Rubrique "Positions"

Dans cette rubrique, le lecteur trouvera des textes finalisés proposant des analyses portant sur toute forme de dynamique sociale et culturelle. Il s’agit de dessiner de nouvelles perspectives afin de lier réflexion, critique et action.


musee2Depuis dix ans, le recours au marketing s’est fortement développé comme un moyen de gérer les relations entre les (grands) musées et leurs publics. Dans un contexte où les objectifs politiques définis à l’échelle européenne sont de faire entrer dans l’espace marchand la production de connaissances, l’éducation et la culture, cette montée du marketing est ressentie une sorte de nécessité naturelle à tel point que les débats qu’il suscite dans les milieux professionnels portent sur l’accompagnement et les aménagements de ce processus, plus que sur sa signification. Pourtant, l’intérêt pour les publics et pour la communication muséale a suscité des enquêtes bien avant que n’émerge la problématique du lien entre musées et marché, et il se développe au nom d’intérêts et de valeurs qui peuvent être opposées à celles que porte le marketing . Le consensus apparent sur l’importance de la question des publics peut masquer des conflits majeurs dans les représentations, les valeurs et les pratiques de toutes les instances qui revendiquent ce souci du public, mais aussi de ceux qui se sentent faire partie du public. En particulier, il n’est pas certain que les représentations que se font les visiteurs du lien entre les institutions muséales et leur publics soit bien connu et bien compris. Cet élément est d’autant plus important que la définition des missions muséales ne relève pas d’une compétence technique ni même de la décision d’instances d’administration politique : elle résulte de l’investissement d’un ensemble d’acteurs, y compris des membres du public, dont on sous-estime trop souvent la sensibilité à la dimension politique de l’institution muséale. Ainsi, dans les limites de cette contribution, je soumettrai quelques éléments issus d’études de publics, pour proposer un point de vue sur les risques de malentendus croissants entre les institutions et leurs publics, alors même que l’impression de mieux connaître les publics peut se renforcer.

La connaissance des publics et de leurs pratiques : éviter la fixation des stéréotypes

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La modernidad Chilena, una modernidad sui generis

Gabriel Salinas Alvarez (Doctor en Ciencias sociales, Santiago, Chile)

chile-con-regionesLas reflexiones que siguen, carecen, en sentido estricto, de toda originalidad, y declararlo no esni cláusula de estilo ni precaución oratoria, destinadas a maquillar una falsa modestia. En efecto, la gran mayoría, sino la totalidad, de las ideas aquí expresadas, han sido ya desarrolladas por numerosos autores, respecto de quienes mi deuda es evidente e inmensa. Entre ellos, sólo menciono aquí a jean Chesneaux cuyos luminosos análisis de la Modernidad desarrollados en De la Modernité (1981) y Modernité-Monde (1983), constituyen buena parte del fundamento de este texto. El cuarto de siglo transcurrido desde la publicación de ambos libros, no hace sino confirmar las hipótesis de Chesneaux, dando a sus proposiciones una singular pertinencia y una indiscutible actualidad. Si alguna novedad hay en este ensahyo, ella radica, no en las ideas y conceptos expuestos en él, sino en el intento de urdir con ellos una trama explicativa radicalmente opuesta al discurso oficial. La novedad que pueden reivindicar estas líneas, es aquella de la que habla Fernandopessoa : « …aquella que ha retomado todos los hilos de la tradición, y los ha tejido formando un motivo que la tradición no podía tejer. » [1]

I. UNA SOCIEDAD MODERNA

Nuestra sociedad se moderniza a ojos vista y, a pesar de la prevalencia de muchos arcaísmos, Chile luce cada día más moderno, haciéndose fuerte la tentación de pensar que la Modernidad es un horizonte hacia el que vamos navegando, nolens volens, en una trayectoria a la cual es inútil oponerse pues pareciese haber algo de inexorable en este movimiento.

« La modernidad ha dejado de ser una elección » afirma José Joaquín Brunner, « es un hecho de la época, contradictoriamente asumido por las sociedades y grupos dirigentes. Viene de la mano con la globalización de los mercados y de la democracia, con la expansión de la educación y de las industrias culturales, con una ampliación de las expectativas de consumo y la mutación de valores ; con los cambios en la estructura demográfica y familiar, con los procesos de urbanización y de masificación de la vida en general » [2].

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Mediación y Resolución de Conflictos

Par Gabriel Salinas alvarez (Doctor en Ciencias sociales, Santiago, Chile).

Intervención en el seminario sobre Mediación y Trabajo social ; organizado por la Universidad de los lagos, Chile, invierno de 2002.

A propósito de “fundamentos”

¿Por qué se siente la necesidad de dar un fundamento filosófico ético a una cosa que aparece hoy como una especie de estrategia, de nuevo conjunto de hipótesis, como una nueva tecnología de intervención en el terreno social ?

delacroix_tobieYo pienso que es necesario un fundamento, porque desgraciadamente en los últimos veinte o treinta años nos hemos olvidado de que nuestros actos y pensamientos están fundados en algo, tienen un fundamento que es lo que da solidez y, en cierta medida, valida nuestra acción. Sin embargo, desde hace un tiempo, hemos puesto todo el interés, toda la atención en la búsqueda de eficacia, la mayor posible en el menor lapso de tiempo imaginable. Esto ha significado que, el tiempo de la especulación, de la reflexión, de la discusión, el tiempo de filosofar, en suma, el tiempo de confrontar nuestra práctica con nuestros principios, con sus fundamentos, sea considerado como pérdida de tiempo, y en todo caso, como tiempo inútil, un tiempo muerto. De un modo análogo, la reflexión social y sociológica tiende a ser substituida por técnicas de encuesta y sondeos de opinión, con la consiguiente gibarización de la reflexión y la desaparición del pensamiento crítico. Hoy en ves de saber lo que pasa a través de la discusión, del diálogo, de la conversación en las casas, en los barrios, en las asambleas, se realiza un Focus grup o se “sondea” la opinión, de preferencia telefónicamente reduciendo al mínimo los costos y optimizando al máximo la rentabilidad de la operación. Con bastante frecuencia, ocurre que los sondeos y los informes de costosas investigaciones son cruelmente desmentidos por la realidad, pero ello es considerado por los “expertos” como un hecho “normal” destinado a ser OLVIDADO LO ANTES POSIBLE…

En el dominio económico, las cosas no son más halagüeñas. En efecto, las previsiones de numerosísimos economistas acerca del estado de la economía mundial, regional o nacional, no bien difundidas por los medios de comunicación, son refutadas por una realidad porfiada que no se deja reducir a proyecciones y otras construcciones teóricas, de gran sofisticación, pero de poca ayuda cuando se trata de resolver los problemas más urgentes que asfixian a sectores crecientes de la población.

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Par Igor Babou et Joëlle Le Marec

folonQue l’on soit chercheur, enseignant, organisateur d’activités culturelles institutionnalisées ou pas, artiste, professionnels de l’action sociale, de la santé, du droit, que l’on soit parent, militant associatif, étudiant, on ressent partout la même incohérence entre une sorte de pragmatisme désabusé et les valeurs au nom desquelles on exerce ces activités, ou on assume ces statuts. La même désespérance, le même sentiment de paralysie anime les conversations quotidiennes. Car chacun est sommé de s’inscrire dans des visions réformistes et acritiques dont les promoteurs sont eux-mêmes incapables de défendre la portée politique. Il ne s’agit que de changement, de compétitivité, de mise en visibilité, de rationalisation, etc. Le fait d’agir au nom de principes (principes républicains par exemple) est publiquement disqualifié comme relevant d’une pensée dogmatique et théorique, dépassée, et éloignée de la demande sociale. Chacun sent confusément le piège des inversions idéologiques : la critique serait passéiste, l’émergence et la créativité sympathiques mais relevant d’un amateurisme insupportable, le don et la gratuité dangereux voire « intolérables ». [1]

Un enjeu épistémologique majeur : grossir ou se fondre dans la masse…

Prenons le cas de la recherche : en ce qui concerne les laboratoires en sciences humaines et sociales, l’émergence (par exemple de jeunes laboratoires, ou de thématiques nouvelles) a fini par devenir un processus systématiquement stoppé ou canalisé vers le renforcement de grosses structures déjà existantes. On peut résumer schématiquement la situation en disant qu’il faut déjà avoir été là pour avoir la possibilité d’exister. On en arrive à regrouper systématiquement des laboratoires en fonction de critères géographiques ou disciplinaires, même si par ailleurs leurs thèmes de recherche n’ont rien de compatible. En effet, ces mouvements ne découlent en aucune manière des nécessités propres à la recherche ou des logiques de développement des équipes. Il s’agit avant tout d’être présent sur l’échiquier européen, de faire masse et de favoriser ainsi la concurrence entre grands secteurs d’implantation universitaire. Pour quoi faire ? Personne n’en a plus aucune idée. Les tutelles politiques imposent l’objectif principal de contribuer à la compétitivité économique des unités géographiques (Région, État, Europe) [2]. À des niveaux de responsabilité plus locaux, au sein des établissements, on naturalise une sorte de principe de réalité : « on ne peut pas faire autrement ». Le processus de décision devient alors extrêmement technique et interdit tout débat sur les enjeux pratiques, cognitifs et politiques du pilotage de la recherche, confirmant a posteriori le diagnostic d’Habermas qui voyait dans la technicisation du débat public politique la méthode, propre au capitalisme, pour rendre impossible une saisie par le citoyen des enjeux des décisions le concernant [3]. À un niveau interne aux institutions, ce même processus de technicisation dépossède les acteurs professionnels (les enseignants et chercheurs) des finalités pratiques et éthiques de leur propre travail. Dans ce contexte, celui qui en appelle aux valeurs et aux normes de son métier est soupçonné d’immaturité professionnelle. L’un des instruments de cette technicisation est le changement des échelles de prise de décision qui deviennent européennes ou mondiales, et le foisonnement obscur des intermédiaires chargés de leur mise en œuvre (bureaux d’études, consultants, gestionnaires, administrateurs, services de communication, informaticiens, etc.). Par exemple, le travail de réponse aux appels d’offres européens a généré la création de professions intermédiaires et de services de consultance spécialisés, situés en dehors des laboratoires. Au nom d’une efficacité que rien ne démontre, on met actuellement en place des dynamiques dont l’unique évaluation repose sur le contrôle de leur propre mise en place, indépendamment de ce à quoi elles aboutissent en termes de connaissance. L’évaluation tatillonne des programmes de recherche consomme une énergie incroyable et suscite une inflation de procédures et de formalismes bureaucratiques, au point de dépasser parfois, en volume d’écriture, la production scientifique elle-même. Dans le même temps, le contenu des publications ne semble guère passionner les instances d’évaluation. Dans ces conditions on assiste à la montée d’un intérêt purement quantitatif pour ces publications (approches scientométriques).

Les musées dans les griffes du marketing et du management…

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par Igor Babou et Joëlle Le Marec

Nous sommes enseignants et chercheurs en sciences humaines et sociales. Notre activité consiste à tenter de comprendre les faits sociaux, leur articulation avec les enjeux politiques, leur épaisseur historique, leurs manifestations contemporaines. Nous sommes aussi parents, enseignants en charge de la transmission des connaissances, des valeurs et du patrimoine culturel aux générations qui nous succèdent. En charge aussi et surtout de la construction d’un esprit critique s’appuyant sur les acquis d’une culture du questionnement héritée du siècle des Lumières qui a fondé nos démocraties.

Nous sommes les témoins du mouvement de contestation des étudiants et lycéens contre le CPE et plus largement contre le projet de loi pour l’égalité des chances. Il est impossible de rester étrangers à cette crise. Celle-ci secoue en réalité la société française depuis de nombreuses années, et atteint un paroxysme à l’occasion de différents phénomènes qu’il s’agit de comprendre ensemble : réformisme compulsif des institutions, loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information (DADVSI), projet de dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant, et loi pour l’égalité des chances et notamment pour le contrat première embauche. Ce n’est pas faire des amalgames que de signaler les liens organiques entre ces réformes. Une rhétorique monotone et uniforme de légitimation atteste de leur parenté idéologique : il s’agit de « débloquer la société », de « rattraper un retard », de s’adapter à la « réalité d’un monde qui change », d’« accroître la compétitivité », etc.

Le refus du CPE est l’indicateur qu’une autre lecture du monde est faite par les acteurs sociaux. Ceux-ci ne vivent pas naïvement dans un monde d’illusions, tandis les hommes politiques seraient, eux, dans la réalité vraie du monde [[M. De Villepin, le 16 mars, à l'occasion d'un déjeuner réunissant des journalistes et destiné à défendre le CPE : « Moi je suis dans le réel ! Les Français, les médias, sont dans le virtuel » (Le Monde du 30 mars 2006 p. 26).]]. On a affaire à différentes lectures du monde, sous-tendues par des rapports de domination dont certains vont profiter et que d’autres vont subir. Certains chercheurs, nous-mêmes dans nos propres enquêtes, faisons le constat d’une souffrance sociale croissante dans le monde du travail, et d’une menace sur les relations de confiance qui structurent le lien aux institutions. Dans ce contexte, au nom des connaissances que nous produisons – lesquelles ne se réduisent pas à des visions fonctionnelles et économistes de la société – nous ne pouvons que comprendre le mouvement de contestation du CPE, et y adhérer.

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Babou, Igor et Le Marec, Joëlle, « Nova Atlantis – Manifeste pour une utopie baconienne en sciences humaines et sociales », Alliage n°47, Anais Editions, 2001, p. 3-10.

Croyons-nous encore à la possibilité d’un travail collectif en sciences humaines et sociales ? Certes, les réseaux, axes thématiques, groupements de recherche, et autres groupes d’études, ne cessent de se créer. Mais la plupart du temps, les chercheurs sont sommés de s’associer sous la pression des modes de financement de la recherche et des logiques administratives et comptables de constitution des équipes, en alignant des « forces » et des réseaux d’influence, en promettant une interdisciplinarité bien souvent commandée par la seule nécessité de faire avec l’hétérogénéité de démarches individuelles. Existe-t-il encore malgré tout la possibilité de faire exister des groupes de recherche qui soient fondés sur un véritable projet scientifique commun ?

Croyons-nous encore en une vision de la science comme travail collectif, empirique et public ? L’une des caractéristiques de la pratique scientifique est l’effacement de l’auteur derrière un discours dit « rationnel » qui évite le recours au « je » de la subjectivité et des positions d’autorité. La science tente de contrer la puissance des discours d’opinion et d’autorité en confrontant ses hypothèses à la résistance des portions de réalité qu’elle découpe conceptuellement et sur lesquelles elle travaille empiriquement. Mais dans le même temps, la métaphore du « champ » scientifique, les structures éditoriales et l’organisation de la recherche ne présupposent-t-elle pas une topologie, des guerres territoriales et des systèmes d’exclusion qui montrent que des sujets s’affirment et posent leur identité en tant qu’auteurs ?

La question que nous posons est alors la suivante : croyons-nous encore à l’utopie baconienne de l’organisation collective de la production des connaissances ?

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par Igor Babou et Joëlle Le Marec

Les réformes engagées pour une restructuration de la recherche et de l’enseignement supérieur dans le cadre de l’harmonisation européenne sont inquiétantes. La création des écoles doctorales, la mise en place des mastères et du système de validation par ECTS, se succèdent à marche forcée dans un climat contradictoire d’urgence et d’opacité, sans rencontrer aucun enthousiasme ni vraie résistance non plus dans le corps des enseignants-chercheurs. Les raisonnements tenus dans les réunions menées dans les établissements, pour organiser la mise en place de ces réformes, ne mobilisent jamais les engagements qui fondent le métier de chercheur en sciences sociales et humaines : ce type de réforme se mène en effet fondamentalement « contre » les visions du fonctionnement social dégagées par nos disciplines.

Par exemple, nous ne cessons de mettre l’accent sur les problématiques interculturelles et sur les styles de recherche qui leur sont liés. Mais ces dimensions sont niées dans le développement des formations modulaires (multi-sites, à la carte) pensées au plan européen en dépit des différences locales. Autre exemple : nous ne cessons de montrer comment les dispositifs techniques s’inscrivent dans des espaces sociaux qui mettent en jeu des valeurs et des rapports de légitimation, des équilibres sociaux subtils. Mais dans les faits, la mise en place des nouveaux dispositifs s’organise comme si l’on continuait à les penser sur un mode purement technique, sans jamais réfléchir ni se préoccuper de leur dimension idéologique.

Autre élément encore : les justifications perpétuellement avancées en faveur des réformes de l’enseignement supérieur sont le recentrage sur l’apprenant désormais mis au cœur du système. Or, les étudiants qui sont supposés être les principaux bénéficiaires en tant que « clients-roi » sont à ce jour hostiles à la réforme des 3-5-8 et ont commencé à se mobiliser fortement dans de nombreuses universités européennes .

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