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Scepticisme” ou idéologie raciste d’état?


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« Scep­ti­cisme » ?… , racisme, racia­lisme et dog­ma­tismes sont-ils des scep­ti­cismes ?

Le papier, titré « L’aveuglement migra­toire de l’Europe cen­trale », de Jean-Bap­tiste Chas­tan (le Monde, 10.10.2016 à 6h39 et 12h13) est bien étrange.

Le titre est bizarre … Qu’est ce qu’un « aveu­gle­ment migra­toire »… Pro­ba­ble­ment la for­mu­la­tion est-elle un écho incons­cient de la tra­gé­die d’Œdipe, par­ri­cide inces­tueux condam­né à l’errance avec les yeux cre­vés… Mais ce dont parle l’article, c’est de l’hostilité de l’opinion publique et sur­tout des gou­ver­ne­ments contre « les migrants », dans les pays euro­péens ayant appar­te­nu au Pacte de Var­so­vie.

L’article appelle ces pays tan­tôt « Pays d’Europe issus de l’ancien bloc sovié­tique » (comme si ces pays n’avaient pas exis­té avant la deuxième guerre mon­diale!.) ou, plus pru­dem­ment « la région » (ce qui évite tout effort de défi­ni­tion ou d’analyse his­to­rique), ou encore « l’ancienne » ou … « la nou­velle Europe », la syn­taxe de l’article ne per­met­tant pas de repé­rer qui est selon l’auteur « ancien » ou « nou­veau », de Prague ou Rome, Buda­pest ou Bruxelles…

Il s’agit en fait des Hon­grois, des Slo­vaques et des Tchèques, et de leurs gou­ver­ne­ments, qui pro­clament que « l’islam n’a pas de place chez eux » et que « les migrants sont un poi­son ». Aux­quels s’ajouteraient les citoyens des Län­der de « l’ex-RDA » (l’Allemagne occi­den­tale n’est pas citée, mal­gré les revers élec­to­raux infli­gés par l’extrême-droite raciste à Madame Mer­kel…)

L’article iden­ti­fie ces dis­cours, et l’idéologie qu’ils expriment à de la xéno­pho­bie, en termes socio­lo­giques, ou de « l’incitation à la haine raciale », pour dire à peu près la même chose en termes juri­diques. Sur ce point on ne peut que le suivre. Il s’agit bien d’une xéno­pho­bie d’état, cou­pée à une idéo­lo­gie domi­nante xéno­phobe.

La suite de l’article cherche des rai­sons socio-démo­gra­phiques en Pologne, en Bul­ga­rie, en Rou­ma­nie … Pays dont il ne par­lait pas plus haut… La démo­gra­phie de la Pologne explique-t-elle l’idéologie des Tchèques ? L’émigration des jeunes rou­mains vide-t-elle les rues de Buda­pest?

Cette errance lexi­cale et concep­tuelle ren­voie pro­ba­ble­ment à l’hypothèse que tout cela serait du à la per­ma­nence de l’idéologie « sovié­tique », dans « cette région », s’opposant à celle du monde « libre », « ici ».

Sot­tise pour­tant qu’une telle hypo­thèse. La droite xéno­phobe des pays dont il est ques­tion est l’héritière ici des idéo­lo­gies pan­ger­ma­niques et pan­slaves anté­rieures à l’Union Sovié­tique et au Pacte de Var­so­vie. Cette droite s’est ral­liée à l’Europe capi­ta­liste, notam­ment en vou­lant contri­buer à l’affirmation haut et fort de la nature chré­tienne de cette Europe. Sur ce point ils sont beau­coup plus des héri­tiers du pan­ger­ma­nisme et du pan­sla­visme que de l’Union Sovié­tique…

Plus curieu­se­ment encore, l’article désigne cette xéno­pho­bie popu­liste d’état comme un « scep­ti­cisme », dans un para­graphe géné­ra­li­sant ce carac­tère cog­ni­tif au vaste ensemble géo­gra­phique indis­tinct qui fait sa réfé­rence, fon­dant ce qui n’est qu’un pré­ju­gé sté­réo­ty­pé :

« Ce mes­sage pour­rait s’appliquer à l’ensemble des pays d’Europe issus de l’ancien bloc com­mu­niste, tant le scep­ti­cisme face à l’immigration est un trait com­mun par­ta­gé dans la région. Avec le rejet de l’homosexualité, c’est un des rares sujets de socié­té qui séparent encore les valeurs de la « nou­velle Europe » de « l’ancienne ».

Où est-il allé cher­cher ce terme de « scep­ti­cisme » ? Sans doute dans une décli­nai­son incluant les termes « cli­ma­tos­cep­ti­cisme » et « euros­cep­ti­cisme», oppo­sant dans les dis­cours média­tiques cou­rants ceux qui croient et ce qui ne croient pas aux « véri­tés » sou­te­nues par les oli­gar­chies média­tique, poli­tique et experte… A l’instar de Mon­sieur Hol­lande qui naguère condam­nait, péro­rant devant les aca­dé­mi­ciens, tout doute quant aux véri­tés offi­cielles comme une igno­rance à com­battre.

On sem­ble­rait donc se trou­ver dans une confi­gu­ra­tion oppo­sant les tenants d’une véri­té offi­cielle, d’un dogme à ceux d’un dis­cours popu­laire de bon sens résis­tant .

Mais le terme scep­ti­cisme n’est pas per­ti­nent pour par­ler de la xéno­pho­bie dans les pays euro­péens gou­ver­nés à l’extrême droite, puisqu’il s’agit là de l’idéologie d’état et de l’idéologie domi­nante…

Appe­ler cela du « scep­ti­cisme » nous fera sans doute bien­tôt glis­ser à l’idée que l’on serait ici devant des « décom­plexés » et qu’ils méri­te­raient d’être « dédia­bo­li­sés » …

Il est vrai qu’il y a trois jours, pour « ques­tion­ner » Mon­sieur Jup­pé sur l’immigration Antenne 2 recru­ta Mon­sieur Ménard… Maire lepé­niste de Béziers.

L’idéologie raciste et racia­liste mérite-t-elle d’être défi­nie comme un « scep­ti­cisme » ?

On ne peut accep­ter une telle caté­go­ri­sa­tion. Les pays concer­nés retrouvent plu­tôt là une foi irrai­son­née et inté­griste dans des valeurs d’intolérance reli­gieuse et un ima­gi­naire de pure­té eth­nique. Valeurs qui ont conduit l’Europe il y a quelques décen­nies sur la voie du fas­cisme.

C’est donc de foi, d’intégrisme, de racisme, de xéno­pho­bie, d’extrême-droite qu’il faut par­ler ici, et non de scep­ti­cisme.

De quoi ren­for­cer notre scep­ti­cisme sur l’Europe que nous « construi­sons » avec ces états-là!




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