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L’ANR vue par les praticiens de la recherche : Réflexions autour du deuxième des « Grands débats de l’EHESS », du 1/04/09


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Par Michel Bar­thé­lé­my, Socio­logue, CNRS.

Sui­vi d’une réponse de Jean-Michel Rod­daz, Res­pon­sable Dépar­te­ment SHS/ANR

Après le débat consa­cré à l’AERES (1), des ensei­gnants-cher­cheurs de l’EHESS orga­ni­saient une deuxième ren­contre (2) por­tant cette fois sur une autre ins­ti­tu­tion récente, l’Agence Natio­nale de la Recherche (ANR) (3). Celle-ci a pour objet de finan­cer des recherches sur pro­jet, éma­nant d’équipes de recherche publiques comme pri­vées (entre­prises, notam­ment), autour de cer­taines thé­ma­tiques, et concer­nant les grandes branches de la connais­sance. A côté de ces pro­grammes, il existe la pos­si­bi­li­té de sou­te­nir un petit nombre de pro­jets de recherches libres quant à leur sujet, appe­lés « pro­grammes blancs ». Les finan­ce­ments portent sur une période maxi­male de quatre ans (4).

L’apport ambi­va­lent de l’ANR à la recherche

Les constats des par­ti­ci­pants à ce débat qui ont soit par­ti­ci­pé au conseil scien­ti­fique de l’ANR à ses débuts ou bien béné­fi­cié d’un contrat de cet orga­nisme, se rejoignent sur un cer­tain nombre de points. Ils recon­naissent tout d’abord que les sommes que l’ANR met au ser­vice des équipes dépassent de loin ce qu’ils auraient pu obte­nir de leurs labo­ra­toires de recherche. L’ANR a pu ain­si concou­rir à la réa­li­sa­tion de recherches de qua­li­té y com­pris en finan­çant des dis­ci­plines sous-dotées.

Si au départ l’apport finan­cier de l’ANR se fai­sait dans une pers­pec­tive de sup­plé­men­ta­tion des res­sources dont les équipes dis­posent sur les cré­dits récur­rents de leur labo­ra­toire, l’évolution néga­tive de ces cré­dits tend de plus en plus à faire pré­va­loir un carac­tère sub­sti­tu­tif.

Par ailleurs, un pro­blème sou­le­vé par divers inter­ve­nants tient à l’absence de modu­la­tion pos­sible dans le sou­tien finan­cier qui ne concerne que des pro­jets assez lourds, pas tou­jours adap­tés aux besoins de la recherche en SHS, ceux où quelques mil­liers d’euros suf­fisent. Or ce n’est pas le for­mat des contrats ANR.

En outre, à cette ten­dance consta­tée d’une dimi­nu­tion des cré­dits de base des UMR, s’ajoute un autre pro­blème qui est celui de la réduc­tion des postes de char­gés de recherche dans les orga­nismes et de maîtres de confé­rence dans les uni­ver­si­tés. On remarque ici aus­si une ten­dance, qui n’avait en soi rien de néces­saire ni d’automatique, à une aug­men­ta­tion du nombre de postes en cdd offerts aux jeunes cher­cheurs (post-doc­to­rants) par les pro­grammes ANR, évo­luant dans un sens oppo­sé au nombre décrois­sant de postes ouverts aux concours dans les orga­nismes de recherche et dans les uni­ver­si­tés (5). Cette hémor­ra­gie touche éga­le­ment les dif­fé­rentes caté­go­ries de per­son­nel de sou­tien à la recherche. Une situa­tion dont la contin­gence auto­rise à y voir l’expression d’un choix poli­tique (6).

Un pilo­tage à l’aveuglette

Un autre aspect sur lequel les inter­ve­nants s’accordent est celui de l’absence d’un tra­vail de syn­thèse par l’ANR des rap­ports de recherche finaux qui lui sont remis. Ce qui laisse une grande lati­tude aux équipes pour tra­vailler sur les sujets et selon les inté­rêts de recherche qui sont les leurs, auto­ri­sant un écart plus ou moins large entre le sujet pro­po­sé et la recherche effec­ti­ve­ment réa­li­sée. Il en res­sort que l’on ne peut pas attri­buer à l’ANR un rôle de pilo­tage de la recherche. Un constat qui peut s’expliquer, selon un inter­ve­nant, par la fai­blesse des moyens en per­son­nel dont dis­pose cette orga­ni­sa­tion. Un autre argu­ment pour­rait décou­ler de ce que la démarche qua­li­té qui ins­pire cet orga­nisme est cen­trée sur les pro­cé­dures et non sur les résul­tats. Il impor­te­rait donc essen­tiel­le­ment de res­pec­ter les dates de remise des rap­ports et autres livrables aux échéances pré­vues, l’ANR n’intervenant pas fina­le­ment sur le conte­nu des tra­vaux qui ont été effec­tués dans le cadre des pro­grammes qu’elle com­man­dite selon des thé­ma­tiques qu’elle a ins­pi­rées. Du coup, un par­ti­ci­pant s’interroge sur la per­ti­nence de mobi­li­ser des équipes de recherche sur ces thèmes en l’absence d’un sou­ci de pro­duire une syn­thèse des résul­tats obte­nus et, ajou­te­rai-je, de s’intéresser aux consé­quences pra­tiques de ces tra­vaux pour leurs com­man­di­taires et sur­tout pour le registre d’action publique concer­né.

Un manque de trans­pa­rence

Les inter­ve­nants sou­lignent le manque de trans­pa­rence dans la dési­gna­tion des membres des jurys d’évaluation des dos­siers de l’ANR, tous nom­més selon des cri­tères non affi­chés, cepen­dant que leurs méthodes d’évaluation ne sont pas non plus publiques.

Les effets du déve­lop­pe­ment de la culture de la recherche par pro­jets

Une inter­ve­nante a pré­sen­té les divers effets de l’introduction de cette nou­velle culture de la recherche sur contrats pro­vi­soires et bien dotés pour les béné­fi­ciaires et leur envi­ron­ne­ment. Le mot clé étant celui du pas­sage du sta­tut de cher­cheur à celui d’« entre­pre­neur de soi-même », l’équivalent du « savoir se vendre » des sala­riés du pri­vé, en trans­for­mant sa per­sonne, son  sta­tut, ses dis­tinc­tions, ses tra­vaux, ses pro­jets en autant de com­po­santes d’un « faire-valoir » qui sont mobi­li­sées à l’appui du dépôt d’un pro­jet à l’ANR. Et ce, pro­ba­ble­ment dans l’objectif de « faire la dif­fé­rence », sur le « mar­ché de la connais­sance » très dis­pu­té que repré­sente cette forme de sou­tien à la recherche. En outre, en dépit de la jeu­nesse de cette ins­ti­tu­tion, l’obtention d’un contrat ANR vaut déjà pour le béné­fi­ciaire l’octroi d’un label de qua­li­té pour ses tra­vaux. Par ailleurs, la durée limi­tée du contrat a pour résul­tat de favo­ri­ser la réa­li­sa­tion d’articles plu­tôt que d’ouvrages sur le sujet trai­té dans la recherche qui aura été réa­li­sée (7). Une inter­ve­nante de la salle évoque un effet en chaîne de ces dif­fé­rentes ins­tances, prises comme appui à un juge­ment qua­li­ta­tif sur les équipes et don­nant lieu à des appré­cia­tions et des déci­sions fon­dées sur ces cri­tères. L’AERES éva­lue­ra ain­si les équipes en fonc­tion de leur obten­tion de contrats ANR, cepen­dant que l’université va construire sa poli­tique scien­ti­fique autour des équipes qui auront obte­nu un contrat ANR et une bonne note de l’AERES, comme autant de gages de qua­li­té des équipes en ques­tion et du tra­vail qu’elles réa­lisent. Ain­si, sans ces­ser de repo­ser sur des cri­tères et une phi­lo­so­phie étran­gers au milieu de la recherche et de l’enseignement supé­rieur, ces ins­tances et leurs méthodes d’évaluation vont pou­voir de fac­to influer consi­dé­ra­ble­ment sur la marche des uni­ver­si­tés et sur le sort des équipes de recherche. Ce que cette inter­ve­nante dénonce comme inac­cep­table, au motif que ces cri­tères quan­ti­ta­tifs de la « bonne » recherche et de la « bonne » équipe sont sté­ri­li­sants et nui­sibles au sens où ils pour­raient conduire à éli­mi­ner de l’offre d’enseignement et de recherche de l’université des dis­ci­plines dont les équipes qui les portent ne satis­fe­raient pas à ces cri­tères, en dépit de l’intérêt de leurs tra­vaux.

Main­te­nant, au-delà du pro­blème déjà signa­lé de ses effets non-vou­lus (?) sur l’emploi sta­tu­taire, notons éga­le­ment qu’il semble que le pro­blème ne pro­vienne pas tant de la recherche sur contrats, qui est une réa­li­té déjà ancienne, mais plus exac­te­ment du fait de la part sans cesse crois­sante et bien­tôt pré­pon­dé­rante qu’une seule agence semble devoir jouer dans le pay­sage scien­ti­fique, par le niveau de ses finan­ce­ments (8), à l’exception des contrats euro­péens, en impo­sant ses thèmes et ses codes d’action. Et si, pour l’heure, les mailles du filet sont larges, rien ne dit qu’à l’avenir celles-ci ne puissent pas se res­ser­rer sur les équipes de recherche, une fois l’agence par­ve­nue à matu­ri­té.

Le direc­teur SHS de l’ANR est inter­ve­nu au terme du débat en reve­nant sur un cer­tain nombre de points évo­qués au cours de celui-ci. Il a tenu à sou­li­gner qu’il est pro­fes­seur d’université et ancien direc­teur d’un labo­ra­toire Cnrs-uni­ver­si­té. Ce qui est éga­le­ment le cas de ses col­lègues de l’agence. Ceci enten­dait pro­ba­ble­ment sou­li­gner que les membres de l’ANR n’étaient pas dif­fé­rents du reste des membres de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire. Il a pré­ci­sé qu’il n’était pas pré­vu à l’origine, en 2005, que les SHS fassent par­tie des recherches sou­te­nues par l’ANR, mais que c’était la com­mu­nau­té des SHS qui avait insis­té pour en béné­fi­cier éga­le­ment. Il ajoute qu’il y a moins de pro­grammes thé­ma­tiques en SHS que dans les autres sec­teurs de la recherche et que, par ailleurs, l’augmentation du nombre des pro­grammes blancs, récla­mée par une par­tie sub­stan­tielle de la com­mu­nau­té, se fai­sait au détri­ment de la part des finan­ce­ments accor­dés aux autres pro­grammes.  Il affirme ensuite que l’ANR ne veut pas la dis­pa­ri­tion du Cnrs, ni des uni­ver­si­tés, car elle n’a pas un rôle de struc­tu­ra­tion de la recherche.

Il conteste l’opacité de la nomi­na­tion des membres des comi­tés d’évaluation, tout en recon­nais­sant que les nomi­na­tions devraient être ren­dues publiques et qu’il devrait y avoir une rota­tion des membres de ces comi­tés.

Le direc­teur des SHS à l’ANR revient sur la notion de « pairs » pour indi­quer que les pro­jets sont éva­lués par des pairs et non par l’agence elle-même. On constate ain­si com­bien cette notion d’appartenance com­mune est sen­sible et est maniée par les membres d’agences comme l’ANR ou l’AERES, sou­li­gnant son carac­tère pro­blème en l’occurrence.

Enfin, sur la ques­tion de l’emploi, l’ANR ayant été décrite au début du débat comme une « usine à pré­ca­ri­tés », le direc­teur des SHS à l’agence retourne la cri­tique sur les por­teurs de pro­jets, qu’il rend res­pon­sables de l’emploi de post-doc­to­rants sur des postes pré­caires car liés à la durée du pro­jet, cepen­dant que lui-même met en avant le fait que l’ANR ne per­met pas uni­que­ment de finan­cer des postes pré­caires, mais apporte des cré­dits de mis­sion. Ce qui semble vou­loir dire que la recherche sur pro­jets s’adresse davan­tage, selon lui, à des équipes com­po­sées de sta­tu­taires plu­tôt qu’à des équipes mixtes — ce qui ne fait que dépla­cer le pro­blème de l’emploi des post-doc­to­rants. Cette posi­tion découle peut-être de ce que l’ANR n’a pas voca­tion à créer des emplois à long terme. La salle répond à sa contre-cri­tique adres­sée aux por­teurs de pro­jets, béné­fi­ciaires de contrats ANR, que ces der­niers pro­cèdent de la sorte faute de postes sta­tu­taires mis au concours en nombre suf­fi­sant pour pou­voir embau­cher des post-doc­to­rants. A ce pro­pos, un inter­ve­nant avait indi­qué plus tôt que l’ANR offrait 47 CDD de post-doc­to­rants par an, com­pa­ré aux 35 postes de char­gés de recherche ouverts aux concours du Cnrs sur la même période.

Cette remarque du direc­teur des SHS à l’ANR sur la res­pon­sa­bi­li­té des béné­fi­ciaires de pro­jets de recherche en réponse à la mise en cause de son agence dans la dif­fu­sion du pré­ca­riat dans la recherche donne l’impression d’un com­bat entre des chal­len­gers qui ne sont pas les bons. Se contestent mutuel­le­ment sur ce point des vic­times d’un sys­tème carac­té­ri­sé par le blo­cage des pers­pec­tives d’emplois au sein d’un milieu éga­le­ment tou­ché, comme les autres, par les départs mas­sifs à la retraite non rem­pla­cés. Ni les uns ni les autres ne contrôlent la  vanne des créa­tions de postes. Une manière de faire face à cette situa­tion en effet dra­ma­tique peut consis­ter à se tenir sur son pré car­ré, et à ne pas dévier du cadre de sa mis­sion offi­cielle, sans se pré­oc­cu­per des consé­quences à moyen et long terme de cette situa­tion. Car en effet, si l’ANR n’est pas res­pon­sable d’une poli­tique de réduc­tion dras­tique des effec­tifs de la fonc­tion publique, et sin­gu­liè­re­ment dans la recherche et l’enseignement supé­rieur, son exis­tence ne peut conduire à terme qu’à bana­li­ser ce recours mas­sif à l’emploi pré­caire, créant tout d’abord, en l’absence d’une autre alter­na­tive plus satis­fai­sante, une sorte de lum­pen­pro­lé­ta­riat chez les « intel­lec­tuels pré­caires », avant de conduire au taris­se­ment du nombre d’étudiants en doc­to­rat se des­ti­nant aux métiers de la recherche et de l’enseignement supé­rieur.

Emer­gence d’une nou­velle caté­go­rie et défense d’une iden­ti­té col­lec­tive

Dans un pre­mier com­men­taire conçu à par­tir mais au-delà de la teneur de ce débat, j’avancerai que l’on assiste en ce moment même aux pre­miers pas de la consti­tu­tion d’une caté­go­rie d’universitaires éva­lua­teurs et mana­gers, qui, de par leurs condi­tions de nomi­na­tion, les pré­ro­ga­tives dont ils béné­fi­cient, les fonc­tions qu’ils occupent, les méthodes et objec­tifs dont ils se réclament, le fait qu’ils n’aient pas de comptes à rendre à leurs pairs, se placent dans une posi­tion de sur­plomb par rap­port à leurs col­lègues. Ce qui fait d’eux des agents de dif­fu­sion d’une concep­tion et d’une pra­tique mana­gé­riale ain­si que de l’esprit de subor­di­na­tion qui va avec, qui ne sont pas fami­liers aux membres de cette pro­fes­sion. Dans le même temps, quoique plus récem­ment, se mani­feste sous diverses formes une prise de conscience des retom­bées directes et concrètes des « réformes » en cours pré­ci­sé­ment sur les condi­tions mêmes d’exercice de ce métier. Ce qui donne lieu à une réflexion sur les carac­té­ris­tiques de celui-ci et sur son péri­mètre vital qui se trouve mena­cé. Au-delà des consi­dé­ra­tions tech­niques sur les textes qui sont l’objet appa­rent du conflit, la nais­sance d’une nou­velle caté­go­rie hybride au sein de ce groupe pro­fes­sion­nel et se construi­sant en-dehors des règles, normes, pra­tiques, tra­di­tions for­mant le socle des attentes de recon­nais­sance mutuelle entre ses membres et char­gés de « mana­ger » le reste des membres « non-mana­gers », est en train de pous­ser à un tra­vail visant à la défi­ni­tion légi­time de ce que sont et font les membres du corps en réponse aux ques­tions liées : « qui — les membres de la nou­velle caté­go­rie hybride (mi-scien­ti­fique, mi-mana­ger) — sont-ils ? » et « qu’est-ce qu’ « ils » (nous) font ? ». Une par­tie de la contro­verse sur les nou­velles struc­tures et leurs méthodes a pour objet ces ques­tions. Ceci au sens où la mon­tée en puis­sance de la caté­go­rie des mana­gers éva­lua­teurs — i.e. à la fois au sein même des uni­ver­si­tés et de son pré­sident-mana­ger comme à l’extérieur, à tra­vers les rap­ports deman­dés par les ins­tances d’évaluation qui se super­posent aux anciennes —  se paye pour les uni­ver­si­taires par une sur­charge de tra­vail pour rendre leur acti­vi­té contrô­lable et jus­ti­fiable par ces nou­velles ins­tances et leurs outils et méthodes par­ti­cu­liers.  Ce ques­tion­ne­ment s’élabore notam­ment à par­tir d’une ana­lyse ser­rée des diverses mou­tures du pro­jet de décret sur le sta­tut des ensei­gnants-cher­cheurs, sur la confron­ta­tion entre ses des­crip­tions dés­in­car­nées dans le texte et la connais­sance issue de l’expérience acquise du métier qui per­met de cri­ti­quer les pre­mières (9). Si tel est le cas, alors, en effet, cette crise est par­tie pour durer, bien au-delà de ce qui arri­ve­ra fina­le­ment au décret sta­tu­taire. Ceci au sens où une crise iden­ti­taire est appa­rue à la faveur de ce conflit et l’a débor­dé.

En second lieu, le contraste sou­li­gné par divers inter­ve­nants entre le cadre pro­cé­du­ral strict de l’ANR sur l’agenda des livrables et l’absence de retour final sur les recherches effec­tuées, incite à y voir une image de la place que les sciences sociales occupent dans la socié­té. C’est-à-dire, un uni­vers qui se déve­loppe dans une bulle spé­cu­la­tive que vient gros­sir chaque rap­port, chaque article, chaque ouvrage sup­plé­men­taire, et qui flotte un peu au-des­sus des choses, sans arti­cu­la­tion défi­nie avec le monde dont ces tra­vaux se veulent le reflet cri­tique et dont les acteurs sont cen­sés être les des­ti­na­taires.

Le point serait de per­mettre une arti­cu­la­tion entre la recherche en sciences sociales et l’action publique, qui n’est pas seule­ment celle ini­tiée par les pou­voirs ins­ti­tués. Cela sup­pose la mise en place de pas­se­relles. Pour l’heure celles-ci sont pen­sées comme autant de filins d’abordage de la « rai­son ges­tion­naire », pour emprun­ter une notion for­gée par A. Ogien, jetées sur le navire de la recherche, afin de mettre ses acti­vi­tés au dia­pa­son de la mesure de l’action mar­chande et comp­table. L’alternative consis­te­rait plu­tôt à faire entrer la pers­pec­tive cri­tique de la pen­sée scien­ti­fique au sein même de l’action publique, elle-même aiguillon­née par la cri­tique sociale, comme par­ti­ci­pant d’un dis­po­si­tif d’auto-évaluation et d’autocorrection en rela­tion à la prise en compte des consé­quences nui­sibles des déci­sions anté­rieures et à leur trai­te­ment. C’est à cette condi­tion que, sans ces­ser de demeu­rer dans un rap­port de dis­tance cri­tique avec l’action des pou­voirs publics, et sans étouf­fer les diver­gences inévi­tables afin de mieux pou­voir les appré­hen­der, les sciences sociales pour­raient contri­buer uti­le­ment à appor­ter des élé­ments de réflexion d’un côté aux déci­deurs publics et auto­ri­tés poli­tiques, avant, pen­dant et après la mise en œuvre de leurs déci­sions de réforme, et de l’autre aux acteurs asso­cia­tifs de la socié­té civile, dans un tra­vail d’enquête sans fin. Ceci sup­pose entre autres que les réseaux d’influence, les méthodes et pro­cé­dures par les­quels les pou­voirs publics éla­borent leurs poli­tiques entrent dans le jeu à visage décou­vert. Car, si un gou­ver­ne­ment peut rece­voir les résul­tats d’une vaste consul­ta­tion et réflexion des milieux pro­fes­sion­nels concer­nés, à la manière des Etats-Géné­raux de 2004, avant de concoc­ter « sa » réforme qui s’éloigne gran­de­ment des pré­co­ni­sa­tions faites et abou­tit à mino­rer la part des acteurs du milieu dans le conte­nu fina­le­ment choi­si, ou si un gou­ver­ne­ment peut faire mine de négo­cier et de réécrire un décret contro­ver­sé en abu­sant ses par­te­naires sur l’étendue réelle des modi­fi­ca­tions appor­tées et en ne chan­geant en défi­ni­tive pas grand chose sur le fond, c’est que des « experts » ou « ex-pairs » (10) s’activent en cou­lisses selon des moda­li­tés offi­cieuses et opaques. Ce qui conduit à un détri­co­tage de l’esprit et du conte­nu de la réforme pen­sée de manière col­lec­tive, ouverte et concer­tée. Une manière de faire qui ne peut man­quer d’alimenter le sen­ti­ment que les membres du milieu ont été floués, et que si cela s’est fait dans leur dos, c’est que la réforme ne pou­vait que jouer contre eux. Ce que l’examen détaillé du texte confir­me­ra du reste par la suite.

C’est bien alors la néces­saire pré­ser­va­tion de la dimen­sion d’indépendance du sec­teur de la recherche et de ses membres par rap­port aux pou­voirs ins­ti­tu­tion­nels qui est sou­li­gnée par le mou­ve­ment actuel des uni­ver­si­taires à l’encontre de l’orientation des réformes en cours. C’est cette menace qui consti­tue l’obstacle pre­mier à la mise en place d’une telle rela­tion dia­lec­tique ayant pour hori­zon l’intérêt géné­ral, avec l’ensemble des par­ties inté­res­sées, à la recherche de ses défi­ni­tions loca­le­ment et uni­que­ment appro­priées pour chaque tâche à résoudre de manière concer­tée concrè­te­ment ici-et-main­te­nant dans une logique d’enquête (11).

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Notes

(1)    Dont un compte ren­du est dis­po­nible ici : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2313

(2)    Un résu­mé de ce débat est pré­sen­té ici : http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/05/l-anr-quels-effets

(3)    De plus amples infor­ma­tions sur cette agence sont consul­tables sur son site : http://www.agence-nationale-recherche.fr/ Un éclai­rage sur la manière dont ses membres diri­geants voient leur mis­sion figure là : http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2710

(4)    De nou­veaux pro­jets peuvent bien enten­du être pré­sen­tés par la suite.

(5)    Il convient d’ajouter ici les nou­velles pos­si­bi­li­tés d’embauche en CDI par les uni­ver­si­tés d’enseignants-chercheurs sur titres et expé­rience qui ne sont pas pas­sés par le filtre des qua­li­fi­ca­tions du CNU. Ce qui à terme est une menace sur le sta­tut de l’appartenance des uni­ver­si­taires à la fonc­tion publique.

(6)    Pour plus de détails sur les postes, entre autres aspects de la « réforme » enga­gée dans l’enseignement supé­rieur et la recherche cf. http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-73. Pour prendre connais­sance des réformes simi­laires en cours ou entrées en vigueur dans le monde, on se repor­te­ra à : http://universitesenlutte.wordpress.com/2009/04/05/la-reforme-ne-sarrete-pas-aux-frontieres-de-la-france/

(7)    Au demeu­rant, les cri­tères de l’AERES s’agissant des publi­ca­tions, pri­vi­lé­gient les articles dans les « bonnes » revues par rap­port aux ouvrages.

(8)    A ce sujet, plu­sieurs inter­ve­nants rap­pellent que si les finan­ce­ments contrac­tuels sont légi­times, la part de ces der­niers devrait être pla­fon­née à un pour­cen­tage ne dépas­sant pas 30 ou 40 % du total des sou­tiens à la recherche.

(9)    cf. http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/06/Le-dernier-avatar ; http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/04/statut-des-univ.html

(10) L’auteur du jeu de mots se recon­naî­tra.

(11) Pour une pré­sen­ta­tion d’une démarche ins­pi­rée de la « recherche » ain­si enten­due, cf. http://contre-conference.net/Commencer+un+mouvement

Réponse de Jean-Michel Rod­daz, Res­pon­sable Dépar­te­ment SHS/ANR :

Cher col­lègue,

Je viens de rece­voir par l’intermédiaire de l’un de vos col­lègues le compte-ren­du du der­nier débat de l’EHESS sur le rôle et le fonc­tion­ne­ment de l’ANR. Je regrette de ne pas en avoir été l’un des des­ti­na­taires directs ; cela m’aurait per­mis de m’adresser sûre­ment à la bonne per­sonne. Dans la mesure où l’on a retrans­crit un cer­tain nombre de mes décla­ra­tions, je me sens auto­ri­sé à vous faire part -mais j’ignore si c’est vous qui avez rédi­gé ce texte- d’un cer­tain nombre de remarques concer­nant la teneur de mon inter­ven­tion. Je com­prends par ailleurs la dif­fi­cul­té de don­ner une ver­sion par­fai­te­ment fidèle de débats par­fois vifs et de bien tra­duire la pen­sée des inter­ve­nants lors d’échanges courts et par­fois pas­sion­nés. Je n’ai dis­po­sé que de quelques minutes pour répondre à
plus d’une heure et demi de remarques à charge contre l’ANR et sans doute, sur un cer­tain nombre de points, me suis-je mal expli­qué ou ai-je été mal com­pris.

Je me per­mets donc de reve­nir sur quelques points de mon inter­ven­tion :

1 – Je vous suis recon­nais­sant d’avoir bien vou­lu rap­pe­ler que le Dépar­te­ment SHS est com­po­sé de scien­ti­fiques qui conti­nuent à ensei­gner dans leurs uni­ver­si­tés de région et que nous avons tous eu (et conti­nuons à avoir) des res­pon­sa­bi­li­tés au sein de nos équipes de recherche comme devant nos étu­diants ou dans des ins­tances natio­nales (CNU ou CNRS). Nous ne consti­tuons en rien ‘une caté­go­rie d’universitaires éva­lua­teurs et mana­gers’ des­ti­née à se per­pé­tuer à l’ANR. Si celle-ci veut bien fonc­tion­ner, il est néces­saire qu’il y ait un turn-over régu­lier et la plu­part d’entre nous ont pour voca­tion de retour­ner rapi­de­ment dans leur uni­ver­si­té (Diane Roman, Pro­fes­seure de droit public à l’Université de Tours, Michel Fayol, Pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie à l’Université Blaise pas­cal, Jean Claude Rabier, Pro­fes­seur de socio­lo­gie à l’Université de Lyon 2 et moi même, pro­fes­seur d’histoire ancienne à l’Université de Bor­deaux).

2 – Je regrette que vous n’ayez pas rap­pe­lé un point impor­tant de mon inter­ven­tion : effec­ti­ve­ment l’ANR met à la dis­po­si­tion des équipes des sommes consé­quentes et, à titre d’exemple, l’EHESS a reçu depuis 2005, 8,5 M€ : l’établissement est enga­gé dans 70 pro­grammes et 33 équipes sont impli­quées. Devons-nous regret­ter que les équipes SHS dis­posent enfin de moyens pour réa­li­ser leurs pro­jets de recherche. Avant même la créa­tion de l’ANR, cela était rare­ment pos­sible et je ne crois pas qu’il y ait eu beau­coup de pro­tes­ta­tions quand on a mis en place à la fin des années 90 les ACI qui avaient comme objec­tif de pal­lier ce manque et qui eurent le grand mérite d’introduire la culture du pro­jet. Les AAP de l’ANR se situent dans la conti­nui­té des ACI avec deux dif­fé­rences impor­tantes : d’abord les sommes mises à la dis­po­si­tion de la com­mu­nau­té scien­ti­fique SHS ont tri­plé, voire qua­dru­plé et d’autre part le champ des béné­fi­ciaires s’est consi­dé­ra­ble­ment élar­gi : sur plus de 600 équipes qui béné­fi­cient aujourd’hui des finan­ce­ments de l’ANR, pra­ti­que­ment la moi­tié
est consti­tuée de for­ma­tions qui ne reçoivent aucun moyen du CNRS, et par­mi celles-ci 200 EA. Cela a com­plè­te­ment modi­fié la situa­tion de la recherche dans un grand nombre d’universités et je ne prends pas en compte le mon­tant du pre­ci­put (30 m€ sur 50) qui va direc­te­ment aux éta­blis­se­ments pour leur poli­tique de recherche (cela équi­vaut à dou­bler le mon­tant de leur BQR). La créa­tion de l’ANR a aus­si per­mis la mise à dis­po­si­tion au pro­fit des cher­cheurs d’une ins­ti­tu­tion natio­nale du type de celle qui a fait ses preuves aux USA, au RU, en Alle­magne ou aux Pays Bas comme en Europe.

3 – Je me suis mal fait com­prendre sur la ques­tion Thématiques/non thé­ma­tiques. La part des SHS à l’ANR n’est pas faible par rap­port aux autres dépar­te­ments quand il s’agit du pro­gramme blanc, puisque les SHS repré­sentent envi­ron 12% du nombre de pro­jets dépo­sés et 10% des mon­tants alloués au titre du blanc et ces rap­ports sont fixes : si nous rece­vons 400 dos­siers, une cen­taine seront finan­cés et si nous en rece­vons 300, ce sera 75. Donc le ‘blanc’ et le pro­gramme JC sont ‘pro­té­gés’. La faible part des SHS à l’ANR pro­vient du fait que nous avons rela­ti­ve­ment peu de thé­ma­tiques par rap­port aux autres (2 à 4 sur une cin­quan­taine) et chaque fois que nous pro­po­sons une thé­ma­tique, nous rece­vons en moyenne 70 dos­siers sup­plé­men­taires. Or, cer­tains dos­siers dépo­sés en thé­ma­tiques ne le seraient jamais dans le blanc tan­dis que l’inverse n’est pas
vrai. C’est pour­quoi je disais qu’augmenter le mon­tant du non thé­ma­tique ne pro­fi­te­ra cer­tai­ne­ment pas aux SHS dans la mesure où dans cette caté­go­rie d’appels d’offres nous ne dépas­se­rons jamais 300 à 320 dos­siers dépo­sés chaque année, tan­dis que chaque fois que nous lan­çons un Appel d’offre thé­ma­tique, nous finan­çons une ving­taine de pro­jets SHS sup­plé­men­taires !

4 – Sur les notions de trans­pa­rence et d’évaluation par les pairs. Je rap­pelle que l’évaluation par les pairs est le sys­tème pra­ti­qué par toutes les agences du monde et par Bruxelles, à l’ERC, dans les ERANET ou encore dans le pro­gramme cadre et que per­sonne n’a jamais trou­vé à y redire. J’ajoute — et tous les scien­ti­fiques qui ont par­ti­ci­pé à nos comi­tés d’évaluation peuvent en témoi­gner — à aucun moment, le dépar­te­ment n’intervient pour modi­fier le choix des éva­lua­teurs ; cette règle a été scru­pu­leu­se­ment res­pec­tée. Par ailleurs, je main­tiens qu’il y a une par­faite trans­pa­rence du choix des éva­lua­teurs ; le comi­té est com­po­sé en fonc­tion des com­pé­tences scien­ti­fiques sur des pro­po­si­tions qui émanent du CNRS, de la DGRI et des uni­ver­si­tés mais aus­si des agences étran­gères puisque les comi­tés sont com­po­sés pour un tiers d’étrangers. Chaque année l’ANR fait appel à l’ensemble de la com­mu­nau­té scien­ti­fique et ce sont des cen­taines de cher­cheurs qui par­ti­cipent aux trois phases de la pro­cé­dure, pro­gram­ma­tion, éva­lua­tion, sui­vi des pro­jets. La liste des scien­ti­fiques qui inter­viennent dans les dif­fé­rentes pro­cé­dures est sys­té­ma­ti­que­ment publiée sur le site de l’ANR et chaque por­teur de pro­jet connaît la com­po­si­tion du comi­té qui a éva­lué son pro­jet. Les cri­tères sur les­quels se fondent le choix des « éva­lua­teurs » (membres de comi­té, experts) sont connus : la com­pé­tence scien­ti­fique dans le champs de l’appel à pro­jet et la com­plé­men­ta­ri­té des exper­tises, afin de garan­tir la diver­si­té aca­dé­mique. Tout est donc par­fai­te­ment clair et tout est véri­fiable (toutes les pro­cé­dures de l’ANR sont contrô­lées par une agence indé­pen­dante qui veille à leur confor­mi­té avec les règles de trans­pa­rence et de déon­to­lo­gie). J’ajoute que ce qui se pra­tique à l’ANR est le fait de toutes les agences inter­na­tio­nales et que lorsque les pra­tiques de cha­cune de ces agences sont confron­tées, l’ANR n’a jamais à rou­gir de la qua­li­té de ses pro­cé­dures et de la com­pa­rai­son. Je redis ce que j’avais décla­ré : deux condi­tions doivent être rem­plies pour que le sys­tème pré­serve la confiance ; la clar­té et l’équité dans les pro­cé­dures de nomi­na­tion et le turn over des éva­lua­teurs.

5 – La ques­tion des post-doc. Sur ce point aus­si, mes dires ont été très libre­ment inter­pré­tés, mais j’en suis sans doute le prin­ci­pal res­pon­sable. L’ANR n’a pas mis­sion de créer des postes de cher­cheurs per­ma­nents ; c’est un fait. On peut en dis­cu­ter autant que l’on vou­dra, mais ce type de poste est incom­pa­tible avec la notion d’appels à pro­jets. Il faut donc main­te­nir ailleurs (CNRS et uni­ver­si­tés) le poten­tiel de scien­ti­fiques per­ma­nents. Je n’ai jamais dit que les por­teurs de pro­jets étaient res­pon­sables de la pré­ca­ri­té, mais sim­ple­ment qu’il fal­lait évi­ter d’accentuer la pré­ca­ri­té en fai­sant tour­ner à l’intérieur des pro­jets finan­cés un trop grand nombre de post-docs. Un post-doc asso­cié étroi­te­ment à un pro­jet sur la tota­li­té de sa réa­li­sa­tion trou­ve­ra cer­tai­ne­ment un béné­fice scien­ti­fique à la concré­ti­sa­tion de ce pro­jet ; peut-être fau­drait-il à ce sujet éla­bo­rer une charte. Le nombre de post-docs enga­gés dans le pro­grammes ANR est consi­dé­rable et je me per­mets de cor­ri­ger ce que dit l’un des inter­ve­nants : les 47 CDD men­tion­nés repré­sentent les postes ouverts par l’Appel d’offre sur les retours de post docs de l’étranger (il y a eu 8 can­di­dats en SHS cette année) ; mais ce nombre n’a rien à voir avec le chiffre de post-docs recru­tés chaque année par l’ANR (1500 en tout, et entre 150 et 200 pour les seules SHS !).

6- La ques­tion des réformes à appor­ter : que le fonc­tion­ne­ment de l’ANR soit per­fec­tible est évident. Nous tra­vaillons, en concert avec les scien­ti­fiques et leurs orga­nismes, à diver­si­fier et amé­lio­rer nos appels. Le pro­gramme « retour des post doc » en témoigne. De même, nous réflé­chis­sons à ouvrir un appel pour les pro­jets indi­vi­duels de faible mon­tant ou encore à lan­cer des appels plu­ri­an­nuels. Mais ces modi­fi­ca­tions ne pour­ront résul­ter que d’un véri­table débat apai­sé et sin­cère avec tous les acteurs de la recherche. Je ne veux pas entre­te­nir la polé­mique sur le rôle de l’ANR, mais je tenais à
rec­ti­fier cer­tains points. Je ne suis pas sûr que ce soient deux concep­tions de la recherche qui s’opposent, mais cer­tai­ne­ment deux façons de l’organiser et je ne suis pas sûr que la vision des scien­ti­fiques de l’ANR soit mino­ri­taire si l’on prend en compte la tota­li­té de la com­mu­nau­té scien­ti­fique des SHS (cher­cheurs et ensei­gnants-cher­cheurs). Contrai­re­ment à ce qui a pu être dit par cer­tains inter­ve­nants lors du débat, l’adhésion de la com­mu­nau­té aux pra­tiques de l’ANR est beau­coup plus large qu’on ne le pense et j’ai pu maintes fois le consta­ter lors des ren­contres avec les scien­ti­fiques, que ce soit dans les uni­ver­si­tés pari­siennes ou dans les régions. Encore faut-il que tout le monde dis­pose de l’ensemble des don­nées que le dia­logue puisse s’établir et que les posi­tions de cha­cun soient claires. Les miennes le sont : non, les cré­dits de l’ANR n’ont pas ampu­té ceux du CNRS. Oui, il est néces­saire de main­te­nir une part impor­tante de cré­dits récur­rents. Non, l’ANR n’a pas mis­sion de se sub­sti­tuer au CNRS qui doit avec les uni­ver­si­tés struc­tu­rer la recherche. Oui, la nou­velle orga­ni­sa­tion de la recherche doit repo­ser sur trois élé­ments com­plé­men­taires qui doivent défi­nir leur champ d’activité (opé­ra­teurs, finan­ce­ment et moyen) et tra­vailler ensemble, les Uni­ver­si­tés, le CNRS et l’ANR.

En tant qu’universitaire, je réfute la qua­li­fi­ca­tion de pro­fes­sion­nel de l’évaluation et du ‘mana­gé­riat’ et je suis prêt à dis­cu­ter de mes condi­tions de nomi­na­tion„ des « pré­ro­ga­tives » dont je béné­fi­cie, de la nature de mes fonc­tions, des méthodes et sur­tout du bilan. Je reste ouvert à tout débat avec la
com­mu­nau­té des cher­cheurs et des ensei­gnants-cher­cheurs à laquelle nous reven­di­quons, moi et mes col­lègues, l’appartenance .

Vous ferez, cher col­lègue, l’usage qui vous semble appro­prié de ce texte. Sans doute ai-je été trop long, mais croyez que je demeure, comme mes col­lègues, ouvert à tout débat et à toute dis­cus­sion.

Très cor­dia­le­ment

Jean-Michel Rod­daz
Res­pon­sable Dépar­te­ment SHS/ANR




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