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Tuna Altınel, mathématicien à Lyon 1 et otage de l’État turc


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Tuna Alti­nel

À l’attention de l’opinion publique

Qui suis-je ? Tuna Altı­nel, maître de confé­rences habi­li­té en mathé­ma­tiques à l’Université Lyon 1, fonc­tion­naire d’État depuis octobre 1996, (co)-auteur d’une ving­taine d’articles et d’une mono­gra­phie de recherche, ensei­gnant d’une mul­ti­tude d’étudiants de tous les niveaux de l’enseignement supé­rieur mais aus­si un otage de l’État turc.

Le 21 février 2019, j’ai assis­té à une soi­rée au Palais du Tra­vail de la mai­rie de Vil­leur­banne par Ami­tiés Kurdes Lyon-Rhône-Alpes, asso­cia­tion fran­çaise loi 1901. Le sujet était les exac­tions com­mises en jan­vier 2016 sur les civils à Cizre, ville kurde, sous pré­texte de guerre contre le ter­ro­risme. Le 12 avril sui­vant, mon pas­se­port était confis­qué aux fron­tières de l’État turc sans qu’on m’en dise les rai­sons.
Pen­dant un mois, j’ai cher­ché les rai­sons de cette confis­ca­tion. En butte à la langue de bois d’un état, je suis allé le 10 mai à Balı­ke­sir où mon acte de nais­sance est enre­gis­tré et dont la pré­fec­ture avait
ini­tié l’enquête à mon encontre. Cette ten­ta­tive s’avérant aus­si infruc­tueuse que les pré­cé­dentes, je me pré­pa­rais à ren­trer à İst­anb­ul quand j’ai été arrê­té devant la pré­fec­ture de Balı­ke­sir.
Le len­de­main, accu­sé de pro­pa­gande d’organisation ter­ro­riste, j’étais pla­cé en déten­tion dans la pri­son de Kep­sut, Balı­ke­sir. Quelques heures seule­ment après ces faits, j’étais décla­ré « uni­ver­si­taire
fai­sant de la pro­pa­gande ter­ro­riste » dans un com­mu­ni­qué de presse de ladite pré­fec­ture. Celle-ci n’avait pas oublié d’informer le quo­ti­dien Yeni Akit, jour­nal proche du pou­voir poli­tique, qui allait
reprendre le même texte, vio­lant ain­si le prin­cipe de la pré­somp­tion d’innocence.

Deux jours ont suf­fi pour pré­pa­rer un acte d’accusation dont le seul appui est une lettre d’information rédi­gée par le Consu­lat de Tur­quie à Lyon au sujet de la soi­rée du 21 février. Ledit consu­lat s’était
per­mis d’espionner les acti­vi­tés d’une asso­cia­tion fran­çaise légale. L’accusation était net­te­ment plus forte qu’à mon arres­ta­tion : « appar­te­nance à une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste », pas­sible de 5 à 10 ans
d’emprisonnement.

J’ai pas­sé 80 jours en pri­son. J’ai été libé­ré le 30 juillet sans aucune res­tric­tion, mesure admi­nis­tra­tive, contrôle judi­ciaire, ni inter­dic­tion de quit­ter le pays. La pro­chaine audience est fixée au 19 novembre
2019, à 14h. Suite à la déci­sion favo­rable de la cour, le 27 août, accom­pa­gné de mon avo­cat, j’ai fait une requête pour la res­ti­tu­tion de mon pas­se­port. Aucune réponse ne nous est par­ve­nue durant un mois. De
retour à la pré­fec­ture de Balı­ke­sir le 27 sep­tembre, nous avons dif­fi­ci­le­ment obte­nu une copie de la réponse dont le deuxième et der­nier para­graphe se clôt par la phrase sui­vante : « Votre demande sera recon­si­dé­rée, sur requête de votre part, dans le cas de l’acquittement éven­tuel de votre client à l’issue de la pour­suite en cause. » Comme ultime recours à la loi, mes avo­cats ont ini­tié une pro­cé­dure au tri­bu­nal admi­nis­tra­tif.

L’État turc refuse de me rendre mon pas­se­port. Cet état qui m’a d’abord empri­son­né pour des motifs non jus­ti­fiés et me menace de plu­sieurs années de pri­son, viole aus­si mon droit au voyage pro­té­gé par la clause 23 de la Consti­tu­tion de Tur­quie. Mon droit au tra­vail, pro­té­gé par la clause 49 de ladite consti­tu­tion, n’en est pas moins vio­lé : je ne peux assu­rer mes cours à Lyon depuis des mois ; la lettre de mon uni­ver­si­té à la cour reste igno­rée.
Je demande la fin de cette cas­cade d’injustices !

Tuna Altı­nel

Administrateur
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Une réponse “Tuna Altınel, mathématicien à Lyon 1 et otage de l’État turc”

  1. 15 septembre 2020 à 14 h 14 min

    Déjà dix mois qu’in­dis­ci­pline aler­tait sur la situa­tion de ce col­lègue! Quelle est-elle aujourd’­hui? L’U­ni­ver­si­té de Lyon a‑t-elle retrou­vé son McF de maths?

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