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Indiscipline !

Savoirs, nature, cultures et alternatives sociales

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Culture


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En vrac. Pas d’ironie svp, je débute.
Un préambule un peu long pour expliquer notre démarche.
Nous sommes une compagnie d’écriture et de danse contemporaine, nous produisons des spectacles et animons des ateliers de médiation culturelle en direction de publics divers.
Dans ces ateliers, nous intervenons sur les mots et les émotions : ressentis, pensés, parlés et écrits et l’interaction entre ces expressions du vécu. Démonter une signification acceptée et la remonter différemment, réaliser que les mots parlés pour décrire une situation ou une émotion deviennent les mots avec lesquels on pense et avec lesquels on échange. Réaliser également que nous employons des mots qui nous sont fournis, pas ceux que nous utiliserions si nous avions une autonomie de pensée.
La création de nos spectacles repose sur un parti-pris simple : ne pas faire de spectacle que les enfants que nous avons été ne puissent comprendre grâce à une au moins des deux formes d’intelligence, la cérébrale et la sensible.
Maintenant, le vif.
La masse salariale des activités culturelles se répartit entre les administratifs et la création/médiation. Rapport grosso merdo de 90% pour l’administration et de 10% pour la création !
La variable d’ajustement des budgets culturels est représentée par les artistes et techniciens du spectacle (intermittents). Les Drac et autres « tutelles financières » ont des budgets de fonctionnement environ 10 fois supérieurs aux subventions qu’ils distribuent.
Ce n’est que l’aspect économique.
Le pire est dans l’aspect culture pour tous : on nous conseille de favoriser l’émergence de cultures les plus diverses possibles, mais en respectant une hiérarchie : les créations d’excellence, pour les lieux d’excellence tels que les théâtres subventionnés, et d’autres, que j’appelle créations de médiocrité, pour les lieux médiocres. Voilà la situation de la culture en France, et ce, depuis l’abandon de l’Éducation Populaire et la création du ministère de la culture.
Nous croyons que la Culture est Une, jamais plurielle. Accepter une hiérarchie, c’est condamner le peuple aux spectacles de qualité inférieure. C’est le but de la culture telle qu’elle a été mise en place par les gouvernements depuis 1960. La Culture est dangereuse pour les pouvoirs, ce sont les artistes qu’on enferme ou qu’on tue dans les dictatures.
Les fractures sociales sont provoquées par les fractures culturelles.
Je pose mes définitions :
-L’éducation est ce qui nous permet d’évoluer à l’intérieur d’une société.
-L’érudition, ou savoir, nous donne la possibilité de nous acquitter de certaines tâches avec le maximum d’efficacité.
-La culture nous donne la possibilité de comprendre notre environnement et son évolution apparente : elle constitue l’enveloppe des deux précédentes.
-L’acte créatif est une réponse à un inconfort, matériel ou spirituel qui n’était pas ressenti comme tel auparavant.
Le chemin le plus souvent emprunté est celui qui partant du mot « culture » nous mène en réalité à « ensemble de comportements ». Apparaissent des locutions du genre « culture populaire’ et même « culture religieuse ». Ce qui à tout le moins, pour moi, constitue un abus de langage.
Toutes ces « cultures » sont des comportements ritualisés par un groupe donné en un temps donné et devraient plutôt être nommés « expression », « comportement », « convention », car elles n’ont pas ce caractère intemporel qui fait qu’une poterie chinoise ou une peinture rupestre saute les siècles et les civilisations pour toucher notre sens du beau.
La plupart des réflexions conduites à propos de la culture posent que celle ci est appuyée sur l’acte créatif ou que l’acte créatif est à l’origine de la culture.
Mon opinion sur l’émergence du fait culturel.
Le besoin culturel peut être ressenti lorsque la survie est assurée. Ce qui implique l’existence d’une société, au moins dans sa forme la plus simple. A ce stade de l’histoire, certains choix de comportements ont déjà été adoptés, même à tort du moment qu’ils se révélaient utiles ou nécessaires. Les comportements sociaux de récompense ou de punition, de pouvoir ou de sujétion se mettaient en place. L’éducation avait fait son travail de cohésion, l’érudition, son travail de hiérarchisation professionnelle, les comportements étaient codifiés mais soumis à révision : la niche de la culture pouvait trouver sa place dans la société humaine.
A partir du moment où l’esprit humain n’était plus en permanence sollicité par les problèmes de survie, il pouvait trouver le »temps des questions » dont les réponses sont à l’origine de la culture.
Ces réponses sont examinées et validées ou non par les générations successives, sans limitation de la durée de l’examen. Certaines sont  » vraies » immédiatement et le restent (comme les peintures rupestres), elles entrent dans ce que j’appelle culture. D’autres, par contre, demandent plus de temps pour l’examen, mais finissent par être réfutées (comme les sacrifices humains), elles sont à ranger dans les comportements.
Le résultat de cet examen, séculaire, millénaire, est notre culture.
Un acte créatif n’est pas culturel par le fait qu’il est admis comme tel par les membres d’une société, pas plus qu’un mensonge accepté par une majorité ne devient une vérité.
L’acte créateur d’une religion sanguinaire ou des navrantes majorettes n’est que la mauvaise réponse à une question, limitée par la paresse. Que cette question soit plus vaste dans sa formulation, et la réponse (qui sera plus complexe), sera plus juste.
En raccourci, les premiers millénaires.
La vie en tribus errantes, imposée par la reproduction et la durée de maturation des petits humains, acheminent notre espèce vers des comportements qui s’éloignent de plus en plus de la Nature. Prédateur s’il en est, l’humain chasse en meute, devient animal social et adopte le partage des tâches. Le langage articulé vient et permet, dans un premier temps, les échanges sur le concret puis sur l’abstrait.
Ces comportements, tant qu’ils n’entravent pas la survie de la tribu, sont acceptés comme positifs. Profitant du fait que l’abstrait prenait de plus en plus de place dans la réflexion, certains manipulateurs de concepts, revenant à leur Nature égoïste, entreprirent d’élargir les tribus, les sédentarisèrent tout en inventant une hiérarchie dans le partage du travail : classes de prêtres, de nobles et différents niveaux de plèbe. Chez certains plébéiens privilégiés, se développa une faculté rare : faire naître le beau grâce à un talent particulier. Les manipulateurs de concepts les embauchèrent, les protégèrent et leur firent produire des œuvres à la gloire desdits concepts.
L’artiste est né. La Culture peut éclore
Petit à petit, les artistes arrivèrent à trouver le temps d’explorer d’autres sources que celle de leurs maîtres, en Europe, ce fut la Renaissance. Les maîtres rechignèrent devant cette intention d’autonomie et ce fut le Grand Siècle. Puis, avec la Révolution Française, la classe plébéienne s’élargit et la frontière entre les classes devint une frange dégradée aux bords indiscernables. Héritage de l’ancien régime, l’Art fut  » kidnappé  » par la nouvelle classe dirigeante qui donna le pouvoir à la grande bourgeoisie. Cette grande bourgeoisie savait, pour être passée par là, que la Culture pouvait mener à l’autonomie de pensée, voire à l’harmonie, sapant leur statut. Ils trouvèrent la parade : muselés, les artistes devinrent en majorité des artistes gouvernementaux. Ceux de la minorité ne furent reconnus qu’à leur mort.
Sautons plusieurs pages et arrivons à l’époque contemporaine.
La Nature reprend le dessus, les prédateurs égoïstes reviennent sur le devant de la scène…

La démocratisation de la culture s’est souvent faite d’une façon telle que les résultats en ont déçus les initiateurs. Pour la diffusion de la culture, je ne sais que trois voies possibles:
-La première procède de l’imprégnation, par la « naissance ». Pour le bénéficiaire, elle va de soi.
-La seconde, plus commune, nécessite la participation de missionnaires, d’éducateurs.
-La troisième, moins connue, est l’appropriation d’un patrimoine auquel « on » n’a pas droit.
Transmission héréditaire, Distribution, Vol : Trois mécanismes d’acquisition que l’on retrouve dans tous les moyens de diffusion et d’acquisition des biens, qu’ils soient matériels ou non.
La Transmission se révèle avoir un excellent rendement. Les bénéficiaires peuvent en critiquer les modalités, ils en acceptent les avantages.
La Distribution n’a de limites que celles des « missionnaires ». Celles ci sont, hélas, vite atteintes.
Le Vol n’est pas compris, pas étudié. C’est à dessein que j’emploie le mot « vol », car les bénéficiaires s’emploient bien vite à le légaliser, le « blanchir ».
C’est un peu le bordel, mais je demande de l’aide pour corriger, élargir, rétrécir ou annuler les éléments discutables.
Et ils le sont tous.

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  • 23 réponses “Culture”

    1. Igor Babou 27 décembre 2015 à 14 h 00 min

      Merci pour ce texte qui invite à partager et à commenter. J’avoue que j’aimerais en savoir plus sur la vie pratique et quotidienne de votre compagnie ! Notamment, le ratio entre les 90% pour l’administration et de 10% pour la création m’interpelle, car il résonne (douloureusement) avec le ressenti du chercheur que je suis, qui voit bien que la part de budgets et d’énergie consacrée à l’administration de la recherche enfle vertigineusement par rapport à la part consacrée à la recherche… Ce qui semble confirmer mon ressenti selon lequel les phénomènes de bureaucratisation sous l’influence des réformes libérales qui touchent l’université et la recherche touchent également le monde de la culture.

      Sinon, au plan théorique – mais est-ce que la théorisation est ici nécessaire ? -, je peux me hasarder à une critique (puisque vous sollicitez des avis extérieurs) : je crois que la description de l’émergence de l’idée de « culture » pose des problèmes (définitionnels, mais aussi empiriques) tellement énormes qu’il est difficile de la voir résumée en quelques paragraphes. En particulier, la culture ne se réduit pas à l’art, mais demanderait une réflexion (ou des observations) concernant de nombreux autres secteurs : politique, sciences, religions, manières de table, relations interpersonnelles, etc. De même, la dichotomie « nature/culture » me pose questions, surtout si on l’associe à des valeurs également en opposition (égoïsme/altruisme ou assujettissement/émancipation), car de nombreuses sociétés (notamment en Amazonie, mais aussi en Afrique) ont fait des choix différents des nôtres (j’insiste sur la notion de choix, pour éviter l’évolutionnisme qui voudrait que le devenir des sociétés serait forcément de s’émanciper de la nature, vue comme un tout indistinct d’où émergerait la culture, c’est à dire les différenciations sociales). On a pas mal d’observations anthropologiques (de E.E Evans Pritchard à Ph. Descola et E. Viveros de Castro, en passant par P. Clastres, et beaucoup d’autres encore) qui ont remis ces idées en question.

      En revanche, je trouve intéressant votre typologie de la transmission culturelle (transmission, distribution, vol) : elle demanderait à être affinée, et la notion de « vol » à être analysée historiquement et précisée dans l’actualité (le « sampling » est-il du vol ? Vaste question…).

      • 27 décembre 2015 à 20 h 04 min

        Merci de votre réponse et de vos observations qui me font progresser.
        Le ratio 9/10 (administration/création) sort d’une étude non exhaustive faite en 2004 par la Coordination des Intermittents sur le financement des compagnies indépendantes. Elle prenait en compte la masse salariale, le coût des postes de travail et des indemnités du personnel administratif des diverses ressources financières de la culture (Ministères, Régions, Départements, Villes et Compagnies). Ceci ramené au total de la masse salariale et indemnités des participants à la création dans les compagnies indépendantes. Mais sans la valorisation du bénévolat et des dépenses faites à titre personnel.
        Notre compagnie, pour un montant de subventions de 40.000 euros annuel génère 80.000 euros de salaires dans un budget total de 120.000 euros.
        (Sur ce sujet des subventions, il me semble que ce mot est un abus de langage : l’État ne produisant pas de spectacle, il fait appel à nos compétences et dit nous subventionner pour ceci. Mais L’État ne produisant pas de matériel informatique (par exemple) ne dit pas en subventionner les fabricants, mais dit qu’il achète ce matériel.)
        Ma définition de la Culture et de son « opposition » à la Nature vient de la réponse que je me fais à la question « Mais qu’est-ce que je fous ici ? ». Elle est donc très subjective et naïve et débouche sur d’autres questions :
        Comment se fait-il que ce monde aille aussi mal? Et comment se fait-il que ce monde aille aussi bien par rapport à l’état de nature où le fort domine toujours le faible, où la nature n’a aucun soin du vivant ? Comment un être humain peut-il ne pas être nuisible à ce et à ceux qui l’environnent ? Comment un être humain peut-il être bénéfique à ce et à ceux qui l’environnent? Ma réponse à ces questions est que la « bienveillance » (à défaut d’un autre mot) est apparue dans l’océan d’égoïsme naturel. Que cette bienveillance est en lutte constante avec les divers égoïsmes, les désirs de domination et les indifférences de nos natures.
        J’appelle cette bienveillance la Culture. Culture qui lutte contre nos comportements « naturels ».
        Comment est–elle née cette bienveillance, je n’en ai aucune idée. Je me dis qu’il y a eu émergences de codes, de morale, d’éthique, etc.
        Je laisse l’étude de ces sujets à de plus compétents que moi et je les lirais avec plaisir, mais j’ai besoin, pour guider mon action, d’éléments simples tels que devant, derrière, en haut en bas, etc. comme un plombier qui n’a pas besoin des lois de Carnot pour faire un chauffage qui marche. Nous n’avons jamais eu le temps d’attendre la rédaction d’une théorie du vivre ensemble pour améliorer nos conditions de vie et pourtant nous les avons parfois améliorées. L’escargot dans son puits.
        Au sujet du vol comme moyen d’amélioration des conditions de vie, je pense que la démonstration n’est pas à faire en ce qui concerne le matériel. Sur l’immatériel, je me rapporte à mon expérience personnelle d’immigré autodidacte et enfant d’analphabète, et j’y vois des similitudes avec le banditisme.
        Merci encore.

        • Al Ceste
          27 décembre 2015 à 20 h 38 min

          Au sujet du vol comme moyen d’amélioration des condi­tions de vie, je pense que la démons­tra­tion n’est pas à faire en ce qui concerne le maté­riel. Sur l’immatériel, je me rap­porte à mon expé­rience per­son­nelle d’immigré auto­di­dacte et enfant d’analphabète, et j’y vois des simi­li­tudes avec le banditisme.

          Il y a un bandit autodidacte qui pourrait vous parler de l’apport immatériel, c’est Georges Courtois, qui vient de raconter sa vie : « Aux marches du palais ».

          (Si une expérience d’ateliers théâtre avec enfants vous intéresse, envoyez-moi un mel)

        • 28 décembre 2015 à 8 h 06 min

          Merci Labri benBelkacem pour ce texte qui m’a beaucoup intéressé même si je me suis un peu perdue dans la notion de Culture… et du coup merci à Igor Babou qui a bien éclairé ce qui ne me semblait pas clair. Dans votre réponse, où vous opposez Culture à Nature et par extension Bienveillance à égoïsmes, je voudrais faire une remarque (même si là encore, je ne maîtrise pas bien ces concepts).  La bienveillance ne me semble pas uniquement culturelle. Pour une part, certes, on nous « transmet » (voie 1), ou nous « éduque » (voie 2) à aider, respecter, etc… Pour une autre part, je dirais que cette bienveillance nait de la capacité d’empathie qui elle nait directement  des interactions entre individus par le biais de leurs sens sans que des codes sociaux interviennent. Pour moi, la bienveillance n’est donc pas culture, mais elle a une part culturelle, et une part « naturelle ».

          • 28 décembre 2015 à 9 h 55 min

            Bonjour,
            Je n’ai pas de données scientifiques à l’appui de mes hypothèses.

            Un problème se pose à moi et je tente de le résoudre avec les informations parcellaires dont je dispose. Je vois confusément le défaut de ma démarche qui tente d’achever le premier étage d’un bâtiment avant d’en avoir consolidé les fondations, mais je n’ai ni le savoir ni la patience nécessaires pour avancer pas à pas.
            Je pose l’émergence de la bienveillance comme un égoïsme anticipateur de bénéfices à venir. J’avance que cette anticipation ne peut survenir que lorsque la courte vue de la nature envisage les liens qui unissent le passé, le présent et l’avenir et font naître l’intéressement et le désintéressement.
            Pour transmettre ou éduquer, il faut avoir une idée, même erronée, du sujet abordé, et c’est pour cette raison que je pense que cet égoïsme anticipateur est né subitement du hasard des comportements, et qu’il a été adopté et affiné par les générations successives pour devenir partie des codes sociaux.
            Je suis heureux de ces commentaires qui m’imposent de réfléchir à ma pratique empirique.

            • Igor Babou 28 décembre 2015 à 11 h 59 min

              Aujourd’hui, des avancées scientifiques importantes attestent l’idée d’une « culture animale » (c’est posé principalement par des spécialistes des grands singes, mais aussi de certains oiseaux, voire d’autres types d’animaux, plutôt par des chercheurs en sciences de la nature), et du côté de l’anthropologie de la nature (en sciences humaines et sociales, donc) on a, récemment, largement remis en cause la coupure entre nature et culture : les travaux de Philippe Descola sur les « ontologies » (les différents cadres de référence permettant, dans l’Histoire humaine, de gérer le rapport à la nature) ont ainsi bien montré (même si on peut critiquer certains détails de la démonstration), le caractère très contingent, situé, de la pensée occidentale qui fait l’hypothèse de la coupure entre nature et culture. En gros, des tas de sociétés humaines ne se sont pas pensées en dehors de la nature, et l’idée d’une culture qui serait uniquement du côté humain ne fait pas sens universellement.

              Sur le premier point (la culture animale), j’ai trouvé une page d’infos du CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/culture-et-communication-chez-les-singes

              Il y a aussi les travaux de Frédéric Joulian sur la culture matérielle des grands singes, dont cet article est un exemple : http://terrain.revues.org/951

              Sinon, il y a un livre pas inintéressant de Dominique Lestel sur « Les origines animales de la culture » (Flammarion, 2001). Le bouquin de Descola qu’on peut lire avec profit est « Par delà nature et culture » (Gallimard, 2005) : il a vraiment marqué son époque. Je précise que tout cela n’a rien à voir avec la pensée du type de celle de Vidal Lablache (le géographe pour qui le climat induirait des variations culturelles), ni même la sociobiologie, ce courant (souvent caricaturé en France), selon lequel lequel il y aurait des bases génétiques à chaque phénomène culturel, ce qui remettrait en cause le libre arbitre humain.

              • 28 décembre 2015 à 13 h 13 min

                Merci de vos observations.
                Je ne nie pas l’existence d’une « culture animale », bien que celle-ci me semble ressortir des comportements de meute ou de harde, ou de « conservatisme » chez les insectes sociaux.
                Je ne pense pas qu’il existe une coupure nettement identifiable entre Nature et Culture, mais qu’il y a plutôt des phénomènes de franges, de confins sur lesquels on peut difficilement distinguer un point zéro.
                Chez les humains, ces confins sont beaucoup plus étendus et la bienveillance est allée beaucoup plus loin que la mansuétude constatée chez les animaux, notamment dans les comportements de soumission ou de domination.
                Je constate, lors des ateliers de médiation artistique que nous animons, que depuis que nous avons instauré la mise en place préalable d’un climat de bienveillance entre les participants, les choses vont beaucoup plus vite, qu’une entraide désintéressée se manifeste. Je n’en conclus pas que cette bienveillance est totalement culturelle, il doit bien encore rester un peu de l’homo habilis en nous.
                Je vois que cette approche est efficace et je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai ni le temps ni le savoir nécessaire pour en faire une théorie ou me rattacher à des travaux existants que j’ignore.
                Je suis autodidacte, un fouillis d’informations et de constatations sans queue ni tête me permet de confectionner un patchwork improbable, mais qui marche.
                Je vous remercie des ressources que vous m’indiquez, mais mes petits moyens financiers ne me permettent d’accéder à ce savoir que par le biais des bibliothèques ou par le pillage d’amis aisés.
                Je suis heureux de voir que ces problèmes intéressent des scientifiques rompus à l’analyse. Cette faculté me manque, parfois cruellement.
                Merci de vos retours.

                • 28 décembre 2015 à 16 h 55 min

                  Merci Larbi benB. d’avoir ouvert ce débat. Notamment en montrant qu’une pratique de création et d’échange artistique innovante, et inscrite dans une démarche d’éducation populaire démocratique et interactive, vous a conduits à la nécessité de penser et dialoguer ensemble sur des questions comme la, les culture(s) et leurs statuts pour la vien sn société et avec la nature? En montrant aussi que ces questions ne sont pas que des questions pour ceux qui en font des livres et des articles (comme moi, par exemple…) mais aussi et probablement d’abord pour … tout le monde.

                  Il me semble assez discutable d’inscrire la question de la culture, de son émergence, de sa pratique dans une représentation linéaire de l’humanité comme en « progrès »…

                  Il est facile de voir que ce qu’il nous est fspontané d’imaginer comme un récit conduisant les humains d’un monde de nécessités et de survivance à un monde ou des surplus et des marges permettraient « la culture », le « loisir », « l’esthétique » existe aussi dans l’espace du contemporain…

                  En simultanéité… selon que vous serez un kossovar pourchassé par la misère et le racisme ou un petit-bourgeois bi-résident dans le 10° arondissement parisien et à Biarritz ou dans le Luberon, vous pouvez occuper les deux pôles de ce que vous racontez dans votre texte sur un axe temporel…

                  Mais, en contemporanéïté comme sur un axe historique de progrès … les choses sont en fait beaucoup plus compliquées car le « primitif » est l’auteur de poteries et sculptures que l’humanité ultérieure n’égalera jamais… et le nomade paria de la société « moderne » est le porteur de l’innnovation musicale, instrumentale et vocale, chorégraphique, comme aussi de poésie, de graphisme et même de design.

                  J’ai aussi envie de souligner que, quelques soient les myens de trésorerie des uns et des autres, les chercheurs professionnels de l’Université ont en commun avec les chercheurs dont la recherche n’est pas le premier moyen de substance, de ne pas être propriétaires de leurs ressources documentaires (car il faudrait avoir bien plus de moyens que ceux dont vous signalez qu’ils créent une inégalité entre les deux catégories que nous envisageons) et que les uns comme les autres sont fort bien décrits quand vous dites:

                  « un fouillis d’informations et de consta­ta­tions sans queue ni tête me per­met de confec­tion­ner un patch­work impro­bable, mais qui marche.
                  Je vous remer­cie des res­sources que vous m’indiquez, mais mes petits moyens finan­ciers ne me per­mettent d’accéder à ce savoir que par le biais des biblio­thèques ou par le pillage d’amis aisés. »

                  C’est faire un grand pas que de distinguer propriété et usage des ressources.

                  En tant qu’universitaire, j’ai régulièrement observé le pas décisif fait par un(e) étudiant(e) quand il prend enfin le chemin des bibliothèques et du partage pour se documenter… Et s’aperçoit que ce n’est pas du tout un « biais » … mais au contraire une ressource aussi que d’entrer en dialogue, en bibliotèque, avec d’autres usagers et avec les professionnels de la documentation  …

                  • 28 décembre 2015 à 20 h 36 min

                    Merci de vos commentaires
                    Je citais l’escargot dans son puits. Qui grimpe de trois mètres pendant le jour et qui redescend d’une distance aléatoire durant la nuit. Il n’y a pas de progression linéaire dans ce cas, mais il finit par en sortir. Je pense que les humains, sur le chemin du vivre ensemble sont soumis aux mêmes aléas. Nos progrès sont parfois le fruit de la réflexion (comme le rapport entre la circonférence et le diamètre), parfois le fruit du hasard (comme la découverte de la photosensibilité des sels d’argent). Mais nos régressions sont presque toujours le fruit de la « méchanceté », des autres ou de la nature.
                    J’ai eu la chance de voir une poterie Jomon qui confirme ce que vous dites : on ne l’égale pas. Mais ceux qui l’ont faite, était-ce dû au hasard ou à la réflexion ? Les deux sont possibles.
                    Sur le sujet de l’accès aux ressources, je partage votre opinion quant au « pas décisif » qui nous fait nous rapprocher d’elles. Mais nous n’avons pas affaire à des étudiants qui ont grandi dans un milieu où le savoir fait partie des choses dont ils savent qu’on peut s’en emparer quand on le veut. Nous avons affaire à des gens perdus qui me disent que « la poésie, c’est pas pour moi ! » et dont le parcours éducatif a été un calvaire dévalorisant. On doit trouver d’autres méthodes et ce sont celles-là que j’essaie de trouver. Réconcilier ces perdus avec eux-mêmes, alors que les psychopathes qui nous dirigent n’y tiennent absolument pas. Nos dirigeants ne veulent pas d’un développement d’une pensée autonome, ils y perdraient leur statut d’êtres supérieurs.
                    Je compte sur l’art pour développer la culture.
                    Merci encore de me donner du grain à moudre.

        • VICTORIA ABRAHAM
          29 décembre 2015 à 1 h 35 min

          Cher Larbi,

          Voici un billet très instructif et où Igor se demande si une théorisation de la « culture » est possible. Vous théorisez tous deux très bien la question. Et la théorie en ce sens s’apparente à l’épistémologie des connaissances. Voilà ce que je peux en dire (sachant que vous avez tous, bien résumé et approfondi la question), du point de vue philosophique de la culture.

          En effet, vous dites que « dans ces ateliers, nous intervenons sur les mots et les émotions: ressentis, pensés (je dirais pensée), parlés,( je dirais verbalisés), écrites, et interactions entre ces expressions du vécu. Démonter une signification acceptée et la remonter différemment, réaliser que les mots parlés pour décrire une situation ou une émotion deviennent les mots avec lesquels on pense et avec lesquels on échange ».

          Sublime! C’est la définition même du mot « Culture », votre intitulé, qui ne dit que l’expérience humaine telle qu’elle s’est accumulée et transmise à travers des générations.

          En effet, si la notion « d’échange » nous fait voir d’emblée la fonction fondamentale inhérente à notre système et notre conception du vivant, c’est dans la notion de la « culture » et dans la sociétés (voire sociétés) humaine(s) que le mot « échange » prend sa véritable signification. C’est alors que nous pouvons nous poser des questions plus ou moins philosophiques, sociologiques et anthropologiques.

          Comment comprendre l’échange dans une optique linguistique? N’est-il pas l’expression la plus remarquable de l’échange en générale? Deuxièmement, comment assurer un fonctionnement juste et équitable de l’échange? la monnaie ne va-t-elle pas servir de valeur de référence? Et enfin, qu’elle est l’origine de « l’échange »? Goût du pouvoir, de l’intérêt personnel ou d’une nécessité de satisfaire nos besoins humains?

          Je dois avouer d’emblée que je ne connais rien en ce qui concerne « la masse  salariale » dont il est question dans votre billet et j’ai beau essayé, je n’y comprends pas beaucoup. Cependant, je pense, suivant la logique que ceci peut-être tangible au point de vue philosophique (pas à posteriori). Par exemple, Georg Simmel voit les rapports entre les hommes dans une catégorie de l’échange, à savoir comme une sorte d’interaction, tandis que Rousseau le considère comme un processus nécessaire et comme base qui fonde la société. Je vais trop vite, ceci est évident.

          Cependant, si nous prenons pour exemple la pensée de Jurgen Habermas, nous pouvons dire que l’échange linguistique et la communication comme dialogue entre deux ou plusieurs forment le coeur de la pensée de notre temps dans la « raison communicationnelle » entre les êtres, qui se distingue de l’activité instrumentale donc d’une activité stratégique qui tendrait à la manipulation de l’autre par l’autre…(nous ne sommes pas loin de Bourdieu et sa conception de la consommation de la littérature), sauf que chez Habermas, la culture ou les arts doivent correspondre à une attente entre partenaires argumentant et n’ayant affaire qu’à des raisons.

          Comme vous l’évoquez si bien Larbi dans les sociétés archaïques. Là donner, c’était se surpasser, comme le don « POTLATCH »  patlotch a détourné sur MDP.

          Moi, ici, la question que je pose dont les réponses semblent m’échapper est la suivante: Dans cette acception concevable de l’échange, subsiste-t-il l’échange économique à proprement parler? Est-il possible de se référer à une notion d’intérêt personnel de la culture sans confondre celui-ci avec l’égoïsme comme le prétend Adam Smith, par exemple? En effet, les intérêts individuels ne concourent-t-ils pas au bien-être général de la société?

          Sujet philosophique, sociologique et politique, qui pose la question de notre ère. Oui.

          • VICTORIA ABRAHAM
            29 décembre 2015 à 2 h 48 min

            Comment faire pour corriger un commentaire? Il y a des trous, des coquilles et des phrases mal formulées dans mon commentaire…rire! Bref!

            • Igor Babou 29 décembre 2015 à 14 h 43 min

              Victoria, pour corriger un commentaire, on a une durée de 15 minutes une fois le commentaire posté. Il y a un décompte qui se met en place une fois le commentaire envoyé. C’est sans doute frustrant ces 15 minutes, mais en même temps, si je mettais un temps infini pour qu’on puisse modifier les commentaires, je crains que ça complique les échanges : on risquerait d’avoir des réponses à des états antérieurs des commentaires, ce qui rendrait le suivi des discussions peu compréhensible. Ce qu’il faut se dire, à mon avis, c’est qu’on est dans une formule mixte entre écrit et oral, et qu’on peut, comme vous le faites, mettre de petites remarques sous forme de commentaires pour corriger les fautes inévitables quand on écrit vite.

          • Igor Babou 7 janvier 2016 à 0 h 59 min

            L’origine de l’échange, c’est un vaste sujet, qu’il soit monétaire ou non. Il y a des pistes extrêmement stimulantes (et encore très modernes) chez Marcel Mauss, qui était engagé dans le mouvement coopératif (et très à gauche) en plus d’être le fondateur de l’anthropologie en France. Son « Essai sur le don« , un grand classique, est un texte fondamental, je trouve. Déjà, c’est moins désincarné qu’Habermas, du moins que l’Habermas d’après le linguistic turn, qui, j’avoue, me tombe des mains (je préférais ses textes d’avant les années 80). La critique de la désymbolisation par l’échange marchand que mène Mauss devrait vous intéresser, Victoria.

    2. 28 décembre 2015 à 17 h 39 min

      Deux très petites remarques, Larbi, que vous prendrez avec toute la distance nécessaire :

      il me semble qu’Igor Babou a bien pointé que ce qui fait éventuellement discussion dans votre écrit c’est son entrée en matière « théorisante ».
      Pourtant je ne crois pas qu’en l’espace d’un billet de blog on puisse régler la question de la nature de la culture (sans jeu de mots) – des gens qui y ont consacré leur vie s’y sont à moitié cassé les dents (Levi Strauss ou Moscovici, pour n’en citer que deux).

      Je vous suggère donc tout simplement d’élaguer ce que vous pensiez être un « fondement nécessaire », qui ne l’est pas forcément.

      Les deux meilleurs traités que je connaisse sur la question ne sont pas des ouvrages universitaires, mais des romans : Les animaux dénaturés et Tinounours sapiens (qui n’est en fait qu’un remake modernisé du premier).

      C’est à partir d’eux que je me permets de vous applaudir quand vous écrivez : « Je ne pense pas qu’il existe une cou­pure net­te­ment iden­ti­fiable entre Nature et Culture, mais qu’il y a plu­tôt des phé­no­mènes de franges, de confins sur les­quels on peut dif­fi­ci­le­ment dis­tin­guer un point zéro ».

      Amicalement.

      • 28 décembre 2015 à 19 h 46 min

        Merci de vos commentaires.
        L’élagage et le bouturage de mes réflexions à ce sujet est le but de ce billet. Je me voulais un peu provocateur en utilisant des raccourcis exagérés. Chacun des intervenants a mis en lumière une ou plusieurs des difficultés que je rencontre. Il me faudra digérer tout cela avant de pouvoir en faire un semblant de synthèse. J’ai 69 ans et je vais bientôt raccrocher les gants, mais auparavant, je voudrais comprendre et, si possible, passer à d’autres les raisons pour lesquelles nos interventions de médiation culturelle ne marchent pas trop mal.
        Je vais me présenter un peu afin que vous compreniez l’émotion intense que j’ai ressentie à propos des  » meilleurs traités que je connaisse sur la question ».
        Mes parents ont fui la Kabylie à la suite des événements de Sétif. Ma mère était enceinte et a accouché de moi en France. J’avais 10 mois lors de notre retour en Kabylie. 7 ans plus tard, la guerre d’Algérie a démarré et nous sommes revenus en France, méprisés mais vivants, disait mon père. Analphabète et ne parlant pas le français, l’école a pour moi, au début, été une torture. D’autant que nos parents exigeaient que nous perdions tout accent et pour ce faire interdisaient formellement l’usage d’une langue autre que le français. J’ai quitté l’école le jour de mes 14 ans mais j’ai continué à lire, tout et n’importe quoi. Vercors faisait partie de ce n’importe quoi, on a vu pire.
        Les tropis sont-ils des hommes ? Les bicots sont-ils des hommes ?
        Le procès des « Animaux dénaturés » m’a donné l’idée de mon premier spectacle, de ma première mise en scène, à 17 ans. Avec quelques amis d’origine maghrébine, nous avons monté une troupe que j’ai appelée « Les Désintégrés » et ils ont joué cette pièce. Avec l’accent.
        Tout ça ne me rajeunit pas.

        • 28 décembre 2015 à 21 h 07 min

          Tout ça ne nous rajeunit pas, rire… La dernière fois que j’ai relu Les animaux dénaturés, ce devait être il a au moins vingt-cinq ans. Mais je le cite encore de temps à autre quand j’ai une intervention à faire qui se rapporte aux processus de culture. Et votre « remémoration » me fait penser que je n’ai jamais rien publié qui s’y rapporte. Merci ; ça me donne l’idée que je pourrais étoffer un futur article, grâce au « fil en aiguille » que vous avez suscité.

          Dans tous les cas si ça ne nous rajeunit pas ça nous permet donc de ressusciter quelques passés (j’ai connu quelqu’un qui avait eu à peu près le même parcours que vous, même si il ne venait pas d’Algérie, mais des Balkans ; lui ça n’a pas été le spectacle au sens propre, mais la musique), et donc de boucler la boucle.

    3. Joëlle Le Marec 28 décembre 2015 à 22 h 33 min

      Bonjour

      Le roman « les animaux dénaturés »  est vraiment bien. Je me souviens l’avoir fait lire en même temps qu’un des très nombreux textes du grand biologiste, écrivain et vulgarisateur Stephen Jay Gould : « l’égalité des hommes est un accident de l’histoire », dans un de ses recueils, « le sourire du flamant rose ». On essayait de réfléchir au problème des représentations que l’on se fait plus ou moine explicitement de l’évolution, du progrès, des partages (nous/les autres – nature/culture). Le procès dans les animaux dénaturés oblige les protagonistes à réfléchir parce qu’ils ont un problème à résoudre. Je me dis que ce qui est le plus riche, c’est vraiment de partir de soi, de ce qu’on cherche à penser et  partager à partir premièrement de ce qui nous arrive d’une part et deuxièmement ce que l’on comprend de ce qu’ont cherché à faire d’autres que nous. Il y a pas mal de textes qui m’intéressent désormais moins pour les idées en elles-mêmes, que pour les raisons qui ont amené les auteurs à formuler et proposer ces idées. Je me dis qu’il y a de la vie culturelle à ce moment. Quand on essaie de se mettre en contact avec la pensée d’autrui (pourquoi pas d’ailleurs un animal parfois!). Peut-être qu’on se trompe, qu’il y a des malentendus, mais on essaie de comprendre autrui, et de comprendre avec autrui. Et des personnes qui mettent en scène des textes ou qui créent eux-mêmes, comme vous, nous montrent comment ils essaient de comprendre. Pour moi c’est ça qui est super. Et aussi pourquoi on essaie de partager, comme vous le faîtes. J’ai de plus en plus de mal à lire des théoriciens dont je ne connaitrais rien d’autre que les théories. J’ai de plus en plus besoin de lire les avant-propos (quand ils disent « je » et quand ils tentent de dire comment ils en sont venus à penser telle chose et à la partager). La vie culturelle c’est souvent, je trouve, ce qui se vit dans ces efforts qu’on fait, chacun, soit pour créer soit pour interpréter, dans un environnement donné, avec une histoire, toujours avec autrui, exactement ce qui se passe dans ces échanges. Je crois qu’on a envie de voir vos spectacles d’ailleurs!

      • 28 décembre 2015 à 23 h 20 min

        Merci de vos commentaires,
        En effet, partir de soi, si trompeur que cela puisse être, on rectifiera en route. Et dans nos rapports avec les autres, se poser la question « Pourquoi dit-elle/il cela ? », et aussi « Pourquoi le dit-elle/il de cette façon ? ». Les mots avec lesquels on parle deviennent les mots avec lesquels on pense, d’où la nécessité de refuser le prêt-à-parler dont on nous gave.

        Quant à voir mes spectacles, je n’en fais plus : place aux jeunes, comme en politique. Le dernier était sur le désir d’aimer envers et contre tous, envers et contre tout, chez Jean Genêt.
        4 ans déjà.
        J’interviens depuis en tant que « dramaturge » auprès de la chorégraphe de notre compagnie.
        http://www.derniersoupir.com/
        Bonne soirée.

        • VICTORIA ABRAHAM
          29 décembre 2015 à 1 h 47 min

          J’ai essayé un peu plus haut, Adam Smith n’était-il pas plus visionnaire? Ne faut-t-il pas penser le bien-être général avant tout autre?

          J’espère vous lire TOUS encore ici.

           

           

           

          • 29 décembre 2015 à 15 h 26 min

            Merci Victoria,
            Je ne vais pas reprendre point par point ton commentaire, ça m’entraînerait trop loin sur un chemin que je connais peu et mal. Juste une explication au sujet de la masse salariale : c’est ce que les salauds qui ont pour but de nous gouverner appellent « le coût du travail ».
            Je vais essayer de répondre d’un bloc, indulgence implorée si bric-à-brac. Ce qui suit n’est pas gravé dans le marbre, c’est juste l’endroit où je patauge. J’emploie le masculin, ça ne me plaît pas, mais c’est plus facile. Je préfère éviter les références de peur d’amener des gens dans mon camp sans leur demander leur avis. Mais je reconnais dans ce que je vis du Spinoza, du Maupassant, du Camus…

            L’intelligence est la faculté que chacun a de tenter de rendre le monde intelligible, pour lui et à destination d’autres, ce qui fait déjà deux catégories d’expression.
            Chacun de nous a au moins deux modes d’intelligence : l’intelligence « cérébrale » et l’intelligence « sensible ».
            La « cérébrale » est celle qui analyse les événements, la « sensible » est celle qui les ressent.
            Chez les humains, les deux modes s’allient pour tenter d’exprimer une émotion en mots, à usage interne ou pour partage. Les interventions de chacun des deux modes s’additionnent en proportions variables. Chez un humain « courant », aucun des modes n’est absent.
            Exemple : un enfant meurt dans les bras de sa mère. Cas extrêmes :
            Cérébral 100 % : « Tiens ! Mon enfant est mort ! ». La verbalisation se fait aisément.
            Sensible 100 % :  » ! ? « . La verbalisation est plus tardive.
            J’essayais de faire des ateliers en direction de personnes sidérées par la vie, de tous âges mais toutes avec un point commun : une partie d’eux-mêmes ne voulait plus fonctionner, ne plus voir, ne plus entendre, etc. Cette sidération avait pour origine un sentiment d’infériorité agressif, agressivité tempérée par la médiocrité de leurs moyens d’expression et leur vulnérabilité face aux « sachants ». Cette agressivité était exacerbée en compagnie de leurs semblables en sidération.
            La première étape consistait à établir un climat de bienveillance entre nous. Au début de toute réunion entre inconnus, le cérémonial veut que chacun se présente. J’ai changé ce cérémonial en demandant à chacun de présenter (décrire) son voisin de la façon la plus simple (neutre) possible. Ça a marché.
            Je me suis rendu compte que mes champs sémantiques étaient beaucoup plus étendus que celui des participants et il a fallu que je les restreigne sans pour autant être méprisant ou hautain. Dur ! Suivre un diapason dont on n’a plus l’habitude, utiliser un vocabulaire simple pour être à l’unisson demande une attention aigüe mais invisible.
            Je m’aperçois que la suite est encore très désordonnée dans ma tête. Je dois aller bûcheronner mes haies pour le bois des années à venir. La cristallisation se fera à la tronçonneuse et je reprendrai plus tard.
            J’aime bien ce qu’Igor appelle « l’oral-verbal ».
            Bonne journée à tous.

          • 6 janvier 2016 à 23 h 55 min

            Bonsoir Victoria. Désolé du retard. Je perds le fil.
            Je pense que Smith voyait dans l’entraide une spéculation, un échange : don/contre-don. La bienveillance n’attend rien en échange sinon l’estime de soi, et encore, j’en doute.

    4. 29 décembre 2015 à 17 h 14 min

      Larbi, voici un article et un fil de discussion comme je les aime. Un peu pressé je ne répondrai donc pas à tout et à tous, mais je t’indique mon accord profond avec la phrase « Les frac­tures sociales sont pro­vo­quées par les frac­tures culturelles ». Par ailleurs, dès l’époque de l’art pariétal, comme à Chauvet qui me tient à cœur, comme tu le sais, il y a eu du culturel très élaboré.

      Enfin je suis très intéressé par votre projet. Nous préparons un projet assez ambitieux sur le territoire de l’Ardèche et de la Haute-Loire qui n’est pas sans similitude, mais j’en reparlerai ultérieurement.

      Bien à toi. Jean-Paul

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