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Suppression des qualifications CNU pour les recrutements et promotions des enseignants-chercheurs


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His­toire de gâcher un peu plus notre week-end, voi­ci une info sidé­rante en pro­ve­nance du Sénat, envoyée par Jérôme Val­luy (Uni­ver­si­té Paris 1), et qui démontre le mépris dans lequel la classe poli­tique tient l’université et la recherche. Si ce texte est adop­té défi­ni­ti­ve­ment, il ne res­te­ra plus qu’à recru­ter les col­lègues sur la base d’appartenances poli­tiques locales, des ami­tiés avec tel ou tel pré­sident ou direc­teur d’établissement, ou bien car­ré­ment en met­tant en place des tom­bo­las. Après tout, au point où on en est de la perte de sens et de l’absurdité de nos métiers…

Mais Dieu mer­ci, la Sainte inqui­si­tion de l’AERES est sau­ve­gar­dée dans ses fonc­tions : on voit à quel point il était impor­tant d’avoir mis en place des assises de l’enseignement supé­rieur, par­ti­ci­pa­tives et tout et tout (on y croit…), pour res­tau­rer la démo­cra­tie, l’écoute et le par­tage entre les acteurs de ter­rain et le minis­tère.

Celles et ceux qui ont sou­te­nu ces poli­tiques de des­truc­tion de l’enseignement supé­rieur et de la recherche, ou celles et ceux qui ont lais­sé faire sans pro­tes­ter, arrivent-ils/elles encore à se regar­der dans une glace le matin ?

 

Un amen­de­ment sidé­rant, impro­vi­sé par les Verts, a été adop­té et intro­duit hier soir au Sénat dans le pro­jet de loi sur l’Enseignement Supé­rieur et la Recherche : la sup­pres­sion pure et simple de la pro­cé­dure de qua­li­fi­ca­tion natio­nale par le CNU pour les recru­te­ments et pro­mo­tions des ensei­gnants-cher­cheurs : http://www.senat.fr/amendements/2012–2013/660/Amdt_6.html

L’amen­de­ment n°6 sup­prime le pre­mier ali­néa de l’actuel article L. 952–6 du code de l’éducation pré­voyant “Sauf dis­po­si­tions contraires des sta­tuts par­ti­cu­liers, la qua­li­fi­ca­tion des ensei­gnants-cher­cheurs est recon­nue par une ins­tance natio­nale.” Ci-des­sous le pre­mier extrait des débats, vers 21h30, où l’on voit la com­plai­sante ambi­guï­té de la rap­por­teure et sur­tout de la ministre pré­fé­rant lais­sant pas­ser, tout en en ayant pas l’air, mais sans s’exprimer clai­re­ment contre, sans doute pour s’assurer du vote glo­bal des Verts sur le pro­jet (adop­té hier vers 1h du matin) quitte à leur lais­ser faire n’importe quoi plu­tôt que de défendre la pro­cé­dure de qua­li­fi­ca­tion.

Le carac­tère impro­vi­sé de l’opération appa­raît dans le rejet d’un autre amen­de­ment n°7 (cf. ci-des­sous deuxième extrait) de mise en cohé­rence du code de l’éducation. Mais ce rejet concer­nant des sta­tuts déro­ga­toires ne réduit pas la por­tée de la sup­pres­sion opé­rée par le pré­cé­dent amen­de­ment.

La com­mis­sion mixte pari­taire est pré­vue pour mer­cre­di 26 juin 2013 avec 7 dépu­tés (4  gauche, 3 oppo­si­tion) + 7 séna­teurs (3 socia­listes, 1 Vert, 2 UMP, 1 UDI). Le texte, pour être adop­té, devra recueillir 8 voix pour. Les séna­teurs éco­lo  et UDI vont être en posi­tion de négo­cier la 8ème voix.  En cas d’échec, la loi repren­dra le che­min des deux hémi­cycles pour deuxième lec­ture à  l’AN, où le dépôt d’amendements serait ain­si ré-ouvert (séance éven­tuelle le 9 juillet) et au Sénat (15 juillet). Si les texte adop­tés dans les deux chambres ne sont pas iden­tiques, la loi retour­ne­ra à l’AN pour déci­sion finale.

En revanche, l’AERES est main­te­nue (amen­de­ment n°24 de sup­pres­sion reje­té) !!!

Si il reste en l’état, le texte de loi por­te­ra un coup fatal à l’évaluation par le CNU des com­pé­tences dans chaque  dis­ci­pline scien­ti­fique : les petites dis­ci­plines en par­ti­cu­lier, faibles dans les com­mis­sions locales, risquent de voir se mul­ti­plier des recru­te­ments locaux déca­lés par rap­port à leurs domaines et de se trou­ver ain­si lami­nées par des dis­ci­plines voi­sines plus puis­santes dans les jeux de pou­voirs internes aux uni­ver­si­tés. Cet amen­de­ment porte un nou­veau coup au carac­tère natio­nal des sta­tuts d’enseignants-chercheurs au pro­fit d’une ges­tion locale allant dans le sens de la régio­na­li­sa­tion en cours du sys­tème uni­ver­si­taire fran­çais. La qua­li­fi­ca­tion par le CNU tant des doc­teurs, can­di­dats aux postes d’enseignants-chercheurs, que des ensei­gnants-cher­cheurs, can­di­dats à une pro­mo­tion, est une pro­cé­dure d’évaluation indis­pen­sable à la qua­li­té du tra­vail dans cette pro­fes­sion : sa sup­pres­sion risque de ser­vir de pré­texte à la réin­tro­duc­tion d’une autre forme d’évaluation, tech­no­cra­tique et non scien­ti­fique, aux fins de réduc­tions bud­gé­taires par modu­la­tion des ser­vices d’enseignement. En l’absence de cette éva­lua­tion des recherches et des dos­siers de can­di­da­tures par le CNU, la pro­pen­sion aux recru­te­ments loca­listes de can­di­dats plus sédui­sants par leurs proxi­mi­tés ou dépen­dances rela­tion­nelles que par les mérites de leurs pro­duc­tions et expé­riences s’aggravera iné­luc­ta­ble­ment au détri­ment de la qua­li­té du ser­vice public d’enseignement supé­rieur et de recherche.

Jérôme Val­luy — 22 juin 2013, 13h

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Extraits du compte-ren­du de séance du 21 juin : http://www.senat.fr/cra/s20130621/s20130621_4.html#par_747

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“Mme la pré­si­dente. — Amen­de­ment n°6, pré­sen­té par M. Gat­to­lin et les membres du groupe éco­lo­giste.

Après l’article 43 bis

Insé­rer un article addi­tion­nel ain­si rédi­gé :

Le pre­mier ali­néa de l’article L. 952–6 du code de l’éducation est sup­pri­mé.

Mme Corinne Bou­choux. — Les moda­li­tés de la qua­li­fi­ca­tion sont une ori­gi­na­li­té fran­çaise. La pro­cé­dure est très chro­no­phage, coû­teuse et détourne les ensei­gnants-cher­cheurs de leurs mis­sions pre­mières, la recherche et la for­ma­tion. Je reprends ici la pro­po­si­tion 126 du rap­port Ber­ger. Fai­sons confiance aux jurys de thèse et sup­pri­mons cette pro­cé­dure.

Mme Domi­nique Gil­lot, rap­por­teure. — La pro­po­si­tion de M. Ber­ger est inté­res­sante mais pré­ma­tu­rée ; la concer­ta­tion n’a pas encore abou­ti. Retrait ?

Mme Gene­viève Fio­ra­so, ministre. — On peine à obte­nir le consen­sus de la com­mu­nau­té scien­ti­fique. Le temps n’est pas venu d’installer ce dis­po­si­tif. Lais­sons le temps au temps. L’objectif de la loi est avant tout d’apaiser, de ras­sem­bler, de remo­bi­li­ser.

Mme Marie-Chris­tine Blan­din, pré­si­dente de la com­mis­sion de la culture. — Le temps n’est pas venu d’installer ce dis­po­si­tif ? Il ne s’agit pas d’installer mais de sup­pri­mer un dis­po­si­tif qui péna­lise tous les doc­to­rants de France…

L’amendement n°6 est adop­té.”
http://www.senat.fr/amendements/2012–2013/660/Amdt_6.html
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ARTICLE 44

Mme la pré­si­dente. — Amen­de­ment n°7, pré­sen­té par M. Gat­to­lin et les membres du groupe éco­lo­giste.

Après l’alinéa 3

Insé­rer un ali­néa ain­si rédi­gé :

…) Les mots : « dont la qua­li­fi­ca­tion est recon­nue par l’instance natio­nale pré­vue à l’article L. 952–6 » sont sup­pri­més ;

Mme Corinne Bou­choux. — Amen­de­ment de cohé­rence.

Mme Domi­nique Gil­lot, rap­por­teure. — Je main­tiens l’avis défa­vo­rable de la com­mis­sion. La concer­ta­tion n’est pas mûre pour sup­pri­mer la qua­li­fi­ca­tion.

Mme Gene­viève Fio­ra­so, ministre. — Même avis.

L’amendement n°7 n’est pas adop­té.
http://www.senat.fr/amendements/2012–2013/660/Amdt_7.html

Igor Babou

Igor Babou

Je suis professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication.

Je travaille sur les relations entre nature, savoirs et sociétés, sur la patrimonialisation de l'environnement, sur les discours à propos de sciences, ainsi que sur la communication dans les institutions du savoir et de la culture. Au plan théorique, je me situe à l'articulation du champ de l'ethnologie et de la sémiotique des discours.

Sinon, dans la "vraie vie", je fais aussi plein d'autres choses tout à fait contre productives et pas scientifiques du tout... mais ça, c'est pour la vraie vie !
Igor Babou



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    19 réponses “Suppression des qualifications CNU pour les recrutements et promotions des enseignants-chercheurs”

    1. itgugue
      23 juin 2013 à 20 h 04 min

      Bon­jour,
      Il y a un contre-sens au sujet de l’AERES dans le texte que vous reco­piez : l’amendement n°24 de sup­pres­sion qui a été reje­té visait à sup­pri­mer l’article qui sup­prime l’AERES. Donc l’AERES dis­pa­raît bien, jusqu’à nou­veau rebon­dis­se­ment.

    2. Igor Babou 23 juin 2013 à 20 h 30 min

      On ver­ra bien : l’ambiance n’est pas, en ce moment, à la sup­pres­sion de la Sainte inqui­si­tion de l’AERES.

      En atten­dant, il y a eu une ava­lanche de réac­tions concer­nant la pro­cé­dure de qua­li­fi­ca­tion, donc celle de la CP-CNU :

      http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6163

    3. 23 juin 2013 à 21 h 59 min

      Oui, il y a un contre­sens dans la réfé­rence entre paren­thèse : dans l’urgence de l’alerte, j’ai rédi­gé trop vite… et sub­sti­tué ulté­rieu­re­ment dans l’envoi du mes­sage, la phrase sui­vante :

      En revanche, l’AERES ré-inti­tu­lée HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supé­rieur) est main­te­nue avec pour mis­sion “De s’assurer de la prise en compte, dans les éva­lua­tions des per­son­nels de l’enseignement supé­rieur et de la recherche, de l’ensemble des mis­sions qui leur sont assi­gnées par la loi” (art.49–4).

      Ce que je vou­lais dire c’est que la sup­pres­sion des qua­li­fi­ca­tions au CNU comme mode d’évaluation intel­li­gente dans nos car­rières condui­rait donc iné­luc­ta­ble­ment à l’apparition, sous l’égide de l’AERES réfor­mée, d’un autre mode d’évaluation pro­ba­ble­ment aus­si délé­tère que ceux que nous avons com­bat­tus en 2009.

      Bien cor­dia­le­ment,

      J.Valluy

    4. 25 juin 2013 à 22 h 05 min

      Mais ça sert à quoi la qua­li­fi­ca­tion CNU, pour abou­tir à cette situa­tion ?
      http://www.voxforte.com/les-sujets.aspx?r=798
      Pou­vez vous me le dire?
      Moha­med
      HDR
      RSA

      • Igor Babou 28 juin 2013 à 16 h 50 min

        Je ne com­prends pas bien votre ques­tion. La qua­li­fi­ca­tion, c’est sim­ple­ment une éva­lua­tion sup­plé­men­taire après la thèse (ou après l’HDR), qui garan­tit, quand elle fonc­tionne bien (ce qui n’est pas tou­jours for­cé­ment le cas) qu’un dos­sier a été éva­lué par un col­lège dis­ci­pli­naire externe à l’établissement où a été sou­te­nue la thèse. Ou bien, il peut s’agir d’évaluer, là aus­si sous forme col­lé­giale, les pro­gres­sions de car­rières des ensei­gnants-cher­cheurs (pas­sage en hors classe, etc.). Mais ça n’a rien à voir avec l’embauche des can­di­dats après la thèse, ce que laisse sup­po­ser votre lien où vous indi­quez être au RSA. Là, la ques­tion est à la fois poli­tique et bud­gé­taire, et ne peut pas être réglée par le CNU, mais au niveau du minis­tère. On constate que les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé, depuis trop long­temps, n’ont rien fait pour réduire la pré­ca­ri­té à l’université, et que c’est anor­mal. Disons que la droite comme la “gauche” par­tagent visi­ble­ment les mêmes idéo­lo­gies néo­li­bé­rales et sont déter­mi­nées à lais­ser l’université à la dérive jusqu’à ce que la seule solu­tion semble être sa pri­va­ti­sa­tion. Mais je ne vois aucun rap­port entre cet état de fait déplo­rable et le CNU, qui n’est qu’une ins­tance col­lé­giale d’évaluation, qui plus est béné­vole. Ensuite, vous vous faites des illu­sions sur la pos­si­bi­li­té, pour les ensei­gnants-cher­cheurs fran­çais, d’avoir “de belles voi­tures ou de belles vil­las” : les grilles de salaires sont publiques, et si vous y jetez un œil, vous ver­rez qu’en métro­pole on ne vit pas bien en étant, par exemple, maître de confé­rences à Paris. On se contente de sur­vivre, avec un salaire très “classe moyenne”, très moyenne la classe… Rien à voir en toit cas avec le salaire de cer­tains cadres en entre­prises ou de cer­taines pro­fes­sions libé­rales.

    5. 26 juin 2013 à 1 h 23 min

      Toutes les orga­ni­sa­tions ou ins­tances repré­sen­ta­tives des scien­ti­fiques avaient deman­dé, pour le moins « une remise à plat du Grand emprunt. Quels que furent les pro­blèmes des Assises, il reste que le rap­port final reprend cette idée en deman­dant que les Idex, Labex et autres Ex n’aient plus de « per­son­na­li­té morale » et s’intègrent au struc­tures nor­males. En réponse, Gal­lois reprend mot pour mot ce qu’aurait pu dire Pécresse (2) : « Les 8 IDEX rete­nues à ce jour, y com­pris deux pro­jets encore en cours de créa­tion (…) , béné­fi­cient d’une dota­tion en capi­tal dont ils pour­ront consom­mer les inté­rêts. Si au bout de quatre années pro­ba­toires, ils sont res­tés fidèles au pro­jet, cette dota­tion leur sera acquise. Quant aux LABEX et aux EQUIPEX, les labo­ra­toires d’excellence et les équi­pe­ments d’excellence, ils ont per­mis de mettre en place un finan­ce­ment de long terme pour des pro­jets de recherche de niveau mon­dial ou pour des équi­pe­ments de pointe qui pei­naient à trou­ver des finan­ce­ments ». Pas un mot de chan­gé ! A l’évidence, au lieu de sim­pli­fier le sys­tème d’ES-R, Gal­lois a déci­dé qu’on gar­dait toutes les sco­ries du sar­ko­zisme. Et au-delà de l’ES-R, il reprend l’idée de la TVA sociale pour finan­cer les 20 mil­liards du Cré­dit d’impôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té.

    6. hellnar
      22 juillet 2013 à 21 h 06 min

      Sur cette page, il serait utile de signa­ler que l’amendement a êté refu­sé en seconde lec­ture à l’Assemblée Natio­nale et donc qu’il a dis­pa­ru de la nou­velle loi.

      Et ain­si de mettre fin à des com­men­taires dépla­cés sur une pseu­do volon­té du gou­ver­ne­ment de nuire aux ensei­gnants cher­cheurs.
      Ceci dit le loca­lisme a encore de beaux jours devant lui et le copi­nage aus­si.
      signé : un mcf en retraite

    7. Thibaut Garcia
      12 août 2013 à 3 h 06 min

      Les uni­ver­si­taires ont tou­jours de très bonnes rai­sons de défendre leurs ins­ti­tu­tions. On aime­rait qu’ils déploient la même éner­gie et la même élo­quence à pro­tes­ter contre la pré­ca­ri­té de tous ces doc­teurs à qui on a déli­vré un diplôme tout juste bon à être enca­dré et accro­ché sur le mur de leur salon.
      La qua­li­fi­ca­tion est une aber­ra­tion endé­mique à la France. De deux choses l’une : soit le doc­to­rat est une véri­table garan­tie de com­pé­tences en matière de recherche (l’article L 612–7 du Code de l’Éducation pré­cise qu’il consti­tue même une expé­rience pro­fes­sion­nelle dans le domaine de la recherche, qui peut être recon­nue par les conven­tions col­lec­tives) et n’importe quel doc­teur peut légi­ti­me­ment sou­mettre sa can­di­da­ture à un poste cor­res­pon­dant à son pro­fil, soit ce doc­to­rat ne vaut rien du tout, auquel cas il faut avoir l’honnêteté et le cou­rage de le recon­naître, et de recon­naître aus­si qu’en encou­ra­geant à pour­suivre sur la voie du doc­to­rat des étu­diants qui n’ont rien à y faire, on les trompe effron­té­ment.
      S’il y a trop de can­di­da­tures, la solu­tion est de revoir à la hausse les com­pé­tences scien­ti­fiques requises de la part d’un doc­to­rant pour l’obtention de son doc­to­rat. Dans cer­taines sec­tions, ce ne serait vrai­ment pas un luxe. Seule­ment, cela en dis­sua­de­rait cer­tains, et cela ferait moins de primes à tou­cher pour les direc­teurs de thèse.
      Où est la légi­ti­mi­té des jurys de thèse lorsque leurs rap­ports sont contre­dits par ceux des membres du CNU ? Où est la légi­ti­mi­té du doc­teur lorsque son tra­vail est qua­li­fié, de manière lapi­daire, de “peu convain­cant” ?
      Vous invo­quez le “copi­nage” en matière de recru­te­ment, que l’évaluation par une ins­tance natio­nale per­met­trait d’éviter. Bien enten­du, il est impos­sible que de telles dérives puissent exis­ter au sein du CNU

      • Igor Babou 12 août 2013 à 7 h 38 min

        Les uni­ver­si­taires ceci… les uni­ver­si­taires cela… j’en ai assez de tous ces gens qui tirent sur les ambu­lances sans rien connaître de notre métier : est-ce que je me mêle de votre tra­vail en le cri­ti­quant ou en dénon­çant vos incom­pé­tences ou la ges­tion de vos car­rières ? Peut-on savoir, au moins, d’où vous par­lez ? J’imagine que votre pro­fes­sion doit être exempte de tout pro­blème et se révé­ler comme le Para­dis sur Terre pour que votre avis soit si tran­ché. Voi­ci quelques élé­ments de réponse fac­tuelle à vos affir­ma­tions lapi­daires :

        - le doc­to­rat n’est pas une garan­tie de com­pé­tence pro­fes­sion­nelle, c’est juste un diplôme cor­res­pon­dant à l’acquisition d’un savoir d’érudition et de métho­do­lo­gie dans un domaine très ciblé. Le sys­tème fran­çais est ain­si fait, et il n’est ni pire ni meilleurs qu’un autre. Il a sim­ple­ment les carac­té­ris­tiques de notre culture, c’est à dire qu’il orga­nise une véri­fi­ca­tion en plu­sieurs étapes sur la base d’une concep­tion méri­to­cra­tique de l’accession à un poste à haute res­pon­sa­bi­li­té. On se targue de res­pec­ter les savoirs “indi­gènes”, ceux des cultures “Autres”, hé bien si on res­pecte les savoirs des Indiens Chuar ou des Ban­tous en tant qu’expression d’une culture, alors res­pec­tons aus­si les spé­ci­fi­ci­tés cultu­relles fran­çaises qui en valent bien d’autres.

        - la pré­ca­ri­té : mer­ci là encore de ne pas dire n’importe quoi sur ce site. Vous êtes jus­te­ment sur un site géré par des uni­ver­si­taires qui ont lar­ge­ment don­né leur place à la cri­tique de la pré­ca­ri­té, et qui ont mouillé leur che­mise pour que les choses changent. Et nous ne sommes pas les seuls. Alors bas­ta avec les géné­ra­li­sa­tions sur “les uni­ver­si­taires” qui seraient insen­sibles de la pré­ca­ri­té, j’en ai assez de ces men­songes et de ces cari­ca­tures qui masquent mal leur totale mécon­nais­sance des luttes sociales internes à l’université.

        - “tous ces doc­teurs à qui on a déli­vré un diplôme tout juste bon à être enca­dré et accro­ché sur le mur de leur salon.” dites-vous : là encore, pou­vez vous étayer ce type d’affirmation par autre chose que par du sens com­mun de hall de gare ? Que savez vous du deve­nir de l’ensemble des doc­teurs de France (et d’autres pays aus­si) sur le long terme ? Dans mon ancien labo, ils ont tous trou­vé un tra­vail digne de leur com­pé­tence. Dans d’autres, cer­tains sont au chô­mage. Les situa­tions sont très variables selon les sec­teurs dis­ci­pli­naires, et de toute manière l’objectif de l’université ne peut pas se confondre avec celui de l’ANPE : ne mélan­geons pas la for­ma­tion des esprits et des citoyens avec les enjeux éco­no­miques et poli­tiques que l’université n’a pas à assu­mer. Deman­dons-nous plu­tôt pour­quoi en France les entre­prises sont inca­pables de faire ce que dans d’autres pays elles font, à savoir recon­naitre le poten­tiel que repré­sente un doc­teur pour elles. Par­lons de la fri­lo­si­té des entre­prises et de l’idéologie ultra-libé­rale qui conduit cer­tains sec­teurs d’emplois à mépri­ser le savoir, en France, avant d’accuser l’université de n’importe quoi.

        - on ne trompe pas les doc­to­rants à l’université quand on les encou­rage à s’inscrire en thèse : ce sont des adultes, ils sont assez grands pour savoir que le che­min sera long et dif­fi­cile. Et s’ils n’ont pas com­pris qu’il n’y a pas un poste au bout de chaque thèse, c’est qu’ils n’ont pas l’intelligence ni le recul cri­tique requis. En tout cas, ils sont lar­ge­ment infor­més de ce qui les attend dans les labos dignes de ce nom. Qu’il y ait des labos négli­gents en la matière ne jus­ti­fie pas d’accuser l’université dans son ensemble (éton­nam­ment, vous ne dites rien du CNRS ni des autres orga­nismes de recherches…).

        - on ne va pas “revoir à la hausse” des com­pé­tences scien­ti­fiques pour col­ler à un hypo­thé­tique mar­ché de l’emploi : c’est absurde. Comme je l’indiquais plus haut, ce serait plu­tôt aux entre­prises (et au public, dont vous faites par­tie) à se mobi­li­ser et à chan­ger leur regard sur le doc­to­rat, en par­ti­cu­lier en essayant de tenir un dis­cours plus infor­mé et moins idéo­lo­gique sur tout cela. Le café du com­merce n’est pas la meilleure garan­tie de com­pré­hen­sion d’un domaine aus­si com­plexe que celui de la recherche…

        - la légi­ti­mi­té des jurys de thèse est com­plé­tée par celle du CNU, et c’est très bien ain­si. On sait tous qu’il y a des dérives et des lacunes dans cer­tains jurys de thèse (comme il y en a tou­jours dans toute orga­ni­sa­tion, qu’elle soit publique ou pri­vée, uni­ver­si­taire ou de pro­duc­tion com­mer­ciale, peu importe). Le CNU est la garan­tie d’un second contrôle, par des exté­rieurs. Ensuite, il y a la pro­cé­dure de recru­te­ment, dont vous ne par­lez pas, et qui rajoute une nou­velle couche de contrôle des com­pé­tences et des connais­sances : il n’y a aucun métier au monde aus­si contrô­lé que celui de cher­cheur, à part peut-être celui de méde­cin. Ce n’est pas comme dans cer­taines entre­prises où l’on recrute sur la base de la gra­pho­lo­gie ou de fou­taises du même type : féli­ci­tons-nous de cette rigueur et de ces exi­gences qui sont à l’honneur de notre sys­tème uni­ver­si­taire. On recrute de futurs cher­cheurs et de futurs ensei­gnants qui auront en charge des cohortes entières d’étudiants durant des dizaines d’années, qui auront à gérer de l’argent public pour pro­duire de la connais­sance : on ne recrute pas des ven­deurs de voi­ture ni des maga­si­niers chez Ama­zon ! Ce n’est pas man­quer de res­pect aux tra­vailleurs manuels que de décla­rer que les exi­gences en matière de recru­te­ment doivent être plus hautes dans les métiers à très forte res­pon­sa­bi­li­té sociale comme celui d’enseignant-chercheur. A ces fortes res­pon­sa­bi­li­tés cor­res­pondent un mode de recru­te­ment col­lé­gial et public : on ne peut pas en dire autant de ce qui se passe dans le sec­teur pri­vé. Pré­ser­vons ce fonc­tion­ne­ment col­lec­tif et public plu­tôt que de l’accuser de tout et de n’importe quoi. Et s’il faut en débattre, débat­tons-en. Mais pas sur la base de cari­ca­tures sim­plistes.

        - il existe des dérives au CNU comme ailleurs, comme dans toute orga­ni­sa­tion sociale quelle qu’elle soit : et alors ? C’est jus­te­ment en mul­ti­pliant les niveaux de fil­trage col­lec­tifs et publics qu’on arrive, bon an mal an, à lut­ter contre ces dérives et à faire le tri néces­saire entre les bonnes thèses et les autres. Sans oublier que les dif­fé­rentes sec­tions du CNU, quand il cer­taines sont défaillantes, sont aus­si capables de réagir et la com­mu­nau­té dénonce alors ces dérives. Encore faut-il s’intéresser au domaine pour le savoir et être au cou­rant des débats et des polé­miques.

        Mon conseil : infor­mez vous et consul­tez des gens du domaine avant de vous lâcher avec un dis­cours de sens com­mun sur un site comme Indis­ci­pline. Parce que nous sommes nom­breux à être excé­dés des cari­ca­tures de sens com­mun en tous genres qui n’ont d’autre résul­tat que de contri­buer à détruire, in fine, le ser­vice public au nom d’une idéo­lo­gie ultra libé­rale. Le tout sans pro­po­ser autre chose, en guise d’alternative, que de l’aigreur et du cynisme, bien évi­dem­ment…

        • Thibaut Garcia
          12 août 2013 à 14 h 23 min

          Bon­jour, Mon­sieur.
          Je n’ai jamais visi­té ce site avant d’y décou­vrir l’article qui fait l’objet de mon com­men­taire. Je n’en connais pas les res­pon­sables et j’ignore quel est leur enga­ge­ment contre la pré­ca­ri­té. Si ce que vous dites est vrai, je ne peux que m’en réjouir mais je per­siste à pen­ser que ces per­sonnes-là ne sont pas majo­ri­taires.
          Pour ce qui est de vous révé­ler d’où je parle, je peux le faire sans pro­blème : je ne suis pas un néo­li­bé­ral, bien au contraire ; je ne tra­vaille pas dans ce démo­niaque sec­teur pri­vé sur lequel vous jetez l’anathème ; je ne puise pas mes réflexions sur l’Université et les uni­ver­si­taires au café du com­merce, ni dans les halls de gare, même si ce qu’on y entend n’est pas tou­jours plus bête qu’ailleurs, contrai­re­ment à ce que votre mépris du bon sens popu­laire vous pousse à croire. Je suis l’un de ces doc­teurs pré­caires dont je par­lais dans mon mes­sage, et je suis prêt à recon­naître mon incom­pé­tence et la mau­vaise ges­tion de ma car­rière si les autres acceptent d’assumer leur part de res­pon­sa­bi­li­té. Curieu­se­ment, vous ne par­lez pas dans votre dia­tribe du fameux article L 612–7 du Code de l’Éducation, ni des obli­ga­tions des écoles doc­to­rales en matière d’aide à l’insertion pro­fes­sion­nelle. Pen­dant toute la durée de mes études doc­to­rales, je me suis impo­sé la dis­ci­pline d’assister à tous les sémi­naires orga­ni­sés par mon école doc­to­rale : j’ai écou­té des gens diva­guer à pro­pos du numé­ro de télé­phone de Freud ou de la rela­tion entre la quête du Graal et la phy­sique quan­tique. J’ai appris l’existence du CNU au bout d’au moins trois ans, non par la bouche d’un maître de confé­rences ni d’un pro­fes­seur, mais par celle de la tech­ni­cienne en audio­vi­suel de mon uni­ver­si­té. Il a fal­lu attendre cinq ans et la fin de ma thèse pour qu’une réunion d’information soit orga­ni­sée sur le sujet. On sen­tait que c’était fait parce qu’il fal­lait le faire, parce que c’était mar­qué dans les textes. À croire même qu’ils avaient honte de nous en par­ler, de ce CNU !
          Je sais qu’il existe de très grandes dis­pa­ri­tés entre les dis­ci­plines et les labo­ra­toires et que la situa­tion n’est pas la même par­tout, mais je ne parle que de ce que je connais, et je pense que dans cer­taines dis­ci­plines où la recherche et l’enseignement supé­rieur consti­tuent qua­si­ment les seuls débou­chés après un doc­to­rat (à moins, évi­dem­ment, de faire autre chose qui n’a rien à voir avec le doc­to­rat), il vau­drait mieux savoir cer­taines choses au début qu’à la fin. Je vous le dis hon­nê­te­ment, si j’avais su ce qu’il advien­drait de moi après la thèse, je n’aurais jamais com­men­cé, j’aurais fait autre chose, j’aurais tra­vaillé en usine.
          J’ignore si vous savez ce que peut res­sen­tir quelqu’un qui a fait dix ans d’études supé­rieures, dont cinq pas­sées sur une thèse de doc­to­rat, à qui on a répé­té pen­dant ces dix années que tout ce qu’il fai­sait était génial, qu’il était pro­mis à un bel ave­nir et qui, pas­sant du sta­tut d’étudiant à celui de can­di­dat vir­tuel à un poste, se voit répondre, par les mêmes per­sonnes sié­geant au CNU (je vous assure que c’est arri­vé pour l’une d’entre elles), que son tra­vail, pour le dire vul­gai­re­ment, c’est de la merde. J’ai l’impression, à vous lire, que vous avez eu la chance de ne jamais connaître cela. Ce n’est pas la même chose que de rater un concours ou d’essuyer un refus de can­di­da­ture à un poste : dans ces deux cas, on se fait une rai­son, on se dit que les élus étaient meilleurs que nous, mais on n’a pas à subir des com­men­taires du genre : “Vous n’avez rien fait pen­dant cinq ans, votre thèse frise le néant et vous-même, vous exis­tez à peine”.
          Je me suis consa­cré à ma thèse avec pas­sion. Je ne l’ai pas fait en ayant en tête un plan de car­rière. Seule­ment, il faut bien vivre. Je n’aurais pas deman­dé mieux que de vivre de ma pas­sion. Seule­ment, ce n’est pas pos­sible pour le moment parce que le CNU m’a refu­sé la qua­li­fi­ca­tion à quatre reprises, et plus le temps va pas­ser, plus je serai “hors du coup”. Voyez-vous, je ne suis pas ce cadre du pri­vé à la pro­fes­sion “exempte de tout pro­blème” que vous ima­gi­nez. Je suis maître-auxi­liaire en col­lège dans une dis­ci­pline qui n’est même pas la mienne, et je puis vous assu­rer qu’avoir fait dix ans d’études pour se faire cha­hu­ter, voire insul­ter, par des gosses de dix ans, bizar­re­ment cela fait cruel­le­ment regret­ter de ne pas faire par­tie de la caste de ces pauvres pro­fes­seurs d’Université per­sé­cu­tés par un État néo­li­bé­ral qui veut tuer leur pré­cieux savoir si utile à l’émancipation de la socié­té et à l’éveil du peuple (par exemple, le numé­ro de télé­phone de Freud, ou la rela­tion entre la quête du Graal et la phy­sique quan­tique).
          Je suis d’accord avec vous sur le fait que l’Université n’est pas, loin s’en faut, la prin­ci­pale res­pon­sable de la pré­ca­ri­té et que la men­ta­li­té des employeurs, idéa­le­ment, devrait chan­ger (Mais peut-on deman­der à une engeance néo­li­bé­rale de rai­son­ner comme un huma­niste uni­ver­si­taire ? Après tout, cha­cun est dans son rôle et lui n’agit que confor­mé­ment à sa logique de “l’intérêt bien com­pris”, comme vous obéis­sez à la vôtre. Je sais aus­si qu’il existe des gens bien à l’Université (j’en connais, ils ont beau­coup d’amis, et aus­si beau­coup d’ennemis). Cela ne m’empêchera pas de conti­nuer à pen­ser que le CNU, cette si belle illus­tra­tion de notre fan­tasme fran­çais de l’éradication de la fraude et du triomphe de l’équité par la mul­ti­pli­ca­tion des ins­tances de contrôle et de la pape­rasse qui va avec (après tout, pour­quoi s’arrêter à la troi­sième couche et ne pas contrô­ler les contrô­leurs de ceux qui contrôlent ?) n’empêchera jamais le jeu des réseaux de battre son plein. Il ne fera tout au plus que bar­rer la route à des per­sonnes qui auraient peut-être eu leur chance au concours, ou au contraire, don­ner leur qua­li­fi­ca­tion à d’autres per­sonnes qui vont res­ter char­gées de cours pen­dant quatre ans et perdre leur qua­li­fi­ca­tion au terme de cette période.
          La solu­tion au pro­blème, c’est l’éthique pro­fes­sion­nelle. Nor­ma­le­ment, l’universitaire est la pre­mière per­sonne chez qui l’on s’attend à la trou­ver, mais dans le cas contraire, ni le CNU, ni aucune autre ins­tance ne fera jamais que ceux qui n’ont pas d’éthique en aient du jour au len­de­main.
          Cela dit, si je tenais à répondre à votre mes­sage afin de ne pas vous lais­ser dans l’erreur à mon sujet, et de ne pas non plus vous lais­ser croire que vous m’aviez cloué le bec, je n’ai pas l’ambition de vous convaincre. L’agressivité de votre réponse, le pro­cès que vous me faites alors que vous ne me connais­sez pas, me per­suade qu’en osant cri­ti­quer un cer­tain cor­po­ra­tisme, j’ai com­mis un crime de lèse-majes­té.

          • Igor Babou 12 août 2013 à 15 h 07 min

            Rebon­jour,

            Ce site existe depuis 2004, et a été créé par des gens, dont moi, qui se sont mobi­li­sés pour la défense du ser­vice public dès cette époque, et qui, si vous par­cou­rez le site (ce qu’il convient de faire, quand on inter­vient sur un forum), a don­né la parole au col­lec­tif Pape­ra dès le début. Autre­ment dit : si vous avez des griefs envers l’université et les méca­nismes qui entre­tiennent la pré­ca­ri­té, adres­sez vous aux bons inter­lo­cu­teurs, mais ne lan­cez pas d’anathèmes englo­bants ici : on est nom­breux à être conscients du pro­blème de la pré­ca­ri­té, à savoir que l’éducation natio­nale est le pre­mier pour­voyeur d’emplois pré­caires de France, et à trou­ver ça déplo­rable et à le dénon­cer.

            Si je suis éner­vé, et je le suis après les argu­ments que j’ai lus sous votre plume, c’est parce que j’en ai assez des cari­ca­tures tra­cées de tous bords par des gens qui ne se pré­sentent même pas, et dont les pro­pos (et sans doute les actions) visent à dis­qua­li­fier l’université en géné­ral sans faire la moindre nuance, ni se baser sur aucune obser­va­tion, au lieu de l’améliorer, y com­pris en contri­buant à des luttes sociales néces­saires.

            Si je suis éner­vé, et je le suis même au retour de mes vacances, c’est parce qu’à cause de ce type d’attitude qui est la votre, celle du “tous pour­ris, donc dénon­çons tout en vrac sans nuance et prô­nons la des­truc­tion de ce qui ne fonc­tionne pas pour moi (me, myself & I…)”, l’université va deve­nir encore plus qu’elle ne l’a jamais été le lieu de la pré­ca­ri­té, de la médio­cri­té et de la magouille : faute d’avoir trou­vé en face d’elle des gens qui par­laient de ce qu’ils connais­saient sans en res­ter à leur exemple per­son­nel, aus­si dou­lou­reux puisse-t-il être.

            Je suis déso­lé de lire qu’après votre thèse, vous n’avez pas été qua­li­fié par le CNU, mais ça arrive, et par­fois ça arrive à juste titre : toutes les thèses ne se valent pas, et ne connais­sant ni votre tra­vail ni votre dis­ci­pline, je ne peux pas por­ter de juge­ment. Mais quand on tire de telles géné­ra­li­tés d’un cas sin­gu­lier (ici le votre), admet­tez qu’on ne met pas de son côté toutes les chances d’être recru­té pour être cher­cheur ou ensei­gnant-cher­cheur.

            Quand au “numé­ro de télé­phone de Freud” ou à “la rela­tion entre la quête du Graal et la phy­sique quan­tique”, je ne sais pas à quoi vous faites allu­sion, mais dans les dis­ci­plines et les écoles doc­to­rales que je fré­quente depuis des années, on ne s’amuse pas à de telles inep­ties : si vous n’avez tiré que cela de vos années de thèse, libre à vous, mais ça n’est pas cré­dible et je ne vous sui­vrai pas sur ce che­min cari­ca­tu­ral à l’excès qu’il convient de dénon­cer avec vigueur pour ce qu’il est : de l’affabulation. Mer­ci à l’avenir de res­pec­ter les lec­teurs de ce site, qui ne sont pas des idiots, et de faire un effort d’argumentation, car dans le cas contraire je ne publie­rai plus vos com­men­taires.

            Enfin, der­nier détail, vous concluez par l’antienne du cor­po­ra­tisme : hé bien, si la cor­po­ra­tion uni­ver­si­taire vous déplaît tant, si tout n’y est que pour­ri­ture, magouilles et inep­ties, pour­quoi vou­lez-vous donc être qua­li­fié et recru­té en son sein ? Ce ne sont pas les métiers mieux payés et faciles d’accès qui manquent…

            Cor­dia­le­ment

    8. Igor Babou 13 août 2013 à 10 h 29 min

      De manière à rendre plus com­pré­hen­sible les enjeux de cette dis­cus­sion, pour les gens qui arri­ve­raient ici sans être très au fait des méca­nismes de recru­te­ment à l’université, voi­ci un petit point fac­tuel :

      Le recru­te­ment d’un maître de confé­rence (le pre­mier « grade » uni­ver­si­taire) repose sur trois étapes de sélec­tions suc­ces­sives, toutes col­lé­giales :

      - d’abord le doc­to­rat, qui est un diplôme. Il est éva­lué par un jury, géné­ra­le­ment dis­ci­pli­naire, de 4 à 6, voire 7 per­sonnes. Un tra­vail écrit, donc, sui­vi d’une sou­te­nance publique. Ce diplôme sanc­tionne une savoir de spé­cia­li­té ain­si qu’une com­pé­tence métho­do­lo­gique dans un domaine ciblé. Il assure aus­si que le doc­teur dis­pose d’une éru­di­tion théo­rique dans son domaine dis­ci­pli­naire (ou inter­dis­ci­pli­naire). Enfin, il sup­pose des com­pé­tences argu­men­ta­tives impor­tantes et une aisance à l’oral ain­si qu’à l’écrit.

      - ensuite la « qua­li­fi­ca­tion ». C’est le CNU (Comi­té Natio­nal des Uni­ver­si­tés), c’est à dire un ensemble de « sec­tions » dis­ci­pli­naires com­po­sées d’universitaires élus (par leurs pairs) et d’universitaires nom­més (par le minis­tère), qui auto­rise ou non un doc­teur à être « qua­li­fié » durant une période de 4 ans. Cette qua­li­fi­ca­tion repose sur l’examen du dos­sier du can­di­dat, c’est à dire sa thèse, plus ses publi­ca­tions (dans des revues scien­ti­fiques) plus ses acti­vi­tés d’enseignement et de recherche, et par­fois d’administration ou de ges­tion col­lec­tive (de la recherche et/ou des ensei­gne­ments). Le CNU se réunit col­lé­gia­le­ment chaque année (les élus comme les nom­més sont des béné­voles) pour exa­mi­ner des dos­siers de demande de qua­li­fi­ca­tion au sein de cha­cune des dis­ci­plines de l’université. Le CNU ne refait pas le tra­vail du jury de thèse, qui est sou­ve­rain : il se contente de dire si, oui ou non, l’ensemble du dos­sier pro­fes­sion­nel du can­di­dat est cohé­rent au plan dis­ci­pli­naire, et s’il répond for­mel­le­ment aux com­pé­tences qu’on attend d’un futur uni­ver­si­taire. Autre­ment dit, le CNU ne ré-éva­lue pas la thèse du can­di­dat (il n’en aurait de toute manière pas le temps), mais il sta­tue sur un ensemble de pra­tiques pro­fes­sion­nelles (disons : pré-pro­fes­sion­nelles dans le cas des doc­teurs). Cela signi­fie que la thèse ne suf­fit pas pour être recru­té à l’université. Même une très bonne thèse n’est pas suf­fi­sante : il faut avoir publié et ensei­gné aus­si, par­fois avoir com­mu­ni­qué dans des col­loques, avoir par­ti­ci­pé autant que pos­sible à des acti­vi­tés col­lec­tives au sein d’un ou de plu­sieurs éta­blis­se­ments (en géné­ral, au sein de son uni­ver­si­té et/ou de son labo­ra­toire), etc. Selon les dis­ci­plines, les exi­gences en matière de nombre de publi­ca­tion, et de types de revues scien­ti­fiques où il faut avoir publié, sont variables. Les résul­tats des déli­bé­ra­tions des sec­tions CNU sont publiées, ain­si que, par­fois, des sta­tis­tiques géné­rales de leur acti­vi­té (nombre de qua­li­fiés par an, pro­ve­nance dis­ci­pli­naire des qua­li­fiés, etc.)

      - enfin, le recru­te­ment dans une uni­ver­si­té : là encore, il est l’objet d’un tra­vail col­lé­gial. Le dos­sier (géné­ra­le­ment proche du dos­sier de qua­li­fi­ca­tion) est exa­mi­né par un comi­té dis­ci­pli­naire ou inter­dis­ci­pli­naire d’élus et de nom­més au sein d’un éta­blis­se­ment, avec un pour­cen­tage d’internes et d’externes, et les dos­siers reçus (par­fois une cen­taine pour un seul poste) sont alors clas­sés par ordre de prio­ri­té (en fonc­tion de cri­tères d’adéquation au pro­fil du poste). Cela se fait après une dis­cus­sion col­lec­tive. Ensuite, les can­di­dats clas­sés sont reçus devant le comi­té et doivent subir une sorte d’oral : un expo­sé de leur tra­vail et de la manière dont ils pensent s’intégrer à l’établissement, sui­vi de ques­tions de la part du comi­té.

      A tous les niveaux de ce pro­ces­sus, comme dans tout fonc­tion­ne­ment humain orga­ni­sé, il peut y avoir des contour­ne­ment des règles éthiques de base : c’est tota­le­ment tri­vial que de le consta­ter, et on n’avancera pas d’un iota dans la dis­cus­sion si l’on se contente de dénon­cer, en vrac et glo­ba­le­ment, le CNU. Ce n’est pas le CNU en soi qui pose pro­blème (pas plus que l’université en soi, ou le CNRS en soi pose­raient pro­blème), c’est tel ou tel dys­fonc­tion­ne­ment dont on peut dis­cu­ter, pour autant qu’on ne cari­ca­ture pas ces fonc­tion­ne­ments et dys­fonc­tion­ne­ments dont – j’insiste ! – l’existence est avé­rée dans toute struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle, qu’il s’agisse de l’université, des entre­prises ou de la poli­tique. C’est cette per­ma­nence du contour­ne­ment des normes au pro­fit d’intérêts sin­gu­liers dans la vie sociale qui rend absurde les cri­tiques du CNU en géné­ral ou de l’université en géné­ral, quand elles ne se basent que sur tel ou tel exemple indi­vi­duel vécu (ou fan­tas­mé…) par tel ou tel reca­lé.

      Je pré­cise que ces der­nières années, c’est le minis­tère lui même (Pécresse et Fio­ras­so étant, de ce point de vue comme en géné­ral, sur la même ligne) qui a réduit la col­lé­gia­li­té et affai­bli la qua­li­té du fonc­tion­ne­ment des anciennes « com­mis­sions de spé­cia­listes » en les rem­pla­çant par des « comi­tés de sélec­tion » qui recrutent main­te­nant sur des bases beau­coup plus loca­listes (et donc sujettes au copi­nage et aux magouilles) qu’avant : non pas à cause d’une per­ver­si­té intrin­sèque aux uni­ver­si­taires, mais en rai­son des idéo­lo­gies libé­rales et mana­gé­riales qui règnent depuis des dizaines d’années dans les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé, et qui voient dans les règles col­lé­giales un pro­blème au lieu d’y voir des res­sources et des garde-fous. L’attaque récente contre la qua­li­fi­ca­tion par le CNU relève des mêmes idéo­lo­gies néfastes qui tendent à faire croire que tout ne serait que bureaux­cra­tie inutile dans les fonc­tion­ne­ments col­lé­giaux de l’université : on aime­rait bien que le minis­tère lui-même réduise avant tout l’inutile bureau­cra­tie de ses mana­gers libé­raux avant de cri­ti­quer celle, légi­time, sur laquelle reposent nos méca­nismes d’évaluation et de recru­te­ment. en tout cas, ce n’est pas sur la base de diag­nos­tic non par­ta­gés avec le minis­tère que l’on pro­gres­se­ra dans le débat autour de l’université. Et on est actuel­le­ment, tout autant que durant la pré­si­dence Sar­ko­zy, bien loin d’un par­tage du diag­nos­tic per­met­tant un dia­logue ration­nel avec le minis­tère…

    9. VERITAS
      24 septembre 2014 à 10 h 45 min

      Doc­teur de la Sor­bonne en sciences humaines, par­cours sans fautes. Lors de mon pas­sage aux CNU 23 et 24 (deux années consé­cu­tives, 2007 et 2008), je suis refou­lé mal­gré mes publi­ca­tions, mon expérience.Je suis né en France, y est gran­di, mais lorsque l’on à un nom à conson­nance “étran­gère”, cela com­plique encore davan­tage la tâche.J’ai fais appel et lors de mon audi­tion à la com­mis­sion d’appel : il y avait dans la salle que les vieux “sages” des dif­fé­rentes sec­tions des sciences humaines mais je n’étais nul­le­ment impres­sion­né. Leur conclu­sion (preuves à l’appui) : Le can­di­dat n’a pas mon­tré assez de moti­va­tion pour deve­nir maître de confé­rence !!!!!!Tous les lèches bottes que je connais­sais à Paris 4 ont eu le petit poste et c’est ain­si que ça fonctionne.IL FAUT DISSOUDRE CETTEINSTITUTION”, CETTE SUPERCHERIE, QUI N EXISTE NUL PART AILLEURS, QUI SERT A FILTRER ET A NE LAISSER PASSER QUE LES COPAINS ET COPINES.LA GRANDE VERITE (ET TRISTE) EST QUE LE SYSTEME UNIVERSITAIRE FRANCAIS AINSI QUE LA RECHERCHE (CNRS ET COMPAGNIE) INSTITUENT LE CLIENTELISME (C EST UN PEU COMME EN POLITIQUE…). ET CELA DURE DEPUIS TROP LONGTEMPS. IL N Y A PAS DE POSTE POUR TOUT LE MONDE. ON VOUS LAISSE FAIRE UNE THESE MAIS ON NE VOUS DIT PAS QU IL NE FAUDRA PAS ESPERER PAR LA SUITE UN POSTE PUISQU ILS SONT DISTRIBUES AU COMPTE GOUTTE ET PAS A N IMPORTE QUI.MAIS BON J AI ESPOIR CAR TOUT LE SYSTEME EST AUJOURDHUI A BOUT DE SOUFFLE. UN DE MES ANCIENS PROFS M AVOUAIT QUE LES ETUDIANTS NE LISAIENT MEME PLUS….

      OUI POUR LA SUPPRESSION DE CETTE INSTANCE DE COPINAGE, C EST UNE URGENCE !

      • Igor Babou 27 septembre 2014 à 9 h 29 min

        Je ne connais pas ce qui vous oppose au CNU, d’autant que nous je sommes pas dans la même dis­ci­pline, mais je vous réponds en tant qu’universitaire, sur un plan plus géné­ral, même si évi­dem­ment quand on est confron­té à une situa­tion per­son­nelle, celle-ci ne peut se résu­mer à des consi­dé­ra­tions géné­rales. Mais nous sommes ici sur un blog de réflexion, et non sur un site per­son­nel dédié au trai­te­ment de ques­tions per­son­nelles.

        Je ne peux que répé­ter ce que j’ai écrit par ailleurs, chaque fois que j’ai vu des gens qui, par­tant de leur cas per­son­nel, en tiraient des géné­ra­li­tés et deman­daient la sup­pres­sion de la qua­li­fi­ca­tion, ou du CNU : il y a, dans toute orga­ni­sa­tion sociale, qu’elle soit publique ou pri­vée, qu’il s’agisse d’une entre­prise ou de l’université, des erreurs, des contour­ne­ments des règles, des passes-droits et du clien­té­lisme. C’est une évi­dence.

        Cer­taines sec­tions CNU sont des lieux de gre­nouillage. Certes. La meilleure chose à faire, dans ces contextes, n’est pas, à mon sens, de sou­hai­ter sup­pri­mer les der­niers gardes-fous et dis­po­si­tifs col­lé­giaux qui existent dans le sys­tème uni­ver­si­taire, dont le CNU et la qua­li­fi­ca­tion, au motif de ces erreurs, mais de contri­buer à les rendre plus effi­caces et à réduire ces marges d’erreurs et le clien­té­lisme.

        Dans un autre post, que je ne pré­fère pas lais­ser pas­ser vous faites réfé­rences au cas d’Anatoly Livry, qui se répand sur le web en pro­pos nau­séeux et cari­ca­tu­raux, en accu­sa­tions invé­ri­fiables et déli­rantes, quand il ne prône pas le natio­nal-socia­lisme sur des blogs fas­cistes. Le CNU n’est pas, comme Livry l’écrit, un repaire de “sta­li­niens”, ni un lieu où la cor­rup­tion et le copi­nage seraient léga­li­sés et condui­raient à des gouffres finan­ciers. Il s’agit avant tout d’une ins­tance de ges­tion des car­rières gérée par des béné­voles qui réa­lisent un gros tra­vail d’analyse des dos­siers, col­lec­ti­ve­ment, sans en tirer aucun béné­fice : ces cas de tra­vail béné­vole pour la com­mu­nau­té sont majo­ri­taires, et l’existence de pro­blèmes ne doit pas les occul­ter.

        Tirer une géné­ra­li­té aus­si exces­sive et abou­tis­sant à la cri­tique radi­cale et géné­ra­li­sée à par­tir d’un cas iso­lé n’est pas, je trouve, la preuve d’un esprit très scien­ti­fique. Même si, évi­dem­ment, ne connais­sant pas votre dos­sier, je ne remets pas en cause les pro­blèmes dont vous faites état. Je vou­drais tou­te­fois vous signa­ler qu’il y a des gens aux noms à conso­nance étran­gère qui sont, chaque année, qua­li­fiés par le CNU sans pro­blème, et éga­le­ment recru­tés sur des postes. Mon nom, lui-même, n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment “fran­çais de souche”…

        La thèse n’est pas et n’a jamais été un diplôme débou­chant avec cer­ti­tude sur un poste, c’est un fait. En prin­cipe, les direc­teurs de thèses doivent cla­ri­fier cela avec leurs doc­to­rants. Le pro­blème n’est pas seule­ment celui du copi­nage et du clien­té­lisme, mais il est celui de toute sélec­tion, et il se ren­force depuis une dizaine d’années suite au désen­ga­ge­ment de l’État dans le finan­ce­ment de l’université et la recherche : de moins en moins de postes sont dis­po­nibles.

        J’espère que votre situa­tion trou­ve­ra un débou­ché posi­tif pour vous, mais je vous engage à ana­ly­ser ce qui vous arrive sans en tirer de conclu­sions hâtives et sans géné­ra­li­ser votre cas à l’ensemble d’une pro­fes­sion qui est déjà bien assez atta­quée comme cela, et qui n’en peut plus du mépris qui lui est ren­voyé à tous les niveau de la socié­té, et des insultes publiques (cf. les dia­tribes pou­ja­distes de N. Sar­ko­zy lors de son man­dat, ou encore le mépris de l’actuel gou­ver­ne­ment, qui ne vaut guère mieux…) alors que la plu­part des gens ne font que leur tra­vail, dans un contexte de plus en plus dif­fi­cile.

        Je pré­cise que, doré­na­vant, je modé­re­rai tout com­men­taire basé sur le sché­ma argu­men­ta­tif sui­vant : “mon cas per­son­nel est X, donc l’institution Y doit dis­pa­raître”, ain­si que tout com­men­taire fai­sant réfé­rence de manière non cri­tique à des auteurs aux doc­trines fas­ci­santes.

    10. VERITAS
      30 septembre 2014 à 13 h 47 min

      Vous dites : “La thèse n’est pas et n’a jamais été un diplôme débou­chant avec cer­ti­tude sur un poste, c’est un fait” : EN FRANCE SEULEMENT !!!

      • Igor Babou 30 septembre 2014 à 14 h 31 min

        Soyons sérieux : si dans tous les pays où des uni­ver­si­tés existent, chaque doc­teur avait obli­ga­toi­re­ment accès à un poste dans le supé­rieur ou dans la recherche, ça se sau­rait et il y aurait autant de postes que de doc­teurs. Ça n’est le cas nulle part, et la France ne fait pas excep­tion. Par ailleurs, il est nor­mal et sain qu’une sélec­tion existe : toutes les thèses ne se valent pas, il y en a des bonnes, des moyennes, et des mau­vaises, et cer­taines ne méritent pas d’être qua­li­fiées. Pos­ter des contre-véri­tés en lettres majus­cules ne dénote pas un esprit scien­ti­fique de votre part. Que l’on puisse cri­ti­quer cer­tains aspects du fonc­tion­ne­ment de l’université fran­çaise, je le com­prends, mais pas en disant n’importe quoi, ni en dif­fu­sant des erreurs sur son fonc­tion­ne­ment au motif que votre thèse n’aurait pas été recon­nue à sa juste valeur par le CNU, ce que per­sonne ici ne peut véri­fier dans la mesure où vous écri­vez ano­ny­me­ment sans don­ner à vos lec­teurs le moyen de véri­fier vos affir­ma­tions. Votre der­nière remarque sur l’accès soi-disant garan­ti à un poste uni­ver­si­taire ailleurs qu’en France montre que vous connais­sez très mal les uni­ver­si­tés, leur fonc­tion­ne­ment, et les sys­tèmes de recru­te­ment fran­çais et des autres pays, qui sont assez sem­blables dans la mesure où ils sont basés sur une sélec­tion.

        • Thibaut Garcia
          17 janvier 2015 à 16 h 51 min

          Déso­lé de venir remettre mon grain de sel sur ce sujet que je redé­couvre par hasard. Il ne peut évi­dem­ment pas y avoir de postes pour tout le monde, mais n’importe quel doc­teur ne devrait-il pas pou­voir au moins pré­sen­ter sa can­di­da­ture à un poste cor­res­pon­dant à son pro­fil scien­ti­fique, sans qu’il y ait besoin de mul­ti­plier les ins­tances de fil­trage ? Vous me direz, cela ferait beau­coup de can­di­dats, mais à ce moment-là, ne faut-il pas prendre le pro­blème à la base et, peut-être, réflé­chir à l’instauration de règles beau­coup plus pré­cises en matière de consti­tu­tion des jurys de thèse et d’évaluation scien­ti­fique de ces thèses, quitte à revoir les exi­gences à la hausse, donc éven­tuel­le­ment à déli­vrer ce diplôme avec plus de par­ci­mo­nie, plu­tôt que de cou­rir le risque de voir le CNU émettre un avis contraire à celui de ces jurys, ce qui, vous en convien­drez, ne contri­bue pas à les cré­di­bi­li­ser ?

    11. Igor babou
      17 janvier 2015 à 17 h 27 min

      Si après tout ce que vous avez lu plus haut vous n’êtes tou­jours pas convain­cu, ma seule réponse sera : non, mon expé­rience concrète des métiers de la recherche et des recru­te­ment m’a ample­ment démon­tré la néces­si­té de ces filtres et l’importance du CNU. Quant aux règles en matière de déli­vrance des thèses, elles existent et il n’y a aucun besoin de les refor­mu­ler. Sim­ple­ment, de les appli­quer… ce que s’empressent de nous empê­cher de faire cor­rec­te­ment nos tutelles, qui vont dans le sens de tou­jours moins d’exigence et de règles.

      Mais ceux qui prônent l’abandon de la qua­lif et qui tirent à bou­lets rouge sur l’ambulance du CNU seront sans doute bien­tôt exau­cés : le loca­lisme et les recru­te­ment sur la base du clien­té­lisme se sub­sti­tue­ront rapi­de­ment, par la force des doc­trines néo-libé­rales appli­quées à l’université, aux der­nières règles repo­sant sur la col­lé­gia­li­té. On ver­ra alors si cela construit une uni­ver­si­té plus juste et plus démo­cra­tique… je suis abso­lu­ment per­sua­dé du contraire.

    12. VERITAS
      25 mars 2015 à 19 h 15 min

      Je n’attends aucune recon­nais­sance de cette ins­tance et il n’y a aucunes contre-véri­tés dans mes pro­pos, mais vous êtes libre de pen­ser ce que vous vou­lez, et moi de même. Mais trou­vez-vous nor­mal qu’à 2 reprises (deux années consé­cu­tives, mon dos­sier a reçu l’avis favo­rable des deux pro­fes­seurs d’université, et les avis défa­vo­rables à deux reprises des maîtres de confé­rence, en prin­cipe moins expé­ri­men­tés ? Puis, à la com­mis­sion d’appel (car j’ai fait appel), le refus a été jus­ti­fié par le fait que je n’apparaissais pas suf­fi­sam­ment moti­vé! (j’ai gar­dé les rap­ports de sou­te­nance et de la com­mis­sion d’appel). Pour infor­ma­tion, mes ouvrages (j’en ai déjà publié trois à compte d’éditeur) ont été acquis par les biblio­thèques des plus grandes uni­ver­si­tés amé­ri­caines et étran­gères, et même en France d’ailleurs(Harvard, Stanford,New York, biblio­thèque du Congrès, Londres,BNF…), notam­ment le pre­mier, qui est basé en par­tie sur mes tra­vaux de thèse. (Paral­lè­le­ment, j’ai publié plu­sieurs articles dans des revues inter­na­tio­nales à comi­tés de lec­ture recon­nues).

      Il y a fil­trage évi­dem­ment dans tous les pays, mais cela, on le sait déjà, et c’est nor­mal, mais en France, j’ai bien l’impression qu’il est à géo­mé­trie variable.

      Je nuance mes pro­pos pour finir : Dans les CNU, il y a sans aucun doute des membres dignes de juger de la qua­li­té des dos­siers, et d’autres qui, à mon humble avis, n’ont mal­heu­reu­se­ment rien à faire dans ces ins­tances, et cela contri­bue à les décré­di­bi­li­ser ain­si que ce sys­tème de fil­trage.

      Pour reve­nir à ce qui est essen­tiel, au-delà de mon expé­rience per­son­nelle, qui n’est qu’un exemple par­mi tant d’autres, je vous rejoins sur le fait que les évo­lu­tions actuelles nous font craindre le pire pour l’avenir du sys­tème uni­ver­si­taire en France. L’université, le monde de la recherche, sont de plus en plus pri­son­niers d’une logique de gou­ver­nance mon­diale orien­tée par les impé­ra­tifs du tout éco­no­mique, du pro­fit. Le réel dan­ger est, comme vous le dites, l’imposition de la doc­trine néo­li­bé­rale à l’université. Cette réa­li­té dépasse la sphère uni­ver­si­taire, car c’est tout le “sys­tème monde” que cette logique menace de conduire au gouffre.

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