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Bowie: back to Mars


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David Bowie, trouvant que le monde des terriens manquait décidément d’imagination et n’était plus récupérable, a décidé de nous laisser en plan et de retourner sur la planète Mars ! On le comprend : sans doute s’ennuyait-il autant que nous sur Terre, et surtout, lui, il avait les moyens de retourner sur sa planète d’origine avant que sa double nationalité martienne-terrienne ne lui pose problème et ne lui soit retirée par les terriens en raison de ses attentats sonores.

Avec Bowie, c’est du très lourd qui disparait… Bowie n’était cependant pas dans mon top 10 personnel, même je reconnais avoir bien aimé quelques uns de ses albums, dont ceux produits avec Brian Eno. En particulier Outside, sa dernière collaboration avec Eno si je ne me trompe pas. Pour ma génération et surtout dans mon milieu musical, Bowie c’était quand même un peu trop pop, et trop lié au marché de la musique pour susciter une réelle admiration. Mais son personnage de Ziggy Stardust, sa définition de l’androgynie, certains de ses thèmes récurrents, ont tout de même marqué l’histoire du rock : il restera un ovni musical.

On a beaucoup glosé sur sa capacité à sentir les innovation de la rue, les musiques en marge, et à se les approprier pour leur donner une dimension « grand public ». Plus qu’un défricheur, Bowie aurait été une fantastique machine à assimiler les marges et à leur fournir une audience élargie. C’est un peu vrai, sauf que Bowie était tout de même un sacré songwriter. On retiendra ses collaborations avec Eno, son amitié indéfectible avec Iggy Pop, et pour illustrer la machine à assimiler, je vais vous laisser avec ces extraits du concert de la tournée d’Outside, dans les années 95, qu’il a réalisée avec Trent Reznor, de Nine Inch Nails. Reznor, j’ai bien connu ça : l’un des rares musiciens de la scène electro-industrielle a avoir percé et à avoir acquis ainsi une audience internationale dans un secteur plus habitué aux scènes confidentielles. J’avais vu son premier concert à Paris, avant sa transformation en star assez insupportable (genre : je fais le mec très énervé sur des scènes à des millions d’euros et je casse tout mon matériel chaque soir, c’est rock ça coco…).

Bon, Bowie et Reznor, ça avait un aspect… comment dire… la carpe pop et le lapin morbide, ou le gâteau electro-industriel au gazoil avec sa cerise chanson anglaise sur le dessus. Exactement ce qu’il était en fin de compte : une magnifique machine à sentir les innovations de la rue et à les apprivoiser. Et ça, c’était pas rien. Pense un peu à nous sur Mars, ou mieux : oublie les pâles terriens, Thin White Duke !

J’espère toutefois que je ne vais pas faire que des nécros musicales ici…
Igor Babou

Igor Babou

Je suis professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication.

Je travaille sur les relations entre nature, savoirs et sociétés, sur la patrimonialisation de l'environnement, sur les discours à propos de sciences, ainsi que sur la communication dans les institutions du savoir et de la culture. Au plan théorique, je me situe à l'articulation du champ de l'ethnologie et de la sémiotique des discours.

Sinon, dans la "vraie vie", je fais aussi plein d'autres choses tout à fait contre productives et pas scientifiques du tout... mais ça, c'est pour la vraie vie !
Igor Babou



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    15 réponses “Bowie: back to Mars”

    1. Photo du profil de Olivier Jean-Marie CHANTRAINE 11 janvier 2016 à 18 h 48 min

      Ta nécro est utile, en effet elle donne des pistes (des références de pistes).

      Elle ne manque pas de sous-entendus… Comment faut-il lire la définition d’une stratégie de création et publication comme « formidable machine à assimiler les marges et à leu fournir une audience élargie… »

      S »agirait-il de l’art de faire entrer la création dans les normes de la production?

      Peux-tu en dire plus sur « la scène électro-industrielle », dont tu parles comme d’une fort petite élite… d’où pourraient s’extraire des êtres encore plus rares… Rareté paradoxalement faisant quitter « la scène confidentielle » .. pour la « large audience » …Tu parles d’expérience, en connaisseur … peux-tu nous en apprendre un peu plus. Exploser la nécros pour parler des vivants?

      • Photo du profil de Jean-Paul Bourgès 11 janvier 2016 à 20 h 08 min

        Je connais mal le monde de « la production musicale ». Cette disparition pourrait être une occasion d’approfondissement si l’un d’entre nous a des lumières à ce sujet … probablement Igor ?

    2. Photo du profil de christine Bord 11 janvier 2016 à 23 h 44 min

      Oui, qu’il ait pu être ou non commercial, pour Ziggy, je l’aimais, pour le China girl de mon adolescence, et pour le superbe « Merry christmas Mister Lawrence’, un film avec des acteurs magnifiques tous les deux, musiciens tous les deux, un très beau film pudique et sobre non pas sur l’homosexualité, mais bien mieux que ça, sur une histoire d’amour homosexuelle, tragique et belle.

      Donc, même si ça fait un peu midinette, mais j’avais cet âge-là quand je l’écoutais et qu’il me faisait rêver,  aussi pour rejoindre le titre martien d’Igor : So long, David, Stardust you were, stardust you stay.

    3. Igor Babou 12 janvier 2016 à 1 h 06 min

      C’est de vastes questions que vous me demandez d’explorer là, Olivier et Jean Paul. Je vais essayer d’y répondre, mais ça sera en tant qu’acteur de ce monde musical, et non en tant que sociologue : je me suis toujours tenu, volontairement, très à l’écart de la sociologie de la musique pour conserver d’une part mon identité musicale secrète (chacun ses phobies), et d’autre part pour ne pas risquer, par une attitude trop analytique, de gâcher ce qui restera la principale passion de ma vie, la musique.

      Pour commencer, je précise que ce que j’évoque à propos de Bowie, c’est à dire sa capacité à assimiler des courants musicaux « underground » (mot  très creux, mais je le garde ici faute de mieux) pour les transformer en pop music accessible au public de la chanson et du rock, c’est quelque chose qu’on lit un peu partout sous la plume des « rock critics » : mais un bon rock critic est un rock critic mort, hein ! 😉 Autrement dit, je me suis appuyé là sur un sens commun de la critique de rock : la musique de Bowie comme synthèse et réappropriation des innovations musicales.

      C’est vrai qu’il est passé, tout au long de sa carrière, du rock glitter (tant au niveau du son que du look : grosses guitares dans Ziggy Stardust, dandysme, platform boots, pantalons flashy, vestes en satiné brillant, cheveux colorés, etc. C’était dans l’air du temps au début des 70’s avec les New York Dolls, T Rex, etc.), au funk, puis à un son plus new wave, puis presque electro-industriel, et son dernier album intègre des rythmiques à la limite IDM (Intelligent Dance Music, pour les intimes). Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas du tout un grand connaisseur de Bowie : je connais juste ses albums, pas tous, car sa musique m’a intéressé mais sans plus. Trop « chanson » à mon goût. Et puis, c’était pas la musique de ma génération, ça compte aussi ces effets d’identification quand on est jeune.

      Pour en venir à la musique electro-industrielle, là c’est carrément la musique de ma génération, et j’ai baigné là-dedans, ça m’a nourri, et ça continue un peu à m’inspirer. En gros, à la fin du punk, disons entre 1979/1980 et 1984, les gens comme moi avaient écouté les Sex Pistols en se disant « ah la vache, c’est bon d’avoir la haine et d’envoyer chier nos bourgeois de parents en leur parlant de sexe, de drogue, et de rock’n’roll ! » (je précise que la génération de mes parents était un peu baba cool dans l’âme, flower power, tout ça, et que ça gonflait les gens de mon âge d’entendre les anciens radoter leur Woodstock et leur amour de l’humanité : nous on voulait de la haine, du sang, des larmes, éventuellement du cul, mais surtout beaucoup de bruit. Et comme les hippies avaient cultivé une érudition musicale inaccessible, marquée par le jazz et la musique progressive (Can, Emerson Lake & Palmer, Genesis, King Crimson, l' »Ecole de Canterbury », etc.), ben les gens qui avaient 18 ans en 1977 (j’étais plus jeune, mais j’ai appris avec des gens plus âgés que moi, qui avaient été à Londres en 1976/1977), voulaient exactement l’inverse : jouer vite, mal et fort, pour retrouver l’énergie du rock’n’roll des débuts, et pour se différencier des hippies qui jouaient lentement, bien et pas fort. On voulait juste les faire chier, vraiment ! En plus, ils avaient plein de matériel cher sur scène, et les premiers punks étaient en majorité des gens issus du prolétariat à l’époque de la récession imposée par Thatcher, donc là, ça relevait carrément d’un conflit de classe.

      Voilà pour l’arrière plan historique du punk. Là dessus, un mouvement d’esthétisation se met en route, qui débouche sur une diversification : on passe à la new wave et à la cold wave. L’esprit général reste décadent, mais les musiciens commencent à sortir du schéma des trois accords mal joués sur des instruments de récupération désaccordés, pour élaborer des univers sonores plus complexes. Killing Joke et Siouxsie & the Banshees sont alors portés au pinacle. Du post punk, quoi. Les choses durent quelques années, puis on recommence à s’ennuyer au début des années 1980. Les mêmes sons, les mêmes gens : peu de renouvellement esthétique, et, fait important, ce rock-là reste principalement une musique de blancs. Une musique qui est faite non pour bouger du popotin, mais pour se taper sur la gueule en « pogotant », c’est à dire en sautant frénétiquement en l’air et en balançant des cannettes de bière au plafond pour qu’il y ait du sang. Une musique de gens mal à l’aise dans leur corps, en fait.

      Une autre histoire se déroule en parallèle : celle des musiques électroniques. Difficile de trouver des pères fondateurs (éternel stéréotype des « fondateurs », on n’en sort jamais), mais disons qu’en dehors des initiateurs qui évoluaient du côté de la musique « savante » (Pierre Henry) ou des musiques sérielles ou acousmatiques (à l’Ircam ou ailleurs), ou des musiques non amplifiées inspirées par le futurisme italien du début du XXème siècle, se développent divers foyers :

      • Aux USA, des DJ noirs de Detroit commencent à mixer des disques pour la communauté noire des ghettos, avec une éthique communautaire. Et en même temps, contexte social et industriel local oblige, avec une réflexion sur la répétitivité comme critique du geste industriel imposé aux ouvriers des usines. J’ai ainsi lu une interview d’un de ces DJ qui théorisait de manière très intéressante sa pratique : selon lui, à l’industrialisation du geste ouvrier, devait répondre la critique radicale d’une musique elle-même industrielle. Industrielle au sens de la sérialité des produits de consommation : le DJ produisait alors une musique répétitive, saccadée, mais sur laquelle on pouvait danser. Un DJ comme Derrick May est considéré comme l’un des pères fondateurs de ce type de musique. C’est sans doute une interview de lui que j’avais lue,  je n’en suis plus sur, désolé. Comme avec le punk, on avait là une réponse esthétique et politique à un contexte social et économique délétère, et le caractère « industriel » de la musique, tout comme la brutalité désespérée du punk, se construisait comme l’image grimaçante renvoyée au « système ». Le monde autour de nous est industriel et destructeur ? Soyons pire que lui, et au lieu de parler d’amour en compensation, puisque 1968 n’a débouché sur aucune révolution autre que « sociétale » (évolution des mœurs), caricaturons musicalement le monde qui nous oppresse et renvoyons-lui son image amplifiée, grotesque. Boum ! Boum ! Boum ! Tiens, prends ça dans ta face ! Tu te reconnais ? C’est toi, ce monstre froid. Les DJ développent également un anonymat qui s’oppose au star system : le DJ est le « boy’s next door« , interchangeable, qui se planque derrière sa platine, et qui produit des disques sans mettre aucun nom ni titre dessus. A l’image de l’industrie : fabrication en série, anonymat. Proximité, de ce point de vue, avec les punks.
      • Sur la côte Ouest des USA, des bidouilleurs de génie, The Residents, inventent au tout début des années 1970 une musique ironique et ludique, et jouée à la fois sur des instruments acoustiques et sur des synthés. Pas de revendications politiques, mais une relecture passionnée des classiques de la musique populaire américaine : brass bands de JP Sousa, Hank Williams, Georges Gershwin, James Brown sont ainsi passés à la moulinette des Residents, qui jouent anonymement, le visage caché par un œil unique et énorme. La musique regarde le monde et s’en moque. C’est vous ça ? Tiens, c’est marrant les musiques populaires : soyons savants et érudits en reprenant de vieux standards et en les transformant en musique expérimentale !
      • En Allemagne, au début des années 1970, des élèves du Conservatoire de Düsseldorf, rompus à la dodécaphonie et à la musique sérielle, se mettent à jouer du Krautrock (littéralement : rock « choucroute »), à savoir un rock planant et répétitif, encore un peu hippie, puis rapidement, ils se coupent les cheveux, se fringuent en jeunes cadres réactionnaires, adoptent une attitude scénique figée et stricte, et jouent ce qu’ils appellent de la « techno-pop » : Kraftwerk invente la techno, qui renvoie aussi au monde industriel son image caricaturée. L’idée n’est plus de jouer d’un instrument, mais de jouer du studio comme instrument. L’idéal, pour Kraftwerk, serait à la limite de ne plus jouer sur scène, mais d’envoyer des robots jouer à leur place, eux restant à la maison bien tranquilles. Kraftwerk sera le groupe le plus samplé au monde, notamment par les rappeurs : le rap n’existerait pas sans Kraftwerk, qui lui a donné, partiellement, son son.
      • En Belgique, un peu plus tard, au début des années 80, se développe l’Electronic Body Music, une version froide et dure de la techno de Detroit. Ambiance « bunker un soir d’apocalypse », cris gutturaux, ordres hurlés dans un mégaphone, et rythmes martiaux joués sur des boites à rythme lourdes et implacables. L’armée et ses défilés deviennent la référence esthétique ultime. Si possible la Wermacht, pour faire dans le sérieux, et là encore pour renvoyer au monde son horreur. La Shoah vue par Hannah Arendt ? La banalité du mal ? Ben on y est les gars : monte le son, Dirk, et hurlons tous en cœur en allemand, ein, zwei, drei, dancez ! C’est un ordre ! Ach ! Des groupes comme Front 242 sont l’archétype de cette techno. Le front : métaphore qui s’étend à la scène. La scène comme front guerrier, où l’on se costume en SS de pacotille, parce que les hippies, y’en a marre, et ils n’ont pas réussi à changer le monde. Donc, soyons pire que le monde. Ambiance.

      Entre le milieu des années 80 et le début des années 90, cette esthétique se développe et se diversifie, notamment aux USA et au Canada anglophone. C’est toute une génération d’ancien punks, dont votre serviteur, qui découvre les premiers samplers grand public, enfin accessibles aux bourses étudiantes, et qui se met à enregistrer/reproduire des sons dans le cadre d’une esthétique sérielle, martiale, froide et dure, volontairement anonyme : l’electro-indus, musique techno industrielle, EBM, trash sampler, etc. Les anciens punks se croisent avec des DJ noirs de Detroit, se mettent à danser, ou à faire pogotter les ghettos, va savoir dans quel sens ça se passe. Les gays investissent ces scènes aussi, avec des musiques moins martiales, notamment la house music, plus inspirée de la disco américaine ou de la soul. Ensuite, ces développements quittent l’esthétique industrielle et on passe à autre chose.

      Ce qu’on appelle « musique electro industrielle », c’est en gros ce moment qui va de la première moitié des années 80 au début des années 90, où diverses esthétiques convergent autour de rescapés du punk rock et de jeunes DJ noirs américains, avec des apports du futurisme et de divers courants issus des musiques savantes, pour former une musique théorisée comme sérielle, répétitive, refusant la nuance et surtout le « feeling » : on avait une sainte horreur du feeling, du sentiment. Le seul sentiment autorisé était : danse et tais-toi, pendant que je hurle des ordres au micro caché derrière mes machines déguisé en officier SS.

      Bon, voilà, j’ai fait ce que j’ai pu hein…

      • Photo du profil de
        Al Ceste
        12 janvier 2016 à 12 h 02 min

        Incidente sur Hank Williams : une version « spéciale » de Jambalaya. Le gosse joue « habité »… Il a grandi, est est devenu un musicien banal.

        https://www.youtube.com/watch?v=ACtq5NDCSW4

        (Les plans de coupe sur le public du genre rednecks sont assez atterrants)

        • Igor Babou 12 janvier 2016 à 12 h 16 min

          Assez incroyable ce gamin. Et les rednecks, ouf ! L’Amérique profonde dans toute sa… hem… profondeur. Je préfère la reprise des Residents. Je mets d’abord la version originale en studio de leur reprise, puis une version live assez différente.

          • Photo du profil de
            Al Ceste
            12 janvier 2016 à 16 h 02 min

            Très intéressantes, ces reprises, preuves qu’on peut parfaitement passer après des « stars » si on fait autre chose et de qualité.

            Sur les rednecks, il y a une scène impayable dans The Blues Brothers (quand la bande joue derrière les grillages d’une boite perdue dans la cambrousse).

            La country, c’est le pire (la country « graisseuse ») et le meilleur, comme ici :

            https://www.youtube.com/watch?v=_hkngjEgHgk

            Les adultes qui jouent sur scène avec des enfants comme ça sont courageux, car en général ils leurs tirent le tapis sous les pieds. Raison pour laquelle certaines stars de cinéma détestent jouer avec des gosses (cf WC Fields).

    4. Igor Babou 12 janvier 2016 à 3 h 32 min

      Pour que ça soit un peu plus parlant, mon affaire de musique industrielle, voici quelques vidéos des groupes ou DJ que je cite plus haut :

      Kraftwerk en 1978, en live :

      The Residents, dans une reprise de James Brown (années 80) :

      Front 242, célébrant Kadhafi sur scène dans les années 80 :

      Nitzer Ebb (proches de F242) en live, en 1988 :

      Jeff Mills (proche de Derrick May), en 1984 à Detroit :

      Underground Resistance (Jeff Mills, Robert Hood, Mike Banks), en 1992 à New York:

      Killing Joke, en 1980, les précurseurs du punk rock industriel :

      Front Line Assembly, en 1989 à Ljubljana :

      Je termine avec Nine Inch Nails en live, en 1991, puisque c’est lui qui accompagne Bowie sur une scène commune en 1995 lors de la tournée d’Outside :

      Voilà, j’ai un peu refroidi l’ambiance, non ? :mrgreen:

    5. Igor Babou 12 janvier 2016 à 4 h 01 min

      Dernier extrait, un petit documentaire en anglais sur Underground resistance, les pionniers de Detroit, et de l’anonymat musical. Bon, ils font un peu comme s’ils étaient les inventeurs de la techno, et du mot « techno » (alors que Kraftwerk l’utilise avant eux) mais c’est pas bien grave.

    6. Igor Babou 12 janvier 2016 à 12 h 03 min

      Et puis aussi, voici le dernier clip du dernier disque de David Bowie, parce que quand même, il n’est pas mal du tout et que ce serait dommage de parler de son décès uniquement à travers ses sources d’inspiration potentielles.

    7. Photo du profil de Jean-Paul Bourgès 12 janvier 2016 à 12 h 39 min

      Bravo, tu es une véritable encyclopédie musicale. J’ai appris plein de choses en te lisant. Un grand merci.

    8. Photo du profil de
      Al Ceste
      12 janvier 2016 à 13 h 29 min

      Je connaissais mal l’univers musical de Bowie et associés, je n’en dirai donc rien. Juste que, si j’en crois des gens de qualité, ce monsieur était un sacré artiste. Dans votre commentaire-article, il y a un passage qui m’a amusé : celui où comme jeune (maladie dont on guérit vite) vous partez dans des goûts opposés à ceux de vos hippies de géniteurs. Grand classique du conflit de générations : j’imagine qu’existe un/e Babou jr qui se shoote en loucedé à Mireille Mathieu ou Jacques Lantier ! Étonnamment, mes enfants n’ont pas fait ça : à onze ans, mon fils demandait une K7 de Trénet, à vingt il allait en stop à Paris voir son concert d’adieu, tout en écoutant Cure et Kate Bush. Pour ma fille : fan des Chanson plus elle était et reste, à côté de Bjork et Amy Winehouse.

      Hier, sur MdP, c’était l’éloge unanime pour Bowie. J’ai (un peu) jeté un froid en contestant son interprétation de Brel, affirmant preuves à l’appui que nul sur Brel ne pouvait faire aussi bien que Brel. Bien sûr, je n’ai convaincu personne !

      PS De tous les articles sur MdP, le moins commenté fut celui d’Antoine Cuistre. Comprendra-t-il un jour que les gens qui ne lui agréent point sont lassés de se faire marcher dessus ?

      • Igor Babou 12 janvier 2016 à 13 h 47 min

        En effet, le rock peut assez facilement se résumer à un conflit de génération, du moins en première approche. On se construit, au plan de l’identité, souvent contre ce (et ceux) qui nous précède. Je ne peux pas le vérifier au plan personnel, car il n’existe pas (et n’existera jamais, je le pense), de Babou jr. Mais en effet, s’il écoutait la même musique que moi, ça m’inquiéterait ! Pour Brel, bien d’accord, il sera difficile d’aller plus loin que ses propres interprétations, sauf à s’en décaler radicalement.

        • Photo du profil de p.Hache 25 janvier 2016 à 0 h 19 min

          Je réagis un peu tard à ton article, Igor, et pour cause, je l’avais lu sur un autre site où il faisait consensus. Sauf que je ne crois pas que Bowie soit simplement un suiveur. Qu’il n’invente rien de particulièrement nouveau, ça, c’est un fait, mais qu’il ne soit pas à l’origine de grands albums d’une grande créativité musicale, je ne crois pas. De Lou Reed à Iggy Pop, tu connais mieux que moi ce dont je veux parler, et en ce qui concerne les siens, la trilogie berlinoise est d’une inventivité assez sidérante pour l’époque. La créativité, d’ailleurs, en musique, ne consiste pas nécessairement à inventer de nouvelles formes musicales. Stravinsky prend du Malher, du folklore russe, et nous pond le Sacre. Ligeti prend chez Schoenberg… Juan Gris et Fernand Léger s’abreuvent chez Braque et Picasso et font des chef d’oeuvre, bon,  etc etc… Et il invente quand même un univers narratif et poétique assez intéressant tiens, non ? Bon… Et puis même Front 242 ou Killing Joke c’était commercial. Ils ont fait des merdes. Je trouve que Bowie n’a jamais fait de la merde tiens d’ailleurs. Il n’a jamais répondu à une télé ou un journaleux. Bon, passons… c’etait pas mon sujet…

          Sinon, en ce qui concerne les ados, bon, comme j’en ai (non seulement à la maison mais aussi au boulot), je peux témoigner : le flot de musique, à l’instar du flot d’images qui les submergent n’a plus grand chose à leur dire … sans mode d’emploi… sauf à les faire danser, et encore, quand c’est pas trop mauvais. Le mode d’emploi serait de ne plus rien écouter du tout… C’est sinistre la musique, interchangeable, tout est pareil, sonne pareil, impossible de distinguer Natacha Grololo de Rikiki Pamella ou Kevin BoOmBX de TroUpeK Frichti… et ils n’en sont ^pas capables eux mêmes… Bowie, à 100 km, tu le distingues d’XTC ou de Talking Heads non ? Beastie Boys ou NWA ou Public Enemy, c’était unique, aujourd’hui n’importe quel rappeur a la même voix et chante sur la même zizique… Le rock ou l’electro n’en parlons pas… Distinguer ce qu’on écoute est la plus grande difficulté, déjà.

          Le format MP3, c’est un flux de données qui circulent, plus il est écouté, plus il est visible, plus ce sera ça que les gamins vont écouter. Pareil pour les fringues d’ailleurs. A mon époque comme à celles qui précèdent, on savait à ses Vans, ses docs ou ses Clarks ce que le mec ou la nana écoutait. Aujourd’hui rien de tout ça, il y a une tendance qui uniformise complètement les modes de représentation de la culture. Et musicalement surtout. Rien ne surnage dans ce flot de bouillie musicale.

          Alors je pense désormais que pour la musique c’est comme pour la bouffe : toutes ces stars lointaines ayant disparues (et tant mieux, peut être, que nos mythes – car ce sont des mythes, hein, t’as jamais bouffé du saucisson avec Lemmy avoue – ont coulés avec nos vieux perfectos moisis), il faut revenir aux choses essentielles : des mecs et des nanas qui chantent, qui mixent, qui soufflent, qui beuglent près de chez nous et qu’on va voir en teuf.

          C’est ça la musique, et c’est eux qu’il faut pousser à aller voir – surtout pas les stars d’une demie heure actuels – en leur offrant même, si nécessaire, la possibilité de fumer davantage de joints et de boire davantage de bière que s’ils restaient plantés là sur youtube dans leurs chambres. D’ailleurs je leur filerais bien mon herbe pour qu’ils éteignent définitivement ce mode de consommation musical ignoble qu’est le MP3 sur le net. Il y a la malbouffe. Et il y a la miouzac de mes couilles. Non pas qu’elle soit forcément mauvaise d’ailleurs, ou pas pour ça, mais parce qu’elle est forcément pourrie par son circuit de distribution.. et de diffusion…

          Et comme beaucoup de ma génération, j’ai racheté un tourne disque…

          • Igor Babou 25 janvier 2016 à 18 h 52 min

            Oui, je suis d’accord avec toi sur à pru près tout, et c’est aussi pourquoi j’ai signalé que Bowie était avant tout pour moi un bon songwriter : pas seulement un suiveur. Mais en même temps, je n’ai jamais été fan de Bowie, qui était trop loin de mes vrais centres d’intérêt musicaux, même si je respectais sa démarche et ses créations. Idem pour Lou Reed, hein : je suis (encore) trop jeune pour me sentir impliqué par la musique de ces gens, mais je peux la comprendre, l’apprécier et la respecter. Donc j’ai tenté de faire une nécro en phase avec tous ces éléments contradictoires, sans céder à l’hagiographie (la presse grand public s’en charge bien toute seule !).

            En revanche, je ne te suis pas sur le mp3 : moi qui milite pour la destruction de l’industrie culturelle, j’estime que le vol et le piratage sont des moyens d’aboutir à cette destruction. Si on ne fait rien, et si on ne pousse pas les grosses boites de distribution à la faillite en promouvant le piratage par les mp3, alors ces grosses boites continueront à alimenter de leur puissance commerciale tout le marketing musical du mauvais goût et en particulier les radios. Comme je l’ai souvent exprimé : l’industrie culturelle ne s’effondrera pas d’elle-même, aidons-là ! Quand on sait que sur un CD seul 1% du prix d’achat revient à l’artiste, on ne peut que souhaiter cette rapide destruction. Bon, ou alors, à la rigueur, acheter des CD pointus chez des distributeurs indépendants, là, oui, ça m’arrive de temps en temps. Ou directement aux artistes lors des concerts, ça, d’accord. Mais à la FNAC ou ailleurs, nan ! Je préfère le mp3. Après, le goût de chiottes qui est diffusé sur des plate formes type Deezer ou autres, on n’y peut rien : même à l’époque du vinyle, il y avait des gens pour acheter ABBA plutôt que Jefferson Airplane, que veux-tu ! C’est pas le support qui pose problème, c’est le manque d’esprit d’aventure musicale. Et ça, mine de rien, le mp3 peut le promouvoir.

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