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Originellement publié dans John Dewey and the Promise of America, Progressive Education Booklet n°14, Colombus, American Education Press, 1939, ce texte a été présenté par le traducteur, Samuel Renier (samuel.renier@univ-lyon2.fr), lors d’un atelier organisé dans le cadre de la grève de l’ENS LSH, le mercredi 4 février 2009

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Dans les circonstances présentes, je ne peux espérer me réconcilier avec le fait que j’ai réussi à vivre quatre-vingt ans. Je mentionne ce fait pour vous en suggérer un plus important – à savoir que des événements de la plus haute importance se sont produits pendant les quatre cinquièmes de siècle écoulés, période qui couvre plus de la moitié de l’histoire nationale [américaine] actuelle. Pour d’évidentes raisons, je ne m’essayerai pas à résumer ne serait-ce que les plus importants de ces événements. Je me réfère ici à ceux-ci en vertu de leur influence sur la question à laquelle ce pays s’est attelé lorsque fut formée la nation – la création de la démocratie, question qui se révèle aujourd’hui aussi urgente qu’elle le fut il y a cent cinquante ans quand les plus expérimentés et sages de nos hommes se sont réunis afin de faire l’état des lieux et de créer le cadre politique d’une société qui se gouverne elle-même.

Parmi les changements qui se sont produits ces derniers temps, le plus net réside en ce que les modes de vie ainsi que les institutions qui à l’origine étaient naturelles, presque inévitables et résultant d’heureuses conditions, ont désormais à être atteintes par de conscients et résolus efforts. Bien que l’ensemble du pays ne se trouvait pas concerné par la démarche pionnière il y a quatre-vingt ans, il restait néanmoins toujours si proche, à l’exception de quelques grandes villes, de l’époque des pionniers que la légende du pionnier, et par suite de la grande frontière, jouaient un rôle actif dans la formation des esprits et des croyances de ceux qui y étaient nés. Dans les esprits tout du moins le pays conservait une frontière ouverte, faite de ressources encore inexploitées. C’était alors un pays d’opportunités matérielles et d’invitation. Même ainsi, la naissance de cette nation impliquait plus qu’une merveilleuse conjonction de circonstances matérielles. Il existait effectivement un groupe de personnes qui étaient capables de réadapter les vieilles idées et institutions afin de faire face aux situations que fournissaient ces nouvelles conditions matérielles – un groupe d’hommes dotés d’une extraordinaire inventivité politique.

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Dans la traduction de 1998, Umberto Eco dans « Comment voyager avec un saumon – nouveaux pastiches et postiches », exprimait le décalage entre la perception du caractère naturel des limites de disponibilité de n’importe quel professionnel considéré comme sérieux, et l’idée que l’agenda de l’universitaire peut accueillir sans cesse de nouvelles tâches, puisqu’il est fainéant par nature.

Depuis que notre président a officialisé le constat de cette fainéantise du chercheur ou de l’enseignant-chercheur, nous sommes amenés à devoir faire avec cette vérité officielle, qui ouvre les vannes d’un sens commun désormais largement repris et assumé dans nombre de médias, blogs, forums, y compris par les enseignants-chercheurs eux-mêmes lorsqu’ils parlent de l’éternel collègue qui ne fait rien, ou, dans le cas des chercheurs retraités, lorsqu’ils adoptent la position du repenti fier d’apporter sa contribution au débat (« je l’affirme : on ne faisait rien dans notre labo « ).

Il nous faut donc remonter le rocher, patiemment, et apporter des éléments qui puissent permettre d’ébranler la vérité officielle et le sens commun déshinibé par l’expression de cette vérité officielle. Umberto Eco, justement, frère d’infortune, fainéant d’universitaire obligé lui aussi, déjà de rendre compte du détail de son agenda nous apporte sa précieuse contribution, il y a plus de dix ans déjà.

Reste à actualiser ce travail. En dix ans, tout semble avoir été fait pour amener l’universitaire à rajouter à la liste des tâches énumérées par Umberto Eco, toutes celles, fort nombreuses, qui consistent à devoir faire la preuve que son temps est effectivement employé en totalité.

Le programme d’Umberto Eco évoque presque un monde perdu, magique : le récit évoque le temps où l’humaniste (fainéant donc) est tout entier à son travail intellectuel et pédagogique.

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