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La LRU Fioraso pire que la LRU Pécresse : appel de SLU à se mobiliser


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Ci-des­sous, une copie du com­mu­ni­qué de Sau­vons l’Université, avec des sug­ges­tions d’actions. A dif­fu­ser lar­ge­ment, tant la situa­tion induite par la LRU façon Fio­ra­so est grave. Le chan­ge­ment pro­mis ? C’est jamais… L’instrumentalisation des assises “par­ti­ci­pa­tives”, que je dénon­çais ici en sep­tembre 2012, a été total. Ce qui se pré­pare, pire que sous le gou­ver­ne­ment Sar­ko­zy, est la mise en coupe réglée de l’université au ser­vice exclu­sif de l’économie de mar­ché et d’une concur­rence de tous contre tous, avec dis­so­lu­tion pré­vi­sible des cadres dis­ci­pli­naires et secon­da­ri­sa­tion de nos éta­blis­se­ments. La droite rêvait de la liqui­da­tion de l’université et de la recherche, le PS semble en bonne posi­tion pour l’abattage final.

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article5925

La L.R.U. jusqu’à la lie ? — Com­mu­ni­qué de SLU !, 2 février 2013

Après une dizaine d’années de réformes (pacte de la recherche en 2004, créa­tion de l’A.N.R et de l’A.E.R.E.S en 2006, loi L.R.U. en 2007, réforme des for­ma­tions à l’enseignement – dite « mas­té­ri­sa­tion » – en 2008) impo­sées par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs avec le sou­tien de la C.P.U mais contre l’avis de la majo­ri­té de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire, le gou­ver­ne­ment actuel a ten­té de don­ner le spec­tacle de l’écoute et de la consul­ta­tion lors des Assises de l’Enseignement Supé­rieur et de la Recherche tenues à l’automne 2012. Les dis­cours offi­ciels ont même été jusqu’à poin­ter les défauts de démo­cra­tie au sein des nou­velles struc­tures, les vices de la recherche sur pro­jets, la faillite annon­cée de la for­ma­tion des ensei­gnants (F.D.E), le gouffre abys­sal de la ques­tion finan­cière, l’illégitimité des formes de l’évaluation.

Pour­tant, face à une « consul­ta­tion » très contrô­lée et très ver­rouillée, face aux nomi­na­tions minis­té­rielles qui avaient déjà lar­ge­ment récom­pen­sé celles et ceux qui avaient le mieux accom­pa­gné les réformes, et face aux refus du minis­tère de prendre les mesures d’urgence qui s’imposaient, c’est sans illu­sion que SLU a par­ti­ci­pé à ces Assises, tout au moins au niveau « natio­nal », le seul qui convienne à une poli­tique uni­ver­si­taire de ser­vice public.

Aujourd’hui, le nou­veau pro­jet de loi, qu’il faut lire avec le rap­port Le Déaut pour en com­prendre les termes et les prin­cipes, dépasse toutes les craintes que nous pou­vions avoir, d’autant plus qu’il s’agit comme nous l’ont dit MM. Fon­ta­nille et Hou­zel (lors de notre audi­tion au M.E.S.R. le 31 jan­vier 2013), d’une « loi nor­male » qui n’est pas ados­sée à une loi de « de pro­gram­ma­tion » bud­gé­taire. Non seule­ment ce pro­jet de loi ne cor­rige pas, ne remé­die pas, n’entend rien, mais il ren­force encore les dis­po­si­tifs légis­la­tifs qui ont conduit à la situa­tion actuelle de faillite finan­cière qui frappe la moi­tié des uni­ver­si­tés fran­çaises, comme le montre notre com­pa­ra­tif point à point avec la L.R.U .

  • Les articles qui forment le socle de la loi L.R.U et des R.C.E. (Res­pon­sa­bi­li­tés et Com­pé­tences Élar­gies) sont recon­duits et le prin­cipe de la dota­tion glo­bale des éta­blis­se­ments est conso­li­dé : les bud­gets dédiés à l’emploi, aux for­ma­tions voire aux cré­dits de recherche res­tent donc les seules variables d’ajustement bud­gé­taire dans les uni­ver­si­tés, ins­tau­rant struc­tu­rel­le­ment la pré­ca­ri­sa­tion des for­ma­tions et des per­son­nels.
  • Les articles de la loi L.R.U concen­trant le pou­voir déci­sion­naire aux mains du pré­sident d’université et du C.A. ne sont amen­dés que sur des points mineurs, puisque tous deux gardent le contrôle du bud­get, c’est-à-dire des choix en matière de for­ma­tion, de recherche et d’emplois. Si une pro­cé­dure d’impeachment contre le pré­sident d’université est créée, l’ensemble de ses pou­voirs est pro­ro­gé sans modi­fi­ca­tion. Si le pro­jet de loi sup­prime la prime majo­ri­taire pour la liste arri­vée en tête aux élec­tions des repré­sen­tants du per­son­nel au C.A., la par­ti­ci­pa­tion des membres nom­més à l’élection du pré­sident est un fac­teur nou­veau d’affaiblissement des repré­sen­tants élus de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire. Quant au Conseil aca­dé­mique (fusion éven­tuelle des C.S. et des C.E.V.U.), son rôle demeure très lar­ge­ment consul­ta­tif : pire, un fonc­tion­ne­ment man­da­ri­nal est ren­for­cé puisque les pro­fes­seurs y seront davan­tage repré­sen­tés que les maîtres de confé­rences.
  • Plus grave, l’introduction, pour les uni­ver­si­tés non « fusion­nées », de l’adhésion obli­ga­toire à une « com­mu­nau­té d’universités » qui devien­drait le seul inter­lo­cu­teur du gou­ver­ne­ment dans la mise en place des contrats quin­quen­naux : le gou­ver­ne­ment réel des pôles uni­ver­si­taires est donc confié à des ins­tances com­po­sées majo­ri­tai­re­ment de membres nom­més ou coop­tés par les conseils.
  • Le décret sta­tu­taire de 2009 sur les ensei­gnants-cher­cheurs, au cœur de la mobi­li­sa­tion, est entiè­re­ment recon­duit sans modi­fi­ca­tion.
  • L’A.E.R.E.S, cen­sée dis­pa­raître, renaît de ses cendres encore chaudes sous un autre nom et qua­si­ment à l’identique : elle reste com­po­sée de membres nom­més par décret. Fait nou­veau, l’évaluation des éta­blis­se­ments, des for­ma­tions, des équipes de recherche et des ensei­gnants est délé­guée de façon com­plè­te­ment opaque à des ins­tances inter­mé­diaires.
  • L’A.N.R. reste pour l’essentiel intou­chée, avec ce que cela signi­fie en matière d’assèchement des cré­dits des labo­ra­toires (qui ne sont plus appe­lés « cré­dits récur­rents » mais « sou­tien de base ») et de péren­ni­sa­tion de la pré­ca­ri­té.
  • Le rap­port enseignement/recherche est défait par le pro­jet de loi, lequel insiste tout au contraire sur le bloc lycée/premier cycle avec ce que cela induit du point de vue de la dis­so­lu­tion des dis­ci­plines dans un mag­ma plu­ri­dis­ci­pli­naire dont les deux seuls objec­tifs semblent être d’augmenter le nombre de reçus à la licence et de légi­ti­mer l’attribution des ensei­gne­ments à des col­lègues sans obli­ga­tion de recherche, ce qui per­met une notable éco­no­mie bud­gé­taire. En outre, le deve­nir des U.F.R., c’est-à-dire le main­tien de l’articulation enseignement/recherche dans les com­po­santes uni­ver­si­taires, est indé­cis : sup­pri­més selon le pro­jet de loi, main­te­nus selon les repré­sen­tants du M.E.S.R. (31 jan­vier 2013).
  • Le pro­jet de loi ne cesse d’insister sur l’impératif du « trans­fert des résul­tats obte­nus vers le monde socio-éco­no­mique » et fait de la défense de « l’attractivité du ter­ri­toire natio­nal » comme de la « com­pé­ti­ti­vi­té », de nou­velles mis­sions de l’enseignement supé­rieur. C’est donc la fina­li­té même de l’Université qui est trans­for­mée, som­mée qu’elle est de se mettre au ser­vice des inté­rêts éco­no­miques pri­vés et sous la coupe des régions.
  • Chaque éta­blis­se­ment est tenu de déve­lop­per une « offre » d’enseignement numé­rique iden­tique et symé­trique à celle des ensei­gne­ments en « pré­sen­tiel ». Sans même par­ler de la fai­sa­bi­li­té de la chose, rien n’a été pen­sé de la régres­sion péda­go­gique ni des effets d’autocensure et de confor­misme qu’une telle mesure entraî­ne­ra dans l’enseignement supé­rieur.

Comme en 2008, la cerise sur le gâteau est le pro­jet de réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants, exté­rieur au pro­jet de loi et au rap­port Le Déaut, mais qui en déploie les logiques du point de vue des for­ma­tions et des dis­ci­plines. Même si la réforme pré­cé­dente est en par­tie décons­truite, son socle —la fameuse « mas­té­ri­sa­tion » qui crée méca­ni­que­ment une lourde riva­li­té entre le concours de recru­te­ment et le diplôme— reste intou­ché.

  • Le prin­cipe de cette loi est en effet que le main­tien du dou­blon concours/master per­met­trait une sorte de divi­sion du tra­vail entre le diplôme et le concours, le pre­mier étant cen­sé s’occuper de la for­ma­tion et de l’évaluation dis­ci­pli­naire, le second de l’évaluation des « com­pé­tences » péda­go­giques.
  • Or la des­truc­tion de l’ancrage dis­ci­pli­naire de la for­ma­tion s’amplifie de fac­to puisque la seule véri­table sanc­tion res­te­ra celle du concours : la licence sera donc le point d’aboutissement de la for­ma­tion dis­ci­pli­naire pour les futurs ensei­gnants, alors même qu’une part impor­tante de « plu­ri­dis­ci­pli­na­ri­té » y est intro­duite pour don­ner corps à la pré­co­ni­sa­tion de conti­nui­té avec l’enseignement secon­daire qu’introduit par ailleurs le pro­jet de loi.
  • Du même coup aus­si, les facul­tés, les U.F.R. et les dépar­te­ments n’ont plus de rôle auto­nome dans la nou­velle orga­ni­sa­tion des pré­pa­ra­tions aux concours, quand ils ne sont pas exclus pure­ment et sim­ple­ment de la pré­pa­ra­tion des nou­velles maquettes, au pro­fit des fameuses E.S.P.E..
  • Autre­ment dit, les I.U.F.M., dans la ver­sion dure d’un affron­te­ment entre le péda­go­gique et le dis­ci­pli­naire, prennent le contrôle de l’ensemble de la for­ma­tion. Le cadrage natio­nal n’intervient que sur le lis­tage très géné­ral des com­pé­tences, sans les tra­duire et les cadrer dans des dis­po­si­tifs de cré­dits ECTS ni de volumes horaires. La fai­blesse des épreuves dis­ci­pli­naires dans le concours empêche enfin qu’elles ne soient dis­cri­mi­na­toires pour deve­nir ensei­gnant dans la dis­ci­pline.

Bilan : si les réformes pré­vues par le gou­ver­ne­ment sont trans­for­mées en loi, plus rien ne s’opposera aux logiques de la loi L.R.U., des R.C.E. et de la mas­té­ri­sa­tion, qui ont lar­ge­ment mon­tré leur noci­vi­té et que la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire a mas­si­ve­ment refu­sées.

Face à la gra­vi­té et à l’urgence de la situa­tion, S.L.U. appelle à ce que tous les conseils, quels qu’ils soient, conseils cen­traux, conseils d’U.F.R., conseils de dépar­te­ment, conseils de labo­ra­toires, se sai­sissent des ques­tions posées par la nou­velle loi de l’E.S.R. comme par la réforme de la F.D.E. et fassent voter des motions pour faire entendre la voix des uni­ver­si­taires et des cher­cheurs. Comme en 2008–2009, le site de SLU regrou­pe­ra et dif­fu­se­ra toutes les motions qui lui seront envoyées (et a d’ores et déjà com­men­cé à le faire : motions de Paris III, Paris-X Nan­terre, Uni­ver­si­té Paris-Est Cré­teil, 11e sec­tion du CNU….).

SLU appelle aus­si à ne pas éla­bo­rer et à ne pas faire remon­ter les maquettes en vue de la réforme de la F.D.E. Nous savons depuis 2009 que nous pou­vons blo­quer une par­tie du pro­ces­sus en refu­sant d’y par­ti­ci­per.

Enfin, nous vous appe­lons à relayer le plus lar­ge­ment pos­sible cet appel auprès des col­lègues de toutes dis­ci­plines. Seul un mou­ve­ment d’ampleur nous per­met­tra de peser sur notre ave­nir.

Igor Babou

Igor Babou

Je suis professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication.

Je travaille sur les relations entre nature, savoirs et sociétés, sur la patrimonialisation de l'environnement, sur les discours à propos de sciences, ainsi que sur la communication dans les institutions du savoir et de la culture. Au plan théorique, je me situe à l'articulation du champ de l'ethnologie et de la sémiotique des discours.

Sinon, dans la "vraie vie", je fais aussi plein d'autres choses tout à fait contre productives et pas scientifiques du tout... mais ça, c'est pour la vraie vie !
Igor Babou



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