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Université : sur le rôle des intérêts privés dans la réforme


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Sur le site Indé­pen­dance des cher­cheurs, on lit :

Sans doute, il serait utile d’ajouter à ce débat une réflexion sur le rôle des inté­rêts pri­vés dans la défi­ni­tion de poli­tiques que l’on cherche à jus­ti­fier par un « inté­rêt géné­ral » sup­po­sé. Voir nos articles du 28 novembre et du 29 novembre.

Par exemple, les inté­rêts d’un grand groupe pri­vé comme le groupe Bol­lo­ré dans le domaine de la recherche sont connus de longue date. Un article publié par Les Echos le 27 novembre 2006, inti­tu­lé « Bol­lo­ré met ses bat­te­ries en voi­ture » fai­sait déjà appa­raître que les « recherches depuis 1992 » de ce groupe indus­triel « se sont appuyé[e]s sur les tra­vaux menés par le CEA, EDF et dif­fé­rents labo­ra­toires du CNRS ».

Les rap­ports entre le groupe Bol­lo­ré et le sec­teur public vont donc beau­coup plus loin que ce qui avait été dévoi­lé à l’occasion des vacances de Nico­las Sar­ko­zy à Malte. Rai­son de plus pour évi­ter, au niveau gou­ver­ne­men­tal et ailleurs, toute appa­rence de risque de confu­sion d’intérêts.

D’après Wiki­pé­dia, Valé­rie Pécresse est fille du pré­sident de Bol­lo­ré Télé­com et mariée au direc­teur géné­ral délégue d’Imerys. Il s’agit de deux mul­ti­na­tio­nales avec des inté­rêts directs dans la recherche et la tech­no­lo­gie de pointe. Valé­rie Pécresse a été nom­mée à un minis­tère stra­té­gique le 18 mai 2007. Dans les jours pré­cé­dents, le voyage à Malte de Nico­las Sar­ko­zy, aux frais de Vicent Bol­lo­ré avec notam­ment un jet de son groupe, avait déclen­ché une sérieuse polé­mique. Quelques mois plus tard, la même polé­mique rebon­dis­sait avec le voyage de Nico­las Sar­ko­zy et Car­la Bru­ni en Egypte. » Pré­ci­sé­ment, les mul­ti­na­tio­nales seront les grandes béné­fi­ciaires de l’actuel pro­ces­sus de démo­li­tion de la recherche publique et des uni­ver­si­tés.

Igor Babou

Igor Babou

Je suis professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication.

Je travaille sur les relations entre nature, savoirs et sociétés, sur la patrimonialisation de l'environnement, sur les discours à propos de sciences, ainsi que sur la communication dans les institutions du savoir et de la culture. Au plan théorique, je me situe à l'articulation du champ de l'ethnologie et de la sémiotique des discours.

Sinon, dans la "vraie vie", je fais aussi plein d'autres choses tout à fait contre productives et pas scientifiques du tout... mais ça, c'est pour la vraie vie !
Igor Babou



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    2 réponses “Université : sur le rôle des intérêts privés dans la réforme”

    1. 14 février 2009 à 16 h 36 min

      L’article vise juste, le cible de l’université s’explique par le fait qu’elle est une cita­delle très expo­sée, Der­ri­da l’avait dit naguère, et Kant avant lui. Nous assis­tons, en France, à une attaque des loups finan­ciers dont la vic­time est l’université en tant que concen­tra­tion publique de biens très convoi­tés par ces mêmes inté­rêts pri­vés. Il n’était qu’une ques­tion de temps.

      Il est actuel­le­ment irres­pon­sable, une faute pro­fes­sio­nelle eu égard la voca­tion du pro­fes­seur, de sous-esti­mer la gra­vi­té du dan­ger qui menace le monde intel­lec­tuel, et donc le monde tout court, en France, actuel­le­ment.

      Que soit frap­pé d’amnésie per­pé­tuelle celui, par­mi nous, qui ne le sai­si­rait pas, si nous per­dons la bataille dans laquelle nous sommes enga­gés.

      Le risque n’est pas moindre que celui d’une dis­pa­ri­tion de notre modèle de socié­té démo­cra­tique issue des Lumières et du dix-hui­tième siècle.

      Sont requises aujourd’hui, dans ce ren­dez-vous avec le legs de notre his­toire pro­pre­ment répu­bli­caine, la résis­tance la plus irré­den­tiste, la déso­béis­sance civile la plus digne des années 1950 et 1960, et une intel­li­gence la plus active et affir­ma­tive, toutes syno­nymes de ce dont le mot et la chose “Uni­ver­si­té,” sont le lieu, depuis plus de deux siècles. La sau­ve­garde d’un lieu public comme bien inap­pro­priable par les inté­rêts pri­vés et par l’avidité des concen­tra­tions de capi­taux en pleine décon­fi­ture sau­vage suite à leur épui­se­ment des res­sources de nos socié­tés, de leurs indi­vi­dus, et de cette terre qui n’est pas la pro­prié­té des êtres humains, cette sau­ve­garde devient notre seule tâche pré­va­lant sur toutes les autres sauf celles rele­vant de la pro­tec­tion de nos malades, de nos mineurs, et de nos dému­nis. Toute consi­dé­ra­tion concer­nant le “busi­ness as usual” dans nos uni­ver­si­tés doit pas­ser à l’arrière-plan.

    2. Igor Babou 15 février 2009 à 0 h 22 min

      L’historien des sciences Domi­nique Pestre décrit assez fine­ment l’histoire de ce “chan­ge­ment de régime” de savoir, en s’appuyant en par­ti­cu­lier sur l’exemple des bre­vets. Mais là, avec Pecresse et la réforme, on a encore fran­chi un pas dans la direc­tion de la pri­va­ti­sa­tion des savoirs (au sens de leur asu­jet­tis­se­ment à la sphère pri­vée, mais éga­le­ment au sens de la pri­va­tion de débat). L’enjeu est en effet celui de toute notre concep­tion de la démo­cra­tie, et pas seule­ment celui de l’université, qui n’est — si j’ose dire — qu’un symp­tôme d’une attaque bien plus géné­rale de l’idée même de bien public et d’intérêt géné­ral.

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