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Journée libre pour la gratitude et la tristesse, contre le retour à l’anormal


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Le décon­fi­ne­ment a com­men­cé mais quelque chose d’essentiel est en train de man­quer. Nous avons res­sen­ti col­lec­ti­ve­ment notre fra­gi­li­té et nous avons éprou­vé, toutes et tous, la recon­nais­sance due à celles et ceux qui ont pris soin de nos vies pen­dant toute la période du confi­ne­ment.
Cette dette par­ta­gée a ren­du tolé­rable l’écart insup­por­table entre celles et ceux dont le rôle était de res­ter confiné.e.s pour évi­ter la pro­pa­ga­tion du Covid 19, et celles et ceux qui s’exposaient pour soi­gner et main­te­nir les vies en dan­ger. Elle ren­dait éga­le­ment dési­rable et néces­saire la pers­pec­tive, après le dan­ger, d’une place cen­trale au sou­ci d’au­trui, enfin recon­nu, essen­tiel, pour aller vers une socié­té struc­tu­rée par les inter­dé­pen­dances.

Nous avons applau­di en sachant bien que cela n’était pas suf­fi­sant, car nous pro­je­tions dans ce geste un début d’autre chose, un sou­tien plus enga­gé dans les luttes menées depuis des mois par les per­son­nels de l’hôpital public qui se sont retrou­vés face à des situa­tions insup­por­tables.

Nous avons lu et écou­té les chiffres quo­ti­diens, nombre de cas, nombre de vic­times, en essayant de répa­rer le gouffre entre ce qui était une don­née sta­tis­tique pour les uns et une perte irré­mé­diable pour les autres, pri­vé de contacts avec leurs proches.

Pen­dant des semaines, des mil­liers de per­sonnes ont pris des risques pour les autres, elles n’ont pas été pro­té­gées ou si peu. Pen­dant des semaines des dizaines de mil­liers de per­sonnes sont mortes, elles ont été pri­vées d’hommage, de funé­railles. Ce sont les soignant.e.s qui ont assu­mé les der­niers moments, ce sont elles et eux qui les ont vu mou­rir.

Les applau­dis­se­ments se raré­fient, le nombre de cas dimi­nue en dépit du nombre tou­jours très éle­vé de vic­times. Les dis­cours poli­tiques et média­tiques se sont dépor­tés vers la reprise des acti­vi­tés. Nous sor­tons dans les rues, nous tra­vaillons, le mana­ge­ment sort de son trou. Nous nous retrou­vons mais nous sommes pri­vés de liber­té.

Une inquié­tude sourde, vive, col­lec­tive, nous tra­vaille. Nous sommes tenaillés par l’indignité d’une indif­fé­rence pos­sible à ce qui aura été vécu si dif­fé­rem­ment par les un.e.s et es autres, d’un oubli rapide du néces­saire par­tage de la dette, des dons, du cha­grin, des pertes.

Beau­coup d’entre nous sont parents et/ou enfants de soi­gnants. Cer­tains ont per­du des parents, des proches, des amis. Nous sommes tous col­lec­ti­ve­ment les proches de ceux qui ont pris soin de nous, et nous avons tous per­du col­lec­ti­ve­ment les mil­liers vic­times dont les noms et les visages ne sont pra­ti­que­ment jamais appa­rus dans nos médias.

Toute socié­té vivante ché­rit ses jeunes prend soin de ses aînés, pleure ses morts. Nous ne pou­vons sup­por­ter de voir à ce point abi­més les prin­cipes d’une socié­té décente. Mais les rares ras­sem­ble­ments sont inter­dits et répri­més dans la vio­lence par la police.

Nous exi­geons de la part de notre gou­ver­ne­ment qu’il en finisse avec la déma­go­gie et la bru­ta­li­té infli­gée l’hôpital public, qu’il recon­naisse sa dette à l’égard de la popu­la­tion qui a fait face, qu’il garan­tisse des condi­tions de tra­vail et d’étude décentes, un mini­mum de res­pect face à l’ampleur de ce qui est fait et subi.

Nous exi­geons éga­le­ment de pou­voir nous réunir, toutes celles et tous ceux qui le sou­haitent, lors d’une jour­née d’expression col­lec­tive de notre gra­ti­tude, de notre tris­tesse, de nos aspi­ra­tions. Nous sou­hai­tons que cette jour­née soit l’occasion, enfin, de recon­naître et éprou­ver l’importance majeure des soli­da­ri­tés qui nous font vivre.

Nous deman­dons aus­si à la jus­tice qu’elle veille sur la popu­la­tion, la pro­tège, fasse droit aux demandes de jus­tice et à celles et ceux qui se tournent vers elle, réta­blisse le sens des res­pon­sa­bi­li­tés, fasse res­pec­ter les liber­tés.

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