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Les cris du marché/les deux poissonniers


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Avec un clin d’oeil à Clé­ment Jane­quin (“Les cris de Paris”) et un autre à Ber­tolt Brecht qui, dans “L’achat du cuivre” défen­dait l’idée que le dra­ma­turge ait à s’intéresser au théâtre tel qu’il existe dans la vie ordi­naire, tel qu’il est pra­ti­qué sans sou­ci de spec­tacle pour le spec­tacle, je vous invite à décou­vrir ces dia­logues, notés au mar­ché:

Le mar­ché

1 – La fian­cée

Le pre­mier pois­son­nier (à son col­lègue) :

T’as vu la dame qui arrive ?

Elle vient toutes les semaines.

Et à la fin on va se marier.

(à la dame) Oui, c’est pas la peine de rou­gir, tout ‘ façon on va s’marier quand même.

Moi ça m’ dérange pas.

(à son col­lègue) Bon, c’est pas tout çà, tu la sers ma fian­cée !

La dame : Vous pou­vez tou­jours rêver !

Le deuxième pois­son­nier : Lais­sez, il rêve tout debout, il dit n’importe quoi

La dame : Oui, mais lui il est gen­til.

Le pre­mier pois­son­nier : Ah tu vois, on fait un métier, il faut par­ler aux gens.

A la semaine pro­chaine, ma ché­rie !

Le deuxième pois­son­nier : Et si Mon­sieur y est là ?

Le pre­mier pois­son­nier : Ca me dérange pas moi ?

Sa dame elle dit que je peux rêver.

Moi je rêve lui il fait.

On fait comme Oba­ma.

 

2 – Les deux mes­sieurs

Le deuxième pois­son­nier (au sui­vant de la file) :

On sert Mon­sieur ?

Le Mon­sieur (dési­gnant le client en cours de ser­vice) :

Non, je suis ensemble avec Mon­sieur.

Le pre­mier pois­son­nier :

Ces Mes­sieurs sont ensemble ?

Ça fait long­temps ?

Et ça marche bien ?

Non, bien sûr.

Mais : c’est pas grave, c’est tou­jours comme ça !

Le deuxième pois­son­nier :

Lais­sez tom­ber, il rêve tout debout, il dit n’importe quoi

Le pre­mier Mon­sieur : On a bien vu.

Le deuxième Mon­sieur : Et vous ven­dez aus­si du pois­son ?

Le pre­mier pois­sion­nier : Oui, on vend du pois­son à deux.

Il veut pas le dire mais ça fait long­temps, nous aus­si…

Le pre­mier Mon­sieur : Et çà marche bien ?

Le pre­mier pois­son­nier : Vous m’avez pas répon­du, alors moi non plus je réponds pas.

De toute façon je suis déjà fian­cé.

 

 




  • 9 réponses “Les cris du marché/les deux poissonniers”

    1. 23 janvier 2016 à 18 h 30 min

      J’adore … ça vaut les “brèves de comp­toir” ! Mer­ci.

    2. Al Ceste
      23 janvier 2016 à 22 h 03 min

      Le coup de “ma ché­rie”, un épi­cier de par ici le fai­sait à toutes ses clientes.

      Ce qui ne l’avait pas empê­ché de ren­voyer au bout de la queue une “grande” dame du pays qui pré­ten­dait brû­ler la poli­tesse à toutes les femmes des ouvriers de son mari.

      • 24 janvier 2016 à 13 h 44 min

        Liber­té de parole, éga­li­ta­risme … obs­cé­ni­tés à fleur de mots … le mar­ché est encore sou­vent un espace iro­nique, poli­tique et cultu­rel un peu autre… Une enclave, ou une paren­thèse par rap­port au monde du tra­vail et à l’espace domes­tique. Ce n’est pas vrai par­tout… ni jamais tota­le­ment vrai, évi­dem­ment… Sur l’un des mar­chés des envi­rons, les com­mer­çants se sont plaints que le “ticket” ne soit pas assez cher… En effet cela leur ame­nant à proxi­mi­té les étals de quan­ti­té de fai­néant, qui étaient là “juste pour dire qu’ils tra­vaillaient, alors qu’ils ne fou­taient rien”. Sur un autre, le maire (“les Répu­bli­cains, comme de juste”) fait de temps en temps des “actions de com­mu­ni­ca­tion” …

        Mais glo­ba­le­ment, sur le mar­ché, on parle libre­ment, on prend le temps et l’égalité est mis en espace, … tout en évi­tant “ce qui fâche” …

        On a pour­tant bien du plai­sir à ache­ter “l’avocat moins cher qu’au Palais”…

        La dame dont vous par­lez est fort dif­fé­rente des bour­geoises de Lille … qui savent que ce genre d’inconduite leur vau­drait d’être trai­tées de haut et mise à l’écart de toutes les conver­sa­tions pour quelques semaines…

        • 24 janvier 2016 à 14 h 33 min

          Oli­vier, dans les régions de “vraie” tra­di­tion bour­geoise, “la grande bour­geoise” se garde bien d’afficher son sta­tut. De ce point de vue, entre autre, Lille et Lyon se res­semblent beau­coup. A Lyon les appar­te­ments les plus splen­dides sont dis­crè­te­ment acces­sibles der­rières des portes presque pouilleuses. La richesse ne s’affiche pas, à Lyon. Elle se fait dis­crète.

          • 24 janvier 2016 à 15 h 48 min

            Un peu de gêne (et par­fois de honte) au coin des lèvres, vite essuyée d’un coin du mou­choir de bap­tiste. Car on sait se tenir.

            • 24 janvier 2016 à 16 h 32 min

              Ni gêne, ni encore moins de honte. Mais, contre les odeurs un mou­choir de bap­tiste légè­re­ment impré­gné d’un par­fume dis­cret … ça le fait !

              • 24 janvier 2016 à 16 h 40 min

                A te lire, je m’aperçois que j’ai écrit “bap­tiste”. C’est pas ça du tout ! Ne pas confondre le mou­choir de batiste, très classe, avec le mou­choir de Bap­tiste (mon copain), très crasse. J’ai honte.
                La femme du patron d’une usine de sacs dans laquelle je tra­vaillais m’a deman­dé “Ce n’est pas trop dur votre tra­vail ‚” s’attendant à ce que je lui réponde non. J’ai répon­du ” Oh ! si madame, c’est très très dur !”. Elle est deve­nue rose, elle est par­tie en se retour­nant sur moi plu­sieurs fois, elle a sor­ti son mou­choir et elle s’est essuyé les lèvres.

                • 24 janvier 2016 à 17 h 02 min

                  Et j’ai reco­pié bap­tiste … sans hési­ta­tion !

                  Tu es un coquin s’amusant à mettre mal à l’aise les bonnes dames ! A moins que ta pres­tance mus­cu­leuse ait eu un effet aphro­di­siaque sur la dame ?

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