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De l’utilité des sciences humaines et sociales pour celles qui ne le sont pas


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Paru dans VRS (La Vie de la recherche scien­ti­fique), n° 399, décembre 2014, pp. 19-­‐20

Sophie et Phi­lippe se ren­contrent au Quar­tier Latin. Amis, ils ne s’étaient pas vus depuis un moment. Phi­lippe est phy­si­cien, et vient d’être recru­té au CNRS. Sophie est doc­to­rante en socio­lo­gie des sciences. Ils vont prendre un pot.

Phi­lippe. Alors, que deviens-tu ?

Sophie. Eh bien je tra­vaille sur ma thèse et jus­te­ment, je vou­lais te voir pour en par­ler.

Phi. Oh moi, tu sais, les sciences sociales…

So. Ras­sure-toi, ce n’est pas comme conseiller mais comme objet d’études que j’ai besoin de toi.

Phi. Je ne sais pas si ça me ras­sure, car je ne com­prends pas bien en quoi je peux t’être utile. Quel est donc le sujet de ta thèse ?

So. C’est la notion de véri­té dans les sciences phy­siques contem­po­raines.

Phi. Ce n’est pas plu­tôt de la phi­lo, ça ? De l’épistémologie ?

So. Évi­dem­ment, cela y touche, mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant la notion abs­traite de véri­té que la façon dont elle est éla­bo­rée, vécue et uti­li­sée dans la pra­tique col­lec­tive des phy­si­ciens. C’est là-des­sus que je veux t’interroger lon­gue­ment un jour — si tu l’acceptes.

Phi. Mais que pour­rais-je te répondre? La véri­té, nous la cher­chons, et par­fois nous la trou­vons. Qu’y a-t-il d’autre à dire ?

So. Eh bien, il fau­drait pour com­men­cer que tu m’expliques ce qui vous convainc que vous l’avez trou­vée, cette véri­té.

Phi. Tu m’inquiètes. Je pres­sens dans ton ques­tion­ne­ment un cer­tain rela­ti­visme à la mode, selon lequel il n’y aurait pas de véri­té scien­ti­fique abso­lue. Nombre de tes col­lègues ne pensent-ils pas que les résul­tats de la recherche scien­ti­fique dépendent du contexte social et cultu­rel et n’ont pas de vali­di­té intrin­sèque ?

So. Je crains quant à moi que tu ne confondes le rela­ti­visme, qui existe certes mais n’est guère répan­du ni mena­çant en France en tout cas, avec le construc­ti­visme épis­té­mique, qui met en évi­dence les condi­tions dans les­quelles s’opère le tra­vail scien­ti­fique et qui le contraignent.

Phi. Tu peux être plus pré­cise ? En quoi la vali­di­té d’une théo­rie ou le résul­tat d’une expé­rience pour­raient-ils dépendre de ces condi­tions ?

So. Je sais que tu tra­vailles en phy­sique des par­ti­cules et fais par­tie de l’équipe du CERN qui a mis en évi­dence le fameux boson de Higgs. Or, pour que vous puis­siez effec­tuer cette expé­rience, il a bien fal­lu construire l’accélérateur LHC et ses détec­teurs gigan­tesques, ce qui a coû­té quelques mil­liards d’euros, non ? Et la déci­sion de mener à bien ce pro­jet n’a-t-elle pas dû être prise au plus haut niveau de la res­pon­sa­bi­li­té poli­tique de plu­sieurs pays euro­péens, c’est-à-dire en dehors des ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques elles-mêmes ?

Phi. Certes, mais le boson de Higgs existe bel et bien, indé­pen­dam­ment des ins­ti­tu­tions, des humains et des machines qui ont per­mis sa décou­verte !

So. Mais ima­gine que la déci­sion de construire le LHC n’ait pas été prise, il y a déjà plus de vingt ans. Cette véri­té, « le boson de Higgs existe », n’en serait pas une aujourd’hui, et ce, pour des rai­sons poli­tiques et non pas épis­té­mo­lo­giques. Est-ce incon­ce­vable pour toi ?

Phi. Il est vrai que les Amé­ri­cains qui étaient eux aus­si par­tis à la recherche du Higgs, ont aban­don­né leur pro­jet SSC d’accélérateur géant dès 1993 — non sans avoir dépen­sé 2 mil­liards de dol­lars, en vain donc — le Congrès états-unien ayant esti­mé que le jeu n’en valait pas la chan­delle.

So. Tu m’accordes donc que le cadre social dans lequel la science contem­po­raine tra­vaille déli­mite assez sévè­re­ment le champ des véri­tés qui lui sont acces­sibles ? Et nous ne par­lons ici que de phy­sique. Mais nos col­lègues bio­lo­gistes ont des exemples encore bien plus convain­cants, mon­trant com­ment les inté­rêts des mul­ti­na­tio­nales de la phar­ma­co­lo­gie contraignent les pos­si­bi­li­tés de recherche dans les sciences de la vie.

Phi. Soit, mais conviens à ton tour que, si le « champ des véri­tés acces­sibles », comme tu dis, est ain­si res­treint, cela ne dis­qua­li­fie en rien le sta­tut de véri­té des résul­tats obte­nus dans ce champ.

So. Je ne sou­hai­te­rais pour rien au monde avoir l’air de mettre en cause l’intérêt et la qua­li­té géné­rale des résul­tats de la science contem­po­raine, mais je vou­drais com­prendre, sans plus reve­nir sur la ques­tion des contraintes externes, poli­tiques, éco­no­miques, etc., la nature pro­fonde de vos convic­tions intimes, à vous phy­si­ciens, quant à la véra­ci­té de vos conclu­sions.

Phi. Si je te suis bien, ta thèse de socio­lo­gie brasse à la fois de la poli­tique, de l’économie et main­te­nant de la psy­cho­lo­gie ?

So. Bras­ser, c’est trop dire, mais y tou­cher certes. Com­ment veux-tu iso­ler une science sociale et humaine des autres ? On ne peut sépa­rer la socio­lo­gie des domaines adja­cents, même si elle a ses propres métho­do­lo­gies.

Phi. Ah tiens, par­lons-en, de métho­do­lo­gie ! Pour mettre en évi­dence le boson de Higgs, nous avons étu­dié des cen­taines de mil­liers de mil­liards de col­li­sions entre par­ti­cules, et fait des ana­lyses sta­tis­tiques d’une pré­ci­sion et d’une sophis­ti­ca­tion extrêmes. Et toi, tu vas aller inter­ro­ger, quoi, quelques dizaines de phy­si­ciens au plus
et en tirer des conclu­sions ? Mais quel sera le degré de fia­bi­li­té de ton argu­men­ta­tion ?

So. Si tu veux me faire dire que nos démarches, dans les sciences sociales et humaines, n’ont pas la rigueur et l’exactitude de celles de la phy­sique, j’en conviens bien volon­tiers. Mais ne vois-tu pas que nous étu­dions des objets d’une com­plexi­té incom­men­su­ra­ble­ment plus grande les vôtres ? Un groupe humain est d’une richesse sans com­mune mesure avec un ensemble d’électrons. Pas éton­nant que des outils aus­si pré­cis et donc aus­si fra­giles que les vôtres soient inadap­tés : tu ne peux équar­rir un tronc d’arbre avec un scal­pel !

Phi. Dont acte.

So. Je veux reve­nir à ma ques­tion cen­trale : qu’est ce qui te fait accep­ter l’existence du boson de Higgs comme une véri­té cer­taine ? On dit sou­vent que le test ultime de la véri­té scien­ti­fique est la repro­duc­ti­bi­li­té d’une expé­rience. Pour­tant, me trom­pé-je ou bien votre expé­rience n’a-t-elle pas été refaite ?

Phi. Non, cela revien­drait bien trop cher de dupli­quer une manip aus­si lourde et longue.

So. Tu vois donc qu’un cri­tère clas­sique de la véri­té scien­ti­fique n’est plus valide, et je pense que cela est vrai dans la plu­part des expé­riences de science lourde ?

Phi. Oui, certes.

So. Ce qui veut dire que la science telle que vous la faîtes main­te­nant est fort dif­fé­rente de celle, met­tons, du dix-neu­vième siècle et que la plu­part des dis­cours que l’on tient sur elle et des repré­sen­ta­tions qu’on s’en fait, y com­pris chez les cher­cheurs, ne sont plus guère adap­tées à sa réa­li­té. Ne crois-tu pas qu’il serait néces­saire, pour mieux maî­tri­ser et orien­ter le déve­lop­pe­ment de la science contem­po­raine, de mieux connaître la façon dont elle a évo­lué ?

Phi. Ah, c’est l’histoire des sciences à quoi tu me convies main­te­nant. Pour­quoi pas. Mais pour en reve­nir à la ques­tion de la véri­té, il y a heu­reu­se­ment bien d’autres cri­tères que la repro­duc­ti­bi­li­té qui nous font accep­ter la vali­di­té d’un résul­tat.

So. A savoir ?

Phi. Eh bien , le fait que ce résul­tat confirme une pré­dic­tion théo­rique, ce qui est bien le cas pour le boson de Higgs.

So. Alors, cela veut dire qu’un résul­tat non pré­vu sera plus dif­fi­cile à accep­ter ?

Phi. Oui, et c’est nor­mal. On peut prendre l’exemple de l’annonce en 2012 par une équipe de col­lègues du CERN de neu­tri­nos supra­lu­mi­niques, assez rapi­de­ment démen­tie. Ce cas montre bien l’efficacité des méca­nismes de cor­rec­tion de la science actuelle et conforte notre confiance en sa véra­ci­té.

So. Il n’empêche que, pen­dant des mois, nombre de phy­si­ciens y ont cru à ces neu­tri­nos, et que des cen­taines d’articles théo­riques ont été publiés pour ten­ter d’expliquer un phé­no­mène qui n’existait pas. Ce qui m’intéresse est jus­te­ment d’analyser ces effets de croyance : pour­quoi et com­ment cer­tains ont-ils acquis suf­fi­sam­ment de convic­tion pour s’engager dans cette voie ?

Phi. Mais l’attrait de la nou­veau­té, je dirais même le goût du risque ! L’enjeu était révo­lu­tion­naire et d’aucuns ont esti­mé que cela valait vrai­ment la peine de se lan­cer dans cette aven­ture. Je t’accorde d’ailleurs que le défi n’était pas seule­ment scien­ti­fique, mais que des consi­dé­ra­tions de com­pé­ti­tion pro­fes­sion­nelle, de noto­rié­té publique, d’accès aux finan­ce­ments, ont joué un rôle impor­tant.

So. Eh bien, c’est toi qui te mets à socio­lo­gi­ser main­te­nant ! Mais j’ai encore un autre type de ques­tion­ne­ment sur lequel il fau­dra que nous reve­nions plus lon­gue­ment. Voi­là : une véri­té scien­ti­fique, ce n’est pas une idée pure, c’est un énon­cé concret, mis en mots, même si, en phy­sique en tout cas, il peut repo­ser sur un for­ma­lisme mathé­ma­tique sous-jacent. Je me trompe ?

Phi. Non, bien sûr, même quand nous dis­cu­tons d’un déve­lop­pe­ment mathé­ma­tique très sophis­ti­qué, nous par­lons !

So. C’est là que je veux en venir : com­ment jugez-vous de l’adéquation entre les termes que vous uti­li­sez et leur conte­nu concep­tuel ?

Phi. Je t’avoue que nous ne nous posons guère la ques­tion en géné­ral, puisque, jus­te­ment, l’arrière-plan for­mel défi­nit la réfé­rence du mot uti­li­sé et garan­tit sa signi­fi­ca­tion.

So. « Garan­tit », tu en es cer­tain ? Quand vous uti­li­sez des termes aus­si concrets que « super­cordes », «trous noirs » ou « big bang », peux-tu m’assurer que le sta­tut méta­pho­rique de ces expres­sions ne conta­mine pas le sens que vous leur accor­dez ? Quand on constate les incom­pré­hen­sions et mal­en­ten­dus que sème l’emploi média­tique de ces images, on ne peut que se deman­der, excuse-moi de paraître outre­cui­dante, si vous n’êtes pas vous-même quelque peu vic­times de vos abus de lan­gage ?

Phi. Alors main­te­nant tu veux m’entraîner du côté de la lin­guis­tique ? Mais, oui, je veux bien en repar­ler avec toi un jour. J’ai effec­ti­ve­ment consta­té que cer­tains de ces termes avaient une charge séman­tique qui pesait par­fois sur mes propres repré­sen­ta­tions.

So. Alors mer­ci d’accepter d’être l’un de mes cobayes. On prend rapi­de­ment ren­dez vous pour une séance de tra­vail ?

Phi. C’est d’accord et d’ici là je vais repen­ser à tout ça. Tu sais, je me dis au fond que les ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques, tant les uni­ver­si­tés que le CNRS, exploitent bien mal leur plu­ra­li­té. Tout le monde parle d’interdisciplinarité comme si c’était une pana­cée uni­ver­selle dès qu’un thème de recherche est un peu com­plexe, mais les résul­tats sont assez maigres pour ce que j’en sais. Peut-être fau­drait-il s’y prendre bien plus en aval, et, au niveau même de la for­ma­tion des scien­ti­fiques, que ce soit dans les écoles doc­to­rales, dans les jour­nées d’accueil des cher­cheurs entrants ou dans des stages de per­fec­tion­ne­ment, orga­ni­ser des ren­contres et échanges sys­té­ma­tiques entre cher­cheurs en sciences humaines et sociales…

So. …et cher­cheurs en sciences inhu­maines et aso­ciales ! Par­don… Mais en voi­là une
idée qu’elle est bonne. Si on éla­bo­rait un peu ce pro­jet ?




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    6 réponses “De l’utilité des sciences humaines et sociales pour celles qui ne le sont pas”

    1. 28 décembre 2015 à 11 h 47 min

      Curieux une théo­rie vali­dée par une seule expé­rience. Ne pour­rait-on pas, au moins, y mettre un point d’interrogation ?

    2. 29 décembre 2015 à 10 h 22 min

      Ce dia­logue passe en revue beau­coup de choses…

      Plus facile d’être exhaus­tif avec ce sta­tut d’énonciation que dans la réa­li­té des conver­sa­tions ordi­naires…

      Il me semble qu’on pour­rait aus­si foca­li­ser sur un aspect para­doxal que j’ai sou­vent obser­vé:

      beau­coup de pra­ti­ciens des sciences dites dures sont beau­coup plus conscients des dimen­sions éco­no­miques et socio-ins­ti­tu­tion­nelles de leur recherche que les pra­ti­ciens des sciences sociales et humaines. Ils sont de ce fait beau­coup plus prag­ma­tiques dans la ges­tion des rela­tions de pou­voir, d’autorité, de subor­di­na­tion, de concur­rence pour les bud­gets … Ils ont une conscience plus claire de l’intérêt à occu­per des posi­tions sym­bo­liques éle­vées et défendent effi­ca­ce­ment la hié­rar­chie des dis­ci­plines par niveau de finan­ce­ment…

      • Igor Babou 29 décembre 2015 à 20 h 06 min

        Le pire, c’est quand cer­tains de ces pra­ti­ciens des sciences expé­ri­men­tales ont lu Latour et que ça les encou­rage dans leur cynisme… car une lec­ture super­fi­cielle de Latour peut conduire à pen­ser que le mieux à faire est d’occuper des posi­tions de pou­voir afin de légi­ti­mer ain­si ce que l’épistémologie a aujourd’hui plus de mal à légi­ti­mer qu’hier. A défaut d’une réflexion épis­té­mo­lo­gique sur le sta­tut de véri­té de ses énon­cés ou de ses expé­ri­men­ta­tions, on obtient des ANR et des sub­ven­tions euro­péennes. Cepen­dant, je serai moins opti­miste (?) que toi, Oli­vier, dans la com­pa­rai­son que tu fais entre SHS et sciences de la nature : on a vite appris, en SHS, à cirer les bonnes bottes et, me semble-t-il, on n’a plus beau­coup de leçons de prag­ma­tisme (je dirais même plu­tôt de “ser­vi­li­té” à l’égard des pou­voirs et du mar­ché) à rece­voir des sciences de la nature. Peut-être qu’il nous reste plus de “beaux restes” qu’en sciences de la nature (on peut citer quelques belles plumes encore à la mode his­toire de faire bonne conte­nance en soi­rée), et peut-être qu’il nous reste encore quelques ilots de résis­tance et de refus du monde aca­dé­mi­co-éco­no­mique qu’on nous pré­sente comme incon­tour­nable. Mais je sens bien que ces 10 der­nières années, les choses ont chan­gé à grande vitesse. Et quand les ilots de résis­tance éthique auront été balayés par le temps, par la las­si­tude de lut­ter seul, par l’oubli de nos source d’inspiration cri­tique et réflexive (dont Jean-Marc Lévy Leblond fait par­tie depuis long­temps, ne l’oublions pas !), que res­te­ra-t-il des ambi­tions éman­ci­pa­trices de nos dis­ci­plines ?

    3. 29 décembre 2015 à 19 h 22 min

      Votre titre est polé­mique et aus­si se veut une accroche… Mais ne serait-il pas plus fidèle à votre pro­pos de dire “de l’utilité des sciences humaines et sociales pour celles qui ne le seraient pas” pour évi­ter qu’une lec­ture rapide de votre titre nous mette sur la fausse piste de la dénon­cia­tion des “sciences sans conscience” et de la “ruine de l’âme” ?

      Quelques idées sont pré­sentes dans votre texte, mais comme un socle qu’on ne regar­de­rait pas parce qu’on voit seule­ment l’oeuvre qu’il sou­tient.

      Par exemple, il est clair que le débat entre vos jeunes cher­cheurs (que feront-ils d’ailleurs vrai­ment à la revoyure?) sup­pose d’admettre que la “véri­té” est une pro­prié­té pos­sible, et rela­tive des énon­cés, et/ou pro­po­si­tions mais pas une pro­prié­té du réel. Ce qui intro­duit d’entrée de jeu la véri­té scien­ti­fique dans l’univers lan­ga­gier, même si, au moins appa­rem­ment, nor­ma­li­sé par la logique et l’épistémologie…

      La dimen­sion ins­ti­tu­tion­nelle est d’autre part don­née dès l’introduction, même si ça peut pas­ser inaper­çu tant c’est la mise en place d’un cadre banale:

      elle est doc­to­rante et pré­pare une thèse
      il vient d’être recru­té comme cher­cheur au CNRS

      Le débat est donc d’entrée de jeu entre des per­sonnes qui ont de bonnes rai­sons socio-ins­ti­tu­tion­nelles de se poser la ques­tion de la réa­li­té sociale des véri­tés qu’ils cherchent, trouvent, montrent, publient, exploitent.

      Mer­ci en tout cas d’avoir par­ta­gé ces ques­tions sur indis­ci­pline

    4. Joëlle Le Marec 29 décembre 2015 à 23 h 50 min

      Mer­ci Jean-Marc, quelle joie de te lire sur le site!

      En lisant ce dia­logue, j’ai rêvé qu’il puisse être joué, un peu comme Bau­douin Jur­dant nous avait fait jouer une conver­sa­tion sur la vul­ga­ri­sa­tion  dans un col­loque il y a quelques années : ce mélange d’argumentation et de  conver­sa­tion mêlées.… Je me suis aus­si dit que j’aimerais dis­cu­ter de scien­ti­fi­ci­té tous les jours comme on trouve une bonne rai­son de rire tous les jours. Je m’aperçois en te lisant que ça devient moins fré­quent depuis que les Grrr­randes Réformes nous sont pas­sées des­sus et que nous avons été som­més de deve­nir des vrais pro­fes­sion­nels sur le modèles des pro­fes­sion­nels de la ges­tion ou de la pro­duc­tion, avec dans les sciences humaines et sociales, l’imaginaire des sciences chères et for­melles comme modèle à copier (thèses en trois ans, équipes énormes et donc “cré­dibles”, per­for­mance, divi­sion des tâches, etc.). L’interdisciplinarité comme ligne à cocher et non comme une néces­si­té intel­lec­tuelle, cultu­relle, poli­tique.

      • Igor Babou 30 décembre 2015 à 0 h 11 min

        C’est vrai… Je me rap­pelle une époque, pas si loin­taine, où le der­nier Bour­dieu était dis­cu­té pas­sion­né­ment au res­tau­rant entre col­lègues. Je me rap­pelle bien d’une de ces dis­cus­sions : j’étais alors jeune doc­to­rant, embar­qué dans une for­ma­tion de pro­fes­seurs au Maroc avec des col­lègues déjà en poste et donc plus âgés que moi, et qui l’avaient tous lu, le-der­nier-Bour­dieu. Évi­dem­ment, j’étais fas­ci­né par ce monde d’intellectuels qui me parais­sait presque à ma por­tée.

        Ensuite, une fois en poste, après les Grr­randes Rrrr­ré­formes dont parle Joëlle, on n’a plus par­lé que du der­nier bud­get euro­péen obte­nu de haute lutte, grâce à un dos­sier de 30 pages truf­fées de voca­bu­laire anglo-saxon de cui­sine (“work-package”, gra­phique “SWOT”, etc.), au lexique ges­tion­naire absurde (com­ment trou­ver des “leviers” pour contour­ner les “freins et résis­tances”, etc.) et avec des rétro­plan­nings réa­li­sés sur tableur infor­ma­tique. Même à l’ENS où nous ensei­gnions alors, les pro­jets de recherche sou­mis au CNRS se sont mis à devoir ren­trer dans des cases de 300 carac­tères. Ça ne s’est pas arran­gé depuis…

        J’ai juste envie de faire comme Gro­then­dieck en ce moment… Il a tout de même fini de manière plus classe que Kris­te­va, légiond­hon­neu­ri­sée par Hol­lande : berk !

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