Laurent Loty : « Pour l’indisciplinarité »

Laurent Loty nous fait le plaisir de nous envoyer un texte très intéressant sur la notion d’ »indisciplinarité », à laquelle il apporte ses compétences d’historien des relations entre mots, textes, savoirs et politiques. Ce texte correspond parfaitement aux interrogations qui nous motivent ici. La référence exacte du texte est la suivante :

Loty, Laurent. « Pour l’indisciplinarité », The Interdisciplinary Century ; Tensions and convergences in 18th-century Art, History and Literature, edited by Julia Douthwaite and Mary Vidal, Oxford, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 2005:04, Voltaire Foundation, 2005, pp. 245-259.

 

Introduction du texte :

INDISCIPLINARITE: l’invention d’un mot est parfois nécessaire pour lutter contre le poids des idées inscrites en nos mémoires de génération en génération. Si ce mot me paraît utile, c’est qu’il peut aider a rejeter l’apprentissage de la soumission qui va souvent de pair avec le respect des disciplines. C’est aussi qu’il permet de souligner l’insuffisance de la pluri-, de l’inter-, ou même de la transdisciplinarité, au regard de mes aspirations et de ma conception de l’enseignement, de la recherche, et de leurs fonctions dans la société. J’espère avoir suffisamment suggéré, dans les lignes qui suivent, à quel point la défense de l’indisciplinarité est paradoxale (à divers titres, la discipline est indispensable), mais aussi à quel point elle est nécessaire. C’est-à-dire utile, pour la liberté, pour la découverte, pour la création, pour l’affirmation de valeurs qui dépassent largement les domaines de la recherche et de l’enseignement, à moins que recherche et enseignement ne soient conçus comme ce qui participe à une dimension culturelle fondamentale pour nos modes de vie en société.

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Numérisation et mise en ligne de la revue Labo Contestation

Nous sommes heureux de vous annoncer la numérisation complète ainsi que la mise en ligne du corpus de la revue « Labo Contestation », revue contestataire lyonnaise réalisée par des chercheurs entre 1970 et 1973, et dont l’objectif était de réaliser une critique des conditions de production de la science et une analyse des rapports de domination au sein de l’université.

http://science-societe.fr/labo-contestation/

Labo Contestation est à prendre comme un témoignage, comme un document historique, mais aussi comme une raison de rester vigilant avec lucidité dans nos analyses du champ STS, ainsi que dans nos luttes pour une université et une recherche qui restent à libérer des pouvoirs qui l’enserrent encore.

C’est pourquoi, avec l’aval de Pierre Clément qui était la cheville ouvrière de Labo Contestation à Lyon, nous avons décidé de numériser et de mettre en ligne la collection complète des six numéros de cette revue, ainsi que deux hors-série.

Cette numérisation de la revue Labo Contestation, ainsi que sa mise en ligne, s’inscrivent dans l’une des opérations de recherche du Cluster « Enjeux et représentations de la science, de la technologie et de leurs usages » (opération 1 : « Pour une histoire des recherches sur la vulgarisation et le champ Sciences, Technologies et Société »).

    Sauvons La Recherche propose deux pétitions à signer : 
    
    - L'une pour exiger que cessent les mensonges d’état sur la recherche
      et l’enseignement supérieur :
      http://sauvonslarecherche.fr/spip.php?article3433
    
    - L'autre pour soutenir les précaires de l'École normale supérieure en
      grève depuis plusieurs mois, et soutenus par des élèves et enseignants
      de l'ENS, face à une direction qui reste intransigeante :
      http://sauvonslarecherche.fr/spip.php?article3437
    
    Merci de votre soutien et de diffuser largement autour de vous.
    

      Dans un article du 05.02.11 intitulé « Les chercheurs français sommés d’être discrets« , la rédaction du Monde relaie les propos de Bernard Valéro, porte-parole du Quai d’Orsay. On y lit que les chercheurs fonctionnaires seraient « astreints à une obligation de réserve » :

      Le Quai d’Orsay a demandé aux spécialistes français de l’Egypte présents sur place de ne plus s’exprimer dans les médias sur ce pays. L’information, révélée par Mediapart, a été confirmée par le ministère, samedi 5 février.

      Le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, a précisé que cette recommandation concernait des chercheurs français fonctionnaires, qui sont astreints à « une obligation de réserve ». Il a ajouté que cette règle s’appliquait au fonctionnaire « surtout lorsqu’il s’agit de parler de ce qui se passe dans le pays où il a reçu une autorisation de séjour et de travail ».

      « La deuxième raison, c’est que compte tenu du contexte en Egypte, pour des raisons de sécurité, il y a eu une recommandation de l’ambassade de dire n’en faisons pas trop, n’apparaissez pas trop publiquement. Si vous rentrez en France, vous pouvez vous exprimer, mais là, il faut faire attention », a-t-il estimé.

      Les attaques contre des journalistes ou des étrangers, commises le plus souvent par des partisans de M. Moubarak se sont multipliés ces derniers jours.

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      Réflexions sur le débat à l’EHESS sur le thème « L’AERES et après ? »

      Par Michel Barthélémy, Sociologue, Cnrs

      Le premier des « Grands Débats de l’EHESS » à s’inscrire dans le prolongement de l’opération « Changeons le programme » s’est tenu le 25 mars 2009. Il a présenté un ensemble de témoignages, de réflexions et d’analyses présentés quasiment à chaud sur la dernière vague en voie d’achèvement de l’évaluation des équipes de recherche par les comités de visite de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) (1). Ces interventions étaient le fait d’universitaires dont l’unité avait été l’objet de l’une de ces visites.

      Le présent texte ne prétend pas restituer en détail les différents points du débat (2). Il est plus limitativement consacré à discuter l’affirmation courante, et du reste réitérée par le représentant de l’AERES qui participait au débat, qui tient que l’évaluation à laquelle concourent ces comités est le fait de « pairs ». En ajoutant que le choix offert était entre cette configuration là ou bien le recours à un cabinet de consultants externes ou encore à des administratifs – « comme en Allemagne », a-t-il précisé.

      D’un point de vue formel, il est indéniable que les participants à ces comités de visite sont composés de membres de la communauté universitaire. Un certain nombre d’entre eux sont des universitaires étrangers. A ce titre, ils peuvent se réclamer légitimement de ce statut de « pairs » vis-à-vis des membres des unités de recherche qu’ils viennent évaluer (3). Toutefois, une bonne partie du débat a avancé des arguments rendant cette identité pour le moins problématique. Le point faisant problème était précisément la signification qu’il convient d’accorder au terme évaluation en comparant les anciennes aux nouvelles pratiques qui se mettent en place.

      Si l’on reprend l’affirmation du représentant de l’AERES, et qu’on la compare à l’intervention de N. Dodier, on s’aperçoit que les deux formes d’évaluation qui se font face sont très différentes l’une de l’autre dans leur esprit comme dans leur procédure. L’évaluation en vigueur jusque là, dans les commissions des organismes de recherche, notamment, est le fait de petits groupes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, dont une partie sont élus par leurs pairs, pour une durée de quelques années et qui mettent en place des règles d’évaluation ad hoc. Ils le font en fonction de critères qu’ils dégagent de l’intérieur même de leur comité et pour les fins pratiques de la tâche qui leur est assignée, soit l’évaluation d’équipes, projets de colloque ou d’édition, chercheurs, etc. La mise en place des critères jugés pertinents donc objectifs, c’est à dire acceptables par les participants comme fondement adéquat de leur travail d’évaluation, et reconnaissable sous ce jour par les instances supérieures de même que, potentiellement, par l’ensemble des membres de la communauté scientifique à laquelle ils appartiennent, suppose de faire activement partie de ces commissions et de prendre part à leur définition collective. En ce sens, la commission est à une double place d’observateur et de juge de la vie de la communauté dont elle est appelée à se prononcer sur les réalisations les plus récentes de ses membres ainsi que sur les activités projetées. Elle évalue leur intérêt et portée scientifique, sur la base de critères localement établis, internes à la profession, à son état et ses pratiques disciplinaires du moment, à la nature et à la teneur des dossiers à traiter ici-et-maintenant, en mobilisant la compétence et l’expertise variées de ses membres qui sont appelés à parvenir à une position commune sur les principes leur permettant de traiter les dossiers soumis à l’appréciation de la commission. C’est une version éprouvée de la parité et de la collégialité. Perfectible, certes, mais effective.

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      Par Igor Babou et Joëlle Le Marec.

      Bruno Latour, sociologue des sciences, vient de publier un article d’opinion dans Le Monde sous le titre : « Autonomie, que de crimes on commet en ton nom ! » (Le Monde, 25.02.09. Lire l’article en ligne).

      Enfonçant les poncifs journalistiques, l’article de Bruno Latour commence par une phrase choc accusant les intellectuels (tous les intellectuels) de gauche (selon le poncif, un intellectuel est forcément de gauche) d’immobilisme : tel des « chauffeurs de taxi », les universitaires seraient installés « dans la défense obstinée du statu quo ». Merci de la comparaison avec les chauffeurs de taxi : on ne sait pas trop, cependant, qui cette plate analogie est chargée d’insulter, et pour le moment, le syndicat des chauffeurs de taxi n’a pas réagi. Dans la foulée du discours méprisant de Nicolas Sarkozy le 22 janvier 2009, Bruno Latour naturalise sans honte, outre le registre de l’insulte et de la stigmatisation qui fait le lit de l’anti-intellectualisme ambiant, ce qu’il ne peut pas ne pas savoir être un mensonge : contrairement aux accusations d’immobilisme, il y a un rythme intensif des changements dans l’enseignement supérieur et la recherche. Ces changements ont pu être liés aux initiatives du milieu universitaire lui-même. Mais cette dynamique des changements internes est désormais paralysée par le rythme frénétique des mutations imposées pat l’État, et elles seront évidemment entravées par la logique tatillonne, gestionnaire, managériale de la loi sur l’Autonomie des Universités.

      Réaffirmons-le avec force : l’université n’a en aucun cas été un lieu d’immobilisme durant les dernières décennies. Elle a formé des centaines de milliers d’étudiants, a développé d’innombrables filières, a créé feu les IUP (Instituts Universitaires Professionnalisés), qui ont été des succès remarquables avant de se voir supprimés par des réformes imposées sans aucune connaissance de ce qui se faisait localement à l’initiative des dynamiques propres de chaque université.

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      Il devient insupportable de devoir en permanence célébrer la nécessaire mutation de tout ce qui semble « figé », c’est-à-dire vivant dans une échelle temporelle autre que celle des « années de chien », selon l’expression employée par un informaticien pour l’échelle des changements technologiques (une année pour sept). Les luttes actuelles sont  donc nécessaires. Mais  l’anticipation des destructions, anticipation nécessaire à la mobilisation, nous amène parfois à considérer comme condamnés les environnements et les dynamiques quotidiennes menacées et donc à les frapper d’insignifiance. Pourquoi perdre du temps au soin et à l’attention quotidienne pour ce qui est bien vécu ici et maintenant puisqu’il faut s’occuper à plein temps de combattre les tendances de destruction ?  Si nous raisonnons ainsi, nous sommes déjà morts. Selon moi, la lutte et la critique n’ont d’intérêt que s’ils s’accompagnent de l’effort constant pour compter précisément avec tel lieu, tel équipe, telle configuration, telle personne et leur donner sans cesse la même densité et la même réalité expérientielle et discursive que ce  contre quoi nous luttons.

      Mais comment parvenir à le penser ? De quoi s’agit-il ?

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      Appel de Lyon aux Jeunes Chercheurs

      Indiscipline relaie l’appel de Lyon aux Jeunes chercheurs :

      Nous disons non au projet de décret de contrat doctoral unique. Pour une véritable reconnaissance, sécurisation et valorisation du parcours doctoral

      NB : Nous invitons toutes les catégories (étudiants, doctorants, enseignants, chercheurs, BIATOSS, …) à signer cet appel.

      Nous, doctorant-e-s, futurs doctorant-e-s ou jeunes docteur-e-s, collectifs ou organisations de doctorants et de l’enseignement supérieur et de la recherche, refusons les conséquences que pourrait avoir la mise en place du « contrat doctoral unique » sur le parcours doctoral. Nous nous associons aux fortes inquiétudes exprimées par l’ensemble de la communauté universitaire face aux réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous constatons, notamment avec la mise en place de la LRU, une cohérence politique entre toutes les mesures gouvernementales (modification statuts enseignants-chercheurs, mastérisation, réformes des CROUS, démantèlements des EPST, …), dans laquelle s’inscrit celle concernant les études doctorales.

      Les jeunes chercheurs prennent une part active et indispensable dans les missions de services publics d’enseignement et de recherche. Ils participent du dynamisme des universités et des laboratoires et constituent leur avenir. Pour autant, la situation des études doctorales en France est loin d’être satisfaisante : forte précarité, éclatements des statuts, disparités des financements, peu de considération, peu de reconnaissance, formations inadaptées, peu de moyens alloués, peu de débouchés appropriés.

      Nous reconnaissons donc la nécessité d’apporter des réponses ambitieuses et cohérentes face à ces difficultés. Pour autant, le projet de décret instituant un « contrat doctoral unique », s’il marque une volonté d’élaborer un cadre juridique pour les doctorants, aura pour conséquence d’accentuer ces difficultés. En mettant le doctorant dans une situation de subordination locale, individuelle et déséquilibrée, la rémunération, son service annuel d’activités et le contenu de ses travaux de thèses seront conditionnés à une négociation « à la tête du client », qui ouvre à toutes les dérives. De plus, il accentue la précarité en prévoyant une période d’essai pouvant aller jusqu’à six mois, en attribuant aux doctorants beaucoup de devoirs mais peu de droits (pas de droit de recours, droits du licencié incertains, …), et en inscrivant les doctorants dans un rapport de concurrence au sein de l’université. Enfin, le caractère universitaire des missions du doctorant est remis en cause par des conditions d’exercice d’activités en entreprise mal définies, et dont l’ampleur de la charge est inquiétante.

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      S’appuyant sur les mensonges propagés par les tutelles gouvernementales, une vague de critique de la sinécure universitaire enfle de blogs en forums : les universitaires et les chercheurs – quel scandale Mme Michu ! – ne seraient pas évalués ! On nous cache des choses, et que fait-on de nos impôts, je vous l’demande ?

      Contre cette désinformation, et contre les préjugés et autres idées fausses qui circulent en ce moment, voici une mise au point rappelant quelques données de base sur l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Car il est faux, archi-faux, de dire que la recherche ne serait pas évaluée : elle l’est en permanence.

      Voilà, schématiquement, à quoi ressemble le parcours typique d’un universitaire :

      escalier-livresD’abord, il y a la formation initiale : de la licence au Master 2. A chaque étape, il s’agit d’une formation à la recherche par la recherche. Du moins, en ce qui concerne les formations que je dirige, et qui sont orientées vers les professions de la recherche. Ensuite, vous êtes admis en thèse, sur la base d’un projet, généralement définit dans votre Master 2. C’est une commission qui valide cette inscription : elle ne se fait pas sur la seule fantaisie du doctorant et de son directeur de thèse. Ensuite, vous menez des travaux de recherche durant 3 à 6 ans, voire plus parfois en SHS. Chaque année vous devez fournir un dossier pour demander, à une commission et à votre directeur de thèse, une réinscription. Enfin, vous arrivez à la fin de ce premier parcours, et si vous vous estimez capable de soutenir votre thèse, vous en demandez l’autorisation à votre directeur de thèse. Celui ci vous dit oui ou non, mais s’il vous dit oui, il doit avant tout le signaler au directeur de l’École Doctorale qui contrôle la légalité formelle de la procédure, qui doit être publique.

      Je passe les détails, mais avant la constitution d’un jury, on envoie votre document à deux rapporteurs, qui sont spécialistes du domaine que vous traitez, et qui évaluent votre dossier (publications, formation, participation à la vie de la communauté, responsabilités) et votre thèse. Ces deux rapporteurs écrivent un rapport argumenté qui autorise, ou pas, la soutenance et qui sert d’argumentation préalable pour le doctorant et son directeur, ainsi que pour le président du jury.

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      Motions de la coordination universitaire le 22 janvier : le 2 février l’université s’arrête

      La coordination nationale des universités a réuni le 22 janvier 2009 des délégués provenant de quarante six universités. Elle a voté les motions suivantes :

      Motion n°1 :

      La coordination nationale réunissant ce jeudi 22 janvier 2009 condamne la mise en place d’une politique d’affaiblissement structurel de l’enseignement et de la recherche, la précarisation des personnels de toutes catégories, notamment au travers de l’individualisation des carrières, de la mise en place du nouveau contrat doctoral et des suppression d’emplois, exige le rétablissement des postes supprimés, un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires dans les universités et les grands organismes de recherche, et soutient les mobilisations en cours.

      Elle déclare que si le ministère ne retire pas, sans préalable :

      1) le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs

      2) la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré

      l’université française se mettra en grève totale, reconductible et illimitée : le 2 février 2009 l’université s’arrête.

      Unanimité moins 3 voix contre

      Motion n°2 :

      La coordination nationale a également voté l’appel immédiat à la rétention des notes, la non transmission des maquettes de formation des enseignants du premier et du second cycle et le soutien aux mouvements de grève qui ont déjà commencé ainsi que l’appel au renforcement de la mobilisation dans tous les établissements.

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