­quer l’essentiel de mon pro­pos. Tant pis — vous foca­li­sez (à nou­veau?) au mau­vais endroit. Nous n’avons pas les mêmes opi­nions pour le reste. Je res­pecte les vôtres sans les par­ta­ger, soyez en assu­ré. En revanche je pense que l’administrateur aurait pu/dû se pen­cher sur votre cas, car votre ton et vos remarques ne sont pas tout à fait au gout de ce que ce der­nier cherche à défendre dans ces inter­ven­tions. Je ne suis pas sur qu’il y ait matière à débattre d’avantage 😉

      @Admin: je me per­mets de res­pec­tueu­se­ment ques­tion­ner votre objec­ti­vi­té. Ras­su­rez vous, ceci sera pro­ba­ble­ment mon der­nier post. En repre­nant les pro­pos de Mr Igor, qui a pris pour pos­tu­lat de départ que je suis de mau­vaise fois, me fai­sant ain­si un pro­cès d’intention qu’il dénonce par ailleurs dans sa réponse, vous man­quez, je crois, d’impartialité. Sans par­ler du cynisme/sarcasme et de la moque­rie de Mr Lar­bi que vous igno­rez tota­le­ment. Enfin, vous me faites 2 aver­tis­se­ments alors que je n’ai rien ajou­té après votre pre­mier rap­pel me concer­nant. Pour être arbitre il me semble qu’il faut être neutre et équi­li­bré. Le débat se “pas­sait bien” quand seuls les auteurs de la lettre ou des com­men­taires allant dans leur sens étaient pré­sents. Il n’y avait donc pas vrai­ment de débat. Bref, je regrette de vous avoir impor­tu­né et usé d’un ton inap­pro­prié à vos yeux. Mon but n’est pas la gué­guerre, loin de là, je ne m’engage pas dans les débats sur le net car ils tournent en insultes en qq échanges. En reli­sant mon com­men­taire, vous m’excuserez de ne pas y voir d’injure, ou de vio­lence qui méritent sanc­tion. Vous ne don­nez pas fran­che­ment envie de conti­nuer 🙂 Mais je ten­te­rai hum­ble­ment de faire mieux si je décide de com­men­ter à nou­veau.

      @Mr Igor: il y a un mal­en­ten­du — je n’ai pas du tout poin­té que aviez des inté­rêts per­son­nels à faire une telle lettre. Je me suis sur­ement mal expri­mé. Cepen­dant, j’attire votre atten­tion sur le point sui­vant: vous me repro­chez de vous faire des pro­cès d’intentions (je mets ça sous le qui­pro­quo ou ma mal­adresse — ce n’était donc pas mon but — mais note tout de meme au pas­sage que vous me qua­li­fiez d’entrée comme étant de mau­vaise foi) et m’accusez de spé­cu­ler, quand vous meme signez une lettre qui, mal­gré vos dires, votre exper­tise et votre légi­ti­mi­té pour cri­ti­quer une telle cam­pagne, spé­cule en grande par­tie. En effet, tout le para­graphe qui conclut que si MdM sous-traite sa cam­pagne de pub, on devrait alors natu­rel­le­ment dou­ter du reste et notam­ment de son action ter­rain m’apparait bien comme de la pure spé­cu­la­tion (ou je me trompe sur la défi­ni­tion du mot). À défaut, cet aspect de votre lettre reste tout au moins questionnable/critiquable par bien des façons.

      Je pense que vous faites à cet endroit de votre lettre un rac­cour­ci, mal­adroit et néfaste (ce n’est que mon opi­nion) et que, tout comme la par­tie qui invite à publier les comptes, ces deux aspects sont inutiles et des­servent meme le fond de la cri­tique pro­po­sée ain­si que l’action que vous som­mez (stop­per la cam­pagne). Vous auriez pu pro­po­ser une cri­tique construc­tive et un débat de fond sans y ajou­ter ces par­ties dont la der­nière revêt un carac­tère que j’estime de l’ordre du puni­tif et qui se reven­dique même comme pro­vo­ca­trice (“nous vous met­tons au défi de…”). En tant qu’expert en com­mu­ni­ca­tion, je suis curieux de lire vos expli­ca­tions sur les rai­sons d’une telle stra­té­gie (et son effi­ca­ci­té) dans cette lettre, ain­si que sur ce que j’estime (pour le moment) comme de la spé­cu­la­tion, qui plus est néfaste pour le coup! car elle émet un doute et pro­pose une cor­ré­la­tion (qui je pense n’a pas lieu d’être et que je consi­dère infon­dée et non argu­men­tée) à un lec­teur qui pour­rait aus­si sim­ple­ment que cela déci­der de reti­rer son sou­tien à l’ONG concer­née suite à sa lec­ture. À moins que pour vous une telle cam­pagne mérite même qu’on retire son sou­tien à l’ONG (ce qui revien­drait à mélan­ger tota­le­ment la qualité/l’éthique de la com­mu­ni­ca­tion et la qualité/l’éthique de l’action) vous concè­de­rez bien que vous avez créé par ces para­graphes, une pente glis­sante? Non?

      Je conti­nue, en ce sens, de questionner/spéculer sur l’impact de votre alerte, non pas pour le fond qu’elle dénonce, car je suis (et c’est l’ironie de ma prise de posi­tion ici!) tota­le­ment pour  l’esprit cri­tique, et, pour une ONG, l’attention por­tée à l’éthique, etc.

      En outre, s’il m’était accor­dé de main­te­nir mon opi­nion sur le fait que vous n’êtes pas expert du milieu huma­ni­taire, je me per­met­trais alors éga­le­ment de main­te­nir que vous man­quez ain­si de mesu­rer le très pro­bable pré­ju­dice, non pas pour le fond ou la pre­mière par­tie qui cri­tique la cam­pagne, son effi­ca­ci­té, son éthique etc (car si la lettre n’avait conte­nu que cela, elle aurait alors cer­tai­ne­ment évi­té de nuire) mais bien pour les aspects spé­cu­la­teurs et les corol­laires infon­dées que je sou­ligne plus haut et dont je ques­tionne l’utilité, que vous faites à une ONG qui, du haut de mon humble expe­rience et esprit cri­tique sur le milieu, est une de celles qui mérite le moins que l’on ques­tionne son approche et la qua­li­té de ses inter­ven­tions. Or une bonne par­tie de la lettre le fait. Vous auriez pu poser le débat sans poten­tiel­le­ment (puisqu’on spé­cule vous et moi sur le fait qu’elle nui­ra ou non) nuire à MdM.

      Je vous ras­sure au pas­sage, pour­vu que vous puis­siez reve­nir sur vos pro­pos et me concé­der d’être intègre et hon­nête dans ma démarche: je ne suis pas affi­lié à MdM. J’ai vu et eu accès à leurs posi­tions et actions dans de nom­breux pays comme pour de nom­breuses autres ONG locales et inter­na­tio­nales et j’ai conclus et affirme en n’engageant que mon point de vu, qu’elle mérite, ne serait ce que pour tout le bien qu’elle fait, quelques égards. En sommes, de l’éthique éga­le­ment de la part de ceux/celles qui sou­haitent aler­ter le monde d’un de ses “faux pas” si tant est qu’il en est bien un — à cha­cun de se faire son opi­nion sur ce der­nier point!

      Je trouve que l’on (“on” donc ne le pre­nez pas per­son­nel­le­ment je vous prie) tolère ou man­quons de prendre note sur bcp de déviances et de manque d’éthique de part et d’autre, mais que l’on à une ten­dance à sau­ter très faci­le­ment (et trop rapi­de­ment) au cou de l’Homme ver­tueux, à son moindre écart. J’attire l’attention sur ce point 🙂

      Bref…pour ter­mi­ner, je regrette que vous n’ayez pas rele­vé les argu­ments expo­sés, mal­adroi­te­ment peut-être mais bien pré­sents, que du reste Joelle a su consi­dé­rer. J’espère que ces lignes vous parai­tront plus claires et obtien­dront votre aval pour quelques réponses. Mais ne vous y sen­tez pas contraint pour autant. Libre à vous.

      @Joelle: mer­ci pour votre com­men­taire. Je vous rejoins. Ce que vous dites est tout à fait juste et a son impor­tance. J’ai sim­ple­ment ten­dance à être très concret et c’est la rai­son pour laquelle je pré­fè­re­rais, dans l’idéal, un débat d’idée au ser­vice de l’application qui pour moi est la plus impor­tante — le ter­rain et la qua­li­té du tra­vail qui y est effec­tué. J’aurais ten­dance à pré­fé­rer réagir sur le reste dans un second temps. Mais je com­prends ce que vous dites et défen­dez. Mes cri­tiques, sont, je l’espère mieux expo­sées dans ma réponse à Mr Igor, et concernent notam­ment cer­tains aspects, de fond et de forme, de votre cour­rier et sa vic­time qui est une des rares ONG que j’estime sin­cè­re­ment et objec­ti­ve­ment je le crois, pour sa qua­li­té.

      @Mr Car­bo: mer­ci pour votre réponse. Vous avez rai­son, faire appel à notre capa­ci­té d’empathie et autres est plus louable. Je le redis, je ne suis pas pour l’emploi d’un mar­ke­ting irré­flé­chis, contre l’efficacité au détri­ment de l’éthique, et favo­rable au débat autour de la cam­pagne de MdM. Mais je suis contre la for­mu­la­tion de cette lettre qui pour mieux ser­vir son pro­pos et évi­ter avec cer­ti­tude de de por­ter pré­ju­dice à MdM, aurait pu pré­fé­rer autre chose qu’une telle condam­na­tion et un aspect mora­li­sa­teur (qu’elle dénonce par ailleurs). Car je pense (à tort ou à rai­son) qu’elle peut cau­ser plus de mal que de bien, mal­gré son fond inté­res­sant et le sujet tout à fait valable.

      Par contre, je suis tou­jours scep­tique quant à l’emploi de “for­mule type” ;   Les fins ne jus­ti­fient elles vrai­ment jamais les moyens? Dans ce cas ci, je ne pour­rais conclure si rapi­de­ment meme si je concède volon­tiers que la col­lecte sans un mar­ke­ting opaque ou culpa­bi­li­sant serait bien plus appré­ciable. Oui, de l’éthique pour les ONG (mais pas que!), mais en pre­nant garde de ne pas s’égarer dans le fan­tasme de ce que “devrait” être le milieu, et ce au détri­ment de sa réa­li­té. Et tant qu’à s’atteler à la véri­fi­ca­tion de l’éthique, autant le faire sur l’endroit le plus impor­tant (le ter­rain, la qua­li­té des pro­jets, les affec­ta­tions bud­gé­taires, les stra­té­gies RH, etc) et avec, jus­te­ment, de l’éthique. Je suis favo­rable à la cri­tique de cette cam­pagne. Mais je ne suis ni pour les rac­cour­cis déployés, ni pour la condam­na­tion telle que for­mu­lée ou encore la pro­vo­ca­tion mora­li­sa­trice de fin.

      Voi­là pour moi. Toutes mes excuses d’avoir heur­té ou déran­gé cer­tains, je ne suis ni un as de la rétho­rique, ni expé­ri­men­té en débats vir­tuels. C’est dif­fi­cile et très time consu­ming.

      Bonne conti­nua­tion à chacun(e),

      Paul

      • 11 janvier 2016 à 19 h 47 min

        1/ Comme vous le soup­çon­nez peut-être, le fran­çais n’est pas ma langue d’origine. Je n’admets pas le fait que des per­sonnes ins­truites (comme vous sem­blez l’être) la mas­sacrent.

        2/ Que la fin puisse jus­ti­fier les moyens est inac­cep­table mora­le­ment.

        3/ En Février 1996, suite à un repor­tage vu à la TV, j’ai rem­pli ma camion­nette de cou­ver­tures et de lait en poudre. Je suis allé, avec un ami, à Sara­je­vo pour les dis­tri­buer. Sur la tris­te­ment célèbre “Sni­per Alley” nous nous sommes joints à des per­sonnes qui, comme nous, étaient venus de divers pays et à titre indi­vi­duel. Pen­dant la dis­tri­bu­tion, des came­ra­men sont venus nous fil­mer sur fond de véhi­cules de plu­sieurs ONG garés der­rière nous. Un des dona­teurs m’a dit ” C’est bon pour leur col­lecte de fonds ! Aujourd’hui ils ne nous ont pas don­né des K-way avec leur logo”. Cette de pré­da­tion était cou­rante d’après lui qui vivait sur place.

        Je suis assez peu diplo­mate, n’en voyant pas l’utilité dans des polé­miques de ce genre.

    15. Joëlle Le Marec 12 janvier 2016 à 0 h 57 min

      @Paul Je reviens du coup sur ce que vous dites à la fin de votre com­men­taire : “je suis favo­rable à la cri­tique de cette cam­pagne”. Mais c’est vrai­ment ça que nous fai­sons, nous ne cri­ti­quons pas Méde­cins du Monde, excep­té pour la délé­ga­tion de leur lien au public aux per­sonnes qui font ce type de cam­pagne. Et c’est exac­te­ment ça qui est lu par les per­sonnes qui ont réagi à la lettre autour de nous : la cam­pagne est d’autant plus désas­treuse que Méde­cins du Monde est une ONG à laquelle on donne volon­tiers : “pour­quoi insul­ter les dona­teurs” a écrit une per­sonne. La cam­pagne est autre chose que le tra­vail de ter­rain de Méde­cins du Monde mais on peut quand même être pré­oc­cu­pé qu’elle ait été vali­dée. Est-ce que vous ne le pen­sez vrai­ment pas vous-même?  Vous avez rai­son quand vous dites qu’on a une ten­dance “à sau­ter très faci­le­ment (et trop rapi­de­ment) au cou de l’Homme ver­tueux, à son moindre écart”. C’est tout à fait vrai et c’est un argu­ment qui me touche. Mais jus­te­ment : le cynisme,  le mépris du public  de tant d’acteurs publics char­gés du bien com­mun finissent par pro­vo­quer, après la période des colères, un reflux des aspi­ra­tions, qu’on réin­ves­tit ailleurs. Ces ins­tances ne sus­citent même plus la colère parce qu’on est au-delà. Et la colère face au faux pas de l’homme, ou plu­tôt de l’organisation qui  agit pour le bien, est jus­te­ment le signe qu’elle est dépo­si­taire d’une confiance publique forte dont il est insup­por­table de consta­ter qu’elle n’est pas per­çue, pas recon­nue, pas res­pec­tée, par l’organisation, qui ne consi­dère même pas, quant à elle, que son public est ver­tueux, ce qui est déloyal. Un méde­cin huma­ni­taire m’a dit qu’il était très embar­ras­sé par cette cam­pagne car il est sen­sible à la géné­ro­si­té et la soli­da­ri­té des per­sonnes. Et là on n’a pas affaire à une cam­pagne comme les autres. Comme je disais, on tolère assez bien qu’il y ait de la com­mu­ni­ca­tion. Mais cette cam­pagne n’est pas un petit faux pas, il y a eu un matra­quage, MdM appa­raît à tra­vers cette cam­pagne, s’adresse au public à tra­vers elle.… c’est des­truc­teur. Je vais essayer de conclure en disant pour­quoi ça me paraît par­ti­cu­liè­re­ment des­truc­teur : je sors d’un ren­contre où on a par­lé de la défiance incroyable  des jeunes à l’égard de consen­sus de base, scien­ti­fiques, ins­ti­tu­tion­nels. Des jeunes vrai­ment per­dus, pas très heu­reux d’avoir secré­té cette  défiance ordi­naire, mais à qui la publi­ci­té et la com­mu­ni­ca­tion poli­tique ont don­né des rai­son de la culti­ver. Les ins­ti­tu­tions n’ont pas pris la mesure du risque de cette défiance quand elles se sont tour­nées vers les pro­cé­dés du mar­ke­ting tout azi­muts avec ce second degré que les jeunes détestent bien sou­vent. Dans les lycées, les tout jeunes ensei­gnants, femmes et hommes ver­tueux, tra­vaillent d’arrache-pied à res­tau­rer une confiance pos­sible dans la parole publique. Voi­là pour­quoi ça ne vaut  vrai­ment pas la peine, pour avoir plus d’argent sur un coup (mais est-ce que ça en rap­porte vrai­ment beau­coup plus cette cam­pagne?) d’aller pié­ti­ner sans scru­pule ce qui reste de confiance ins­ti­tu­tion­nelle durable, car cette confiance qui s’érode est une valeur ines­ti­mable qui est dila­pi­dée. Méde­cins du Monde fonc­tionne grâce à cette confiance, ils l’incarnent aus­si. Com­ment ne peuvent-ils pas y être sen­sibles?

       

       

    16. 12 janvier 2016 à 1 h 16 min

      M. Ben Bel­ka­cem, la fin ne jus­ti­fie pas les moyens -j’y sous­cris- mais cela s’applique éga­le­ment au rai­son­ne­ment : on ne tire pas une conclu­sion uni­ver­selle d’une courte expé­rience -vrai­sem­bla­ble­ment (1)- à Sara­je­vo. Je salue votre géné­ro­si­té, mais si je devais juger SEULEMENT au tra­vers des mul­tiples aven­tures des che­va­liers blancs et autres pieds nicke­lés qui débarquent fré­quem­ment avec des valises (ou des camion­nettes) pleines, je pour­rais éga­le­ment man­quer de diplo­ma­tie… S’agissant du mas­sacre de la langue, il est regret­table. Sim­ple­ment, l’intelligence n’est pas l’apanage des gens ins­truits ou sinon, nous vivrions dans un para­dis. J’ajoute que de ma modeste expé­rience, des expres­sions d’intelligence m’ont sou­vent été témoi­gnées par des gens qui ne savaient ni lire, ni écrire _

      Puisque c’est vrai­sem­bla­ble­ment la for­mule rituelle, « je vois et j’agis » en Asie depuis une quin­zaine d’années sur des thé­ma­tiques huma­ni­taires, envi­ron­ne­men­tales et micro-éco­no­miques. J’ai éga­le­ment vécu en Afrique sub­sa­ha­rienne et l’Amérique latine ne m’est pas incon­nue. Étant par nature trop indis­ci­pli­né pour me ran­ger au côté d’une grosse ONG (je peux être encore bien plus véhé­ment que vous, à ce pro­pos), j’ai créé mes propres pro­jets et leur ai don­né à chaque reprise une assise locale (ges­tion locale, par des locaux). L’investissement est en géné­ral sup­por­té par des sub­ven­tions publiques (ou semi) et/ou des dona­teurs pri­vés indi­vi­duels. L’autonomie finan­cière des pro­jets est sup­por­tée par des biais micro-éco­no­miques locaux, non par des dons récur­rents et la com­mu­ni­ca­tion sous-jacente à leur obten­tion. Je n’ai par ailleurs jamais consen­ti le moindre kopeck à cet égard. Enfin, mis à part quelques col­la­bo­ra­tions avec la Banque Mon­diale ou la Banque Asia­tique de Déve­lop­pe­ment sur des thé­ma­tiques socio-éco­no­miques, j’ai tou­jours sub­ve­nu à mes propres besoins par le biais d’une acti­vi­té paral­lèle, plus cor­po­rate et indus­trielle. Je suis en quelque sorte un dino­saure du béné­vo­lat, car oui, la géné­ro­si­té dans l’action (et dans le don) est, en Europe, bien moins (ré)active qu’il y a quinze ans, notam­ment chez les jeunes adultes ; de même que les sub­ven­tions publiques… depuis 2008.

      Vous pre­nez l’exemple de WWF ; je vous invite à décryp­ter son finan­ce­ment et vous com­pren­drez cer­tai­ne­ment la part de com­mu­ni­ca­tion allouée, ne serait-ce que pour ser­vir ses sou­tiens (on appelle cela « une res­ti­tu­tion » dans le jar­gon). Il n’est pas éton­nant de trou­ver par­mi ces acteurs de ter­rain (sou­vent d’une grande qua­li­té) une cer­taine frus­tra­tion, mais là encore, s’agit-il du corol­laire « comm. » ou du finan­ce­ment, donc de la déci­sion? Dans tous les cas il est plus dif­fi­cile de trou­ver par­mi eux quelqu’un qui embrasse son fonc­tion­ne­ment sans réserve…

      Cela va peut-être vous sur­prendre, mais l’un de mes der­niers pro­jets tente d’offrir aux ONG (notam­ment locales) des solu­tions de fun­drai­sing éthiques et gra­tuites par le biais de leviers éco­no­miques alter­na­tifs (l’entrepreneuriat social en par­ti­cu­lier), car les pra­tiques actuelles en la matière me semblent être un véri­table scan­dale. Par exemple, ONG CONSEIL, lea­der fran­çais de la col­lecte de rue et par­te­naire pri­vé de bon nombre d’ONG, reporte lever 130 m Euros de dons pour un coût de 70 m Euros. Le fun­drai­sing (dont la com­mu­ni­ca­tion) pèse jusqu’à 20% du Compte de Résul­tat des grosses ONG. Je vous laisse devi­ner ce qui reste de la géné­ro­si­té de la per­sonne qui aura peut-être « retar­dé son métro » pour prendre le temps de don­ner ses coor­don­nées ban­caires (même si pour le coût, j’ignore si MdM uti­lise ce biais de col­lecte). Il y a bien d’autres exemples aus­si navrants.

      Voyez-vous, comme vous le sous-enten­dez, les 21% (2) de ces braves gens (dont je fais par­tie) qui ne tardent pas à la sta­tion de métro et ne parlent pas à ces V.R.P. « phi­lan­thropes » vêtus de cha­subles, ont peut-être des rai­sons bien plus per­ti­nentes que le métro à prendre … ou l’affiche aper­çue rapi­de­ment, entre celle du « soyez le plus beau avec le der­nier sham­poing qui mousse encore plus » et celle du « spec­tacle le plus abou­ti de Jene­sais­qui”. Par contre, je ne vois aucune démarche ana­ly­tique (étude de l’impact de MdM sur le ter­rain, KPI … ) et finan­cière qui étaye votre “alerte” ; quelques ques­tions posées (avec un léger pro­cès d’intention, en par­ti­cu­lier au tra­vers de votre paro­die de comm.) mais sur­tout une vive et longue cri­tique de l’aspect comm. de cette cam­pagne.

      La comm. … « Le pro­blème, c’est qu’on n’a jamais pu démon­trer, en plus de 50 ans de recherche empi­rique dans tous les labos de recherche en socio­lo­gie de la com­mu­ni­ca­tion du monde, le carac­tère “puis­sant” des médias ni de la publi­ci­té ». Pour­tant vous expri­mez en intro­duc­tion « (v)otre inquié­tude en décou­vrant la cam­pagne de culpa­bi­li­sa­tion » de MdM. Il me semble que vous avez donc l’intuition que le risque de culpa­bi­li­sa­tion est puis­sant ? Forts de votre exper­tise, ne ten­te­riez-vous pas d’universaliser votre propre sentiment/lecture ? Car cette appré­cia­tion dépend d’une infi­ni­té de fac­teurs socio-cultu­rels et éco­no­miques, n’est-ce pas ? Et les réac­tions inhé­rentes, éga­le­ment ?

      Par exemple, à mes yeux, la pho­to­gra­phie ne me parait pas si cho­quante (je la trouve même soft par rap­port à ce que je vois sou­vent…) ; c’est en tout cas une réa­li­té. Un fait. Comme vous le sou­li­gnez jus­te­ment, l’enfant en ques­tion ne sera pas néces­sai­re­ment aidé par l’action que per­met­tra de finan­cer cette cam­pagne (d’ailleurs, ladite action de MdM est-elle effi­cace? Est-elle per­ti­nente vis-à-vis du pro­blème sou­le­vé c.-à-d. deve­nir des « enfants des décharges » … là, à mes yeux, cela aurait été un angle inté­res­sant… ), il ne tou­che­ra pas d’ailleurs de royal­ties sur ce cli­ché, mais au moins, sa condi­tion sera por­tée aux yeux d’un public qui a poten­tiel­le­ment bien plus de moyens (et de véhi­cules c.-à-d. ONG, assoc., …) pour réagir ain­si qu’une base judéo-chré­tienne fer­tile (3) à cela. Per­son­nel­le­ment, je crois qu’il est par­fois sain de « vio­len­ter ain­si » nos com­pa­triotes, car oui, il y a matière à se sen­tir cou­pable / empa­thique (4) : cet enfant ne vit que de ce qu’on ne veut plus voir, ni avoir (c.-à-d. les déchets). Il y a éga­le­ment ceux qui pro­duisent cer­taines de nos bas­kets (cf. com­men­taire plus haut ; comme quoi même pour l’achat, la tran­sac­tion nous engage un peu ?) Par­don­nez ces deux images d’Épinal : je vous laisse cepen­dant devi­ner au tra­vers, comme pour ces illus­tra­tions d’antan, quelques concepts plus pro­fonds qui s’y cache­raient.

      Pour autant, et j’abonde dans le sens de M. Car­bo, il faut à mes yeux pré­fé­rer sti­mu­ler l’empathie, d’abord.

      En conclu­sion, je suis navré de voir une telle éner­gie déployée pour dénon­cer une pseu­do­dé­rive de com­mu­ni­ca­tion (qui n’est fina­le­ment qu’un corol­laire du pro­blème), arguant -hypo­thé­ti­que­ment (5)- de son effet néfaste. Je regrette que cette force ne soit pas davan­tage cen­trée sur le fond dudit pro­blème : le finan­ce­ment de la phi­lan­thro­pie et son effi­ca­ci­té ; des expé­ri­men­ta­tions posi­tives qui sont aujourd’hui faites pour y remé­dier. De mettre en pers­pec­tive votre pro­pos avec les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les ONG pour être visibles et impli­ci­te­ment, pour se finan­cer. Au moins aurais-je été ravi (sin­cè­re­ment) de com­prendre vos recom­man­da­tions, s’agissant de la com­mu­ni­ca­tion à adop­ter dans le contexte actuel de la phi­lan­thro­pie et (encore une fois) de son finan­ce­ment. Est-il trop tard pour vous lire sur ce der­nier point ?

      Cela-étant -et c’est ma convic­tion, on devrait fré­quem­ment rap­pe­ler aux nan­tis que leur situa­tion ne sera jamais réel­le­ment durable avec une huma­ni­té qui compte en son sein, de plus en plus de va-nu-pieds. C’est éga­le­ment un sens pos­sible à don­ner au geste (et au mes­sage ?).

      Bonne conti­nua­tion,

      Éric

      P.S. Mes ami­tiés à votre admi­nis­tra­teur qui s’est si brillam­ment dis­tin­gué par sa par­tia­li­té et son pro­cès d’intention (pour­quoi réunir Paul & Éric, au juste?)… Le troll y a vu le regret­té Mas­toc dans la gloire du père Pagnol…

      Point de pro­cès d’intention, mais une camion­nette, c’est limi­té.
      D’accord avec vous : com­ment avancent-ils ce ratio ?
      Le don et… la culpa­bi­li­té, qui vient de loin ; au moins de la nais­sance du mono­théisme.
      Cha­cun son hypo­thèse sur l’effet seul ou com­bi­né “Culpa­bi­li­té” Et/OU Empa­thie” (ou vice-ver­sa) que pro­vo­que­rait l’affiche, donc de son résul­tat (5)
      Si je com­prends bien la réponse de M. Babou et son cours magis­tral

      • 12 janvier 2016 à 13 h 39 min

        Je me suis lais­sé empor­ter et je le regrette, pré­fé­rant géné­ra­le­ment la réflexion au réflexe. Votre pre­mier com­men­taire était si pol­lué de per­si­flage que je ne me suis pas lais­sé de temps pour y répondre. Vos com­men­taires sui­vants sont un peu plus modé­rés.

        Une camion­nette c’est limi­té dites-vous. Nous étions orga­ni­sés en convoi de plu­sieurs dizaines de véhi­cules pour pou­voir pas­ser les fron­tières sans trop d’ennuis. Cette “courte expé­rience” a duré huit ans, les deux pre­mières années pour des biens maté­riels, les sui­vantes pour des biens imma­té­riels tels que musique, théâtre, danse, pour l’accompagnement des désordres phy­siques et psy­cho­lo­giques pro­vo­qués par le conflit (viols, ampu­ta­tions, deuils, etc.). Cet accom­pa­gne­ment était mis en place par le Fes­ti­val de théâtre de Mos­tar (Mr Sead Dulič) dès 1997.
        J’ai vrai­sem­bla­ble­ment les pieds nicke­lés, mais que dire des pieds en or mas­sif que j’ai vu défi­ler pen­dant ces années; qui nous offraient une cen­taine d’euros à la condi­tion que nous arbo­rions leur éten­dard ? Comme le coli­bri de la fable, nous avons fait notre part, une goutte cha­cun, mais tota­le­ment des­ti­née à ce feu, sans rien en retran­cher pour payer la com­mu­ni­ca­tion. Nous n’avons pas été pré­da­teurs de la misère afin de mon­trer notre “grand cœur”. Nous n’avons pas culpa­bi­li­sé les dona­teurs. Ces mil­liers d’anonymes n’ont pas béné­fi­cié de leur béné­vo­lat, à part quelques entre­fi­lets dans les jour­naux locaux fran­çais qui saluaient leur dés­in­té­res­se­ment. Il a fal­lu votre com­men­taire pour que j’en parle sur ce blog.

        Quant au mas­sacre de la langue écrite, c’est pour moi très grave car il est révé­la­teur de la désin­vol­ture avec laquelle est trai­té le bien com­mun. La langue est le lieu de la com­pré­hen­sion, si nous ne la res­pec­tons pas, com­ment nous com­pren­drons nous ?
        Le public était entré dès qu’on avait ouvert les portes
        Le public était entré, des cons avaient ouvert les portes.

        Sur l’intelligence, venant d’une famille d’analphabètes issue d’un vil­lage d’analphabètes, je suis d’accord avec vous pour dire que l’intelligence, tant céré­brale que sen­sible, n’est pas l’apanage des ins­truits. Je pense même que ce sont les ins­truits qui déclenchent les guerres, pas les pauvres. Les pauvres déclenchent des révoltes, vite matées par les ins­truits cupides.
        Je conti­nue mon acti­visme, mais pour des asso­cia­tions locales en Cen­tra­frique : un peu d’argent et des conseils tech­niques, ma san­té ne me per­met pas d’aller sur place.

    17. 12 janvier 2016 à 1 h 17 min

      Les notes :

      Point de pro­cès d’intention, mais une camion­nette, c’est limi­té.
      D’accord avec vous : com­ment avancent-ils ce ratio ?
      Le don et… la culpa­bi­li­té, qui vient de loin ; au moins de la nais­sance du mono­théisme.
      Cha­cun son hypo­thèse sur l’effet seul ou com­bi­né “Culpa­bi­li­té” Et/OU Empa­thie” (ou vice-ver­sa) que pro­vo­que­rait l’affiche, donc de son résul­tat (5)
      Si je com­prends bien la réponse de M. Babou et son cours magis­tral

    18. Igor Babou 12 janvier 2016 à 2 h 51 min

      @Eric

      Essayons de par­tir d’un autre pied, en évi­tant tout pro­cès d’intention et tout éner­ve­ment. Vous dites :

      En conclu­sion, je suis navré de voir une telle éner­gie déployée pour dénon­cer une pseu­do­dé­rive de com­mu­ni­ca­tion (qui n’est fina­le­ment qu’un corol­laire du pro­blème), arguant -hypo­thé­ti­que­ment (5)- de son effet néfaste. Je regrette que cette force ne soit pas davan­tage cen­trée sur le fond dudit pro­blème : le finan­ce­ment de la phi­lan­thro­pie et son effi­ca­ci­té ; des expé­ri­men­ta­tions posi­tives qui sont aujourd’hui faites pour y remé­dier. De mettre en pers­pec­tive votre pro­pos avec les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les ONG pour être visibles et impli­ci­te­ment, pour se finan­cer. Au moins aurais-je été ravi (sin­cè­re­ment) de com­prendre vos recom­man­da­tions, s’agissant de la com­mu­ni­ca­tion à adop­ter dans le contexte actuel de la phi­lan­thro­pie et (encore une fois) de son finan­ce­ment. Est-il trop tard pour vous lire sur ce der­nier point ?

      Je recom­man­de­rais d’éviter de men­tir, tout sim­ple­ment. Men­tir au public en le culpa­bi­li­sant tout en dépen­sant des for­tunes en com­mu­ni­ca­tion, c’est insup­por­table quand on pré­tend don­ner des leçons de morale. Je dois être encore plus dino­sau­rien que vous : les men­songes du mar­ke­ting m’insupportent. C’est sans doute pour cela que je suis deve­nu scien­ti­fique, et que j’ai défi­ni­ti­ve­ment et sans regret aban­don­né ma car­rière de men­teur pro­fes­sionnel de com­mu­ni­cant : la véri­té d’un énon­cé m’importe.

      Réflé­chis­sons ensemble à la situa­tion que pro­duit ces affiches. Ne regar­dez pas l’image de l’affiche, mais pen­sez plu­tôt à la situa­tion empi­rique dans son ensemble : un pho­to­graphe pho­to­gra­phie une petite fille sur un tas d’immondices, puis cette pho­to atter­rit dans un cabi­net de com­mu­ni­ca­tion pari­sien (DDB Paris) qui choi­sit sans doute par­mi un ensemble de pho­tos celle la plus char­gée en pathos. Tout ça coûte une for­tune en concep­tion, en impres­sion, en dif­fu­sion. C’est ça, les faits. La petite fille a-t-elle été secou­rue ? On n’en sau­ra rien. Le pho­to­graphe et DDB Paris lui ont-ils fait un contrat de ces­sion de ses droits à l’image ? Une star du ciné­ma pren­drait une for­tune en droits à l’image, et il y a des lois en France qui inter­disent de dif­fu­ser la pho­to d’une per­sonne sans son consen­te­ment. Mais on ne sait pas si cette petite fille ou ses parents ont signé un contrat de ces­sion de droits à l’image, comme c’est la loi en France. On ne sait pas non plus si le pho­to­graphe a secou­ru cette petite fille, ou s’il a aidé le SDF à se rele­ver : s’agit-il vrai­ment d’un SDF ? Là aus­si, on pour­rait avoir de sacrées sur­prises croyez-moi… Qui est cette per­sonne ? Com­ment pou­vons-nous savoir s’il s’agit bien d’un SDF, dans un contexte où le men­songe règne en maître puisqu’il s’agit de mar­ke­ting ?

      On sait en revanche que tout ça a cou­té une for­tune à MdM. Et sur ces bases, on accuse le public qui galère en métro de ne pas dépen­ser quelques euros pour sou­te­nir cette petite fille ? Mais c’est juste dégueu­lasse comme pro­cé­dé ! Parce que ces mêmes gens qui galèrent en métro ont peut-être don­né à des ONG avant de se faire insul­ter ain­si. Moi, j’ai don­né à des ONG durant des années, et je me fais insul­ter tous les jours par des com­mu­ni­cants en pre­nant le métro. Mais eux, ces com­mu­ni­cants, où sont-ils ? Quel est leur salaire ? Contri­buent-ils à la réduc­tion de la pau­vre­té par leur tra­vail ? Non, car le tra­vail d’un publi­ci­taire est jus­te­ment de créer de faux besoins pour des per­sonnes qui ont peu d’argent : il s’agit de faire dépen­ser ceux qui ont le moins pour que ceux qui ont le plus s’enrichissent encore, et que les com­mu­ni­cants pré­lèvent leur marge au pas­sage. C’est ça, la pub, rien d’autre : un men­songe géné­ra­li­sé, et le pire, c’est que c’est inef­fi­cace (voir mon “cours” plus haut). En revanche, ça nous habi­tue à ce que plus rien ne signi­fie quoi que ce soit : tout et son contraire peut être dit. L’amour c’est la haine, la géné­ro­si­té c’est l’égoïsme, l’espoir c’est le déses­poir, etc. Je le sais, j’ai été publi­ci­taire : mon métier, c’était de men­tir et d’habituer le monde au men­songe. Encore ne l’ai-je pra­ti­qué que peu de temps ce métier, et à une échelle sans com­mune mesure en termes d’ignominie par rap­port à cette cam­pagne-là.

      Que ça rap­porte plus que ça ne coûte ne compte pas et ne peut pas ser­vir d’argument : on n’en sait rien, déjà, dans la mesure où pour le savoir, il fau­drait que MdM pro­duise ses bilans et ses dépenses de com­mu­ni­ca­tion en toute trans­pa­rence.  Quand on exige une éthique de la part du public, ce serait la moindre des choses que de s’appliquer à soi-même cette éthique. Une publi­ci­té éthique aurait ain­si com­por­té les textes sui­vants :

      21% des per­sonnes sol­li­ci­tés ne peuvent pas aider cette petite fille… mais nous avons dépen­sé tant de mil­liers d’euros pour la pho­to­gra­phie, tant de mil­liers d’euros pour l’impression, tant de mil­liers d’euros en salaire de gra­phistes, tant de mil­liers d’euros en droits d’auteurs, tant de mil­liers d’euros pour la fille de Luchi­ni et pour l’équipe de réa­li­sa­tion du clip vidéo, tant de mil­liers d’euros pour les pas­sages du clip en ciné­ma ou en TV, etc., et cet argent n’aidera pas la petite fille que nous vous deman­dons d’aider en vous trai­tant de sales égoïstes” : faites ce que nous disons, mais pas ce que nous fai­sons, en somme !

      MdM et DDB Paris ont mis en scène la misère pour faire de l’argent, c’est ça la situa­tion dans toute sa tri­via­li­té. Il ne s’agit pas d’une lutte contre la misère : mais de la mise en scène de la misère à des fins éco­no­miques, et cela sur la base d’une dénon­cia­tion de celles et ceux qui n’y peuvent rien, les membres du public, dési­gnés comme égoïstes. Mais les égoïstes, ce sont les com­mu­ni­cants qui ont réus­si à vendre cette cam­pagne à MdM, en s’appuyant sur les pos­tu­lats infon­dés et idéo­lo­giques que j’ai expo­sés plus haut.

      Je sais bien que MdM fait un réel tra­vail huma­ni­taire, et nous ne l’avons pas remis en cause. Et comme beau­coup de gens je donne à des ONG. Mais jamais je ne don­ne­rai un cen­time à MdM après cette cam­pagne : ça aus­si, c’est un effet dont je suis cer­tain qu’il est res­sen­ti par d’autres. Déjà plus de 160 signa­taires à notre lettre ouverte, alors que pour évi­ter d’être nous-mêmes pris dans le jeu de ce que nous dénon­çons, nous avons pré­fé­ré gérer nous-mêmes la péti­tion plu­tôt que de pas­ser par des boites comme Change.org ou Avaz, car nous avions de gros doutes quant à l’éthique de ces ser­vices de péti­tion en ligne qui ali­mentent le cha­ri­ty busi­ness tout en s’en nour­ris­sant : autre­ment dit, nous avons pré­fé­ré ris­quer de perdre en visi­bi­li­té pour notre lettre ouverte plu­tôt que de faire dans la com’ payante ou non éthique. Ces 160 signa­tures (qui auraient été plu­sieurs mil­liers si on avait uti­li­sé les ser­vices de Change.org) sont un indice que notre exi­gence d’éthique a visé juste, et qu’en dehors des quelques com­mu­ni­cants qui s’extasient sur les réseaux sociaux en se pâmant devant l’esthétique si “détour­née” et si “pro­vo­ca­trice” de cette publi­ci­té (véri­fiez sur le net, je n’exagère pas), il y a encore des gens pour qui le  sta­tut de la véri­té importe.

      Ensuite, si vous esti­mez impor­tant d’aborder le thème de l’économie de l’humanitaire, hé bien faites-le ! Nous esti­mons impor­tant de dénon­cer les men­songes du cha­ri­ty busi­ness et nous le fai­sons sans nous épar­piller, sur la base des domaines que nous maî­tri­sons à peu près. Mais si vous le sou­hai­tez, expo­sez ici-même vos pro­po­si­tions en termes d’économie de l’humanitaire, faites-en un billet, et on en dis­cute, pas de pro­blème, avec joie même. Mais vous ne pou­vez pas nous dic­ter ce que devrait être le seul sens du tra­vail cri­tique à mener autour des ONG : cha­cun a bien le droit de tra­vailler spé­ci­fi­que­ment son domaine, et il se trouve que le notre c’est la com­mu­ni­ca­tion et la cri­tique du débat public, pas l’économie.

      Pour le reste, j’avoue ne pas bien com­prendre vos autres argu­ments car je ne sai­sis pas à qui vous répon­dez, ni à quoi : pou­vez-vous pré­ci­ser vos remarques en citant pré­ci­sé­ment des élé­ments du texte ini­tial ? Sinon on va rapi­de­ment tour­ner en rond.

    19. 12 janvier 2016 à 19 h 48 min

      Je viens de rece­voir un mail de MdM. Pour faire un don. J’ai fait un don. Dix euros.

      Coïn­ci­dence ou cor­ré­la­tion ?

    20. Joëlle Le Marec 13 janvier 2016 à 9 h 34 min

      Un petit mot à pro­pos de deux choses dans votre post Eric, même si je ne sais pas si on peut vrai­ment chan­ger d’avis les uns les autres

      Vous dites : ” j’abonde dans le sens de M. Car­bo, il faut à mes yeux pré­fé­rer sti­mu­ler l’empathie, d’abord”. On ne peut pas pro­duire indus­triel­le­ment l’empathie par des pro­cé­dés en tout cas pas long­temps. Comme je disais plus haut, je suis très pré­oc­cu­pée par le fait que les ado­les­cent ne croient pas en ce qu’ils ont sous les yeux. La plu­part des images sont fabri­quées pour­quoi cette image de tel drame ne le serait-elle pas? Si on consi­dère qu’on peut pro­duire de quoi sti­mu­ler l’empathie, on contri­bue à leur don­ner rai­son et à les perdre quand ils doutent de toute infor­ma­tion au motif qu’elle est des­ti­née à ser­vir des inté­rêts.

      • Igor Babou 13 janvier 2016 à 10 h 30 min

        J’ai l’impression qu’une par­tie du pro­blème est que pour les ques­tions de com­mu­ni­ca­tion, tout comme pour la plu­part des ques­tions à carac­tère social, le sens com­mun paraît géné­ra­le­ment être suf­fi­sant pour “rai­son­ner” sur tel ou tel  cas. Dans la mesure où l’on baigne dans une idéo­lo­gie de la com­mu­ni­ca­tion qui est deve­nue une sorte de dogme, de croyance, de reli­gion, et que cette reli­gion de la com­mu­ni­ca­tion occupe chaque ins­tant de nos vies et presque chaque cen­ti­mètre car­ré de nos uni­vers visuels quo­ti­diens (dans la rue, cher­chez les rares espaces non colo­ni­sés par la publi­ci­té…), tout se passe comme si la com­mu­ni­ca­tion était deve­nue une évi­dence, quelque chose qui allait de soi, au même titre que le lan­gage. Sauf qu’on apprend à par­ler, à écrire, avec la gram­maire, le dic­tion­naire, l’orthographe, et toutes les méthodes qui vont avec. Mais pas avec la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­nelle qui ne fait l’objet que de très peu d’interrogation cri­tique à l’école, ou du moins pas assez, et pas avec les bonnes réfé­rences ni avec des spé­cia­listes de la ques­tion : s’il y a, dès le col­lège, des dis­ci­plines qui prennent en charge l’apprentissage des langues (et même dès la mater­nelle en fait, mais là ce ne sont pas des spé­cia­listes d’une dis­ci­pline), il n’y a pas l’équivalent pour la com­mu­ni­ca­tion : je le sais pour avoir for­mé, durant des années, des per­son­nels édu­ca­tifs à l’analyse des médias et de la com­mu­ni­ca­tion. C’est un véri­table pro­blème, et notre édu­ca­tion est tel­le­ment mal faite de ce point de vue qu’elle oriente soit vers une croyance aveugle dans les bien­faits de la com­mu­ni­ca­tion, soit au contraire vers des cri­tiques sou­vent som­maires et peu infor­mées des avan­cées théo­riques et empi­riques, car les seuls spé­cia­listes de la recherche sur la com­mu­ni­ca­tion sont à l’université. Dans cette affaire de MdM, le sens com­mun sert de balise, et non la réflexion cri­tique étayée par des obser­va­tions concer­nant, par exemple, le public : on nous oppose ain­si la néces­si­té de fabri­quer de l’empathie, ou celle de pro­mou­voir la cha­ri­té, sans prendre en compte les décen­nies d’analyse cri­tique des effets (ou de l’absence d’effet) de la com­mu­ni­ca­tion. Que faire face à ce qui est deve­nu la reli­gion du siècle ? D’ailleurs, les fon­da­men­ta­listes de tous bords sont aus­si des grands ama­teurs de com­mu­ni­ca­tion, même les dji­ha­distes, qui remettent en cause tous les acquis de la moder­ni­té, sauf la com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­na­li­sée et ses tech­niques. De telles alliances devraient nous inter­ro­ger plus.

      • 13 janvier 2016 à 12 h 20 min

        Igor

        Joëlle
        http://indiscipline.fr/members/olivierjmchantraine/
        La com­mu­ni­ca­tion, telle qu’elle est pra­ti­quée, est une mani­pu­la­tion de nos esprits. Elle ne sert pas le bien com­mun mais le bien de quelques uns. Pav­lov avait décou­vert une par­tie du “pour­quoi ça marche”, mais les domi­nants savaient depuis long­temps “com­ment ça marche”. Même pas besoin de l’hypnopédie d’Orwell, nous inté­grons les concepts viciés en plein état de veille.
        C’est la rai­son qui m’a fait poser mes hypo­thèses dans le billet “Spec­ta­teur ?”. Pour­quoi un texte mani­pu­lé par un met­teur en scène et par des inter­prètes nous convainc ou non ? Ces allers et retours qui vont des mots à l’émotion, de l’émotion aux mots, et qui génèrent les mots avec les­quels nous pen­sons et inter­pré­tons le monde. Nos esprits sont rem­plis de prêt à pen­ser et de prêt à par­ler qui nous sont four­nis par les mes­sages que nous rece­vons de la part des com­mu­ni­cants aux ordres des domi­nants. Je pense que le théâtre antique est un pré­cur­seur de ce que nous appe­lons com­mu­ni­ca­tion.

         Sha­kes­peare :
        Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.”“Comme il vous plai­ra”.
        C’est un récit conté par un idiot, plein de son et furie, ne signi­fiant rien.” “Mac­beth”.

         

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