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Indiscipline !

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Nice


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Qu’est ce qu’on peut faire? Com­ment faire? Ce matin je ne sais pas com­ment faire. En bruit de fond il y a l’attentat de Nice encore un atten­tat, les vic­times, l’effroi encore, les souf­frances inouïes, des réac­tions qui suivent.
Le carac­tère tota­le­ment incom­pré­hen­sible des déci­sions et des actions de ceux qui pré­voient et com­mettent les atten­tats.
Les décla­ra­tions de res­pon­sables poli­tiques enva­his par une anes­thé­siante bêtise (Estro­si.…), et qui veulent en découdre. On a beau don­ner des expli­ca­tions à tout…La seule chose que je com­prends c’est que la plu­part des êtres humains aspirent à des choses qui se par­tagent assez faci­le­ment : une vie chouette, des liens forts, les espoirs les choses à faire, le cha­grins évi­dem­ment aus­si mais les efforts pour que mal­gré tout le cha­grin soit conte­nu, cir­cons­crit quand il arrive, pour que la vie reprenne le des­sus tou­jours. Les condi­tions ne sont pas réunies pour de très nom­breuses popu­la­tions et indi­vi­dus : l’accès à une vie ordi­naire décente leur est impos­sible et il n’est pas une prio­ri­té col­lec­tive. Quelques êtres humains aspirent à autre chose encore : ils veulent impo­ser, trans­for­mer, mode­ler, détruire éven­tuel­le­ment la vie de mil­lions de gens, de mil­liers, de cen­taines, de dizaines, au nom d’une idéo­lo­gie, d’une foi, d’une auto­ri­té, de cer­ti­tudes. Immense fatras ahu­ris­sant, épui­sant, écœu­rant, de plans poli­tiques, reli­gieux, éco­no­miques, éla­bo­rés par des per­sonnes qui décident de trans­for­mer les vies d’autrui irré­mé­dia­ble­ment pour des idées, des pro­jec­tions, des “réa­li­tés”. Se débar­ras­ser du kitsch mor­tel des visées géné­rales  reli­gio­dé­li­rantes, scien­ti­fi­co­dé­li­rantes éco­no­mi­co­dé­li­rantes. Seul le quo­ti­dien est le ter­reau de ce qui est vivant. Ne rien vou­loir d’autre, cha­cun, que les condi­tions qui per­mettent un quo­ti­dien cor­rect pour cha­cun, avec un impé­ra­tif d’égalité qui suf­fi­rait presque, puisqu’il implique une atten­tion réelle et sen­sible, donc fra­ter­nelle, si on ne rai­sonne pas dans des modèles géné­raux. 



  • Une réponse “Nice”

    1. Igor Babou 15 juillet 2016 à 18 h 50 min

      Nos gou­ver­nants font preuve d’une totale incom­pé­tence, et pire, ils sont en par­tie res­pon­sables, par l’incohérence de la poli­tique exté­rieure de la France depuis plu­sieurs années, de ces vagues d’attentats : quand on vend des avions de chasse à des pays tota­li­taires qui financent DAESH, ou quand on sou­tient mili­tai­re­ment un bou­cher comme Bachar Al Assad sous pré­texte qu’il serait un rem­part contre l’islamisme, on ne peut que se prendre le retour de boo­me­rang du ter­ro­risme… Sans comp­ter la déma­go­gie poli­tique consis­tant à pré­tendre que l’état d’urgence devrait être pro­lon­gé, alors que cet atten­tat vient d’être com­mis dans une période d’état d’urgence et que cela n’a ser­vi à rien, jus­te­ment… Sans oublier le refus de s’appuyer sur des savoirs (la socio­lo­gie serait une “culture de l’excuse”…) pour ana­ly­ser les pro­blèmes, ce qui conduit à ne pen­ser les pro­blèmes qu’à tra­vers le filtre des idéo­lo­gies sécu­ri­taires, de la réac­tion pul­sion­nelle immé­diate, et de l’audimat. Car les médias font par­tie inté­grante du sys­tème ter­ro­riste : ces atten­tats de masse ne seraient pas com­mis s’ils n’étaient pas com­plai­sam­ment relayés par des médias avides d’images de sang, de mas­sacres, et pour qui tout est bon pour vendre de l’audience à leurs annon­ceurs. On a vu la der­nière fois l’ignoble atti­tude de BFM TV, qui a fait cou­rir des risques mor­tels aux poli­ciers et aux per­sonnes enfer­mées dans le Bata­clan en dif­fu­sant des infos stra­té­giques pou­vant être exploi­tées par les ter­ro­ristes : cette chaine a-t-elle eu à en subir les consé­quences ? Même pas. A-t-elle chan­gé d’attitude ? J’en doute… Les autres sont-elles si dif­fé­rentes ? Pas vrai­ment…

      Incom­pé­tence, déma­go­gie, inco­hé­rence géo­po­li­tique, refus des ana­lyses pro­blé­ma­ti­sés des pro­blèmes, sys­tème média­ti­co-ter­ro­riste : tout cela concourt en effet à ce que les ques­tions qui se posent deviennent “que puis-je faire, moi, de là où je suis ?”. As-tu enten­du le dis­cours de Hol­lande suite à ce mas­sacre ? Je n’ai jamais enten­du phrases plus creuses, et pen­sée plus plate : on ne sen­tait que la culture sté­réo­ty­pée du com­mu­ni­cant qui a du lui rédi­ger son speech. Que dans des moments pareils, on n’ait que des nains de la pen­sée comme Hol­lande, Valls, et Caze­neuve à se mettre sous la dent donne la mesure du pro­blème… Nos gou­ver­nants sont dan­ge­reux, et c’est à nous, mal­heu­reu­se­ment, de nous deman­der d’une part com­ment nous en débar­ras­ser avant qu’il soit trop tard, et aus­si de réflé­chir à ce que nous pou­vons faire, indi­vi­duel­le­ment, puisqu’il est deve­nu évident qu’aucune réponse adap­tée et ration­nelle ne vien­dra de l’État.

      En tant qu’enseignants, qu’universitaires, on sait bien ce que nous pou­vons faire sur le ter­rain qui est le notre : por­ter la cri­tique là où elle fait mal. Poser des ana­lyses dans nos domaines, même s’ils ne concernent pas le ter­ro­risme ou les fana­tismes reli­gieux, de façon à ce qu’une pen­sée huma­niste (revi­si­tée à la lueur des urgences envi­ron­ne­men­tales, mais c’est un autre aspect du pro­blème) puisse exis­ter dans l’océan de mer­di­ci­té bureau­cra­tique, uti­li­ta­riste et éco­no­mi­ciste qui nous sub­merge : faire en sorte que nos élèves, nos étu­diants, sortent de nos cours à chaque fois un peu plus éru­dits, un peu plus outillés pour la cri­tique et pour l’analyse des grands enjeux contem­po­rains. Or, c’est jus­te­ment là que le bat blesse : tu sais aus­si bien que moi que tout a été fait par les poli­tiques depuis les années 2000 pour empê­cher que s’exprime et se trans­mette, dans les ins­ti­tu­tions édu­ca­tives, une pen­sée huma­niste et cri­tique, celle des sciences humaines et sociales, et des Lettres. Le tout au nom de dogmes dont toi et moi dénon­cions ici même, il y a plus de 15 ans, la per­ver­si­té et les dan­gers : nous y voi­là, confron­tés au type de dan­ger que nous pré­voyions, mais que per­sonne ne vou­lait voir à l’époque.

      Donc, à la ques­tion du “que faire”, je répon­drais : faire ce que nous avons tou­jours fait, en toute modes­tie mais avec une exi­gence intacte, c’est à dire faire exis­ter et trans­mettre les formes de pen­sée et d’action basées sur une éthique de la res­pon­sa­bi­li­sa­tion, de l’émancipation, et de la sub­ver­sion des ordres éta­blis quand ceux-ci s’opposent à l’émancipation. Cela revient aus­si à conti­nuer à lut­ter contre nos propres tutelles (celles de nos pré­si­dences d’établissements et de nos minis­tères), qui sont nos enne­mis autant qu’ils sont les enne­mis de la popu­la­tion, puisqu’ils ne se mettent au ser­vice que du mar­ché et de l’innovation tech­no­lo­gique. Comme le disait Isa­belle Sten­gers, nous devons “culti­ver une déloyau­té envers nos gou­ver­nants”. En gros : une éthique de la déso­béis­sance civile !

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