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Demain sans doute le confinement (coronavirus)


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Demain ou après demain “ils” déci­de­ront le confi­ne­ment. Nos soi­gnants seront haras­sés, et pour­tant nous savons que nous pour­rons comp­ter sur eux les yeux fer­més. Mais pas sur la nuée de per­son­nages qui nous gou­vernent, nous informent, nous gèrent, nous cadrent, nous étouffent, nous entravent, nous méprisent, nous la popu­la­tion, le public, les gens, nous les bêtes comme dirait Sté­pha­nie l’a­mie retrou­vée. Il ne fau­dra pas oublier que le dimanche 15 mars, sur une chaîne de Radio France, dans une émis­sion éco­no­mique, un expert non inter­rom­pu par les jour­na­listes a pu dire que le pro­blème prin­ci­pal était que le pays n’a­vait pas été assez loin dans l’ef­fort pour réduire la dette, et que cela nous empê­chait de pou­voir aujourd’­hui inves­tir mas­si­ve­ment contre le virus. Et un autre invi­té de la même émis­sion décla­rer que pour que l’é­co­no­mie reparte après le coro­na­vi­rus, il fau­drait que les gens soient en vie. Oui, on a pu encore entendre ça et sen­tir le res­pect fré­mis­sant des ani­ma­teurs de l’é­mis­sion, dans celle-ci comme tant d’autres, cette fois comme tant d’autres fois aupa­ra­vant. Et on aura pu entendre aus­si, encore et encore, des appels à des ins­tances de déci­sions supra­na­tio­nales, pour coor­don­ner d’en­core plus haut, plus loin, plus cri­mi­nel­le­ment, plus stu­pi­de­ment.

Je n’ou­blie­rai pas que j’au­rai eu confiance avant tout dans ceux et celles qui prennent soin de nous, mon fils et tant d’autres qui devront lut­ter pour nous, demain et pour com­bien de temps, avec leur mer­veilleuse com­pé­tence et intel­li­gence, et qui luttent par-des­sus le mar­ché contre la sur­di­té du gou­ver­ne­ment et des tutelles.

Je n’ou­blie­rai pas que nos jeunes, nos enfants, nos frères et nos soeurs, ceux qu’on a gazés sur les­quels on a tapés pen­dant des mois et des mois parce qu’ils lut­taient pour leur ave­nir, ceux qui attendent aux portes des métro­poles et aux fron­tières de l’Eu­rope, si vivants, vul­né­rables et mer­veilleux, seront ceux qui auront gagné l’ou­ver­ture après la fin de ce capi­ta­lisme pour­ri et mor­ti­fère qui s’ef­fondre, eux qui étaient prêts depuis si long­temps et qui devaient attendre, subir les entraves de cette cohorte de déci­deurs et de pos­sé­dants, si lente, si dure à la détente, si bête, si égoïste.

Quand nous pour­rons sor­tir — quand — il ne man­que­ra pas de poli­tiques, de mana­gers, d’ex­perts, de gens de médias, de direc­teurs, pour faire comme si de rien n’é­tait, pour retour­ner com­man­der, pour inti­mer, pour enjoindre de retour­ner tra­vailler, remettre la machine en marche, relan­cer l’é­co­no­mie, rat­tra­per, tra­vailler, tra­vailler ou dis­pa­raître. Ces gens auront des tons assu­rés, des mines graves, ils don­ne­ront des direc­tives, ils tan­ce­ront.
Nous devrons nous rap­pe­ler alors com­bien ils étaient incom­pé­tents, insen­sibles, lents, lourds, com­bien ils étaient pesants, il fal­lait sans cesse les secouer, ils ne com­pre­naient rien, rien de rien. Nous avions com­pris depuis tant d’an­nées que le capi­ta­lisme était fini, nous savions depuis si long­temps qu’ils étaient étran­ge­ment insen­sibles au vivant,à la jeu­nesse, à leurs frères migrants, qui mou­raient, nous connais­sions par cœur leur espèce d’in­no­cence par­fois, suf­fi­sante, insup­por­table.
Pour le coro­na­vi­rus, après un moment incer­tain, nous avons brus­que­ment com­pris à un moment, qu’il fal­lait abso­lu­ment tout faire pour sau­ver les vies le plus vite pos­sible, nous l’a­vons sen­ti car cette jour­née là, nous avons chan­gé d’heure en heure, nous avons muté, nous avons sen­ti le moment où nous sommes entrés dans l’in­con­nu, nous avons pris congé de la mobi­li­sa­tion en cours qui bat­tait son plein avec encore une der­nière dis­cus­sion, un der­nier élan avant de quit­ter les lieux avec une poi­gnée d’é­tu­diants et de col­lègues si atten­tifs si concen­trés, dom­mage on était obli­gé de déjà se dire au-revoir. Nous avons pris congé de ce que nous fai­sions, d’une manière de vivre, d’une séries de mobi­li­sa­tions depuis ces années dans un monde qui s’ef­fon­drait et qui se fai­sait de plus en plus bru­tal. C’est un virus qui a mis la pagaille fina­le­ment, un brin som­maire qui a cir­cu­lé par­tout indif­fé­rents aux fron­tières, et aux milieux sociaux, et qui fait tout vaciller.
Mais ils en étaient encore à orga­ni­ser, à se consul­ter, à s’i­ma­gi­ner qu’ils nous pro­té­geaient de la panique, confon­dant notre inquié­tude avec une peur irra­tion­nelle, se regar­dant dans la glace en mana­gers ras­su­rants, alors que c’é­tait leur sen­si­bi­li­té et leur rai­son atro­phiées qui nous inquié­taient au plus haut point.
Nous devrons nous rap­pe­ler com­bien, à ce moment-là, ils étaient lents à la détente, com­bien ils étaient lourds, il fal­lait sans cesse les attendre, au bord du che­min, ils en étaient encore à faire la leçon, à leur sang froid de théâtre, puis à se deman­der pour les élec­tions, les acti­vi­tés, la conti­nui­té du tra­vail grâce à des plate-formes inno­vantes, des pres­ta­taires qui leur per­met­traient encore de mana­ger, les direc­tives, les acro­nymes. On se deman­dait com­bien d’heures il leur fau­drait pour réa­li­ser et faire leur devoir tout simple, faire leur part pour aider à sau­ver des vies, dire les quelques mots, allez, un effort, on perd du temps. Et quand enfin ils com­pre­naient, à peu près, après quatre ou cinq revi­re­ments, ils leur fal­lait encore adop­ter ce ton arro­gant, ce registre admi­nis­tra­tif, sans dai­gner recon­naître qu’ils devaient leur prise de conscience tou­jours tar­dive à la pous­sée de ceux qui avaient com­pris et sans qui ils en seraient res­tés encore des heures, des jours, à leurs déci­sions cri­mi­nelles.
Ils fau­dra se rap­pe­ler qu’ils ne s’in­té­res­saient pas aux malades, ils ne s’in­té­res­saient pas à ceux qui étaient sans abri, ni à ceux qui seraient sans reve­nu, ni à ceux qui étaient vul­né­rables, ni à ceux qui seraient en dan­ger quinze jours plus tard faute de place à l’hô­pi­tal. Ils s’in­té­res­saient aux manières de pour­suivre les acti­vi­tés pro­duc­tives, au pilo­tage de ceux qui seraient chez eux avec leurs enfants. Ils ne pen­saient pas une seconde que les enfants auraient peut-être autre chose en tête que rat­tra­per à dis­tance le cours d’an­glais ou de ges­tion, peut-être autre chose à apprendre, à com­prendre, dans ce monde qui leur appar­tient, puis­qu’ils sont aus­si, ces enfants, des êtres vivants dans la tour­mente du vivant.
Il fau­dra abso­lu­ment se rap­pe­ler, le jour venu, que nous n’au­rons pas à obéir, nous n’au­rons pas à aller à telle réunion de relance, nous n’au­rons pas à répondre oui tous en chœur pour leur redon­ner l’as­cen­dant alors qu’ils n’au­ront agi que grâce à la mobi­li­sa­tion sans faille de tous ceux qu’ils avaient atta­qué pen­dant des mois, ou bien aux­quels ils étaient insen­sibles et indif­fé­rents. Il fau­dra nous rap­pe­ler à qui nous devrons quelque chose, il fau­dra nous entrai­der dans ces milieux là qui ont été vivants et souf­frants à ce moment, il fau­dra en finir avec la faus­se­té, les couches de crasse mana­gé­riale, et suivre ce qui nous a fait com­prendre quelque chose de ce qui nous fai­sait tenir ensemble au moment où ça com­men­çait.

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