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Auriez-vous l’amabilité de cesser de polluer l’environnement médiatique ?


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Depuis un mois la une de tous les jour­naux, de toutes les émis­sions sup­po­sées d’information, s’agrippe autour de la ques­tion de la déchéance de natio­na­li­té – jusqu’à l’écœurement.

Or cette ques­tion ne mérite même pas le débat d’une demi-heure.

a) Si la déchéance de natio­na­li­té s’applique aux seuls ter­ro­ristes recon­nus cou­pables, elle va concer­ner au maxi­mum quinze per­sonnes chaque année. Ceux d’entre eux qui seront res­tés vivants (allez, disons cinq) se contre­mo­que­ront de toute façon de la perdre, ayant déjà été condam­nés à une longue peine incom­pres­sible.

b) Si cette déchéance de natio­na­li­té s’applique à de mul­tiples pré­su­més com­plices (indi­vi­dus les ayant trans­por­tés, logés, nour­ris ou appro­chés) alors elle parait sin­gu­liè­re­ment dis­pro­por­tion­née.

c) S’il s’agit tou­jours de « pré­su­més com­plices » les peines de déchéance des droits civiques ins­crites au code sont déjà lar­ge­ment dis­sua­sives.

Mes­sieurs Hol­lande, Valls, Sar­ko­zy ou Jup­pé, Madame Le Pen and Co, vous aus­si jour­naux et jour­na­listes, auriez-vous donc l’amabilité de réser­ver vos décla­ra­tions, articles, tri­bunes et tables rondes aux véri­tables sujets d’intérêt géné­ral, que vous négli­gez trop – la ques­tion du tra­vail en France, celle des dizaines de mil­liers de migrants échoués ou morts, celle de la pré­ser­va­tion des ser­vices publics, celle de l’aide aux fran­çais en situa­tion d’extrême pré­ca­ri­té, celle de nos choix de poli­tique étran­gère, celle des ins­ti­tu­tions médi­cales, celle d’un trai­te­ment juste de la com­mu­nau­té rom, celle des actions en faveur de la culture, celle de notre contri­bu­tion à l’apaisement des conflits armés inter­na­tio­naux, celle de la dimi­nu­tion des mala­dies noso­co­miales, celle du fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions euro­péennes ?

Mer­ci d’avance.

N.B. Cette contri­bu­tion sera aus­si publiée sur Méda­part, signée du même pseu­do­nyme.




  • 17 réponses “Auriez-vous l’amabilité de cesser de polluer l’environnement médiatique ?”

    1. 6 janvier 2016 à 23 h 02 min

      Je suis, bien sûr, d’accord. Mais, pour moi et pour beau­coup de proches qui, jusqu’à pré­sent, m’étaient appa­rus aus­si Fran­çais que moi, il y aurait doré­na­vant une dif­fé­rence essen­tielle. Rien ne pour­ra jamais faire que, né Fran­çais, ayant vécu comme Fran­çais, je ne finisse mes jours en tant que Fran­çais … sauf déci­sion de ma part de chan­ger de natio­na­li­té. Pour eux, ils ne res­te­ront Fran­çais qu’à condi­tion de ne pas com­mettre des actes condui­sant à les déchoir de leur natio­na­li­té.

      Est-ce donc si glo­rieux d’être Fran­çais que seuls des “indi­vi­dus bien sous tout rap­port” puissent le res­ter ?

      Que seront donc, dans cette hypo­thèse, ceux qui, du fait de leurs parents, auront une “double natio­na­li­té” ? Ils ne seront que des “Fran­çais à l’essai”.

      Nul n’est dupe de la totale inuti­li­té de cette dis­po­si­tion que l’on veut même cou­ler dans la Consti­tu­tion. Elle ne sert à rien d’autre qu’à clouer le bec à la droite-extrême et à sa sœur, l’extrême-droite.

      Venant d’un “gou­ver­ne­ment de gauche” il s’agit d’une hon­teuse for­fai­ture … il reste à espé­rer qu’elle por­te­ra mal­chance à ceux qui, oubliant leur rejet de ce pro­jet lorsqu’ils étaient dans l’opposition, viennent de se rou­ler dans la fange.

      Le billet que j’ai écrit sur Media­part le jour de Noël indique pour­quoi je m’indigne : https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-bourges/blog/251215/qui-suis-je

       

    2. Igor Babou 6 janvier 2016 à 23 h 11 min

      On devrait tous deman­der à être débar­ras­sés de notre natio­na­li­té fran­çaise tant cette mesure heurte les valeurs qui ont fait la France. Car si c’est ça, être Fran­çais, alors il n’y a pas de quoi en être fier. Les révo­lu­tion­naires de 1789 doivent se retour­ner dans leur tombe… Il fau­drait orga­ni­ser une demande d’asile poli­tique pour tous les gens que cette mesure révulse, dans un pays démo­cra­tique s’il en reste quelque part sur cette fichue pla­nète.

      • Al Ceste
        6 janvier 2016 à 23 h 36 min

        On devrait tous deman­der à être débar­ras­sés de notre natio­na­li­té fran­çaise tant cette mesure heurte les valeurs qui ont fait la France

        Bon édi­to de Siné là-des­sus.

        Pour moi, on devrait réser­ver cette déchéance aux seuls exi­lés fis­caux. Comme Jau­ni Hal­li­dée, qui va com­mettre un atten­tat contre la musique à Paris. Et trans­for­mer Cabu dans sa caisse en ven­ti­la­teur, lui qui vomis­sait ce chan­teur sur­fait.

        • 7 janvier 2016 à 0 h 11 min

          Pour moi, on devrait ces­ser de par­ler d’exilés fis­caux : ça vous a un petit  air rebelle, façon Vic­tor Hugo à Guer­ne­sey. Osons le mot : déser­teurs fis­caux.

          Mais, de tout temps, les psy­cho­pathes qui gou­vernent ont vou­lu mini­mi­ser leur salo­pe­ries : “qui vole un œuf vole un bœuf” impo­sant dans nos esprits une simi­li­tude de gra­vi­té entre un Cahu­zac et le frau­deur du métro.

      • 8 janvier 2016 à 23 h 48 min

        Salut Igor,

        c’était, en effet, dans un contexte très dif­fé­rent, une déci­sion simi­laire qu’avait prise le roi du Dane­mark, lorsque les troupes d’occupation alle­mande avait deman­dé le port de l’étoile jaune aux juifs danois ou vivants au Dane­mark. Il était sor­ti le len­de­main en por­tant lui-même l’étoile jaune, et avait deman­dé à ses conci­toyens d’en faire autant. Mesure assez bien sui­vie, pour ce que j’en sais.

        J’en suis écoeu­rée de cette his­toire, car il s’agit encore de s’entendre sur ce que signi­fie “vrai­ment” bina­tio­nal. Je le suis pour ma part et, de plus, née à l’étranger (c’est à dire dans aucun des deux pays dont j’ai la natio­na­li­té). Mais comme mes deux “patries” sont euro­péennes, que le pays où je suis née l’est aus­si, per­sonne ne va me mena­cer, où me cher­cher des ennuis. Donc, hon­ni soit qui mal y pense, mais on lit clai­re­ment l’implicite infor­mu­lable dans cette pathé­tique his­toire. Par consé­quent, pour ma part, je serais assez d’accord avec ta pro­po­si­tion : qu’on la demande tous cette déchéance natio­nale, il n’y a effec­ti­ve­ment plus de rai­son de se pro­cla­mer fier d’être fran­çais. Tous les prin­cipes éga­li­taires étant ici balayés d’un revers… de manche pétai­niste.

        • Igor Babou 9 janvier 2016 à 0 h 14 min

          Oui, l’attitude du roi du Dane­mark avait été exem­plaire, elle. Pous­ser les logiques absurdes à leur terme pour en démon­trer l’absurdité, ou la mal­fai­sance, est une forme de contes­ta­tion que j’aime bien. Si un mou­ve­ment se des­si­nait de demande de déchéance de natio­na­li­té pour cause de honte de l’avoir, cette natio­na­li­té fran­çaise à l’heure de la stig­ma­ti­sa­tion poli­ti­cienne des plus dému­nis ou des bina­tio­naux, j’en serais ! Peut-être suf­fit-il de lan­cer l’idée ?

    3. 6 janvier 2016 à 23 h 25 min

      Bon­jour.

      Les polé­miques sur l’inessentiel sont l’activité pré­fé­rée des gou­ver­nants, quels qu’ils soient : pen­dant qu’on regarde la lune qu’ils nous dési­gnent, on ne regarde pas ailleurs. Mais en ce qui me concerne, bina­tio­nal qui n’envisage pas de fer­mer ma gueule, ça m’inquiète qu’on puisse m’envoyer en Algé­rie parce que j’aurais mis en dan­ger la répu­blique par mes voci­fé­ra­tions.

      Le gou­ver­ne­ment algé­rien envi­sage une déchéance de natio­na­li­té pour les mal­fai­teurs bina­tio­naux nés et édu­qués en France, au titre que ceux-ci auront été mal éle­vés et que l’Algérie n’est pas une pou­belle. Le ber­ger à la ber­gère. Mar­rant, non ?

      • Al Ceste
        6 janvier 2016 à 23 h 39 min

        Le gou­ver­ne­ment algé­rien envi­sage une déchéance de natio­na­li­té pour les mal­fai­teurs bina­tio­naux nés et édu­qués en France, au titre que ceux-ci auront été mal éle­vés et que l’Algérie n’est pas une pou­belle. Le ber­ger à la ber­gère. Mar­rant, non ?

        Non : génial ! Pas mieux pour ridi­cu­li­ser le Géné­ral Hol­lande et ses troupes de godillots !

    4. 6 janvier 2016 à 23 h 50 min

      Cette ques­tion est lan­ci­nante… et désa­gréa­ble­ment poli­ti­cienne, puisque décon­nec­tée des pro­blèmes que Hol­lande pré­tend trai­ter… Il veut brou­ter l’herbe sous les pieds des Le Pen et Sar­ko­zy …
      Pour­tant, il s’agit de la consti­tu­tion ! Et la peine intro­duite dans notre droit crée des mil­liers de citoyens juri­di­que­ment nfé­rieurs aux autres.… Elle concerne donc bien au-delà des indi­vi­dus dont vous éva­luez à la louche le nombre… Elle est aus­si un mes­sage de sus­pi­cion envers tous ces citoyens mis sous sta­tut pénal à part… Donc oui, ce truc est une pol­lu­tion… Il faut que ses pro­mo­teurs y renoncent au plus vite! D’ici là, il faut les com­battre obs­ti­né­ment et par­tout.

      • 7 janvier 2016 à 19 h 02 min

        Le pire dans cette lamen­table cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion est qu’elle ne change rien en pra­tique. Actuel­le­ment, le mot “natio­na­li­té” n’apparait dans la consti­tu­tion que pour pré­ci­ser que les condi­tions de pos­ses­sion, acqui­si­tion ou perte de la natio­na­li­té doivent être déter­mi­nées par la loi. Il n’y a aucune res­tric­tion consti­tu­tion­nelle: jusqu’à pré­sent, la déchéance de natio­na­li­té n’était pas inter­dite par la consti­tu­tion, désor­mais, ce sera auto­ri­sé.… Autre­ment dit, le seul objec­tif est bien de pol­luer l’espace média­tique, de ren­for­cer la sus­pi­cion envers l’autre poten­tiel­le­ment res­pon­sable de nos maux, et puis c’est tout. Beau­coup de bruit juste pour le bruit.

         

    5. 7 janvier 2016 à 0 h 23 min

      Rebon­soir,

      Vous êtes trois à avoir rele­vé que le pseu­do-débat sur la déchéance de natio­na­li­té fran­çaise a ouvert la voie pour d’autres Etats  à envi­sa­ger le même types de mesure, sur des genres de délits de plus en plus larges…

      C’est bien le  signe, semble-t-il, que ce pseu­do-débat qui enva­hit l’espace de dis­cus­sion public est mal­sain.

      La ques­tion sur laquelle il nous faut des idées c’est donc peut-être : com­ment aider, à notre modeste niveau, au redé­ve­lop­pe­ment d’échanges pro­duc­teurs, dis­cur­sifs, éla­bo­ra­tifs, sur de vrais sujets de socié­té.

      Toutes sug­ges­tions ou témoi­gnages sur des expé­riences signi­fi­ca­tives réelles (même fort modestes) seraient dès lors bien­ve­nues…

      Ami­ca­le­ment.

    6. 7 janvier 2016 à 0 h 53 min

      Oulah… My bad, il aurait fal­lu écrire “toutes sug­ges­tions ou témoi­gnages […] seraient dès lors bien­ve­nus”. J’aime sans doute trop le genre fémi­nin 🙂

      • 7 janvier 2016 à 1 h 19 min

        On te par­donne … mais c’est bien parce que c’est toi !

      • 7 janvier 2016 à 1 h 30 min

        J’aime bien que le mas­cu­lin l’emporte sur le fémi­nin. Comme dit ma chienne Roxy (quel nom ridi­cule ) : “Les femmes au bou­lot, les hommes au bis­trot !”. Bon ! un témoi­gnage :

        Avant une repré­sen­ta­tion, nous ani­mons sou­vent des ate­liers en direc­tion de publics variés. ces ate­liers s’appellent “École du regard” et s’appuient sur la danse et le mou­ve­ment. Cette fois, c’était dans un col­lège, deux heures par jour pen­dant cinq jours. Un gar­çon, treize ans, déclare que “la danse, c’est bon pour les filles et les…”. L’intervenante arrête tout, fait s’asseoir tout le monde en cercle et démarre un débat sur cette sor­tie. Hou­leux, le débat. Le gar­çon reste sur ses posi­tions, mais au cours de l’atelier, il fait des pro­po­si­tions de plus en plus inté­res­santes, de plus en plus spon­ta­nées. Le len­de­main de la fin de l’atelier, repré­sen­ta­tion du spec­tacle devant, entr’autres, les par­ti­ci­pants à l’atelier. Le lun­di sui­vant, retour au col­lège et compte-ren­du avec la par­ti­ci­pa­tion des dan­seuses et dan­seurs. Un dan­seur men­tionne son homo­sexua­li­té, l’audience pouffe, brou­ha­ha. Le gar­çon prend péni­ble­ment la parole et dit : “L’important, dans la vie, c’est qu’on aime quelqu’un ! “.

        • 7 janvier 2016 à 6 h 02 min

          Eh oui, Lar­bi, tant qu’il y a de la vie … il reste de l’espoir ! (Il me semble que ça vaut bien “les femmes au bou­lot, les hommes au bis­trot”).

        • Al Ceste
          7 janvier 2016 à 16 h 50 min

          //Un gar­çon, treize ans, déclare que “la danse, c’est bon pour les filles et les…”//

          Lui et ses pareils, hélas nom­breux, seraient stu­pé­faits s’ils allaient en Ukraine. Il y a quinze ans, notre lycée avait été reçu par un « gym­na­sium » qui nous avait accueilli avec un gala don­né par les élèves : musi­ciens, chan­teurs, dan­seurs… aus­si bien filles que gar­çons, aus­si bien dans clas­sique que folk que jazz, et les gar­çons n’avaient pas vrai­ment l’air de souf­frir. Le mépris des filles et la peur de l’homosexualité,c’est quelque chose très dans l’air – mal­sain – du temps.

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