Réflexions sur le débat à l’EHESS sur le thème « L’AERES et après ? »

Par Michel Barthélémy, Sociologue, Cnrs

Le premier des « Grands Débats de l’EHESS » à s’inscrire dans le prolongement de l’opération « Changeons le programme » s’est tenu le 25 mars 2009. Il a présenté un ensemble de témoignages, de réflexions et d’analyses présentés quasiment à chaud sur la dernière vague en voie d’achèvement de l’évaluation des équipes de recherche par les comités de visite de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) (1). Ces interventions étaient le fait d’universitaires dont l’unité avait été l’objet de l’une de ces visites.

Le présent texte ne prétend pas restituer en détail les différents points du débat (2). Il est plus limitativement consacré à discuter l’affirmation courante, et du reste réitérée par le représentant de l’AERES qui participait au débat, qui tient que l’évaluation à laquelle concourent ces comités est le fait de « pairs ». En ajoutant que le choix offert était entre cette configuration là ou bien le recours à un cabinet de consultants externes ou encore à des administratifs – « comme en Allemagne », a-t-il précisé.

D’un point de vue formel, il est indéniable que les participants à ces comités de visite sont composés de membres de la communauté universitaire. Un certain nombre d’entre eux sont des universitaires étrangers. A ce titre, ils peuvent se réclamer légitimement de ce statut de « pairs » vis-à-vis des membres des unités de recherche qu’ils viennent évaluer (3). Toutefois, une bonne partie du débat a avancé des arguments rendant cette identité pour le moins problématique. Le point faisant problème était précisément la signification qu’il convient d’accorder au terme évaluation en comparant les anciennes aux nouvelles pratiques qui se mettent en place.

Si l’on reprend l’affirmation du représentant de l’AERES, et qu’on la compare à l’intervention de N. Dodier, on s’aperçoit que les deux formes d’évaluation qui se font face sont très différentes l’une de l’autre dans leur esprit comme dans leur procédure. L’évaluation en vigueur jusque là, dans les commissions des organismes de recherche, notamment, est le fait de petits groupes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, dont une partie sont élus par leurs pairs, pour une durée de quelques années et qui mettent en place des règles d’évaluation ad hoc. Ils le font en fonction de critères qu’ils dégagent de l’intérieur même de leur comité et pour les fins pratiques de la tâche qui leur est assignée, soit l’évaluation d’équipes, projets de colloque ou d’édition, chercheurs, etc. La mise en place des critères jugés pertinents donc objectifs, c’est à dire acceptables par les participants comme fondement adéquat de leur travail d’évaluation, et reconnaissable sous ce jour par les instances supérieures de même que, potentiellement, par l’ensemble des membres de la communauté scientifique à laquelle ils appartiennent, suppose de faire activement partie de ces commissions et de prendre part à leur définition collective. En ce sens, la commission est à une double place d’observateur et de juge de la vie de la communauté dont elle est appelée à se prononcer sur les réalisations les plus récentes de ses membres ainsi que sur les activités projetées. Elle évalue leur intérêt et portée scientifique, sur la base de critères localement établis, internes à la profession, à son état et ses pratiques disciplinaires du moment, à la nature et à la teneur des dossiers à traiter ici-et-maintenant, en mobilisant la compétence et l’expertise variées de ses membres qui sont appelés à parvenir à une position commune sur les principes leur permettant de traiter les dossiers soumis à l’appréciation de la commission. C’est une version éprouvée de la parité et de la collégialité. Perfectible, certes, mais effective.

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Commentaire (1)

Par Igor Babou et Joëlle Le Marec.

Bruno Latour, sociologue des sciences, vient de publier un article d’opinion dans Le Monde sous le titre : « Autonomie, que de crimes on commet en ton nom ! » (Le Monde, 25.02.09. Lire l’article en ligne).

Enfonçant les poncifs journalistiques, l’article de Bruno Latour commence par une phrase choc accusant les intellectuels (tous les intellectuels) de gauche (selon le poncif, un intellectuel est forcément de gauche) d’immobilisme : tel des « chauffeurs de taxi », les universitaires seraient installés « dans la défense obstinée du statu quo ». Merci de la comparaison avec les chauffeurs de taxi : on ne sait pas trop, cependant, qui cette plate analogie est chargée d’insulter, et pour le moment, le syndicat des chauffeurs de taxi n’a pas réagi. Dans la foulée du discours méprisant de Nicolas Sarkozy le 22 janvier 2009, Bruno Latour naturalise sans honte, outre le registre de l’insulte et de la stigmatisation qui fait le lit de l’anti-intellectualisme ambiant, ce qu’il ne peut pas ne pas savoir être un mensonge : contrairement aux accusations d’immobilisme, il y a un rythme intensif des changements dans l’enseignement supérieur et la recherche. Ces changements ont pu être liés aux initiatives du milieu universitaire lui-même. Mais cette dynamique des changements internes est désormais paralysée par le rythme frénétique des mutations imposées pat l’État, et elles seront évidemment entravées par la logique tatillonne, gestionnaire, managériale de la loi sur l’Autonomie des Universités.

Réaffirmons-le avec force : l’université n’a en aucun cas été un lieu d’immobilisme durant les dernières décennies. Elle a formé des centaines de milliers d’étudiants, a développé d’innombrables filières, a créé feu les IUP (Instituts Universitaires Professionnalisés), qui ont été des succès remarquables avant de se voir supprimés par des réformes imposées sans aucune connaissance de ce qui se faisait localement à l’initiative des dynamiques propres de chaque université.

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Commentaires (7)

Il devient insupportable de devoir en permanence célébrer la nécessaire mutation de tout ce qui semble « figé », c’est-à-dire vivant dans une échelle temporelle autre que celle des « années de chien », selon l’expression employée par un informaticien pour l’échelle des changements technologiques (une année pour sept). Les luttes actuelles sont  donc nécessaires. Mais  l’anticipation des destructions, anticipation nécessaire à la mobilisation, nous amène parfois à considérer comme condamnés les environnements et les dynamiques quotidiennes menacées et donc à les frapper d’insignifiance. Pourquoi perdre du temps au soin et à l’attention quotidienne pour ce qui est bien vécu ici et maintenant puisqu’il faut s’occuper à plein temps de combattre les tendances de destruction ?  Si nous raisonnons ainsi, nous sommes déjà morts. Selon moi, la lutte et la critique n’ont d’intérêt que s’ils s’accompagnent de l’effort constant pour compter précisément avec tel lieu, tel équipe, telle configuration, telle personne et leur donner sans cesse la même densité et la même réalité expérientielle et discursive que ce  contre quoi nous luttons.

Mais comment parvenir à le penser ? De quoi s’agit-il ?

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Indiscipline relaie l’appel de Lyon aux Jeunes chercheurs :

Nous disons non au projet de décret de contrat doctoral unique. Pour une véritable reconnaissance, sécurisation et valorisation du parcours doctoral

NB : Nous invitons toutes les catégories (étudiants, doctorants, enseignants, chercheurs, BIATOSS, …) à signer cet appel.

Nous, doctorant-e-s, futurs doctorant-e-s ou jeunes docteur-e-s, collectifs ou organisations de doctorants et de l’enseignement supérieur et de la recherche, refusons les conséquences que pourrait avoir la mise en place du « contrat doctoral unique » sur le parcours doctoral. Nous nous associons aux fortes inquiétudes exprimées par l’ensemble de la communauté universitaire face aux réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous constatons, notamment avec la mise en place de la LRU, une cohérence politique entre toutes les mesures gouvernementales (modification statuts enseignants-chercheurs, mastérisation, réformes des CROUS, démantèlements des EPST, …), dans laquelle s’inscrit celle concernant les études doctorales.

Les jeunes chercheurs prennent une part active et indispensable dans les missions de services publics d’enseignement et de recherche. Ils participent du dynamisme des universités et des laboratoires et constituent leur avenir. Pour autant, la situation des études doctorales en France est loin d’être satisfaisante : forte précarité, éclatements des statuts, disparités des financements, peu de considération, peu de reconnaissance, formations inadaptées, peu de moyens alloués, peu de débouchés appropriés.

Nous reconnaissons donc la nécessité d’apporter des réponses ambitieuses et cohérentes face à ces difficultés. Pour autant, le projet de décret instituant un « contrat doctoral unique », s’il marque une volonté d’élaborer un cadre juridique pour les doctorants, aura pour conséquence d’accentuer ces difficultés. En mettant le doctorant dans une situation de subordination locale, individuelle et déséquilibrée, la rémunération, son service annuel d’activités et le contenu de ses travaux de thèses seront conditionnés à une négociation « à la tête du client », qui ouvre à toutes les dérives. De plus, il accentue la précarité en prévoyant une période d’essai pouvant aller jusqu’à six mois, en attribuant aux doctorants beaucoup de devoirs mais peu de droits (pas de droit de recours, droits du licencié incertains, …), et en inscrivant les doctorants dans un rapport de concurrence au sein de l’université. Enfin, le caractère universitaire des missions du doctorant est remis en cause par des conditions d’exercice d’activités en entreprise mal définies, et dont l’ampleur de la charge est inquiétante.

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S’appuyant sur les mensonges propagés par les tutelles gouvernementales, une vague de critique de la sinécure universitaire enfle de blogs en forums : les universitaires et les chercheurs – quel scandale Mme Michu ! – ne seraient pas évalués ! On nous cache des choses, et que fait-on de nos impôts, je vous l’demande ?

Contre cette désinformation, et contre les préjugés et autres idées fausses qui circulent en ce moment, voici une mise au point rappelant quelques données de base sur l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Car il est faux, archi-faux, de dire que la recherche ne serait pas évaluée : elle l’est en permanence.

Voilà, schématiquement, à quoi ressemble le parcours typique d’un universitaire :

escalier-livresD’abord, il y a la formation initiale : de la licence au Master 2. A chaque étape, il s’agit d’une formation à la recherche par la recherche. Du moins, en ce qui concerne les formations que je dirige, et qui sont orientées vers les professions de la recherche. Ensuite, vous êtes admis en thèse, sur la base d’un projet, généralement définit dans votre Master 2. C’est une commission qui valide cette inscription : elle ne se fait pas sur la seule fantaisie du doctorant et de son directeur de thèse. Ensuite, vous menez des travaux de recherche durant 3 à 6 ans, voire plus parfois en SHS. Chaque année vous devez fournir un dossier pour demander, à une commission et à votre directeur de thèse, une réinscription. Enfin, vous arrivez à la fin de ce premier parcours, et si vous vous estimez capable de soutenir votre thèse, vous en demandez l’autorisation à votre directeur de thèse. Celui ci vous dit oui ou non, mais s’il vous dit oui, il doit avant tout le signaler au directeur de l’École Doctorale qui contrôle la légalité formelle de la procédure, qui doit être publique.

Je passe les détails, mais avant la constitution d’un jury, on envoie votre document à deux rapporteurs, qui sont spécialistes du domaine que vous traitez, et qui évaluent votre dossier (publications, formation, participation à la vie de la communauté, responsabilités) et votre thèse. Ces deux rapporteurs écrivent un rapport argumenté qui autorise, ou pas, la soutenance et qui sert d’argumentation préalable pour le doctorant et son directeur, ainsi que pour le président du jury.

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Motions de la coordination universitaire le 22 janvier : le 2 février l’université s’arrête

La coordination nationale des universités a réuni le 22 janvier 2009 des délégués provenant de quarante six universités. Elle a voté les motions suivantes :

Motion n°1 :

La coordination nationale réunissant ce jeudi 22 janvier 2009 condamne la mise en place d’une politique d’affaiblissement structurel de l’enseignement et de la recherche, la précarisation des personnels de toutes catégories, notamment au travers de l’individualisation des carrières, de la mise en place du nouveau contrat doctoral et des suppression d’emplois, exige le rétablissement des postes supprimés, un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires dans les universités et les grands organismes de recherche, et soutient les mobilisations en cours.

Elle déclare que si le ministère ne retire pas, sans préalable :

1) le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs

2) la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré

l’université française se mettra en grève totale, reconductible et illimitée : le 2 février 2009 l’université s’arrête.

Unanimité moins 3 voix contre

Motion n°2 :

La coordination nationale a également voté l’appel immédiat à la rétention des notes, la non transmission des maquettes de formation des enseignants du premier et du second cycle et le soutien aux mouvements de grève qui ont déjà commencé ainsi que l’appel au renforcement de la mobilisation dans tous les établissements.

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Humeur noire

Par Sophie Roux (Grenoble II / Institut universitaire de France)

nuages-noirsCela sent le cliché. Elle était sans travail, et avait commencé à garder mes enfants un jour de grand hiver : elle n’avait pas de manteau. Croyant lui rendre service, je la présentai quelques mois plus tard à une autre famille, où elle devait garder d’autres enfants que les miens. Mais, d’une anicroche à l’autre, ça ne passait pas. « Ces gens-là, me disait-elle plus ou moins, ne me respectent pas. Chez vous, j’aime le travail, mais eux, ils me prennent ma dignité ». Alors elle, elle qui était presque sans travail, elle leur déclara un jour qu’entre elle et eux, ce n’était pas possible. C’est une dignité du genre de la sienne que je m’étonne ces jours-ci de ne pas voir plus répandue ou plus manifeste parmi nous, et qui me fait penser que l’honneur de l’Université est depuis longtemps perdu — à moins qu’il n’ait jamais existé que dans l’esprit de quelques-uns.

L’honneur de l’Université, tel que je me le représente, c’est l’honneur d’une communauté d’enseignants et de chercheurs, qui sait qu’elle a des valeurs et des normes propres. Dans le cas particulier de la France, l’histoire avait adossé cet honneur au statut de fonctionnaire : de sorte que chacun pouvait de droit dire ce qui fâche et ne pas perdre son âme dans l’exercice de ses fonctions. Bien sûr, les choses humaines étant ce qu’elles sont, il arrivait tout de même qu’il y ait quelques petits arrangements. Je dois dire que je n’aimais pas ça, comme un chat n’aime pas l’eau j’imagine : je me hérissais, et ne savais plus trop quoi faire de moi. Jusqu’alors, il m’avait cependant semblé qu’on pouvait s’en sortir — à peu près — indemne.

Mais aujourd’hui ? Il y avait déjà l’ANR, puis il y a eu la LRU. Nous n’avons peut-être pas encore oublié le vote à la sauvette de cette absurde réforme, et les cortèges de CRS qu’elle a amenés dans les enceintes de l’Université. Sont arrivés les campus de l’excellence, de vastes entreprises immobilières. Il a fallu mettre en place le Plan Réussite Licence, profiter de l’aubaine. Se demander si l’on allait encore une fois faire un projet pour rapporter un peu d’argent à son équipe. Pour les plus gradés d’entre nous, se mettre en costume pour la visite de l’AERES, faire un petit tour en piste avec ses experts, répondre diligemment à des rapports prévisibles : trois petits tours et puis s’en vont. Et voilà que cette même Agence nous sort, sans s’appuyer sur quelque procédure que ce soit et sans avoir pris le temps de s’informer minimalement sur les questions de bibliométrie, mais juste histoire de faire semblant de se mettre aux normes internationales, un classement des revues de sciences humaines et sociales. La ministre choisit, au mépris des jurys qu’elle a nommés et en dépit des lois existantes, vingt-deux membres d’un institut prestigieux. Une université voisine prévoit de recenser les étudiants absents, alors que d’autres étudiants se sont vus refuser leur permis de séjour s’il était attesté qu’ils manquaient d’assiduité.

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Appel à vous : J’ouvre ce blog aux intellos précaires, ouvriers du savoir, aux non-titulaires-en-attente-de-mieux, aux titulaires-qui-sont-passés-par-là, aux esclaves des mandarins, aux Lupen de « l’intelligence ».

Je souhaite relever la tête, recueillir des témoignages, pour créer un dialogue, élaborer un réseau de solidarité, pour dépasser la concurrence de chacun contre chacun, cette guérilla idéologique individuelle qui ne mène nulle part…

http://precairedusavoir.over-blog.com/


Sauvons la recherche nous a appellé à la rescousse jeudi 19 juin à 8h 30 pour sauver le CNRS et « pour un monde meilleur »

tant qu’à faire…

Que puis-je faire pour défendre l’enseignement et la recherche le 19 juin ?

SLR propose les actions suivantes, j’expose mon point de vue.

Venir (dès 8h) participer au blocage du CA du CNRS à Paris.

Je vais y aller, et demander aux présents combien sont titulaires, combien sont précaires, ha non ! Demain matin je surveille des examens pour l’éducation nationale (il faut bien vivre).

Inciter le directeur de mon laboratoire ou/et de mon UFR à organiser une réunion pour discuter et préparer le 19 juin : les conditions posées et la portée de la grève administrative ;

(rire) Je suis suspect pour le moins depuis mes sorties sur SLR, il y a 4 ans. à l’époque mon directeur de labo à démissionné, puis réintégré son poste, tranquille. Quant à moi et mes co-disciples nous sommes toujours aussi précaires. Ah oui, ce directeur fait indéniablement partie des mandarins…

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L’Autre Campagne vient de publier une version résumée de notre article « Culture et savoirs aux prises avec la (dé)raison technocratique ». Nous les en remercions chaleureusement. Pour coller à l’esprit de L’Autre Campagne, nous avons réduit le texte initial à 6500 signes et avons introduit une conclusion plus « opératoire » au plan politique.

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Enseignant-chercheur dans une discipline des sciences humaines et sociales, spécialiste des rapports entre sciences et société (c’est ce que dit mon CV…), je me sens concerné par les articles 80 à 87 des 125 propositions du programme des collectifs unitaires. N’ayant pas participé à leur élaboration, j’apporte ici ma modeste contribution à cette réflexion. Je vais me contenter de commenter les articles, afin d’impulser une dynamique de discussion, car il me semble qu’il y a encore fort à faire dans ce domaine. J’espère que certains voudront bien participer également à ce travail de lecture critique et de propositions. Je précise avant tout chose que tout ce que je vais écrire s’appuie sur une connaissance des sciences humaines et sociales, mais concerne moins les sciences de la nature : à mon avis, ces deux domaines sont très différents et on gagnerait à ne pas les traiter entièrement sur le même plan et à tenir compte de leurs spécificités.

Je mettrai en italique gras les citations du texte « Ce que nous voulons », et insérerai mes remarques à leur suite. Je salue et remercie les auteurs de ces propositions, en les priant de bien vouloir prendre les remarques et critiques qui vont suivre pour ce qu’elles sont : une invitation au débat tout à fait conforme avec l’exigence d’analyse critique que toute activité de recherche impose.

« C – ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET RECHERCHE Contre les logiques libérales, un service public développé, démocratisé, unifié. Notre ambition est la démocratisation de l’enseignement supérieur, l’ouverture de la recherche et son indépendance par rapport au marché. »

En ce qui concerne la recherche, l’ambition annoncée ne me semble pas devoir se résumer à affirmer son indépendance par rapport au marché. C’est certes un préalable, mais il y a un autre enjeu, essentiel à poser dès le début, qui est celui de restaurer l’ambition initiale de toute recherche : produire des connaissances originales. Le système actuel, fortement bureaucratisé et hiérarchisé, n’est plus un garant de l’indépendance intellectuelle des chercheurs, pour autant qu’il ait pu l’être un jour, ce dont je doute. Quoi qu’il en soit, ces dernières années, la bureaucratie et les pressions idéologiques ont été telles que l’indépendance de la recherche est menacée, et pas seulement par le marché : elles l’est au sein même des métiers de la recherche, par l’installation de profils exogènes à ses valeurs (postes de communiquants, de gestionnaires, de comptables, etc.) qui ont pris tant de pouvoir que notre métier n’a plus pour seule ambition la production de connaissances. C’est un des effets du libéralisme, mais il faut gagner en précision dans la description de ce qui se passe sur le terrain : le marché n’est plus extérieur aux institutions de recherche, il les colonise de l’intérieur, et cette colonisation n’est pas simplement économique, mais également gestionnaire.

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