Pour en savoir plus sur les réformes et leurs sous-bassements idéologiques, un livre récemment paru pourrait s’avérer un bon compendium :

http://www.liens-socio.org/article.php3 ?id_article=4226

Je copie-colle la critique qui en a été faite sur « Liens socio » :

« Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l’enseignement supérieur européen

Un ouvrage sous la direction de Franz Schultheis, Marta Roca i Escoda et Paul-Frantz Cousin (Raisons d’agir, coll. « Cours et Travaux », 2008, 231 p., 17 €)

Par Igor Martinache

Philosophe, linguiste diplomate et ministre, Wilhelm von Humboldt prit également le temps de fonder, en 1810, l’Université à Berlin qui porte aujourd’hui son nom. Son projet est alors visionnaire puisqu’il décide d’y réunir différentes disciplines afin que professeurs et étudiants de divers horizons se confrontent pour mener de cette manière une « libre recherche », affranchie des systèmes philosophiques et autres préjugés [1]. Significativement, aussi illustre en Allemagne que son naturaliste de frère Alexander, Humboldt est peu connu de ce côté-ci du Rhin. Une lacune que semblerait devoir combler la mise en place d’un « espace européen de l’enseignement supérieur », initiée par la « Déclaration de Bologne » que signent les ministres de l’Éducation de 29 États européens le 19 juin 1999 [2]. Un texte qui marquait en fait surtout le ralliement de vingt-cinq de ses responsables à la volonté exprimée un an plus tôt par leurs collègues français, britannique, allemand et italien dans la « déclaration de la Sorbonne » du 25 mai 1998, impulsé par les seuls ministres [3]. Si cette harmonisation des systèmes d’enseignement supérieur semble partir d’une bonne intention, venant infléchir la pente par trop mercantile de la construction européenne et permettre enfin l’émergence d’une conscience européenne [4]. Hélas, si elles posent les bases d’une telle Europe de la connaissance, c’est sur son plus petit dénominateur commun que les modalités de cette mise en œuvre de cette déclaration se sont appuyées, à savoir la culture gestionnaire.

Telle est donc la démonstration des différents contributeurs de cet ouvrage, issu du colloque « Les systèmes d’enseignement nationaux et les catégories nationales de pensée » organisé par le réseau ESSE (pour un réseau des sciences sociales européennes) à Coppet (Suisse) en 2004, mais auquel les réformes actuellement en cours dans les universités françaises viennent -malheureusement- redonner une actualité brûlante. La marchandisation de l’enseignement supérieur dont il est question passe ainsi par une uniformisation gestionnaire des cursus, qui, faisant fi des spécificités disciplinaires, largement inspirée des préconisations de l’OCDE (organisation pour la coopération économique et le développement) pour l’invention d’une « prestation de service éducatif » uniforme. Celle-ci passe ainsi par la mise en œuvre d’instruments a priori neutres – illusion savamment comprise et entretenue par les dirigeants contemporains [5] – tels que la tripartition des parcours en 3, 5 ou 8 ans (le fameux « LMD » (Licence-Master-Doctorat) dans la terminologie française) au détriment des diplômes intermédiaires, la modularisation de l’enseignement allant de pair avec la mise en place du système de « crédits » transférables (les ECTS – European Credits Transfer System) entre établissements européens, favorisant a priori la mobilité des étudiants -mais pas n’importe lesquels-, mais surtout réduisant la valeur des enseignements à leur seule mesure horaire. C’est surtout l’autonomisation accrue des établissements, encourager à quêter leurs propres ressources à travers la mise en place de chaires sponsorisées par des entreprises privées, ou la mise en place de frais d’inscription – quand elle n’était pas encore mise en œuvre- de plus en plus élevés, avec la privatisation pure et simple en ligne de mire. Bref, bien plus qu’une simple harmonisation des contenus d’enseignement, c’est bien un « projet de grande envergure visant à transformer les conditions de production et de diffusion du travail intellectuel » qui est ainsi dessiné depuis « Bologne », avec la réduction de l’éducation supérieure à un service standardisé de formation assuré par des universités mues en entreprises compétitives pilotées par de véritables managers initiant projet après projet et visant bien davantage à assurer la « professionnalisation » des étudiants qu’à cultiver leur esprit critique, ainsi que le montre bien Sandrine Garcia dans sa contribution. « La réduction de la durée moyenne des études sous le régime du bachelor [la nouvelle « Licence » française] s’accompagne d’un renforcement du caractère scolaire de l’apprentissage et d’un abaissement du niveau des connaissances et des compétences scientifiques pour la majorité des étudiants [...] Le prix à payer sera, en dehors des nouvelles inégalités sociales en matière d’accès aux biens culturels, du côté de la capacité de réflexion critique autonome et des compétences scientifiques « moyennes » » résument en introduction Franz Schultheis, Marta Roca i Escoda et Paul-Frantz Cousin.

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Par Francis Chateauraynaud

Dans un entretien accordé à Libération, le 15 novembre 2008, « Veille d’opinion dans l’Education : « En aucun cas on ne peut parler de fichage » » http://www.liberation.fr/societe/0101266365-veille-d-opinion-dans-l-educ, la direction de la communication des ministères de l’Education Nationale (MEN) et de l’Enseignement Supérieur et la Recherche (MESR), tente de justifier le contenu de l’appel d’offre qui a circulé sur la toile la semaine dernière et provoqué l’indignation de nombreux citoyens, internautes, dont beaucoup d’enseignants et d’enseignants-chercheurs. En guise de réponse à cette indignation, on trouve la très classique rhétorique de l’incompréhension. On nous explique qu’ « en aucun cas, on ne peut parler de fichage ou de surveillance », et qu’ « il ne s’agit absolument pas d’identifier des cas individuels ou de constituer des fiches nominatives ». Il s’agirait donc d’un pur « fantasme ». Mais si la direction de la communication estime qu’il y a eu un méchant « amalgame », elle ne va pas jusqu’à parler de « paranoïa » – ce qui est pourtant un anathème fréquent dès lors que l’esprit critique prend la parole pour aller au-delà de la langue de bois communicationnelle. Pour rassurer l’ « opinion », notre responsable ajoute que ce type d’appel d’offre a déjà eu lieu et que la seule nouveauté réside cette année dans l’ajout de « précisions » dans le cahier des clauses particulières – c’est-à-dire le document qui précise les éléments du cahier des charges acceptés par le ou les futurs prestataires : « nous parlons notamment de repérer des ’leaders d’opinion’, les ’lanceurs d’alerte’, etc. Mais ce vocabulaire a été mal interprété, particulièrement le second terme. Or s’agissant d’un appel d’offres, il nous fallait préciser au maximum le produit que l’on demande à la société prestataire. Et nous avons utilisé la terminologie habituelle pour ce type de service. »

Il se trouve que je suis l’auteur, avec Didier Torny, de la notion de « lanceur d’alerte », notion créée dans un but précis, au cours de travaux sur les risques sanitaires, environnementaux et technologiques menés entre 1995 et 1999. De quelles alertes nous parle-t-on dans ce marché public sinon de prises de parole critiques assumées par des personnes, expressions qui relèvent de la citoyenneté, de la protestation et du débat démocratique sur les enjeux du service public d’enseignement et de recherche ? On nous dit qu’il s’agit d’être « précis » mais on utilise une notion sans voir que son sens est dévoyé dans le contexte. Soyons clairs : la notion de lanceur d’alerte désigne un individu ou un groupe qui passe une information problématique, inquiétante ou incertaine à d’autres, en les interpellant sur des événements ou des faits non encore vérifiés et sur leurs conséquences éventuelles. Ce faisant il amorce un processus de mise en discussion d’un danger ou d’un risque, et ce processus a une visée collaborative. Lorsque l’alerte est déniée ou maltraitée, comme ce fut le cas à plusieurs reprises dans l’histoire récente (du sang contaminé aux excès de sel dans l’alimentation, en passant par l’amiante ou les pesticides) la critique se développe très socio-logiquement, le lanceur d’alerte devient un porteur d’alerte ou passe le relais à des acteurs critiques, et il devient impossible de dissocier alerte et dénonciation. Le rôle de lanceur d’alerte ou de tireur d’alarme, que tout le monde peut prendre, fonctionne assez bien quand l’alerte est détachable des personnes et qu’un accord se forme sur le sens du message et les suites à lui donner.

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L’enseignement supérieur et la recherche avec l’enseignement secondaire et l’enseignement primaire.

Ce n’est pas seulement par solidarité que nous devons marquer notre soutien au mouvement actuel des lycéens et aux protestations des collègues de l’enseignement primaire et secondaire contre les décisions affectant programmes et organisation des études : c’est aussi parce que ce qui se passe dans les écoles, dans les collèges et dans les lycées est à l’évidence en rapport avec ce qui est en route dans l’enseignement supérieur et la recherche.

La cohérence de la politique du gouvernement dans les domaines de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche apparaît en effet de plus en plus clairement. Il est frappant de constater à quel point, plus que jamais, des logiques analogues et symétriques animent les projets et les décisions dans les trois domaines en même temps. Même centralisation accrue du gouvernement au sein des établissements, mêmes inflexions budgétaires, même réorganisation des programmes et des diplômes, même traitement économique de l’éducation, même désinvolture à l’égard de la qualité d’enseignement, même façon de ne plus placer l’élève ou l’étudiant au cœur du système, même désengagement de l’État : l’action gouvernementale dans les différentes sphères est cohérente. Dictée en apparence par quelques convictions que l’on proclame « frappées au coin du bon sens », elle est en fait profondément idéologique : critique de la fonction publique budgétivore, flexibilité accrue contre la « rigidité des statuts », remise en cause systématique des disciplines que l’on dénonce comme « rétrogrades », rentabilité et évaluation non contradictoire et non paritaire.

En définitive, la politique d’enseignement semble par moments se résumer à la nécessité de diminuer le nombre de fonctionnaires, comme si l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche étaient des variables d’ajustement du budget de l’État.

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Este texto es uno de los articulos publicados en : http://joanguimaray.blogspot.com/ Ver tambien http://5tanota.blogspot.com

Ce texte fait partie des articles que vous pouvez lire sur le site http://joanguimaray.blogspot.com/ Voir aussi http://5tanota.blogspot.com

« ¿EDUCACIÓN EN VALORES y EDUCACIÓN LIBERADORA ? »

Viendo desde otro punto de vista, qué sería de algunos de nuestros brillantes especialistas y reputadísimos pedagogos, si la educación en el Perú fuese de calidad. Qué sería de nuestros eximios investigadores e ilustrísimos maestros, si la virtud de nuestra educación fuese la excelencia. Qué sería de nuestros reverendos doctores y distinguidísimos profesores, si la educación tuviera el nivel que deseamos. Pero, gracias a la ‘generosidad’ de la crisis educacional, muchos de nuestros especialistas no hacen más que aprovecharse de la situación desastrosa del sector. Gracias a la ‘longanimidad’ del colapso de la educación, los pedagogos organizan cónclaves para chacharear sobre la calidad. Y gracias a la inutilidad gubernamental, nuestros maestros nos muestran su verdadero rostro y nos exponen la exiguidad de sus conceptos sobre la educación. Ahora por fin entendemos el por qué de esas inútiles discusiones sobre la base de estultas interrogantes : « ¿para qué queremos educar ? ». Nuestros envalentonados que critican al gobierno y que cobran del Estado, dicen que el presidente Toledo no sabe de educación. Pues, sí. Tienen razón, él no sabe nada de educación, y yo lo he dicho sin reticencias ni eufemismos y casi temerariamente, en un artíuclo anterior titulado : « Buenas noches educación ». Lo que el jefe de Estado sabe es, de instrucción, de adiestramiento, de adoctrinamiento, de amaestramiento ; pero, de educación no sabe absolutamente nada. De modo que él no puede dar lo que no tiene. Y, nuestros especialistas que pontiofican sobre la calidad y la excelencia, ¿saben de educación ? ¿Alguna vez han explicado sobre lo que significa educar ?. Claro, existen honrosas excepciones que tienen conceptos claros e ideas precisas, pero son muy pocos. Son esos que nunca han ostentado cargos ministeriales ni algo parecido. Ellos están en lo suyo, convencidos de que la educación no tiene salvación. Pero no es exactamente de ellos de quienes quiero ocuparme, sino de los otros. De esos que creen que inculcar es ‘educar’, adocenar es ‘educar’, uniformar es ‘educar’, y que aseguran que la única manera de formar a la niñez con valores es a través de la religión. De aquellos que piensan que la enseñanza del folclor en los centros educativos genera desarrollo y que la mayor cantidad de ordenadores garantiza lacalidad educativa. A eso se reduce sus conceptos de ‘educación’. Por eso, el ‘novedoso’ título de sus publicaciones y sus certámenes pedagógicos, suenan cual vetustas chicharras golpeándonos sin piedad en nuestros maltratados tímpanos. ¡Dios mío ! Qué país es este, donde los viejos especialistas, analistas, investigadores dedicados por larguísimos años a la educación, no saben lo que significa educación. Entonces, por un lado nos hablan de la « educación emancipadora », y por otro, ensoberbecidos se desgañitan sobre sus ostentosos seminarios : « ¡Propuestas para una educación liberadora ! » Es infinitamente increíble que muchos de estos personajes sean requeridos por los gobiernos de turno, no sólo como asesores y consultores, sino también como capacitadores y actualizadores de docentes, e incluso como funcionarios. Y lo fatal y lacerante de todo, es que la Educación peruana está en manos de este tipo de ‘especialistas’ que creen que existe ‘educación’ que esclaviza, ‘educación’ que subyuga, ‘educación’ que somete, ‘educación’ que encadena. Entonces, se les enciende una chispa de ‘lucidez’ y proponen discutir sobre una ‘educación liberadora’, y quieren ni siquiera concienciar, sino ‘concientizar’ a los docentes sobre la importancia de la ‘educación emancipadora’. En este mismo frente también están los que piensan que existe la ‘educación’ en desvalores, ‘educación’ que deforma, ‘educación’ que pervierte, ‘educación’ que degenera. Entonces,luego de un largo y ‘sesudo’ análisis, gritan ¡eureka ! : han descubierto la solución. En seguida entra en ‘debate’ la ‘educación en valores’, y sobre ella : escriben artículos, publican libros, pontifican en seminarios, exponen en certámenes pedagógicos. Aquí cabe decir con la hidalguía schopenhauereana, que cuando nuestros ‘especialistas’ y ‘pedagogos’, dotados de cierto conocimiento sobre la ‘educación’ nos salgan con sus inútiles y estultas verborreas, hemos de mofarnos de ellos abiertamente, hasta que la verguenza les haga recuperar el sano juicio, y sepan que la educación es estrictamente subversiva, infinitamente desesclavizadora, cabalmente liberadora, rigorosamente emancipadora. En consecuencia, aquella que carece de virtud liberadora y de fuerza emancipadora, simplemente ya no es educación, sino, otra cosa. Por tanto, nos se puede discutir ni debatir un tema inexistente.

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On se souvient des déclarations du Medef critiquant certains manuels d’économie utilisés au lycée qualifiés de trop « marxistes »… Education et idéologie auraient des liens ténus. Soyons vigilants.

Quelles sont les valeurs enseignées à l’école en matière d’éducation civique ? Comment parle-t-on de citoyenneté aux nouvelles générations ?

Pour le savoir, il peut être utile de se référer au « Cahier du Citoyen » édité par Hachette Education (2005). Pour nombre de collèges, ce manuel figure dans la liste des fournitures et livres à acheter en début d’année de 5ième. Il en existe certainement d’autres, disponibles chez d’autres éditeurs : le traitement des axes du programme officiel y est-il sensiblement différent ? Comment sont choisis au collège les manuels pédagogiques de référence ?

Ces questions restent ouvertes mais la lecture critique du manuel édité chez Hachette fournit un début de réponse édifiant !

La citoyenneté enseignée à l’école : « Egalité, Solidarité, Sécurité »

Depuis quand la Sécurité est-elle une valeur citoyenne ?

gign

Au chapitre de cette éducation :

Passons sur la Sécurité routière page 58 redoublée par « un comportement responsable sur la route » (page 60) et un zoom de circonstance « conduire un 50 cm3 » (page 62).

- Page 54 : La sécurité dans la vie quotidienne

Où les notions enseignées sont désignées par « dangers », « accidents », « pièges » avec leur corollaires : bons « réflexes », « prévention ».

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L’OCDE produit régulièrement des rapports comparatifs sur le thème de l’éduction. Le dernier en date, publié le 18 septembre 2007, contient des données (essentiellement quantitatives) qui complètent le rapport de 2005.

Le rapport est à cette adresse : cliquer ici.

Certaines données battent en brèche des préjugés courants du discours libéral et technocratique sur la place de la France au plan international en ce qui concerne l’enseignement supérieur.

On y lit ainsi :

« Les taux d’échec pour l’enseignement supérieur dans sa globalité sont moins élevés en France par rapport à la moyenne de l’OCDE. Toutefois, 15% d’élèves abandonnent les formations de niveau universitaire pour se réorienter vers des formations plus techniques.

Moins de 60 % des étudiants arrivent au terme de leurs études supérieures en Grèce et en Nouvelle-Zélande, alors qu’ils sont au moins 75 % à y parvenir en Communauté flamande de Belgique, en France, en Irlande et au Japon. En France, sur 100 élèves qui commencent une formation de niveau universitaire (Supérieur de type A), 64 obtiendront un diplôme au moins équivalent à la licence et 15 se réorienteront vers une formation du supérieur plus technique de type IUT, STS (Supérieur de type B) et obtiendront un diplôme tandis que 21 sortiront du système sans obtenir un diplôme du supérieur (voir le tableau A3.6 et l’Annexe 3). »

Ou encore :

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par Igor Babou et Joëlle Le Marec

Nous sommes enseignants et chercheurs en sciences humaines et sociales. Notre activité consiste à tenter de comprendre les faits sociaux, leur articulation avec les enjeux politiques, leur épaisseur historique, leurs manifestations contemporaines. Nous sommes aussi parents, enseignants en charge de la transmission des connaissances, des valeurs et du patrimoine culturel aux générations qui nous succèdent. En charge aussi et surtout de la construction d’un esprit critique s’appuyant sur les acquis d’une culture du questionnement héritée du siècle des Lumières qui a fondé nos démocraties.

Nous sommes les témoins du mouvement de contestation des étudiants et lycéens contre le CPE et plus largement contre le projet de loi pour l’égalité des chances. Il est impossible de rester étrangers à cette crise. Celle-ci secoue en réalité la société française depuis de nombreuses années, et atteint un paroxysme à l’occasion de différents phénomènes qu’il s’agit de comprendre ensemble : réformisme compulsif des institutions, loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information (DADVSI), projet de dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant, et loi pour l’égalité des chances et notamment pour le contrat première embauche. Ce n’est pas faire des amalgames que de signaler les liens organiques entre ces réformes. Une rhétorique monotone et uniforme de légitimation atteste de leur parenté idéologique : il s’agit de « débloquer la société », de « rattraper un retard », de s’adapter à la « réalité d’un monde qui change », d’« accroître la compétitivité », etc.

Le refus du CPE est l’indicateur qu’une autre lecture du monde est faite par les acteurs sociaux. Ceux-ci ne vivent pas naïvement dans un monde d’illusions, tandis les hommes politiques seraient, eux, dans la réalité vraie du monde1. On a affaire à différentes lectures du monde, sous-tendues par des rapports de domination dont certains vont profiter et que d’autres vont subir. Certains chercheurs, nous-mêmes dans nos propres enquêtes, faisons le constat d’une souffrance sociale croissante dans le monde du travail, et d’une menace sur les relations de confiance qui structurent le lien aux institutions. Dans ce contexte, au nom des connaissances que nous produisons – lesquelles ne se réduisent pas à des visions fonctionnelles et économistes de la société – nous ne pouvons que comprendre le mouvement de contestation du CPE, et y adhérer.

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  1. M. De Villepin, le 16 mars, à l'occasion d'un déjeuner réunissant des journalistes et destiné à défendre le CPE : « Moi je suis dans le réel ! Les Français, les médias, sont dans le virtuel » (Le Monde du 30 mars 2006 p. 26). []

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