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Indiscipline !

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Après la nuit viendront les lendemains qui chantent (par Raphaël, commission « Savoir faire des Luttes » de Nuit Debout)


savoirfaireTRIBUNE – Où nous mènera Nuit Debout ? Certains répondent « nulle part », et le mouvement leur paraît déjà discrédité. Nuit Debout, anarchique, égalitaire, spontanée, ne recherche pas de représentant politique, ne s’organise pas; il est donc légitime de s’inquiéter de son efficacité.

Nous nous rassemblons chaque jour, nous discutons debout dans le froid, nous travaillons en commission, des heures durant, nous écoutons parler des inconnus au cours d’assemblées générales immenses. Nous ne sommes pas inefficaces : nous donnons de la nourriture et des vêtements aux migrants de Stalingrad ; nous produisons des reportages et nous réinventons les médias ; nous acquérons des connaissances – sur la loi, la Constitution, l’éducation, la situation des hôpitaux ou celle des ouvriers PSA; nous apprenons à débattre et à prendre des décisions collectivement ; nous récrivons la Constitution. Nous ne sommes pas inefficaces, et pourtant nous refusons qu’on nous donne des ordres, nous refusons que nous échappe le pouvoir que nous avons pris. Nous ne voulons pas nous choisir de représentants, mais nous voulons continuer à faire corps ensemble, nous, ces milliers d’inconnus souvent en désaccord mais qui apprennent à se connaître. Nous voulons continuer à faire corps et à décider par nous-mêmes.

Nous ne voulons pas que les journalistes nous disent qui écouter, qui mérite notre intérêt. Nous ne voulons plus écouter les politiques aux avis si prévisibles, le philosophe à la mode depuis trente ans ou l’expert autoproclamé que les chaînes TV s’échangent. Nous voulons écouter tout le monde : les anonymes qui se succèdent au micro, qui souvent n’ont pas l’habitude de parler, et dont on ne peut connaître les idées sans les écouter attentivement; mais aussi les commissions, au sein desquelles le niveau des discussions s’élève chaque jour.

Nous ne voulons pas que les politiques choisissent à notre place, à rebours de ce que nous espérions en votant. Ils démantèlent le Code du travail, conquis de haute lutte par les travailleurs. Ils prennent l’argent de l’éducation prioritaire pour l’affecter aux armées. Ils font la guerre au Mali, en Libye, en Afghanistan. Ils adoptent un traité constitutionnel que nous avons refusé par référendum. Nous ne voulons pas qu’on choisisse à notre place : nous voulons faire de la politique. Nous ne voulons pas qu’on nous donne des ordres, qu’on nous oblige à agir contre nos goûts, nos idées ou nos envies.

Nous voulons l’autonomie. Et nous l’expérimentons au quotidien depuis le 31 mars sur la place. Nous ne déléguons pas le pouvoir, nous ne déléguons pas la parole : nous nous réapproprions tout. Nous regagnons tout.

Comment s’achèvera Nuit Debout ? Les commissions, autonomes, continueront peut-être à exister si l’Assemblée populaire se vide peu à peu. Nous pouvons choisir d’élire des représentants pour participer à des élections. Nous nous allierons peut-être aux syndicats et aux partis qui récupéreront le mouvement. Nous obtiendrons peut-être un changement constitutionnel par un immense élan populaire. Nous obtiendrons peut-être le retrait de la loi travail, et peut-être nous essoufflerons-nous ensuite.

Au micro de l’Assemblée, quelqu’un a dit : « Ce serait terrible que Nuit Debout ne nous laisse que de bons souvenirs ». Elle ne nous laissera pas que des souvenirs. Quelle que soit la fin, je suis convaincu que l’expérience politique de liberté et d’égalité que nous vivons place de la République, l’expérience de l’autonomie, transforme nos cœurs. Nous nous réunirons à nouveau. Cette expérience restera dans la mémoire de tous ceux qui auront participé ou assisté à Nuit Debout, et les poussera à changer notre société. Si nous revenons à la politique des partis malhonnêtes et des élections décevantes, nous n’oublierons pas que nous pouvons choisir, et que nous pouvons nous gouverner nous-mêmes. Nous nous souviendrons de ces jours où où personne ne nous donnait d’ordre et où une énergie incroyable se dégageait des dizaines de commissions qui travaillaient à un nouveau monde. Même si Nuit Debout ne nous apporte rien demain, ces souvenirs et cette certitude de pouvoir être libres nous resteront. Nous plantons des graines qui un jour vont éclore. Nous nous soulèverons alors pour changer de constitution, de médias, de système économique. Nuit Debout nous mènera à une nouvelle société car on ne revient pas facilement à l’antique esclavage. Après la nuit viendront les lendemains qui chantent.

Raphaël, Commission Savoir-Faire des Luttes

Après la nuit viendront les lendemains qui chantent

https://gazettedebout.org/2016/04/25/apres-la-nuit-viendront-les-lendemains-qui-chantent/




  • Une réponse “Après la nuit viendront les lendemains qui chantent (par Raphaël, commission « Savoir faire des Luttes » de Nuit Debout)”

    1. Igor Babou 30 avril 2016 à 17 h 19 min

      Je me réjouis de vivre à une époque où un tel enthousiasme clairvoyant existe. Merci à Raphaël et à la Nuit Debout de planter des graines de démocratie sans tenir compte des cyniques et des aveugles qui errent dans les bas-fonds de la politique et des médias.

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