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Les manifestations policières


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Depuis quelques jours, des policiers manifestent leur mécontentement suite à l’agression de quatre agents au cocktail molotov qui en a brulé très gravement deux et qui devront vivre le restant de leur existence avec des séquelles très graves et douloureuses. Les causes de cette agression et ses auteurs sont inconnus. La police et le parquet ne communiquent pas dessus et la presse ne s’y intéresse pas.

En revanche, la récupération de ce drame par une petite partie du personnel de la police (il y a 175 000 policiers) est abondamment relayée, mais sans qu’aucun commentaire critique ne soit fait.

Ces policiers manifestent armés, certains cagoulés et le visage masqués. Leur manifestation est sauvage et leurs revendications ne portent pas sur la prise en charge des conséquences dramatiques des victimes, mais sur le droit d’utiliser son arme, réformer encore une fois supplémentaire le droit pénal et sa procédure dans un sens toujours plus répressif.

Leurs revendications signalent aussi une grave confusion des policiers.

Ils ne sont pas des justiciers. Leur mission n’est pas de faire régner la justice, ou la conception qu’ils s’en font, mais de relever les infractions et d’en appréhender les auteurs après avoir recueilli les preuves. Personne ne s’est inquiété que des magistrats se plaignent de la mauvaise qualité des procédures qui explique que les auteurs déférés soient laissés libres.

La justice, ce sont les magistrats, les juridictions, qui la disent. De plus remettre en cause le travail des juges et les appeler à soutenir l’action répressive est un non sens juridique très grave et signale un méconnaissance totale du droit. Ce sont les magistrats qui contrôlent et dirigent la police, et non l’inverse. C’est sinon un état policier. Revendiquer l’anonymisation des procédures conduit à la banalisation d’une police secrète d’Etat, qui est une caractéristique d’un Etat totalitaire.

Il est étonnant et très regrettable qu’aucun juriste ou politique ne se soit ému de cette nouvelle dérive française après l’état d’urgence et la suspension de la protection des garanties de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Le policier est au service de la justice et non le contraire.

Ces policiers vont être reçus par le président de la République après quelques jours d’émeute et le gouvernement leur témoigne une attention inversement proportionnelle à celle qu’il a réservée aux populations civiles contestant la régression sociale, et notamment la loi travail, en la faisant réprimer par ces mêmes policiers.

Il y a dès lors lieu à s’interroger très sérieusement sur le souci des valeurs fondamentales du pouvoir qui plie devant des revendications remettant en cause ce qui caractérise un Etat démocratique moderne et fait gazer, éborgner, mutiler, matraquer et grenader des citoyens paisibles qui exercent régulièrement leur liberté publique, leur liberté d’opinion.

Il est piquant qu’un président moque le courage de la magistrature quand lui-même paraît céder assez facilement aux pressions. Ce n’est pas ainsi qu’il va motiver les juges à s’opposer à la violence, la force et aux abus des puissants s’il plie à un concert de sirènes.

La police n’est pas et ne doit pas devenir une garde prétorienne qui négocie par la force ses avantages en menaçant le pouvoir. Cela montre que le politique ne tient pas la police, c’est la police qui tient le politique.

La mansuétude pour la violence institutionnelle favorise la montée du FN. En cautionnant ce qui se passe dans la police, la majorité accepte d’en porter la responsabilité politique. Les manifestations policières sont le signe d’une très grave faiblesse politique car elle prospère sur la remise en cause des valeurs qui fondent la démocratie.

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