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Bowie: back to Mars


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David Bowie, trou­vant que le monde des ter­riens man­quait déci­dé­ment d’imagination et n’était plus récu­pé­rable, a déci­dé de nous lais­ser en plan et de retour­ner sur la pla­nète Mars ! On le com­prend : sans doute s’ennuyait-il autant que nous sur Terre, et sur­tout, lui, il avait les moyens de retour­ner sur sa pla­nète d’origine avant que sa double natio­na­li­té mar­tienne-ter­rienne ne lui pose pro­blème et ne lui soit reti­rée par les ter­riens en rai­son de ses atten­tats sonores.

Avec Bowie, c’est du très lourd qui dis­pa­rait… Bowie n’était cepen­dant pas dans mon top 10 per­son­nel, même je recon­nais avoir bien aimé quelques uns de ses albums, dont ceux pro­duits avec Brian Eno. En par­ti­cu­lier Out­side, sa der­nière col­la­bo­ra­tion avec Eno si je ne me trompe pas. Pour ma géné­ra­tion et sur­tout dans mon milieu musi­cal, Bowie c’était quand même un peu trop pop, et trop lié au mar­ché de la musique pour sus­ci­ter une réelle admi­ra­tion. Mais son per­son­nage de Zig­gy Star­dust, sa défi­ni­tion de l’androgynie, cer­tains de ses thèmes récur­rents, ont tout de même mar­qué l’histoire du rock : il res­te­ra un ovni musi­cal.

On a beau­coup glo­sé sur sa capa­ci­té à sen­tir les inno­va­tion de la rue, les musiques en marge, et à se les appro­prier pour leur don­ner une dimen­sion “grand public”. Plus qu’un défri­cheur, Bowie aurait été une fan­tas­tique machine à assi­mi­ler les marges et à leur four­nir une audience élar­gie. C’est un peu vrai, sauf que Bowie était tout de même un sacré song­wri­ter. On retien­dra ses col­la­bo­ra­tions avec Eno, son ami­tié indé­fec­tible avec Iggy Pop, et pour illus­trer la machine à assi­mi­ler, je vais vous lais­ser avec ces extraits du concert de la tour­née d’Outside, dans les années 95, qu’il a réa­li­sée avec Trent Rez­nor, de Nine Inch Nails. Rez­nor, j’ai bien connu ça : l’un des rares musi­ciens de la scène elec­tro-indus­trielle a avoir per­cé et à avoir acquis ain­si une audience inter­na­tio­nale dans un sec­teur plus habi­tué aux scènes confi­den­tielles. J’avais vu son pre­mier concert à Paris, avant sa trans­for­ma­tion en star assez insup­por­table (genre : je fais le mec très éner­vé sur des scènes à des mil­lions d’euros et je casse tout mon maté­riel chaque soir, c’est rock ça coco…).

Bon, Bowie et Rez­nor, ça avait un aspect… com­ment dire… la carpe pop et le lapin mor­bide, ou le gâteau elec­tro-indus­triel au gazoil avec sa cerise chan­son anglaise sur le des­sus. Exac­te­ment ce qu’il était en fin de compte : une magni­fique machine à sen­tir les inno­va­tions de la rue et à les appri­voi­ser. Et ça, c’était pas rien. Pense un peu à nous sur Mars, ou mieux : oublie les pâles ter­riens, Thin White Duke !

J’espère tou­te­fois que je ne vais pas faire que des nécros musi­cales ici…
Igor Babou

Igor Babou

Je suis professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication.

Je travaille sur les relations entre nature, savoirs et sociétés, sur la patrimonialisation de l'environnement, sur les discours à propos de sciences, ainsi que sur la communication dans les institutions du savoir et de la culture. Au plan théorique, je me situe à l'articulation du champ de l'ethnologie et de la sémiotique des discours.

Sinon, dans la "vraie vie", je fais aussi plein d'autres choses tout à fait contre productives et pas scientifiques du tout... mais ça, c'est pour la vraie vie !
Igor Babou



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    15 réponses “Bowie: back to Mars”

    1. 11 janvier 2016 à 18 h 48 min

      Ta nécro est utile, en effet elle donne des pistes (des réfé­rences de pistes).

      Elle ne manque pas de sous-enten­dus… Com­ment faut-il lire la défi­ni­tion d’une stra­té­gie de créa­tion et publi­ca­tion comme “for­mi­dable machine à assi­mi­ler les marges et à leu four­nir une audience élar­gie…”

      S”agirait-il de l’art de faire entrer la créa­tion dans les normes de la pro­duc­tion?

      Peux-tu en dire plus sur “la scène élec­tro-indus­trielle”, dont tu parles comme d’une fort petite élite… d’où pour­raient s’extraire des êtres encore plus rares… Rare­té para­doxa­le­ment fai­sant quit­ter “la scène confi­den­tielle” .. pour la “large audience” …Tu parles d’expérience, en connais­seur … peux-tu nous en apprendre un peu plus. Explo­ser la nécros pour par­ler des vivants?

      • 11 janvier 2016 à 20 h 08 min

        Je connais mal le monde de “la pro­duc­tion musi­cale”. Cette dis­pa­ri­tion pour­rait être une occa­sion d’approfondissement si l’un d’entre nous a des lumières à ce sujet … pro­ba­ble­ment Igor ?

    2. 11 janvier 2016 à 23 h 44 min

      Oui, qu’il ait pu être ou non com­mer­cial, pour Zig­gy, je l’aimais, pour le Chi­na girl de mon ado­les­cence, et pour le superbe “Mer­ry christ­mas Mis­ter Law­rence’, un film avec des acteurs magni­fiques tous les deux, musi­ciens tous les deux, un très beau film pudique et sobre non pas sur l’homosexualité, mais bien mieux que ça, sur une his­toire d’amour homo­sexuelle, tra­gique et belle.

      Donc, même si ça fait un peu midi­nette, mais j’avais cet âge-là quand je l’écoutais et qu’il me fai­sait rêver,  aus­si pour rejoindre le titre mar­tien d’Igor : So long, David, Star­dust you were, star­dust you stay.

    3. Igor Babou 12 janvier 2016 à 1 h 06 min

      C’est de vastes ques­tions que vous me deman­dez d’explorer là, Oli­vier et Jean Paul. Je vais essayer d’y répondre, mais ça sera en tant qu’acteur de ce monde musi­cal, et non en tant que socio­logue : je me suis tou­jours tenu, volon­tai­re­ment, très à l’écart de la socio­lo­gie de la musique pour conser­ver d’une part mon iden­ti­té musi­cale secrète (cha­cun ses pho­bies), et d’autre part pour ne pas ris­quer, par une atti­tude trop ana­ly­tique, de gâcher ce qui res­te­ra la prin­ci­pale pas­sion de ma vie, la musique.

      Pour com­men­cer, je pré­cise que ce que j’évoque à pro­pos de Bowie, c’est à dire sa capa­ci­té à assi­mi­ler des cou­rants musi­caux “under­ground” (mot  très creux, mais je le garde ici faute de mieux) pour les trans­for­mer en pop music acces­sible au public de la chan­son et du rock, c’est quelque chose qu’on lit un peu par­tout sous la plume des “rock cri­tics” : mais un bon rock cri­tic est un rock cri­tic mort, hein ! 😉 Autre­ment dit, je me suis appuyé là sur un sens com­mun de la cri­tique de rock : la musique de Bowie comme syn­thèse et réap­pro­pria­tion des inno­va­tions musi­cales.

      C’est vrai qu’il est pas­sé, tout au long de sa car­rière, du rock glit­ter (tant au niveau du son que du look : grosses gui­tares dans Zig­gy Star­dust, dan­dysme, plat­form boots, pan­ta­lons fla­shy, vestes en sati­né brillant, che­veux colo­rés, etc. C’était dans l’air du temps au début des 70’s avec les New York Dolls, T Rex, etc.), au funk, puis à un son plus new wave, puis presque elec­tro-indus­triel, et son der­nier album intègre des ryth­miques à la limite IDM (Intel­li­gent Dance Music, pour les intimes). Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas du tout un grand connais­seur de Bowie : je connais juste ses albums, pas tous, car sa musique m’a inté­res­sé mais sans plus. Trop “chan­son” à mon goût. Et puis, c’était pas la musique de ma géné­ra­tion, ça compte aus­si ces effets d’identification quand on est jeune.

      Pour en venir à la musique elec­tro-indus­trielle, là c’est car­ré­ment la musique de ma géné­ra­tion, et j’ai bai­gné là-dedans, ça m’a nour­ri, et ça conti­nue un peu à m’inspirer. En gros, à la fin du punk, disons entre 1979/1980 et 1984, les gens comme moi avaient écou­té les Sex Pis­tols en se disant “ah la vache, c’est bon d’avoir la haine et d’envoyer chier nos bour­geois de parents en leur par­lant de sexe, de drogue, et de rock’n’roll !” (je pré­cise que la géné­ra­tion de mes parents était un peu baba cool dans l’âme, flo­wer power, tout ça, et que ça gon­flait les gens de mon âge d’entendre les anciens rado­ter leur Wood­stock et leur amour de l’humanité : nous on vou­lait de la haine, du sang, des larmes, éven­tuel­le­ment du cul, mais sur­tout beau­coup de bruit. Et comme les hip­pies avaient culti­vé une éru­di­tion musi­cale inac­ces­sible, mar­quée par le jazz et la musique pro­gres­sive (Can, Emer­son Lake & Pal­mer, Gene­sis, King Crim­son, l’”Ecole de Can­ter­bu­ry”, etc.), ben les gens qui avaient 18 ans en 1977 (j’étais plus jeune, mais j’ai appris avec des gens plus âgés que moi, qui avaient été à Londres en 1976/1977), vou­laient exac­te­ment l’inverse : jouer vite, mal et fort, pour retrou­ver l’énergie du rock’n’roll des débuts, et pour se dif­fé­ren­cier des hip­pies qui jouaient len­te­ment, bien et pas fort. On vou­lait juste les faire chier, vrai­ment ! En plus, ils avaient plein de maté­riel cher sur scène, et les pre­miers punks étaient en majo­ri­té des gens issus du pro­lé­ta­riat à l’époque de la réces­sion impo­sée par That­cher, donc là, ça rele­vait car­ré­ment d’un conflit de classe.

      Voi­là pour l’arrière plan his­to­rique du punk. Là des­sus, un mou­ve­ment d’esthétisation se met en route, qui débouche sur une diver­si­fi­ca­tion : on passe à la new wave et à la cold wave. L’esprit géné­ral reste déca­dent, mais les musi­ciens com­mencent à sor­tir du sché­ma des trois accords mal joués sur des ins­tru­ments de récu­pé­ra­tion désac­cor­dés, pour éla­bo­rer des uni­vers sonores plus com­plexes. Killing Joke et Sioux­sie & the Ban­shees sont alors por­tés au pinacle. Du post punk, quoi. Les choses durent quelques années, puis on recom­mence à s’ennuyer au début des années 1980. Les mêmes sons, les mêmes gens : peu de renou­vel­le­ment esthé­tique, et, fait impor­tant, ce rock-là reste prin­ci­pa­le­ment une musique de blancs. Une musique qui est faite non pour bou­ger du popo­tin, mais pour se taper sur la gueule en “pogo­tant”, c’est à dire en sau­tant fré­né­ti­que­ment en l’air et en balan­çant des can­nettes de bière au pla­fond pour qu’il y ait du sang. Une musique de gens mal à l’aise dans leur corps, en fait.

      Une autre his­toire se déroule en paral­lèle : celle des musiques élec­tro­niques. Dif­fi­cile de trou­ver des pères fon­da­teurs (éter­nel sté­réo­type des “fon­da­teurs”, on n’en sort jamais), mais disons qu’en dehors des ini­tia­teurs qui évo­luaient du côté de la musique “savante” (Pierre Hen­ry) ou des musiques sérielles ou acous­ma­tiques (à l’Ircam ou ailleurs), ou des musiques non ampli­fiées ins­pi­rées par le futu­risme ita­lien du début du XXème siècle, se déve­loppent divers foyers :

      • Aux USA, des DJ noirs de Detroit com­mencent à mixer des disques pour la com­mu­nau­té noire des ghet­tos, avec une éthique com­mu­nau­taire. Et en même temps, contexte social et indus­triel local oblige, avec une réflexion sur la répé­ti­ti­vi­té comme cri­tique du geste indus­triel impo­sé aux ouvriers des usines. J’ai ain­si lu une inter­view d’un de ces DJ qui théo­ri­sait de manière très inté­res­sante sa pra­tique : selon lui, à l’industrialisation du geste ouvrier, devait répondre la cri­tique radi­cale d’une musique elle-même indus­trielle. Indus­trielle au sens de la séria­li­té des pro­duits de consom­ma­tion : le DJ pro­dui­sait alors une musique répé­ti­tive, sac­ca­dée, mais sur laquelle on pou­vait dan­ser. Un DJ comme Der­rick May est consi­dé­ré comme l’un des pères fon­da­teurs de ce type de musique. C’est sans doute une inter­view de lui que j’avais lue,  je n’en suis plus sur, déso­lé. Comme avec le punk, on avait là une réponse esthé­tique et poli­tique à un contexte social et éco­no­mique délé­tère, et le carac­tère “indus­triel” de la musique, tout comme la bru­ta­li­té déses­pé­rée du punk, se construi­sait comme l’image gri­ma­çante ren­voyée au “sys­tème”. Le monde autour de nous est indus­triel et des­truc­teur ? Soyons pire que lui, et au lieu de par­ler d’amour en com­pen­sa­tion, puisque 1968 n’a débou­ché sur aucune révo­lu­tion autre que “socié­tale” (évo­lu­tion des mœurs), cari­ca­tu­rons musi­ca­le­ment le monde qui nous oppresse et ren­voyons-lui son image ampli­fiée, gro­tesque. Boum ! Boum ! Boum ! Tiens, prends ça dans ta face ! Tu te recon­nais ? C’est toi, ce monstre froid. Les DJ déve­loppent éga­le­ment un ano­ny­mat qui s’oppose au star sys­tem : le DJ est le “boy’s next door”, inter­chan­geable, qui se planque der­rière sa pla­tine, et qui pro­duit des disques sans mettre aucun nom ni titre des­sus. A l’image de l’industrie : fabri­ca­tion en série, ano­ny­mat. Proxi­mi­té, de ce point de vue, avec les punks.
      • Sur la côte Ouest des USA, des bidouilleurs de génie, The Resi­dents, inventent au tout début des années 1970 une musique iro­nique et ludique, et jouée à la fois sur des ins­tru­ments acous­tiques et sur des syn­thés. Pas de reven­di­ca­tions poli­tiques, mais une relec­ture pas­sion­née des clas­siques de la musique popu­laire amé­ri­caine : brass bands de JP Sou­sa, Hank Williams, Georges Ger­sh­win, James Brown sont ain­si pas­sés à la mou­li­nette des Resi­dents, qui jouent ano­ny­me­ment, le visage caché par un œil unique et énorme. La musique regarde le monde et s’en moque. C’est vous ça ? Tiens, c’est mar­rant les musiques popu­laires : soyons savants et éru­dits en repre­nant de vieux stan­dards et en les trans­for­mant en musique expé­ri­men­tale !
      • En Alle­magne, au début des années 1970, des élèves du Conser­va­toire de Düs­sel­dorf, rom­pus à la dodé­ca­pho­nie et à la musique sérielle, se mettent à jouer du Krau­trock (lit­té­ra­le­ment : rock “chou­croute”), à savoir un rock pla­nant et répé­ti­tif, encore un peu hip­pie, puis rapi­de­ment, ils se coupent les che­veux, se fringuent en jeunes cadres réac­tion­naires, adoptent une atti­tude scé­nique figée et stricte, et jouent ce qu’ils appellent de la “tech­no-pop” : Kraft­werk invente la tech­no, qui ren­voie aus­si au monde indus­triel son image cari­ca­tu­rée. L’idée n’est plus de jouer d’un ins­tru­ment, mais de jouer du stu­dio comme ins­tru­ment. L’idéal, pour Kraft­werk, serait à la limite de ne plus jouer sur scène, mais d’envoyer des robots jouer à leur place, eux res­tant à la mai­son bien tran­quilles. Kraft­werk sera le groupe le plus sam­plé au monde, notam­ment par les rap­peurs : le rap n’existerait pas sans Kraft­werk, qui lui a don­né, par­tiel­le­ment, son son.
      • En Bel­gique, un peu plus tard, au début des années 80, se déve­loppe l’Electronic Body Music, une ver­sion froide et dure de la tech­no de Detroit. Ambiance “bun­ker un soir d’apocalypse”, cris gut­tu­raux, ordres hur­lés dans un méga­phone, et rythmes mar­tiaux joués sur des boites à rythme lourdes et impla­cables. L’armée et ses défi­lés deviennent la réfé­rence esthé­tique ultime. Si pos­sible la Wer­macht, pour faire dans le sérieux, et là encore pour ren­voyer au monde son hor­reur. La Shoah vue par Han­nah Arendt ? La bana­li­té du mal ? Ben on y est les gars : monte le son, Dirk, et hur­lons tous en cœur en alle­mand, ein, zwei, drei, dan­cez ! C’est un ordre ! Ach ! Des groupes comme Front 242 sont l’archétype de cette tech­no. Le front : méta­phore qui s’étend à la scène. La scène comme front guer­rier, où l’on se cos­tume en SS de paco­tille, parce que les hip­pies, y’en a marre, et ils n’ont pas réus­si à chan­ger le monde. Donc, soyons pire que le monde. Ambiance.

      Entre le milieu des années 80 et le début des années 90, cette esthé­tique se déve­loppe et se diver­si­fie, notam­ment aux USA et au Cana­da anglo­phone. C’est toute une géné­ra­tion d’ancien punks, dont votre ser­vi­teur, qui découvre les pre­miers sam­plers grand public, enfin acces­sibles aux bourses étu­diantes, et qui se met à enregistrer/reproduire des sons dans le cadre d’une esthé­tique sérielle, mar­tiale, froide et dure, volon­tai­re­ment ano­nyme : l’electro-indus, musique tech­no indus­trielle, EBM, trash sam­pler, etc. Les anciens punks se croisent avec des DJ noirs de Detroit, se mettent à dan­ser, ou à faire pogot­ter les ghet­tos, va savoir dans quel sens ça se passe. Les gays inves­tissent ces scènes aus­si, avec des musiques moins mar­tiales, notam­ment la house music, plus ins­pi­rée de la dis­co amé­ri­caine ou de la soul. Ensuite, ces déve­lop­pe­ments quittent l’esthétique indus­trielle et on passe à autre chose.

      Ce qu’on appelle “musique elec­tro indus­trielle”, c’est en gros ce moment qui va de la pre­mière moi­tié des années 80 au début des années 90, où diverses esthé­tiques convergent autour de res­ca­pés du punk rock et de jeunes DJ noirs amé­ri­cains, avec des apports du futu­risme et de divers cou­rants issus des musiques savantes, pour for­mer une musique théo­ri­sée comme sérielle, répé­ti­tive, refu­sant la nuance et sur­tout le “fee­ling” : on avait une sainte hor­reur du fee­ling, du sen­ti­ment. Le seul sen­ti­ment auto­ri­sé était : danse et tais-toi, pen­dant que je hurle des ordres au micro caché der­rière mes machines dégui­sé en offi­cier SS.

      Bon, voi­là, j’ai fait ce que j’ai pu hein…

      • Al Ceste
        12 janvier 2016 à 12 h 02 min

        Inci­dente sur Hank Williams : une ver­sion “spé­ciale” de Jam­ba­laya. Le gosse joue “habi­té”… Il a gran­di, est est deve­nu un musi­cien banal.

        https://www.youtube.com/watch?v=ACtq5NDCSW4

        (Les plans de coupe sur le public du genre red­necks sont assez atter­rants)

        • Igor Babou 12 janvier 2016 à 12 h 16 min

          Assez incroyable ce gamin. Et les red­necks, ouf ! L’Amérique pro­fonde dans toute sa… hem… pro­fon­deur. Je pré­fère la reprise des Resi­dents. Je mets d’abord la ver­sion ori­gi­nale en stu­dio de leur reprise, puis une ver­sion live assez dif­fé­rente.

          • Al Ceste
            12 janvier 2016 à 16 h 02 min

            Très inté­res­santes, ces reprises, preuves qu’on peut par­fai­te­ment pas­ser après des « stars » si on fait autre chose et de qua­li­té.

            Sur les red­necks, il y a une scène impayable dans The Blues Bro­thers (quand la bande joue der­rière les grillages d’une boite per­due dans la cam­brousse).

            La coun­try, c’est le pire (la coun­try « grais­seuse ») et le meilleur, comme ici :

            https://www.youtube.com/watch?v=_hkngjEgHgk

            Les adultes qui jouent sur scène avec des enfants comme ça sont cou­ra­geux, car en géné­ral ils leurs tirent le tapis sous les pieds. Rai­son pour laquelle cer­taines stars de ciné­ma détestent jouer avec des gosses (cf WC Fields).

    4. Igor Babou 12 janvier 2016 à 3 h 32 min

      Pour que ça soit un peu plus par­lant, mon affaire de musique indus­trielle, voi­ci quelques vidéos des groupes ou DJ que je cite plus haut :

      Kraft­werk en 1978, en live :

      The Resi­dents, dans une reprise de James Brown (années 80) :

      Front 242, célé­brant Kadha­fi sur scène dans les années 80 :

      Nit­zer Ebb (proches de F242) en live, en 1988 :

      Jeff Mil­ls (proche de Der­rick May), en 1984 à Detroit :

      Under­ground Resis­tance (Jeff Mil­ls, Robert Hood, Mike Banks), en 1992 à New York:

      Killing Joke, en 1980, les pré­cur­seurs du punk rock indus­triel :

      Front Line Assem­bly, en 1989 à Lju­bl­ja­na :

      Je ter­mine avec Nine Inch Nails en live, en 1991, puisque c’est lui qui accom­pagne Bowie sur une scène com­mune en 1995 lors de la tour­née d’Outside :

      Voi­là, j’ai un peu refroi­di l’ambiance, non ? :mrgreen:

    5. Igor Babou 12 janvier 2016 à 4 h 01 min

      Der­nier extrait, un petit docu­men­taire en anglais sur Under­ground resis­tance, les pion­niers de Detroit, et de l’anonymat musi­cal. Bon, ils font un peu comme s’ils étaient les inven­teurs de la tech­no, et du mot “tech­no” (alors que Kraft­werk l’utilise avant eux) mais c’est pas bien grave.

    6. Igor Babou 12 janvier 2016 à 12 h 03 min

      Et puis aus­si, voi­ci le der­nier clip du der­nier disque de David Bowie, parce que quand même, il n’est pas mal du tout et que ce serait dom­mage de par­ler de son décès uni­que­ment à tra­vers ses sources d’inspiration poten­tielles.

    7. 12 janvier 2016 à 12 h 39 min

      Bra­vo, tu es une véri­table ency­clo­pé­die musi­cale. J’ai appris plein de choses en te lisant. Un grand mer­ci.

    8. Al Ceste
      12 janvier 2016 à 13 h 29 min

      Je connais­sais mal l’univers musi­cal de Bowie et asso­ciés, je n’en dirai donc rien. Juste que, si j’en crois des gens de qua­li­té, ce mon­sieur était un sacré artiste. Dans votre com­men­taire-article, il y a un pas­sage qui m’a amu­sé : celui où comme jeune (mala­die dont on gué­rit vite) vous par­tez dans des goûts oppo­sés à ceux de vos hip­pies de géni­teurs. Grand clas­sique du conflit de géné­ra­tions : j’imagine qu’existe un/e Babou jr qui se shoote en lou­ce­dé à Mireille Mathieu ou Jacques Lan­tier ! Éton­nam­ment, mes enfants n’ont pas fait ça : à onze ans, mon fils deman­dait une K7 de Tré­net, à vingt il allait en stop à Paris voir son concert d’adieu, tout en écou­tant Cure et Kate Bush. Pour ma fille : fan des Chan­son plus elle était et reste, à côté de Bjork et Amy Wine­house.

      Hier, sur MdP, c’était l’éloge una­nime pour Bowie. J’ai (un peu) jeté un froid en contes­tant son inter­pré­ta­tion de Brel, affir­mant preuves à l’appui que nul sur Brel ne pou­vait faire aus­si bien que Brel. Bien sûr, je n’ai convain­cu per­sonne !

      PS De tous les articles sur MdP, le moins com­men­té fut celui d’Antoine Cuistre. Com­pren­dra-t-il un jour que les gens qui ne lui agréent point sont las­sés de se faire mar­cher des­sus ?

      • Igor Babou 12 janvier 2016 à 13 h 47 min

        En effet, le rock peut assez faci­le­ment se résu­mer à un conflit de géné­ra­tion, du moins en pre­mière approche. On se construit, au plan de l’identité, sou­vent contre ce (et ceux) qui nous pré­cède. Je ne peux pas le véri­fier au plan per­son­nel, car il n’existe pas (et n’existera jamais, je le pense), de Babou jr. Mais en effet, s’il écou­tait la même musique que moi, ça m’inquiéterait ! Pour Brel, bien d’accord, il sera dif­fi­cile d’aller plus loin que ses propres inter­pré­ta­tions, sauf à s’en déca­ler radi­ca­le­ment.

        • 25 janvier 2016 à 0 h 19 min

          Je réagis un peu tard à ton article, Igor, et pour cause, je l’avais lu sur un autre site où il fai­sait consen­sus. Sauf que je ne crois pas que Bowie soit sim­ple­ment un sui­veur. Qu’il n’invente rien de par­ti­cu­liè­re­ment nou­veau, ça, c’est un fait, mais qu’il ne soit pas à l’origine de grands albums d’une grande créa­ti­vi­té musi­cale, je ne crois pas. De Lou Reed à Iggy Pop, tu connais mieux que moi ce dont je veux par­ler, et en ce qui concerne les siens, la tri­lo­gie ber­li­noise est d’une inven­ti­vi­té assez sidé­rante pour l’époque. La créa­ti­vi­té, d’ailleurs, en musique, ne consiste pas néces­sai­re­ment à inven­ter de nou­velles formes musi­cales. Stra­vins­ky prend du Mal­her, du folk­lore russe, et nous pond le Sacre. Lige­ti prend chez Schoen­berg… Juan Gris et Fer­nand Léger s’abreuvent chez Braque et Picas­so et font des chef d’oeuvre, bon,  etc etc… Et il invente quand même un uni­vers nar­ra­tif et poé­tique assez inté­res­sant tiens, non ? Bon… Et puis même Front 242 ou Killing Joke c’était com­mer­cial. Ils ont fait des merdes. Je trouve que Bowie n’a jamais fait de la merde tiens d’ailleurs. Il n’a jamais répon­du à une télé ou un jour­na­leux. Bon, pas­sons… c’etait pas mon sujet…

          Sinon, en ce qui concerne les ados, bon, comme j’en ai (non seule­ment à la mai­son mais aus­si au bou­lot), je peux témoi­gner : le flot de musique, à l’instar du flot d’images qui les sub­mergent n’a plus grand chose à leur dire … sans mode d’emploi… sauf à les faire dan­ser, et encore, quand c’est pas trop mau­vais. Le mode d’emploi serait de ne plus rien écou­ter du tout… C’est sinistre la musique, inter­chan­geable, tout est pareil, sonne pareil, impos­sible de dis­tin­guer Nata­cha Gro­lo­lo de Riki­ki Pamel­la ou Kevin BoOmBX de TroU­peK Frich­ti… et ils n’en sont ^pas capables eux mêmes… Bowie, à 100 km, tu le dis­tingues d’XTC ou de Tal­king Heads non ? Beas­tie Boys ou NWA ou Public Ene­my, c’était unique, aujourd’hui n’importe quel rap­peur a la même voix et chante sur la même zizique… Le rock ou l’electro n’en par­lons pas… Dis­tin­guer ce qu’on écoute est la plus grande dif­fi­cul­té, déjà.

          Le for­mat MP3, c’est un flux de don­nées qui cir­culent, plus il est écou­té, plus il est visible, plus ce sera ça que les gamins vont écou­ter. Pareil pour les fringues d’ailleurs. A mon époque comme à celles qui pré­cèdent, on savait à ses Vans, ses docs ou ses Clarks ce que le mec ou la nana écou­tait. Aujourd’hui rien de tout ça, il y a une ten­dance qui uni­for­mise com­plè­te­ment les modes de repré­sen­ta­tion de la culture. Et musi­ca­le­ment sur­tout. Rien ne sur­nage dans ce flot de bouillie musi­cale.

          Alors je pense désor­mais que pour la musique c’est comme pour la bouffe : toutes ces stars loin­taines ayant dis­pa­rues (et tant mieux, peut être, que nos mythes — car ce sont des mythes, hein, t’as jamais bouf­fé du sau­cis­son avec Lem­my avoue — ont cou­lés avec nos vieux per­fec­tos moi­sis), il faut reve­nir aux choses essen­tielles : des mecs et des nanas qui chantent, qui mixent, qui soufflent, qui beuglent près de chez nous et qu’on va voir en teuf.

          C’est ça la musique, et c’est eux qu’il faut pous­ser à aller voir — sur­tout pas les stars d’une demie heure actuels — en leur offrant même, si néces­saire, la pos­si­bi­li­té de fumer davan­tage de joints et de boire davan­tage de bière que s’ils res­taient plan­tés là sur you­tube dans leurs chambres. D’ailleurs je leur file­rais bien mon herbe pour qu’ils éteignent défi­ni­ti­ve­ment ce mode de consom­ma­tion musi­cal ignoble qu’est le MP3 sur le net. Il y a la mal­bouffe. Et il y a la miou­zac de mes couilles. Non pas qu’elle soit for­cé­ment mau­vaise d’ailleurs, ou pas pour ça, mais parce qu’elle est for­cé­ment pour­rie par son cir­cuit de dis­tri­bu­tion.. et de dif­fu­sion…

          Et comme beau­coup de ma géné­ra­tion, j’ai rache­té un tourne disque…

          • Igor Babou 25 janvier 2016 à 18 h 52 min

            Oui, je suis d’accord avec toi sur à pru près tout, et c’est aus­si pour­quoi j’ai signa­lé que Bowie était avant tout pour moi un bon song­wri­ter : pas seule­ment un sui­veur. Mais en même temps, je n’ai jamais été fan de Bowie, qui était trop loin de mes vrais centres d’intérêt musi­caux, même si je res­pec­tais sa démarche et ses créa­tions. Idem pour Lou Reed, hein : je suis (encore) trop jeune pour me sen­tir impli­qué par la musique de ces gens, mais je peux la com­prendre, l’apprécier et la res­pec­ter. Donc j’ai ten­té de faire une nécro en phase avec tous ces élé­ments contra­dic­toires, sans céder à l’hagiographie (la presse grand public s’en charge bien toute seule !).

            En revanche, je ne te suis pas sur le mp3 : moi qui milite pour la des­truc­tion de l’industrie cultu­relle, j’estime que le vol et le pira­tage sont des moyens d’aboutir à cette des­truc­tion. Si on ne fait rien, et si on ne pousse pas les grosses boites de dis­tri­bu­tion à la faillite en pro­mou­vant le pira­tage par les mp3, alors ces grosses boites conti­nue­ront à ali­men­ter de leur puis­sance com­mer­ciale tout le mar­ke­ting musi­cal du mau­vais goût et en par­ti­cu­lier les radios. Comme je l’ai sou­vent expri­mé : l’industrie cultu­relle ne s’effondrera pas d’elle-même, aidons-là ! Quand on sait que sur un CD seul 1% du prix d’achat revient à l’artiste, on ne peut que sou­hai­ter cette rapide des­truc­tion. Bon, ou alors, à la rigueur, ache­ter des CD poin­tus chez des dis­tri­bu­teurs indé­pen­dants, là, oui, ça m’arrive de temps en temps. Ou direc­te­ment aux artistes lors des concerts, ça, d’accord. Mais à la FNAC ou ailleurs, nan ! Je pré­fère le mp3. Après, le goût de chiottes qui est dif­fu­sé sur des plate formes type Dee­zer ou autres, on n’y peut rien : même à l’époque du vinyle, il y avait des gens pour ache­ter ABBA plu­tôt que Jef­fer­son Air­plane, que veux-tu ! C’est pas le sup­port qui pose pro­blème, c’est le manque d’esprit d’aventure musi­cale. Et ça, mine de rien, le mp3 peut le pro­mou­voir.

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