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Lemmy is dead: le rock’n’roll en deuil


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J’ap­prends une nou­velle qui rentre sans doute assez peu dans les thèmes d’In­dis­ci­pline, mais dont je me per­mets de par­ler ici, car je crois que la musique a sa place dans nos réflexions : la mort, à 70 balais, du bas­siste et chan­teur Lem­my Kil­mis­ter. Bon, j’en vois qui ouvrent des yeux ronds en se deman­dant de qui il s’a­git… Lem­my, c’é­tait sans doute le der­nier rocker encore en vie, avec Iggy Pop. Il avait fon­dé Mötö­rhead, un com­bo metal qui écu­mait les scènes du monde entier depuis la fin des années 70, et avant il avait joué dans Hawk­wind, un groupe de rock psy­ché­dé­lique tota­le­ment bar­ré. Et avant tout ça, il avait même été roa­dy de Jimi Hen­drix : le “roa­dy”, c’est l’un des types, en géné­ral assez cos­taud, qui montent maté­riel­le­ment les scènes. Sans eux, aucun concert n’est pos­sible : il faut bien une logis­tique à la musique, même si on l’ou­blie trop sou­vent. C’est dire si Lem­my était un vieux de la vieille. Et à une époque où l’in­dus­trie musi­cale et l’appât du gain amènent beau­coup de rock stars à se “cal­mer” pour pro­duire des tubes siru­peux, mar­que­tés pour entrer dans les for­mats insi­pides des radios et de la télé­vi­sion, lui il conti­nuait à faire un bou­can du diable, à se frin­guer comme un pirate psy­ché­dé­lique, et à boire sa bou­teille de whis­ky par jour. Un rocker, donc, sale et débraillé. Dégueu­lasse comme je les adore : pas ran­gé des voi­tures, speed et défon­cé, mépri­sant le bour­geois. Il avait joué dans un film potache inti­tu­lé “Eat the rich”, qui fai­sait l’a­po­lo­gie de la cui­sine des riches… disons plu­tôt de la meilleure manière de cui­si­ner les riches 😉 Tout un tas de légendes lui col­laient aux basques, for­cé­ment, à 70 ans, il avait der­rière lui plus de 50 ans de frasques rock’n’­rol­liennes ! On disait par exemple que son groupe jouait si fort qu’une fois, il avait fait s’ef­fon­drer le pla­fond d’une salle de concert. Sa bou­li­mie d’a­cide ou de speed fai­sait sans doute aus­si par­tie de sa légende.

Je n’a­vais jamais eu l’oc­ca­sion de le voir sur scène, mais dans ma culture punk, hos­tile par nature aux hip­pies, il fai­sait par­tie des anciens hip­pies qu’on res­pec­tait : car en dépit de ses che­veux longs, il était res­té rock’n’­roll, fai­sait une musique bru­tale, et fré­quen­tait les boites punks. La légende disait même que c’é­tait lui qui avait appris les trois seuls accords que Sid Vicious, le bas­siste des Sex Pis­tols, était capable de jouer. Ça, ça suf­fi­sait à me le rendre sym­pa­thique : ne connaître que trois accords (les punks haïs­saient la tech­nique et l’é­ru­di­tion musi­cale, seule l’éner­gie comp­tait), et les avoir appris à Sid, mazette !

Le para­doxe, c’est que la mort de Lem­my ait été annon­cée sur toutes les radios et dans la presse, alors que Mötö­rhead n’y était jamais pro­gram­mé, ou alors pas aux heures de grande écoute. La machine à récu­pé­rer du capi­ta­lisme, et celle à pis­ser de la copie du jour­na­lisme, sont en marche : Libé­Na­tion et le Quo­ti­dien Ves­pé­ral des Mar­chés (Le Monde) en parlent, c’est dire… comme s’il y avait encore un esprit rock dans Libé ou dans Le Monde…

Aujourd’­hui, le rock, le vrai, pas celui des radios ni des hit parades à la noix des télé­vi­sions et du mar­ché de la musique, est en deuil. Mais comme on ne va pas faire dans le sen­ti­men­ta­lisme, je vous laisse en musique avec quelques extraits musi­caux. Lem­my, vous le recon­naî­trez faci­le­ment : c’est le grand esco­griffe mous­ta­chu, à la voix éraillée et qui joue sur une Ricken­ba­cker, la basse rock par excel­lence !

De temps en temps, il fau­dra que je fasse des chro­niques musi­cales ici, tiens, his­toire qu’on ait aus­si un œil sur les musiques crades qui sentent la sueur et l’in­dis­ci­pline : ne jamais se ran­ger des voi­tures, ça conserve… Et ne jamais ran­ger le rock’n’­roll (ni ses ava­tars contem­po­rains, du rap aux musiques élec­tro­niques) dans les boites à conserves du minis­tère de la culture : musiques dites “actuelles” et autres fari­boles séman­tiques tout juste bonnes à mettre les indis­ci­pli­nés sur la voie de la chasse aux sub­ven­tions et du mar­ché de la musique.

Igor Babou
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5 réponses “Lemmy is dead: le rock’n’roll en deuil”

  1. 29 décembre 2015 à 19 h 36 min

    Les bour­geois cupides déca­naillent tout. Même le rock

  2. Joëlle Le Marec 29 décembre 2015 à 21 h 53 min

    Ne jamais se ran­ger des voitures…Je garde le mot d’ordre. Oui fais nous des chro­niques musi­cales! On pour­rait apprendre encore bien plus de choses que trois accords grâce ton énorme culture, pra­tique et talent musi­caux.

  3. 3 janvier 2016 à 12 h 29 min

    Il y a radio et radio …

    cf: campuslille.com

  4. 5 janvier 2016 à 15 h 05 min

    Bon­jour,

    Je découvre le site, Igor Babou, parce qu’en fait, dans d’autres contrées, une abon­née, voya­geuse aus­si,  se trouve sup­pri­mée de mes contacts là-bas …alors j’ai un peu cher­ché … Je retrouve ici d’autres per­sonnes. Tiens! tiens !

    En musique, certes, mes choix ne sont pas sou­vent rock ! mais si mes pré­fé­rences n’in­dis­posent pas trop … et modé­ré­ment (oui, je le pro­mets !), je pro­pose de publier par­mi vous … Musique et pas que …

    Ami­tié.

    • Igor Babou 5 janvier 2016 à 15 h 29 min

      N’hé­si­tez pas à nous rame­ner de la musique de vos voyages en tout cas ! Si j’ai par­lé de rock avec Mötö­rhead pour ce pre­mier post musi­cal, c’é­tait en rai­son de l’ac­tua­li­té, mais toutes les orien­ta­tions seront appré­ciées j’en suis sur.

      Et bien­ve­nue par­mi nous !

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