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	<title>Indiscipline ! &#187; Critiques</title>
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	<description>Recherche, université, culture, institutions et critique sociale</description>
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		<title>Non aux mesures répressives contre les Roms et les gens du voyage</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jul 2010 19:51:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joëlle Le Marec</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Positions]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[roms]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous, enseignants-chercheurs, mais aussi simples citoyens, exprimons notre total désaccord avec les mesures répressives annoncées à l&#8217;encontre des gens du voyage et des Roms à l’issue de la réunion organisée le 28 juillet 2010 par Nicolas Sarkozy. Les amalgames entre « Roms », « gens du voyage » et « situation irrégulière », les accusations [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous, enseignants-chercheurs, mais aussi simples citoyens, exprimons notre total désaccord avec les mesures répressives annoncées à l&#8217;encontre des gens du voyage et des Roms à l’issue de la réunion organisée le 28 juillet 2010 par Nicolas Sarkozy. Les amalgames entre « Roms », « gens du voyage » et « situation irrégulière », les accusations portées contre toute une population sur la base de généralisations à partir d&#8217;un cas singulier, de même que la rhétorique mensongère qui a justifié l&#8217;organisation de cette réunion, sont insupportables.</p>
<p>Il est stupéfiant de voir repris le poncif mille fois dénoncé du caractère suspect « des grosses cylindrées » : une caravane et une voiture constituent-elles un patrimoine si considérable qu’il faille affecter des inspecteurs des impôts à ceux qui ne vivent avec rien d’autre que de quoi voyager et se loger sur la route, où ils peuvent ? A ce propos, l’État n’applique pas sa propre législation en ne faisant pas respecter la loi imposant aux communes de plus de 5 000 habitants de réaliser une aire d’accueil de taille correcte.</p>
<p>Nous n&#8217;acceptons pas le racisme assumé par les membres d’un gouvernement qui n’a d’autres priorités, semble-t-il, que de multiplier les débats nauséabonds sur l’identité nationale et qui légitime l&#8217;expression de préjugés vulgaires à propos de tous ceux qui ne ressemblent pas à un « bon français ». L&#8217;identité d&#8217;une nation et sa culture ne se réduisent pas à quelque chose de si confus, d&#8217;aussi étroit et négatif. Par ailleurs, nous sommes nombreux à avoir des ascendants qui ont vécu l’aventure de l’émigration pour ouvrir un avenir à leurs enfants, et nous sommes tous construits par la diversité culturelle, les brassages de populations et la tolérance à l&#8217;altérité.</p>
<p>Nous refusons de ressembler à la caricature de la France et de son « identité » que trace l&#8217;actuel gouvernement français. Des politiciens de ce type, qui ne voient rien d’immoral dans l’abus des avantages personnels conférés par le pouvoir, et qui multiplient les insultes publiques ainsi que les propos ouvertement racistes (d&#8217;ailleurs condamnés par la justice) ne méritent plus le respect. Ils ne nous représentent pas.</p>
<p><span id="more-754"></span></p>
<p>Nous sommes et serons en revanche solidaires des populations, aujourd’hui stigmatisées, qui représentent bien plus les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, que ne le font ceux qui dirigent aujourd&#8217;hui l’État, ou ceux qui mettront en place les mesures annoncées. Si l’occasion se présente, nous désobéirons à toute action qui nous impliquerait dans l’application de ces mesures.</p>
<p>Joëlle Le Marec, Professeur des Universités</p>
<p>Igor Babou, Maître de conférences HDR,</p>
<p>Sarah Cordonnier, Maître de conférences,</p>
<p>Farid Sidi Boumedine,  Doctorant,</p>
<p>Clémence Emprin, Doctorante,</p>
<p>Anne Piponnier, Maître de conférences,</p>
<p>Sophie Deshayes, Docteur et chercheuse associée</p>
<p>Mélodie Faury, Doctorante</p>
<p>Membres du Centre Norbert Elias, ENS de Lyon</p>
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		<title>Standard &amp; Poor&#8217;s : faire de la pauvreté un standard</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Apr 2010 18:13:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Initiatives]]></category>
		<category><![CDATA[agences de notation]]></category>
		<category><![CDATA[aliénation]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[standard & poor's]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;Europe angoisse face aux agences internationales de notation, qui font du bench marking une arme d&#8217;asservissement massive des peuples : la Grèce, le Portugal et maintenant l&#8217;Espagne sont sommés de changer de politique, de supprimer des postes de fonctionnaires, de réduire leur dette publique en faisant appel à des taux d&#8217;usuriers auprès de banques qui, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Europe angoisse face aux agences internationales de notation, qui font du bench marking une arme d&#8217;asservissement massive des peuples : la Grèce, le Portugal et maintenant l&#8217;Espagne sont sommés de changer de politique, de supprimer des postes de fonctionnaires, de réduire leur dette publique en faisant appel à des taux d&#8217;usuriers auprès de banques qui, elles, feront des bénéfices sur ces mêmes prêts, enclenchant un cycle pervers de nouvel assujettissement du politique à l&#8217;économique.</p>
<p>Mais Standard &amp; Poor&#8217;s, ce n&#8217;est pas une abstraction : ce sont des gens, avec des bureaux, des ordinateurs, en Europe, aux USA, en Amérique latine, etc. Ces agences ne sont pas des entités surpuissantes et intouchables. En France, Standard &amp; Poor&#8217;s c&#8217;est à deux pas de chez nous, en plein Paris :</p>
<p><a href="http://www.standardandpoors.com">http://www.standardandpoors.com</a></p>
<p>23 Rue Balzac cedex 08 Paris , France 75406<br />
11-13, Avenue de Friedland Paris, France 75406</p>
<p>Je m&#8217;étonne que l&#8217;on ne mette pas la pression sur ces agences pour qu&#8217;elles cessent leurs actions de déstabilisation. Après tout, des milliers de familles vont souffrir en Grèce, au Portugal,  peut-être en Espagne, pourquoi pas en France bientôt, suite à leurs actions. Au nom de quoi devrait on les laisser faire ?</p>
<p>En attendant, voici quelques images de contre-propagande : cliquez dessus pour les agrandir, et n&#8217;hésitez pas à les diffuser.</p>
<p><a href="http://indiscipline.fr/documents/standard_poor.jpg"><img class="alignnone" src="http://dronezic.free.fr/standard_poor.jpg" alt="" width="420" height="546" /></a></p>
<p><a href="http://indiscipline.fr/documents/standard_poor2.jpg"><img class="alignnone" src="http://dronezic.free.fr/standard_poor2.jpg" alt="" width="463" height="360" /></a></p>
<p><span id="more-741"></span></p>
<p><a href="http://indiscipline.fr/documents/standard_poor3.jpg"><img class="alignnone" src="http://dronezic.free.fr/standard_poor3.jpg" alt="" width="463" height="360" /></a></p>
<p><a href="http://indiscipline.fr/documents/standard_poor4.jpg"><img class="alignnone" src="http://dronezic.free.fr/standard_poor4.jpg" alt="" width="360" height="285" /></a></p>
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		<title>La marchandisation du savoir au quotidien : comment la novlangue manageriale remplace progressivement les normes scientifiques</title>
		<link>http://indiscipline.fr/fr/la-marchandisation-du-savoir-au-quotidien-ou-la-novlangue-manageriale-remplace-progressivement-les-normes-scientifiques/</link>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2010 10:49:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Igor Babou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[management]]></category>
		<category><![CDATA[shs]]></category>
		<category><![CDATA[université]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai reçu cette magnifique définition des différentes rubriques de l&#8217;animation scientifique dans un mai envoyé par notre administration de la recherche à tous ses personnels : &#171;&#160;Rappelons qu&#8217;un colloque n&#8217;est pas une journée d&#8217;études ou un séminaire. Un colloque a une ampleur nationale ou internationale ; les journées d&#8217;études et les séminaires sont des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai reçu cette magnifique définition des différentes rubriques de l&#8217;animation scientifique dans un mai envoyé par notre administration de la recherche à tous ses personnels :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;<em>Rappelons qu&#8217;un colloque n&#8217;est pas une journée d&#8217;études ou un  séminaire. Un colloque a une ampleur nationale ou internationale ; les  journées d&#8217;études et les séminaires sont des activités internes aux  laboratoires qui les financent sur leurs propres budgets.</em>&laquo;&nbsp;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">On ne peut qu&#8217;être impressionné par le changement de définition  des termes &laquo;&nbsp;colloques, &laquo;&nbsp;journée d&#8217;étude&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;séminaire&nbsp;&raquo;, dont la  différence n&#8217;était pas, il y a peu, présentée uniquement sous l&#8217;angle de  l&#8217;amplitude géographique et du mode de financement. Traditionnellement,  un colloque est un espace de discussion scientifique régulé par des  normes de sélection des propositions de communication, et qui suppose un  comité scientifique et des lectures en double aveugle des papiers. Une  journée d&#8217;étude est, en revanche, un espace de débat scientifique qui se  passe de ces règles de sélection : les intervenants sont sollicités pour  faire avancer un thème scientifique en privilégiant la fluidité des  échanges sur les formalismes scientifiques. Enfin, un séminaire est  destiné à la réflexion quotidienne, c&#8217;est le fonctionnement normal des  laboratoires qui souhaitent avoir, ce qui devrait être le cas de tous,  une activité d&#8217;animation de la recherche et de formation doctorale. Pas  besoin de définir tout cela par l&#8217;appel aux modes de financement ou à  &laquo;&nbsp;l&#8217;ampleur&nbsp;&raquo; géographique :  un colloque peut n&#8217;avoir qu&#8217;une ampleur régionale, et un  séminaire peut faire intervenir des conférenciers étrangers. Les trois  dispositifs sont tous aussi essentiels à la vie scientifique et  intellectuelle, quelle que soit leur ampleur géographique et leur mode  de financement. Le document accompagnant ce mail module quelque peu le caractère abrupt de ces nouvelles définitions des colloques, journées d&#8217;études et séminaires en introduisant en premier point l&#8217;idée que le conseil chargé de sélectionner les projets à financer tiendra compte de la &laquo;&nbsp;dimension intellectuelle du projet&nbsp;&raquo;. Le deuxième point signalé comme important est celui de la &laquo;&nbsp;dimension internationale&nbsp;&raquo;. Quoi qu&#8217;il en  soit, le document ne fait aucunement état des normes scientifiques de sélection qui caractérisaient autrefois la différence entre un colloque et une journée d&#8217;études ou un séminaire. Nous devrions mesurer ce que nous perdons &#8211; et  continuerons de perdre &#8211; en acceptant de voir notre métier conformé  quotidiennement par des cadres qui ne répondent plus à des exigences  scientifiques et qui reposent sur des catégories qui n&#8217;ont pas été  discutées collectivement.</p>
<p><span id="more-736"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Tout ceci se passe à l&#8217;École Normale Supérieure de Lyon (l&#8217;ex École Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines) qui fut, autrefois, un établissement où des intellectuels débattaient avec animation du dernier livre de Foucault et de Bourdieu, de la pensée d&#8217;Althusser ou de celle d&#8217;Husserl. Aujourd&#8217;hui on n&#8217;y parle plus que de &laquo;&nbsp;préciput&nbsp;&raquo;, de &laquo;&nbsp;primes d&#8217;excellence&nbsp;&raquo;, de &laquo;&nbsp;work packages&nbsp;&raquo; et du dernier ANR. On y applique, avec obéissance  et sans débat, le lexique et les pratiques du nouveau management. Demain, c&#8217;est sur, on n&#8217;y pensera plus qu&#8217;à travers les catégories de l&#8217;économie de marché. La liquidation de la pensée critique est en marche et elle s&#8217;insinue dans notre quotidien, à travers la perversité d&#8217;une novlangue manageriale. Y résister et refuser de s&#8217;y soumettre est pourtant la seule attitude digne d&#8217;un intellectuel.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Est-ce quand il y a beaucoup d’Auvergnats qu’il y a des problèmes ? (Brice Hortefeux à Seignosse)</title>
		<link>http://indiscipline.fr/fr/est-ce-quand-il-y-a-beaucoup-dauvergnats-quil-y-a-des-problemes-brice-hortefeux-a-seignosse/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Sep 2009 07:06:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>david.douyere</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Positions]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>

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		<description><![CDATA[A la lecture de la presse quotidienne, et au vu de la vidéo diffusée, je me suis interrogé sur les propos d&#8217;Hortefeux que l&#8217;intéressé, ministre de l&#8217;Intérieur, les membres du gouvernement, dont Fadela Amara, l&#8217;UMP, et finalement la Licra, ne trouvent pas racistes. &#171;&#160;Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la lecture de la presse quotidienne, et au vu de la vidéo diffusée, je me suis interrogé sur les propos d&#8217;Hortefeux que l&#8217;intéressé, ministre de l&#8217;Intérieur, les membres du gouvernement, dont Fadela Amara, l&#8217;UMP, et finalement la Licra, ne trouvent pas racistes.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C&#8217;est quand il y en a beaucoup qu&#8217;il y a des problèmes&#8230;&nbsp;&raquo;<br />
</em>(Brice Hortefeux, 5 septembre, sur le campus d&#8217;été des Jeunes UMP à Seignosse, dans les Landes)</p>
<p>Brice Hortefeux parlait-il des Auvergnats ?</p>
<p>Ce qui précède, nous semble-t-il, sert de cadre référentiel, et montre l&#8217;objet de la phrase sans ambiguïté.</p>
<p>Pourquoi les journalistes du Monde ou de Libé, du Parisien, ne le relèvent-ils pas ?</p>
<p>Voici en effet une transcription personnelle à partir de la version Public Sénat (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=B4XPV5J_bRI" target="_blank">http://www.youtube.com/watch?v=B4XPV5J_bRI</a>).</p>
<p>1  &#8211; Amine, un jeune militant UMP d&#8217;origine maghrébine : Monsieur le ministre, c&#8217;est possible de faire une photo s&#8217;il vous plaît ?<br />
2  &#8211; BH : Ah non parce que moi, moi passé les 20 heures, je ne suis plus payé. (rires)<br />
3  &#8211; J.-F. Copé : Noubliez jamais un truc, il est Auvergnat !<br />
4  _ BH : Je suis Auvergnat.<br />
5  _ J.-F. Copé : Il est Auvergnat !<br />
6  &#8211; J.-F. Copé : C&#8217;est un drame ! C&#8217;est un drame !<br />
7  &#8211; BH : Bon, enfin, je vais faire une exception pour, euh&#8230;<br />
8  _ Amine : Bon, bah alors, je me mets entre les deux, alors.. Ouaih, entre les deux&#8230;<br />
9  &#8211; J.-F. Copé : Oui parce que moi il y a aucun problème, moi je suis très facile,<br />
10 &#8211; Les militants alentour : Oh, Amine, Amine, Amine Bravo !<br />
11 &#8211; Les militants alentour : Amine !Amine !<br />
12 &#8211; J.-F. Copé (?) : Ah ça, Amine, ça c&#8217;est l&#8217;intégration, ça ! ça c&#8217;est de l&#8217;intégration !<br />
13 &#8211; Une femme : Amine, fran-che-ment&#8230;<br />
14 &#8211; J.-F. Copé  : Il est bcp plus grand que nous, en plus, ça ne va pas du tout..<br />
15 &#8211; X (Copé ?) : Lui, il parle arabe ! (rires)<br />
16 &#8211; J.-F. Copé à Amine : Ne vous laissez pas impressionner&#8230; C&#8217;est des socialistes infiltrés !<br />
17 &#8211; X (?), du public : On l&#8217;aime bien&#8230;<br />
18 &#8211; X (?), du public : Il est catholique !<br />
19 &#8211; X, femme : Il mange du cochon et il boit de la bière&#8230;<br />
20 &#8211; Amine : Bah oui (regardant BH)<br />
21 &#8211; BH : Ah mais ça ne correspond pas du tout au prototype, alors. C&#8217;est pas du tout ça ! (rires)<br />
22 &#8211; X (?), du public : C&#8217;est notre petit arabe !<br />
23 &#8211; BH : Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C&#8217;est quand il y en a beaucoup qu&#8217;il y a des problèmes&#8230;<br />
(qq rires, mais moins)<br />
24 &#8211; Allez, bon courage !</p>
<p>Mes conclusions :</p>
<p><span id="more-729"></span></p>
<p>- le contexte (entourage) se prête à la plaisanterie autour des &laquo;&nbsp;arabes&nbsp;&raquo; (maghrébins), avant même BH (ce qui l&#8217;incite peut-être),<br />
- les éléments qui précèdent la déclaration incriminée de BH évoquent presque tous (sept) les &laquo;&nbsp;arabes&nbsp;&raquo; (maghrébins) (de 12 à 22),<br />
- la question des Auvergnats, ou autre, a été abandonnée depuis un moment (2-5) au moment de la phrase incriminée (23).</p>
<p>Donc le ministre de l&#8217;Intérieur, s&#8217;il &#8216;était besoin de le préciser, parle bien des &laquo;&nbsp;arabes&nbsp;&raquo; (maghrébins).</p>
<p>S&#8217;il est juste comme il le dit (interview Libé samedi) que rien dans ses propos ne contient d&#8217;élément raciste (puisque la phrase ne comporte pas de mot désignant les &laquo;&nbsp;arabes&nbsp;&raquo;), le contexte (12, 15, (17), 18, 19, 20, 21, 22),<br />
en vertu notamment du concept d&#8217;indexicalité posé par Benvéniste et repris par les sociolinguistes (Grosjean &amp; Borzeix), montre bien le référent de la phrase, &laquo;&nbsp;indexée&nbsp;&raquo; sur ce contexte<br />
(relatif à lui et se comprenant à travers lui).</p>
<p>&laquo;&nbsp;Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C&#8217;est quand il y en a beaucoup qu&#8217;il y a des problèmes&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Manifestement, il ne parle pas des Auvergnats.<br />
Tout le monde autour de lui parle des &laquo;&nbsp;Arabes&nbsp;&raquo;, en tout cas.</p>
<p>David Douyère</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Pour la pleine Séparation de l’Enseignement public et des écoles privées !</title>
		<link>http://indiscipline.fr/fr/pour-la-pleine-separation-de-l%e2%80%99enseignement-public-et-des-ecoles-privees/</link>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2009 20:49:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Igor Babou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[FÉDÉRATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSÉE Membre de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU) 10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS Tél : 01 46 34 21 50 &#8211; Fax : 01 46 34 21 84 Courriel : « libre.pensee@wanadoo.fr » - COMMUNIQUÉ - Pour la pleine Séparation de l’Enseignement public et des écoles privées ! [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>FÉDÉRATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSÉE<br />
Membre de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU)<br />
10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS<br />
Tél : 01 46 34 21 50 &#8211; Fax : 01 46 34 21 84<br />
Courriel : « <a class="moz-txt-link-abbreviated" href="mailto:libre.pensee@wanadoo.fr">libre.pensee@wanadoo.fr</a> »</p>
<p>-         COMMUNIQUÉ          -</p>
<p>Pour la pleine Séparation de l’Enseignement public et des écoles privées !</p>
<p>Nous avons pris connaissance, par nos Fédérations départementales de la Région Rhône-Alpes, d’une atteinte très grave à la laïcité. Pour la première fois, le Rectorat de Grenoble a décidé qu’un grand nombre de lycées privés seront centres d’examen pour le baccalauréat 2009. La Fédération Nationale de la Libre Pensée ne peut accepter que les élèves passent les épreuves du Baccalauréat, diplôme national et républicain, avec un crucifix au dessus de leur tête ou qu’un employé de l’évêché du diocèse soit le maître à bord lors des examens et donne des ordres aux enseignants fonctionnaires.</p>
<p>L’État français possède le monopole national de la collation des grades. Le baccalauréat est un diplôme d’état, et le principe républicain établit que seuls les établissements laïques qui accueillent tous les élèves sans exception sont habilités pour être les centres d’examens et concours d’État. Selon la Loi du 18 mars 1880 relative à la liberté de l’enseignement supérieur (Art. 1er) : « Les examens et épreuves pratiques qui déterminent la collation des grades ne peuvent être subis que devant les facultés de l’État ».</p>
<p>Notre organisation défend la Loi de Séparation des Églises et de l’État et, à ce titre, demande l’abrogation de toutes les lois antilaïques, en particulier de la loi Debré qui, la première, a permis de considérer de fait les établissements confessionnels comme participant au service public. Elle considère que cette mesure est une atteinte supplémentaire à la laïcité de l’École.</p>
<p><span id="more-701"></span></p>
<p>C&#8217;est pourquoi la Libre Pensée s’est adressé à Monsieur le Recteur, Madame et Monsieur les Inspecteurs d’Académie de l’Ardèche et de la Drôme, pour qu’ils reviennent sur cette décision. En tout état de cause, il leur appartient d&#8217;assurer la neutralité des centres d&#8217;examen et l&#8217;égalité des candidats, quelles que soient leurs convictions, pour éviter tout préjudice susceptible de faire grief, ou, ce qui est tout aussi grave, d&#8217;affecter la liberté de conscience des élèves ou des surveillants des épreuves.</p>
<p>Enfin, il ne saurait être question que les employés des associations confessionnelles qui dirigent les établissements privés, soient subrogés dans les attributions hiérarchiques des proviseurs et puissent convoquer les fonctionnaires de la République ou leur donner des ordres.</p>
<p>Après la signature, le 18 décembre 2008 d’un accord diplomatique sur la reconnaissance des diplômes de « l’enseignement supérieur » catholique, au nom du processus de Bologne, initié par l’Union européenne, un pas de plus est franchi.</p>
<p>La France n’est pas l’Italie : nous ne voulons pas d’affaire Franco Coppoli en France (professeur sanctionné pour avoir refusé la présence d’un signe religieux dans une salle de classe). C’est aussi pourquoi, la Libre Pensée a fait interdire, par le Tribunal administratif, la présence d’un crucifix dans la cantine municipale de la commune de Wandignies-Hamage dans le département du Nord. La Libre Pensée s’est adressé officiellement à madame Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, pour qu’elle ordonne au Préfet de faire exécution du jugement. En effet, Madame le Ministre semble plus prompte à faire expulser les travailleurs immigrés qu’à faire appliquer la loi laïque et républicaine dans nos institutions.</p>
<p>La Libre Pensée n’acceptera jamais ce qu’elle a combattu hier</p>
<p>Depuis l’avènement de la Loi Debré, la Libre Pensée a toujours refusé les lois antilaïques. Elle est toujours restée fidèle au mot d’ordre républicain « Fonds publics à l’École publique, fonds privés à l’école privée ». C’est pourquoi, dès 1983, elle a manifesté publiquement sa totale opposition au projet du « Grand Service public unifié » dit projet « Savary » qui visait à unifier l’enseignement public et l’enseignement privé sur le mode de fonctionnement des écoles catholiques.</p>
<p>La loi Jospin de 1989, les Accords Lang-Cloupet, les concours publics passés dans les écoles privées, les crucifix dans les locaux scolaires, la reconnaissance des diplômes catholiques, tout cela participe de l’unification de l’enseignement public avec les écoles catholiques. C’est une nouvelle offensive contre la laïcité de l’École publique et de l’État.</p>
<p>À l’heure où d’aucuns en appellent à nouveau à un « grand service public d’éducation, unifié et laïque, national et rénové », la Libre Pensée indique clairement qu’elle ne sera pas partie prenante de cette nouvelle trahison.</p>
<p>Elle appelle tous les laïques et leurs associations à se mobiliser pour la défense du principe de Séparation des Églises et de l’État, tel qu’il est institutionnalisé par la loi du 9 décembre 1905 !</p>
<p>Pas de patrons, pas de curés à l’École laïque !<br />
Pas d&#8217;examens publics, pas de &laquo;&nbsp;collation des grades&nbsp;&raquo; par et dans les écoles des curés !</p>
<p>Paris, le 30 Avril 2009</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La loi Falloux est rétablie par décret : Le fait du Prince contre la République laïque !</title>
		<link>http://indiscipline.fr/fr/la-loi-falloux-est-retablie-par-decret-le-fait-du-prince-contre-la-republique-laique/</link>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2009 20:47:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Igor Babou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[FÉDÉRATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSÉE Membre de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU) 10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS Tél : 01 46 34 21 50 &#8211; Fax : 01 46 34 21 84 Courriel : « libre.pensee@wanadoo.fr » - COMMUNIQUÉ - La loi Falloux est rétablie par décret : Le fait du Prince [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>FÉDÉRATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSÉE<br />
Membre de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU)<br />
10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS<br />
Tél : 01 46 34 21 50 &#8211; Fax : 01 46 34 21 84<br />
Courriel : « <a class="moz-txt-link-abbreviated" href="mailto:libre.pensee@wanadoo.fr">libre.pensee@wanadoo.fr</a> »</p>
<p>-         COMMUNIQUÉ          -</p>
<p>La loi Falloux est rétablie par décret :<br />
Le fait du Prince contre la République laïque !</p>
<p>Immédiatement, après avoir épuré de sa composante cléricale, le conseil supérieur de l’Instruction publique en votant la loi du 27 février 1880, la majorité républicaine issue des élections des 14 et 28 octobre 1877 et le ministre Jules Ferry portaient un nouveau coup à la loi Falloux du 15 mars 1850 modifiée par celle du 12 juillet 1875, adoptées l’une et l’autre par des assemblées monarchistes. Confiée depuis cinq ans à des jurys mixtes comprenant des membres du clergé, la collation des grades universitaires revenait désormais à l’Etat et à lui seul, conformément à la loi du 18 mars 1880. Jules Ferry avait raison de dire, lors la première séance du conseil supérieur laïcisé, que l’Université devenait « un corps vivant, organisé et libre. » Ce principe éminemment républicain a été sans cesse réaffirmé depuis. L’alinéa premier de l’article L. 613-1 du code de l’éducation, dans sa version issue de la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 actuellement en vigueur, dispose que « L’Etat a le monopole de la collation des grades et titres universitaires. »</p>
<p>Après d’autres, ce pilier de la République vient d’être abattu, au moment même où une série de « contre-réformes », également adoptées par décret, contre l’avis de l’ensemble de la communauté universitaire, menacent de destruction l’université française publique et laïque et tout son système de formation non marchand. Par l’effet d’un décret simple, la loi Falloux est partiellement rétablie. Après en avoir été privée pendant cent vingt-neuf ans, la secte romaine retrouve le pouvoir d’intervenir dans la collation des grades universitaires. C’est intolérable.</p>
<p>Par un décret du 16 avril 2009, le président de la République vient, en effet, de publier l’accord de Paris du 18 décembre 2008 par lequel la France et le Saint-Siège ont entendu décliner au plan bilatéral le processus de Bologne initié par la convention du 11 avril 1997 sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur dans la région « Europe », ratifiée le 18 septembre 2000. L’une et l’autre acceptent de reconnaître mutuellement « des périodes d’études, des grades et des diplômes de l’enseignement supérieur délivrés sous l’autorité compétente de l’une des Parties ».</p>
<p><span id="more-699"></span></p>
<p>Pour la République française, il s’agit bien sûr des « grades et diplômes délivrés sous l’autorité de l’Etat par les établissements d’enseignement supérieur ». Pour le Saint-Siège sont concernés ceux attribués par « les Universités catholiques, les Facultés ecclésiastiques et les établissements d’enseignement supérieur dûment habilités par le Saint Siège » Le protocole additionnel à l’accord de Paris précise qu’entrent en particulier dans le champ d’application de ce dernier les diplômes ecclésiastiques de doctorat (niveau doctorat), de licence (niveau « master ») et de baccalauréat (niveau licence) obtenus dans les facultés ecclésiastiques qui, selon la constitution apostolique Sapiensa christiana de 1979, ont notamment pour objet de former des chercheurs, des professeurs d&#8217;universités et de séminaires, des chanceliers, des membres de tribunaux ecclésiastiques et d&#8217;autres titulaires d&#8217;offices, des conseillers d&#8217;évêques et de supérieurs religieux.</p>
<p>La ratification, par décret de l’accord du 18 décembre 2008, constitue au surplus un coup de force juridique inacceptable. Il ne s’agit pas de la simple reconnaissance mutuelle des diplômes délivrés par les systèmes légaux d’enseignement supérieur de deux États liés par une convention internationale. Au mépris de la laïcité, l’accord de Paris conduit, en effet, la République française à légitimer des titres universitaires attribués par des établissements d’enseignement supérieur catholiques sur son territoire, ou sur le territoire d’autres États ne les reconnaissant pas nécessairement. Il ouvre ainsi une brèche dans le monopole de la collation par l’Etat, des grades universitaires, instituée par la loi du 18 mars 1880.</p>
<p>Dans ces conditions, il appartenait au gouvernement de saisir le Parlement d’un projet de loi de ratification de l’accord de Paris en application de l’article 53 de la Constitution du 4 octobre 1958 et non au président de la République de prendre un décret pour le faire entrer en vigueur. En l’espèce, l’accord de Paris modifie bien implicitement mais nécessairement « des dispositions de nature législative ». La voie suivie évitait la discussion du rétablissement partiel de la loi Falloux devant la représentation nationale.</p>
<p>Face à cette atteinte à la République et à la laïcité, la Libre Pensée exige l’abrogation du décret du 16 avril 2009 et la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. En conséquence, la Libre Pensée informe qu’elle dépose immédiatement un recours pour excès de pouvoir auprès du Conseil d&#8217;État pour demander l’annulation de ce coup de force contre la laïcité républicaine.</p>
<p>Paris, le 28 avril 2009</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Retour sur la lettre pétition adressée au comité de visite de l’AERES à l’EHESS, 4° Grand Débat de l’EHESS, 30/04/09</title>
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		<pubDate>Mon, 04 May 2009 16:07:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>micbarth</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[aeres]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Michel Barthélémy, Sociologue, CNRS. Le quatrième « grand débat de l’EHESS » a eu pour thème la réception de la lettre pétition adressée au comité de visite de l’AERES (1) chargé d’évaluer l’établissement « EHESS » dans son ensemble. Cette évaluation administrative fait suite aux évaluations scientifiques des centres de l’Ecole. Programmée pour la période 27-30 avril, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;">Par Michel Barthélémy, Sociologue, CNRS.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Le quatrième « grand débat de l’EHESS » a eu pour thème la réception de la lettre pétition adressée au comité de visite de l’AERES (1) chargé d’évaluer l’établissement « EHESS » dans son ensemble. Cette évaluation administrative fait suite aux évaluations scientifiques des centres de l’Ecole. Programmée pour la période 27-30 avril, cette visite a finalement été reportée <em>sine die</em>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><br />
</strong></p>
<p><strong><em>La visite administrative serait-elle sans importance ?</em></strong>
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">La « section des établissements » est l’une des trois sections de l’AERES (les deux autres sections étant : « unités de recherche » et « formations et diplômes ») (2). Elle est compétente pour l’évaluation des universités, établissements d’enseignement supérieur, organismes de recherche, ANR, pour l’ensemble de leurs missions et activités. Elle est également compétente pour la validation des procédures d’évaluation des personnels de ces établissements et organismes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">La description des profils des six membres de ce comité de visite fait ressortir une orientation marquée d’administrateurs de la recherche issus de disciplines, pour les chercheurs et universitaires, assez éloignées des sciences sociales.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">L’argument développé dans cette partie découle de l’enquête sur les profils et la méthodologie suivie par les membres des comités AERES pour procéder à l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur. L’accent est mis sur un certain de mots-clés de la démarche telle qu’elle est présentée sur le site de l’agence (sous l’intitulé : « Le guide de l’expert »). Il en ressort que le protocole et les critères d’évaluation qui ont la faveur de l’agence sont étrangers au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Le point étant que le « danger » représenté par cette visite est que l’établissement visité accepte que lui sont appliquée une grille d’évaluation contestable car reposant sur une vision des choses qui ne tient aucun compte de la spécificité du milieu ainsi évalué. Ce qui peut à terme peser négativement sur l’organisation des activités de l’établissement, le choix de ses priorités, l’évaluation interne de ses résultats, en surdéterminant ces derniers de l’extérieur par les propres outils et concepts de l’AERES (stratégie, pilotage, gouvernance, tableaux de bord, sentiment d’appartenance, adhésion au projet d’établissement…), eux-mêmes largement empruntés au monde de l’entreprise et à la démarche qualité qui y est appliquée. Ce qui va naturellement avec la logique de l’orientation hiérarchique qui prévaut dans ce milieu. Ainsi les universitaires administrateurs sont-ils une catégorie liée de manière cohérente à celle du président-manager d’université. Ils sont le produit et les agents des réformes en cours. C’est tout cela qui serait implicitement accepté par les établissements jouant le jeu, sans réserves, de l’agenda imposé par ces agences. Par conséquent, c’est ce risque qu’entendait dénoncer la lettre-pétition.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><em>La réception de la lettre-pétition </em></strong></p>
<p><span id="more-672"></span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em>- </em><span style="text-decoration: underline;">La question de l’arrogance supposée de l’Ecole</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">La pétition a suscité un ensemble de réactions dont un certain nombre favorables et d’autres hostiles à des degrés divers. Les rédacteurs de ce texte se sont interrogés sur les motifs des interprétations faites par certains lecteurs et ayant conduit à ces réactions plus ou moins fortes. Une analyse du petit corpus de messages reçus conduit à une ventilation en quelques types de réactions. Parmi les plus critiques, on trouve les points de vue suivants :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- l’Ecole ferait preuve d’arrogance par rapport à l’université en s’appuyant sur une spécificité la mettant à part des universités et de la forme d’évaluation qui leur est appliquée. L’une des phrases de la pétition ayant pu déclencher l’ire de certains commentateurs pourrait avoir été celle-ci : « <em>La spécificité de notre Ecole ne peut en outre qu’être dissoute par des critères standardisés qui privilégient en réalité les démarches les plus conformistes </em>», si elle a pu être entendue comme signifiant qu’il n’y a qu’à l’Ecole des Hautes Etudes qu’il n’y a pas de démarche conformiste cependant que celle-ci est de règle à l’université ;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- l’idée qu’il est normal que les agents de l’Etat se soumettent à des évaluations externes, conduites par les autorités administratives et non pas par les membres de la communauté (3).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Un point supplémentaire est que ce sentiment diffus selon lequel l’Ecole se sentirait au-dessus des autres pour pouvoir être évaluée, sous-entendu, comme les universités. Vrai ou faux, ce sentiment fait obstacle à une relation équilibrée entre les universités et l’Ecole, afin de pouvoir œuvrer ensemble pour éviter ce qui se profile et concernera finalement tous les établissements d’enseignement supérieur. Pour bien appuyer sur ce que les réformes en cours vont signifier, un exemple est donné d’une université de la région parisienne en pointe dans le « nouveau management public ». Dans cette université, ce ne sont plus les universitaires qui décident des cours qu’ils donnent. Ces cours sont proposés par le département mais sont validés par la présidence. Les cours sont constitués autour de thèmes (tant d’heures sur un sujet, tant d’heures sur un autre) conçus en fonction du management général de l’université. Par ailleurs, c’est la présidence qui décide l’ouverture ou la fermeture de cours en fonction du nombre d’étudiants inscrits. Ce qui vaut également pour les masters de recherche (qui requièrent 25 étudiants au minimum). Les critères étant plus souples pour les masters professionnels, cette mesure permet de supprimer les masters de recherche de cette université. La recherche y est définie sous la forme de fiches-projets sous une forme standardisée.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Par ailleurs, le fait que les membres de l’AERES soient nommés change la nature de l’évaluation. Les membres du CoCnrs eux sont élus. Chaque chercheur électeur est libre de consulter les cv de chacun avant de voter pour les candidats. Lesquels sont de toute façon des gens qui participent à la recherche, et sont donc des « pairs » élus par la communauté des chercheurs et non pas désignés par le pouvoir politique. En outre, on a l’impression que l’AERES participe d’une logique autoritaire de gouvernement que l’on retrouve partout en France, selon laquelle la compétence doit être désignée par le haut et non pas par ceux qui partagent une communauté de langage et de pratiques au sein d’un environnement professionnel. Ce qui aboutit à l’idée qu’il y a une seule vérité et que celle-ci est construite par des personnes compétentes individuellement et n’émerge donc pas d’un débat. La quantification est inhérente à cette logique de gouvernement, au sens où, à partir du moment où l’on est possession de chiffres, le débat n’a plus lieu d’être. Le politique dispose par là-même des moyens de juger la communauté de la recherche indépendamment d’elle-même. Or, la totalité de l’action publique est établie en objectifs chiffrés. L’AERES n’est qu’une expression parmi d’autres de cette logique d’ensemble, au-delà des personnes qui y participent. Car inscrit dans cette structure et dans la logique de gouvernement que l’on a aujourd&#8217;hui, cela ne peut rien donner d’autre que ce dont il est fait le constat (4).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Une suggestion est faite d’établir des monographies circonstanciées sur les comités de visite de l’AERES, tant la méthode choisie semble aberrante s’il s’agit de connaître l’activité d’un centre de recherches par un déplacement de quelques heures sur place.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><br />
</strong>
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Parmi les arguments en faveur de l’AERES on trouve : </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- que les modes nouveaux d’évaluation représentent un progrès par rapport à la situation précédente, au sens où ils se traduiraient par une plus grande transparence ainsi que par la prise en compte de composantes de l’activité des universitaires qui n’étaient jusque là pas considérées ;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- qu’il est bon de différencier l’évaluation consacrée à la partie administrative (organisation et structure) de la vie des agents et établissements d’enseignement supérieur et de recherche, de l’évaluation du registre proprement scientifique ;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">-  que l’AERES représenterait malgré tout une évaluation faite par des « pairs » plutôt que par des agents totalement extérieurs au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur et à ses caractéristiques distinctives. En outre, la composition des comités de visite par disciplines, mettrait la communauté à l’abri de la scientométrie dans ses aspects les plus durs.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">A cela il convient d’ajouter un certain optimisme dans la possibilité d’amender et d’améliorer le fonctionnement de l’AERES, par un certain nombre de suggestions : faire en sorte d’éviter que l’évaluation se fige dans un certain professionnalisme, revoir le mode de désignation des experts, en passant de la nomination à l’élection par les pairs, etc.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Les remarques critiques à l’égard de l’AERES mettent l’accent sur la mainmise des politiques sur la science, avec la crainte de la conformité intellectuelle qui pourrait en découler, et se traduisant par un étouffement de la créativité en privilégiant les recherches qui permettent d’obtenir des résultats rapides sur celles qui peuvent ouvrir de nouveaux champs mais à plus long terme et sans garantie initiale de retombées clairement définies.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Parmi ces critiques, il y a également l’indigence de l’évaluation (le temps minimal de la visite) et celle du rapport (un Powerpoint de 7 pages, p.e.) rapportée au travail mené en comité national (s’agissant du Cnrs), notamment fait par des collègues dont les références épistémiques sont diverses, et qui forgent de manière concertée les moyens d’élaborer un jugement partagé.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">La remarque qui revient désormais de façon quasi récurrente et qui consiste à s’interroger sur le fait de savoir pourquoi, s’il est si problématique qu’on le dit, le nouveau régime d’évaluation qui se met actuellement en place n’a pas suscité de lever de boucliers à l’origine, appelle plusieurs réponses. L’une d’entre elles est de dire que les personnes impliquées, les directeurs-trices et les membres d’UMR qui allaient être évaluées étaient dans l’expectative et redoutaient les mesures de rétorsion en cas de refus de l’évaluation. Une autre consiste tout simplement à reconnaître que, pour certains, cette évaluation à venir n’avait pas suscité d’inquiétude particulière. Ils n’avaient donc pas d’apriori. C’est seulement à partir des premiers « retours d’expérience » des centres visités que leur attention a été attirée sur les risques que ce régime d’évaluation pouvait faire courir, en tant que pièce d’un système complet qui en contenait d’autres, à l’exercice de la recherche.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- <span style="text-decoration: underline;">Différence vs. arrogance</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">Le statut particulier de « Grand établissement » dont jouit l’Ecole avec six autres établissements (dont le Muséum d’histoire naturelle, le Cnam, le Collège de France, Dauphine,…) aurait pu conduire ces établissements précisément à souligner leur différence avec les universités, à la fois sur leurs missions et sur leur fonction en terme d’élaboration et de diffusion des savoirs, et qui se manifeste également dans leur modalité de recrutement de leurs personnels. Cette perspective aurait pu permettre de construire un débat visant à faire admettre des différences de modes de fonctionnement et d’orientations entre les établissements de recherche et d’enseignement supérieur. Sachant par ailleurs que ces différences, soulignées par des statuts, n’empêchent en rien la solidarité de ces établissements avec les universités dans le combat qu’elles mènent en ce moment pour une autre approche de l’autonomie que celle qui leur est octroyée par le gouvernement. Par ailleurs, cette spécificité entre les établissements n’interdit pas les coopérations scientifiques entre eux.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il n’y a pas d’arrogance dans cette pétition, laquelle, d’une part, ne concerne pas la défense du statut de l’Ecole, et, d’autre part, est centrée non pas sur l’évaluation en général, mais sur le régime particulier d’évaluation qui se met en place à travers l’AERES, à partir de l’expérience qui en a été faite à l’EHESS.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><em>La perspective du mouvement</em></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il ne s’agit pas de marquer une différence en soi de l’Ecole par rapport aux universités. L’objet de la mobilisation consiste à appeler à une réforme radicale de l’AERES si celle-ci veut devenir légitime au sein de la communauté. Il faut donc convaincre les collègues de cesser de jouer ce jeu. C’est pourquoi il faut tous, universités et Ecole, argumenter dans les mêmes termes car nous sommes tous dans le même bateau. Le but est de parvenir à l’arrêt du fonctionnement de l’AERES telle qu’elle fonctionne aujourd&#8217;hui, sous la forme d’une agence de notation.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><em>Légitimité des évaluateurs et légitimité de l’évaluation</em></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Une intervenante met en cause le système d’élection des membres des sections du comité national du Cnrs sur liste syndicale, en tant qu’il n’est pas en soi une garantie de compétence scientifique des personnes ainsi élues à la fonction d’évaluateur. Une première réponse a consisté à dire que l’élection au CoCnrs est une élection au scrutin nominal, que l’appartenance syndicale n’est pas obligatoire. Une autre réponse est d’avancer que l’élection permet le choix et garantit une évaluation par les pairs. Une dernière réponse est de dire qu’il est souhaitable d’avoir une évaluation reposant sur l’objectivité collégiale, fondée sur la mise en place de systèmes d’équivalence entre scientifiques de différents bords, courants, de différentes disciplines ou de la même mais de styles de recherches différents. L’exemple du Cnrs peut être amélioré au lieu d’être simplement remplacé par un système totalement différent. L’AERES, via une réforme radicale de son fonctionnement pourrait être le moyen de cette objectivité élaborée sur un mode collégial que ce soit au Cnrs, ou dans les universités. Sa transversalité par rapport aux organismes et aux établissements pourrait devenir alors un atout dans la conception d’un processus d’évaluation plus conforme aux exigences et pratiques des milieux de la recherche et de l’enseignement supérieur. On peut au demeurant voir la différence de conception entre, d’un côté, l’intervenante qui met l’accent sur la compétence présumée des individus qui composent un groupe d’évaluateurs, qui est une propriété personnelle préalable à la composition du groupe dans lequel ces individus siègent et, de l’autre, cette idée issue de l’expérience de la pratique, d’une évaluation fondée sur des outils et méthodes <em>ad hoc</em> conçus à partir d’une activité concertée entre des membres réunis pour évaluer des projets, des équipes, des travaux, des personnes et ayant à constituer ensemble les perspectives d’une compréhension commune aux fins de la réalisation de la tâche qui est la leur. Ce sont deux conceptions assez éloignées l’une de l’autre, dont vraisemblablement la seconde est celle qui correspond aux pratiques effectives. L’activité de recherche, et celle de l’administration de la recherche sont en effet remplies par ceux qui sont engagés au quotidien dans les tâches de recherche ou/et d’enseignement. L’idée que les fonctions d’évaluation devraient être réservées aux « meilleurs » ouvre la boîte de Pandore. Qui va en décider ? Forcément arbitraire, car nul ne peut être spécialiste de tout, cette vision des choses est en outre inapte à rendre compte du fonctionnement d’un petit groupe de pairs appelé à élaborer ses règles de fonctionnement dans une certaine difficulté mais pas sans efficacité jusqu’ici et, pourrait-on ajouter, sous une forme qui respecte l’expression plurielle de la recherche vivante. Ceci à l’inverse de l’administration de questionnaires liés à des grilles d’évaluation passe-partout ou de jugements d’autorité de membres censés être plus compétents que les autres.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">- <span style="text-decoration: underline;">Sur les biais de la lettre pétition</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Une gêne éprouvée à la lecture de la lettre-pétition, c’est qu’elle s’adresse plus à des personnes qu’à des institutions.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ce qui pose problème, c’est moins le contenu que le statut de la pétition qui s’adressait aux membres de l’institution. Ensuite elle s’ouvrait aux membres de l’Ecole. Après elle s’est ouverte bien au-delà. Ce qui était problématique eu égard à la tournure initiale du texte de la pétition. En outre la pétition arrivait au terme des évaluations des centres et la pétition s’achevait sur une préoccupation propre à l’Ecole.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Sur toute cette réflexion sur l’AERES, on a eu trop souvent en tête souvent de façon implicite le modèle alternatif de l’évaluation au Cnrs. Or il faudrait comparer avec l’évaluation par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Par rapport à celle-ci on constate trois évolutions positives : la clarté de l’identité et du rôle des évaluateurs, la parité, la visite. Par ailleurs, la question mise en avant par la pétition qui est de « lire les œuvres » présente le biais de limiter l’évaluation à l’activité scientifique, ce qui ne met pas en évidence les conditions de production desdites œuvres.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<ol>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span style="color: #0000ff;"><span lang="zxx"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.ipetitions.com/petition/ehess/index.html">http://www.ipetitions.com/petition/ehess/index.html</a></span></span></span> Cette pétition a obtenu 278 signatures, dont 258 personnes 	travaillant à l’Ecole.</p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Les lignes qui suivent ont été 	tirées du texte de présentation de l’AERES et de la section des 	établissements accessible sur le site de cette agence 	<span style="color: #0000ff;"><span lang="zxx"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.aeres-evaluation.fr/Presentation-des-rapports-de-la">http://www.aeres-evaluation.fr/Presentation-des-rapports-de-la</a></span></span></span></p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Signalons à cet égard, l’exemple 	du Conseil d’Etat, et des mesures par lesquelles ses membres et 	cette institution préservent leur indépendance à l’égard des 	pressions éventuelles des autorités publiques. 	<span style="color: #0000ff;"><span lang="zxx"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2008/03/18/nicolas-sarkozy-la-reforme-du-cnrs-et-le-vieux-statut-mite-d.html">http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2008/03/18/nicolas-sarkozy-la-reforme-du-cnrs-et-le-vieux-statut-mite-d.html</a></span></span></span></p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Sur ce dernier point, qui se veut 	conciliant, on remarquera néanmoins que le respect du point de vue 	de tous, et singulièrement de ceux qui participent aux évaluations 	de l’AERES et croient à sa méthode, n’est pas dénué 	d’ambigüité.  En effet, il exonère ces derniers de toute 	responsabilité, à titre individuel, dans l’entreprise de « 	réduction- traduction » de l’activité d’enseignement 	et de recherche en données quantifiées. Laquelle exonération 	s’étend aux conséquences découlant de l’évaluation des 	agents, établissements et organismes de ce secteur, en tant que 	l’intérêt de ces derniers est considéré par les politiques à 	travers ces seuls signes et que des décisions sont prises par ces 	derniers sur cette base là et appliquées aux membres de la 	communauté qui n’en peut mais. En somme, que les membres de ces 	agences communient ou pas avec la philosophie du « nouveau 	management public » mis en œuvre par ces agences de notation, 	le simple fait qu’ils prennent part à leur fonctionnement, 	conduit au résultat constaté. Le paradoxe est que retirer la 	responsabilité de leurs actes aux agents, dans l’intention de les 	prémunir contre une critique trop acérée de leur action et 	implication, en fait <em>de facto</em> des marionnettes au service 	d’une logique de gouvernement. On ne peut ici que songer aux 	travaux de Hannah Arendt sur la capacité de juger, qui est une 	propriété dont l’usage transforme l’être humain en une 	personne, c&#8217;est à dire en un animal politique capable de s’extraire 	des us et coutumes, des manières de faire et de penser convenues, 	routinières, pour examiner le poids des conséquences, en 	particulier, de son action personnelle dans le monde, de sa 	participation à n’importe quelle entreprise, individuelle ou 	collective, et discerner en quoi elle l’engage vis-à-vis des 	autres et de lui-même. Ce qui l’autorise à faire la part des 	choses dans la manière flatteuse dont se présentent les 	situations, les actions qui sollicitent son engagement et en les 	jaugeant sur leurs traits moraux et politiques effectifs. H. Arendt 	souligne que penser n’est pas affaire d’intelligence ni 	d’érudition. C’est simplement se rendre disponible pour 	considérer à nouveaux frais et sous un regard neuf ou renouvelé 	ce qui naguère paraissait être incontestable et frappé du sceau 	de l’évidence. Cette posture, naturellement, à la fois commune à 	tous les êtres humains, et si rare dans son exercice effectif, 	n’est, bien entendu pas recommandée uniquement à ceux et celles 	qui participent avec entrain aux réformes gouvernementales 	actuelles. Les opposants à celles-ci trouveraient également un 	avantage à s’y confronter. Ce serait vraisemblablement le moyen 	de trouver un moyen de s’entendre entre les partisans de ces 	orientations divergentes. Néanmoins, cette note conteste le propos 	rapporté dans le texte selon lequel personne ne porterait au fond 	la responsabilité de ce que l’action de nombreux acteurs fait 	émerger dans les pratiques et la culture de cette communauté. Pour 	aller plus loin, cf. Hannah Arendt, <em>Responsabilité et jugement</em>, 	Payot, 2009. Notons, en passant, qu’un exemple concret de cette 	absence de jugement, remplacé par une suite de stéréotypes, 	pourrait se trouver dans la façon dont V. Pécresse « voit » 	le mouvement universitaire : 	<span style="color: #0000ff;"><span lang="zxx"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/05/03/Une-journee-a-Berkeley">http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/05/03/Une-journee-a-Berkeley</a></span></span></span></p>
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]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://indiscipline.fr/fr/retour-sur-la-lettre-petition-adressee-au-comite-de-visite-de-l%e2%80%99aeres-a-l%e2%80%99ehess-4%c2%b0-grand-debat-de-l%e2%80%99ehess-300409/feed/</wfw:commentRss>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;ANR vue par les praticiens de la recherche : Réflexions autour du deuxième des « Grands débats de l&#8217;EHESS », du 1/04/09</title>
		<link>http://indiscipline.fr/fr/lanr-vue-par-les-praticiens-de-la-recherche-reflexions-autour-du-deuxieme-des-%c2%ab-grands-debats-de-lehess-%c2%bb-du-10409/</link>
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		<pubDate>Fri, 10 Apr 2009 10:59:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>micbarth</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Positions]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Michel Barthélémy, Sociologue, CNRS. Suivi d&#8217;une réponse de Jean-Michel Roddaz, Responsable Département SHS/ANR Après le débat consacré à l&#8217;AERES (1), des enseignants-chercheurs de l&#8217;EHESS organisaient une deuxième rencontre (2) portant cette fois sur une autre institution récente, l&#8217;Agence Nationale de la Recherche (ANR) (3). Celle-ci a pour objet de financer des recherches sur projet, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Michel Barthélémy, Sociologue, CNRS.</p>
<p>Suivi d&#8217;une réponse de Jean-Michel Roddaz, Responsable Département SHS/ANR</p>
<p style="text-align: justify;">Après le débat consacré à l&#8217;AERES (1), des enseignants-chercheurs de l&#8217;EHESS organisaient une deuxième rencontre (2) portant cette fois sur une autre institution récente, l&#8217;Agence Nationale de la Recherche (ANR) (3). Celle-ci a pour objet de financer des recherches sur projet, émanant d&#8217;équipes de recherche publiques comme privées (entreprises, notamment), autour de certaines thématiques, et concernant les grandes branches de la connaissance. A côté de ces programmes, il existe la possibilité de soutenir un petit nombre de projets de recherches libres quant à leur sujet, appelés « programmes blancs ». Les financements portent sur une période maximale de quatre ans (4).</p>
<p><strong><em>L&#8217;apport ambivalent de l&#8217;ANR à la recherche </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les constats des participants à ce débat qui ont soit participé au conseil scientifique de l&#8217;ANR à ses débuts ou bien bénéficié d&#8217;un contrat de cet organisme, se rejoignent sur un certain nombre de points. Ils reconnaissent tout d&#8217;abord que les sommes que l&#8217;ANR met au service des équipes dépassent de loin ce qu&#8217;ils auraient pu obtenir de leurs laboratoires de recherche. L&#8217;ANR a pu ainsi concourir à la réalisation de recherches de qualité y compris en finançant des disciplines sous-dotées.</p>
<p style="text-align: justify;">Si au départ l&#8217;apport financier de l&#8217;ANR se faisait dans une perspective de supplémentation des ressources dont les équipes disposent sur les crédits récurrents de leur laboratoire, l&#8217;évolution négative de ces crédits tend de plus en plus à faire prévaloir un caractère substitutif.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, un problème soulevé par divers intervenants tient à l&#8217;absence de modulation possible dans le soutien financier qui ne concerne que des projets assez lourds, pas toujours adaptés aux besoins de la recherche en SHS, ceux où quelques milliers d&#8217;euros suffisent. Or ce n&#8217;est pas le format des contrats ANR.</p>
<p><span id="more-660"></span></p>
<p style="text-align: justify;">En outre, à cette tendance constatée d&#8217;une diminution des crédits de base des UMR, s&#8217;ajoute un autre problème qui est celui de la réduction des postes de chargés de recherche dans les organismes et de maîtres de conférence dans les universités. On remarque ici aussi une tendance, qui n&#8217;avait en soi rien de nécessaire ni d&#8217;automatique, à une augmentation du nombre de postes en cdd offerts aux jeunes chercheurs (post-doctorants) par les programmes ANR, évoluant dans un sens opposé au nombre décroissant de postes ouverts aux concours dans les organismes de recherche et dans les universités (5). Cette hémorragie touche également les différentes catégories de personnel de soutien à la recherche. Une situation dont la contingence autorise à y voir l&#8217;expression d&#8217;un choix politique (6).</p>
<p><strong><em>Un pilotage à l&#8217;aveuglette</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un autre aspect sur lequel les intervenants s&#8217;accordent est celui de l&#8217;absence d&#8217;un travail de synthèse par l&#8217;ANR des rapports de recherche finaux qui lui sont remis. Ce qui laisse une grande latitude aux équipes pour travailler sur les sujets et selon les intérêts de recherche qui sont les leurs, autorisant un écart plus ou moins large entre le sujet proposé et la recherche effectivement réalisée. Il en ressort que l&#8217;on ne peut pas attribuer à l&#8217;ANR un rôle de pilotage de la recherche. Un constat qui peut s&#8217;expliquer, selon un intervenant, par la faiblesse des moyens en personnel dont dispose cette organisation. Un autre argument pourrait découler de ce que la démarche qualité qui inspire cet organisme est centrée sur les procédures et non sur les résultats. Il importerait donc essentiellement de respecter les dates de remise des rapports et autres livrables aux échéances prévues, l&#8217;ANR n&#8217;intervenant pas finalement sur le contenu des travaux qui ont été effectués dans le cadre des programmes qu&#8217;elle commandite selon des thématiques qu&#8217;elle a inspirées. Du coup, un participant s&#8217;interroge sur la pertinence de mobiliser des équipes de recherche sur ces thèmes en l&#8217;absence d&#8217;un souci de produire une synthèse des résultats obtenus et, ajouterai-je, de s&#8217;intéresser aux conséquences pratiques de ces travaux pour leurs commanditaires et surtout pour le registre d&#8217;action publique concerné.</p>
<p><strong><em>Un manque de transparence</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les intervenants soulignent le manque de transparence dans la désignation des membres des jurys d&#8217;évaluation des dossiers de l&#8217;ANR, tous nommés selon des critères non affichés, cependant que leurs méthodes d&#8217;évaluation ne sont pas non plus publiques.</p>
<p><strong><em>Les effets du développement de la culture de la recherche par projets</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Une intervenante a présenté les divers effets de l&#8217;introduction de cette nouvelle culture de la recherche sur contrats provisoires et bien dotés pour les bénéficiaires et leur environnement. Le mot clé étant celui du passage du statut de chercheur à celui d&#8217;« entrepreneur de soi-même », l&#8217;équivalent du « savoir se vendre » des salariés du privé, en transformant sa personne, son  statut, ses distinctions, ses travaux, ses projets en autant de composantes d&#8217;un « faire-valoir » qui sont mobilisées à l&#8217;appui du dépôt d&#8217;un projet à l&#8217;ANR. Et ce, probablement dans l&#8217;objectif de « faire la différence », sur le « marché de la connaissance » très disputé que représente cette forme de soutien à la recherche. En outre, en dépit de la jeunesse de cette institution, l&#8217;obtention d&#8217;un contrat ANR vaut déjà pour le bénéficiaire l&#8217;octroi d&#8217;un label de qualité pour ses travaux. Par ailleurs, la durée limitée du contrat a pour résultat de favoriser la réalisation d&#8217;articles plutôt que d&#8217;ouvrages sur le sujet traité dans la recherche qui aura été réalisée (7). Une intervenante de la salle évoque un effet en chaîne de ces différentes instances, prises comme appui à un jugement qualitatif sur les équipes et donnant lieu à des appréciations et des décisions fondées sur ces critères. L&#8217;AERES évaluera ainsi les équipes en fonction de leur obtention de contrats ANR, cependant que l&#8217;université va construire sa politique scientifique autour des équipes qui auront obtenu un contrat ANR et une bonne note de l&#8217;AERES, comme autant de gages de qualité des équipes en question et du travail qu&#8217;elles réalisent. Ainsi, sans cesser de reposer sur des critères et une philosophie étrangers au milieu de la recherche et de l&#8217;enseignement supérieur, ces instances et leurs méthodes d&#8217;évaluation vont pouvoir <em>de facto</em> influer considérablement sur la marche des universités et sur le sort des équipes de recherche. Ce que cette intervenante dénonce comme inacceptable, au motif que ces critères quantitatifs de la « bonne » recherche et de la « bonne » équipe sont stérilisants et nuisibles au sens où ils pourraient conduire à éliminer de l&#8217;offre d&#8217;enseignement et de recherche de l&#8217;université des disciplines dont les équipes qui les portent ne satisferaient pas à ces critères, en dépit de l&#8217;intérêt de leurs travaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant, au-delà du problème déjà signalé de ses effets non-voulus (?) sur l&#8217;emploi statutaire, notons également qu&#8217;il semble que le problème ne provienne pas tant de la recherche sur contrats, qui est une réalité déjà ancienne, mais plus exactement du fait de la part sans cesse croissante et bientôt prépondérante qu&#8217;une seule agence semble devoir jouer dans le paysage scientifique, par le niveau de ses financements (8), à l&#8217;exception des contrats européens, en imposant ses thèmes et ses codes d&#8217;action. Et si, pour l&#8217;heure, les mailles du filet sont larges, rien ne dit qu&#8217;à l&#8217;avenir celles-ci ne puissent pas se resserrer sur les équipes de recherche, une fois l&#8217;agence parvenue à maturité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le directeur SHS de l&#8217;ANR est intervenu au terme du débat en revenant sur un certain nombre de points évoqués au cours de celui-ci. Il a tenu à souligner qu&#8217;il est professeur d&#8217;université et ancien directeur d&#8217;un laboratoire Cnrs-université. Ce qui est également le cas de ses collègues de l&#8217;agence. Ceci entendait probablement souligner que les membres de l&#8217;ANR n&#8217;étaient pas différents du reste des membres de la communauté universitaire. Il a précisé qu&#8217;il n&#8217;était pas prévu à l&#8217;origine, en 2005, que les SHS fassent partie des recherches soutenues par l&#8217;ANR, mais que c&#8217;était la communauté des SHS qui avait insisté pour en bénéficier également. Il ajoute qu&#8217;il y a moins de programmes thématiques en SHS que dans les autres secteurs de la recherche et que, par ailleurs, l&#8217;augmentation du nombre des programmes blancs, réclamée par une partie substantielle de la communauté, se faisait au détriment de la part des financements accordés aux autres programmes.  Il affirme ensuite que l&#8217;ANR ne veut pas la disparition du Cnrs, ni des universités, car elle n&#8217;a pas un rôle de structuration de la recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Il conteste l&#8217;opacité de la nomination des membres des comités d&#8217;évaluation, tout en reconnaissant que les nominations devraient être rendues publiques et qu&#8217;il devrait y avoir une rotation des membres de ces comités.</p>
<p style="text-align: justify;">Le directeur des SHS à l&#8217;ANR revient sur la notion de « pairs » pour indiquer que les projets sont évalués par des pairs et non par l&#8217;agence elle-même. On constate ainsi combien cette notion d&#8217;appartenance commune est sensible et est maniée par les membres d&#8217;agences comme l&#8217;ANR ou l&#8217;AERES, soulignant son caractère problème en l&#8217;occurrence.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, sur la question de l&#8217;emploi, l&#8217;ANR ayant été décrite au début du débat comme une « usine à précarités », le directeur des SHS à l&#8217;agence retourne la critique sur les porteurs de projets, qu&#8217;il rend responsables de l&#8217;emploi de post-doctorants sur des postes précaires car liés à la durée du projet, cependant que lui-même met en avant le fait que l&#8217;ANR ne permet pas uniquement de financer des postes précaires, mais apporte des crédits de mission. Ce qui semble vouloir dire que la recherche sur projets s&#8217;adresse davantage, selon lui, à des équipes composées de statutaires plutôt qu&#8217;à des équipes mixtes &#8211; ce qui ne fait que déplacer le problème de l&#8217;emploi des post-doctorants. Cette position découle peut-être de ce que l&#8217;ANR n&#8217;a pas vocation à créer des emplois à long terme. La salle répond à sa contre-critique adressée aux porteurs de projets, bénéficiaires de contrats ANR, que ces derniers procèdent de la sorte faute de postes statutaires mis au concours en nombre suffisant pour pouvoir embaucher des post-doctorants. A ce propos, un intervenant avait indiqué plus tôt que l&#8217;ANR offrait 47 CDD de post-doctorants par an, comparé aux 35 postes de chargés de recherche ouverts aux concours du Cnrs sur la même période.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette remarque du directeur des SHS à l&#8217;ANR sur la responsabilité des bénéficiaires de projets de recherche en réponse à la mise en cause de son agence dans la diffusion du précariat dans la recherche donne l&#8217;impression d&#8217;un combat entre des challengers qui ne sont pas les bons. Se contestent mutuellement sur ce point des victimes d&#8217;un système caractérisé par le blocage des perspectives d&#8217;emplois au sein d&#8217;un milieu également touché, comme les autres, par les départs massifs à la retraite non remplacés. Ni les uns ni les autres ne contrôlent la  vanne des créations de postes. Une manière de faire face à cette situation en effet dramatique peut consister à se tenir sur son pré carré, et à ne pas dévier du cadre de sa mission officielle, sans se préoccuper des conséquences à moyen et long terme de cette situation. Car en effet, si l&#8217;ANR n&#8217;est pas responsable d&#8217;une politique de réduction drastique des effectifs de la fonction publique, et singulièrement dans la recherche et l&#8217;enseignement supérieur, son existence ne peut conduire à terme qu&#8217;à banaliser ce recours massif à l&#8217;emploi précaire, créant tout d&#8217;abord, en l&#8217;absence d&#8217;une autre alternative plus satisfaisante, une sorte de lumpenprolétariat chez les « intellectuels précaires », avant de conduire au tarissement du nombre d&#8217;étudiants en doctorat se destinant aux métiers de la recherche et de l&#8217;enseignement supérieur.</p>
<p><strong><em>Emergence d&#8217;une nouvelle catégorie et défense d&#8217;une identité collective </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier commentaire conçu à partir mais au-delà de la teneur de ce débat, j&#8217;avancerai que l&#8217;on assiste en ce moment même aux premiers pas de la constitution d&#8217;une catégorie d&#8217;universitaires évaluateurs et managers, qui, de par leurs conditions de nomination, les prérogatives dont ils bénéficient, les fonctions qu&#8217;ils occupent, les méthodes et objectifs dont ils se réclament, le fait qu&#8217;ils n&#8217;aient pas de comptes à rendre à leurs pairs, se placent dans une position de surplomb par rapport à leurs collègues. Ce qui fait d&#8217;eux des agents de diffusion d&#8217;une conception et d&#8217;une pratique managériale ainsi que de l&#8217;esprit de subordination qui va avec, qui ne sont pas familiers aux membres de cette profession. Dans le même temps, quoique plus récemment, se manifeste sous diverses formes une prise de conscience des retombées directes et concrètes des « réformes » en cours précisément sur les conditions mêmes d&#8217;exercice de ce métier. Ce qui donne lieu à une réflexion sur les caractéristiques de celui-ci et sur son périmètre vital qui se trouve menacé. Au-delà des considérations techniques sur les textes qui sont l&#8217;objet apparent du conflit, la naissance d&#8217;une nouvelle catégorie hybride au sein de ce groupe professionnel et se construisant en-dehors des règles, normes, pratiques, traditions formant le socle des attentes de reconnaissance mutuelle entre ses membres et chargés de « manager » le reste des membres « non-managers », est en train de pousser à un travail visant à la définition légitime de ce que sont et font les membres du corps en réponse aux questions liées : « qui &#8211; les membres de la nouvelle catégorie hybride (mi-scientifique, mi-manager) &#8211; sont-ils ? » et « qu&#8217;est-ce qu&#8217; « ils » (nous) font ? ». Une partie de la controverse sur les nouvelles structures et leurs méthodes a pour objet ces questions. Ceci au sens où la montée en puissance de la catégorie des managers évaluateurs &#8211; i.e. à la fois au sein même des universités et de son président-manager comme à l&#8217;extérieur, à travers les rapports demandés par les instances d&#8217;évaluation qui se superposent aux anciennes -  se paye pour les universitaires par une surcharge de travail pour rendre leur activité contrôlable et justifiable par ces nouvelles instances et leurs outils et méthodes particuliers.  Ce questionnement s&#8217;élabore notamment à partir d&#8217;une analyse serrée des diverses moutures du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs, sur la confrontation entre ses descriptions désincarnées dans le texte et la connaissance issue de l&#8217;expérience acquise du métier qui permet de critiquer les premières (9). Si tel est le cas, alors, en effet, cette crise est partie pour durer, bien au-delà de ce qui arrivera finalement au décret statutaire. Ceci au sens où une crise identitaire est apparue à la faveur de ce conflit et l&#8217;a débordé.</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, le contraste souligné par divers intervenants entre le cadre procédural strict de l&#8217;ANR sur l&#8217;agenda des livrables et l&#8217;absence de retour final sur les recherches effectuées, incite à y voir une image de la place que les sciences sociales occupent dans la société. C&#8217;est-à-dire, un univers qui se développe dans une bulle spéculative que vient grossir chaque rapport, chaque article, chaque ouvrage supplémentaire, et qui flotte un peu au-dessus des choses, sans articulation définie avec le monde dont ces travaux se veulent le reflet critique et dont les acteurs sont censés être les destinataires.</p>
<p style="text-align: justify;">Le point serait de permettre une articulation entre la recherche en sciences sociales et l&#8217;action publique, qui n&#8217;est pas seulement celle initiée par les pouvoirs institués. Cela suppose la mise en place de passerelles. Pour l&#8217;heure celles-ci sont pensées comme autant de filins d&#8217;abordage de la « raison gestionnaire », pour emprunter une notion forgée par A. Ogien, jetées sur le navire de la recherche, afin de mettre ses activités au diapason de la mesure de l&#8217;action marchande et comptable. L&#8217;alternative consisterait plutôt à faire entrer la perspective critique de la pensée scientifique au sein même de l&#8217;action publique, elle-même aiguillonnée par la critique sociale, comme participant d&#8217;un dispositif d&#8217;auto-évaluation et d&#8217;autocorrection en relation à la prise en compte des conséquences nuisibles des décisions antérieures et à leur traitement. C&#8217;est à cette condition que, sans cesser de demeurer dans un rapport de distance critique avec l&#8217;action des pouvoirs publics, et sans étouffer les divergences inévitables afin de mieux pouvoir les appréhender, les sciences sociales pourraient contribuer utilement à apporter des éléments de réflexion d&#8217;un côté aux décideurs publics et autorités politiques, avant, pendant et après la mise en œuvre de leurs décisions de réforme, et de l&#8217;autre aux acteurs associatifs de la société civile, dans un travail d&#8217;enquête sans fin. Ceci suppose entre autres que les réseaux d&#8217;influence, les méthodes et procédures par lesquels les pouvoirs publics élaborent leurs politiques entrent dans le jeu à visage découvert. Car, si un gouvernement peut recevoir les résultats d&#8217;une vaste consultation et réflexion des milieux professionnels concernés, à la manière des Etats-Généraux de 2004, avant de concocter « sa » réforme qui s&#8217;éloigne grandement des préconisations faites et aboutit à minorer la part des acteurs du milieu dans le contenu finalement choisi, ou si un gouvernement peut faire mine de négocier et de réécrire un décret controversé en abusant ses partenaires sur l&#8217;étendue réelle des modifications apportées et en ne changeant en définitive pas grand chose sur le fond, c&#8217;est que des « experts » ou « ex-pairs » (10) s&#8217;activent en coulisses selon des modalités officieuses et opaques. Ce qui conduit à un détricotage de l&#8217;esprit et du contenu de la réforme pensée de manière collective, ouverte et concertée. Une manière de faire qui ne peut manquer d&#8217;alimenter le sentiment que les membres du milieu ont été floués, et que si cela s&#8217;est fait dans leur dos, c&#8217;est que la réforme ne pouvait que jouer contre eux. Ce que l&#8217;examen détaillé du texte confirmera du reste par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est bien alors la nécessaire préservation de la dimension d&#8217;indépendance du secteur de la recherche et de ses membres par rapport aux pouvoirs institutionnels qui est soulignée par le mouvement actuel des universitaires à l&#8217;encontre de l&#8217;orientation des réformes en cours. C&#8217;est cette menace qui constitue l&#8217;obstacle premier à la mise en place d&#8217;une telle relation dialectique ayant pour horizon l&#8217;intérêt général, avec l&#8217;ensemble des parties intéressées, à la recherche de ses définitions localement et uniquement appropriées pour chaque tâche à résoudre de manière concertée concrètement ici-et-maintenant dans une logique d&#8217;enquête (11).</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>(1)    Dont un compte rendu est disponible ici : <a href="http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2313">http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2313</a></p>
<p>(2)    Un résumé de ce débat est présenté ici : <a href="http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/05/l-anr-quels-effets">http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/05/l-anr-quels-effets</a></p>
<p>(3)    De plus amples informations sur cette agence sont consultables sur son site : <a href="http://www.agence-nationale-recherche.fr/">http://www.agence-nationale-recherche.fr/</a> Un éclairage sur la manière dont ses membres dirigeants voient leur mission figure là : <a href="http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2710">http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2710</a></p>
<p>(4)    De nouveaux projets peuvent bien entendu être présentés par la suite.</p>
<p>(5)    Il convient d&#8217;ajouter ici les nouvelles possibilités d&#8217;embauche en CDI par les universités d&#8217;enseignants-chercheurs sur titres et expérience qui ne sont pas passés par le filtre des qualifications du CNU. Ce qui à terme est une menace sur le statut de l&#8217;appartenance des universitaires à la fonction publique.</p>
<p>(6)    Pour plus de détails sur les postes, entre autres aspects de la « réforme » engagée dans l&#8217;enseignement supérieur et la recherche cf. <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-73">http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-73</a>. Pour prendre connaissance des réformes similaires en cours ou entrées en vigueur dans le monde, on se reportera à : http://universitesenlutte.wordpress.com/2009/04/05/la-reforme-ne-sarrete-pas-aux-frontieres-de-la-france/</p>
<p>(7)    Au demeurant, les critères de l&#8217;AERES s&#8217;agissant des publications, privilégient les articles dans les « bonnes » revues par rapport aux ouvrages.</p>
<p>(8)    A ce sujet, plusieurs intervenants rappellent que si les financements contractuels sont légitimes, la part de ces derniers devrait être plafonnée à un pourcentage ne dépassant pas 30 ou 40 % du total des soutiens à la recherche.</p>
<p>(9)    cf. <a href="http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/06/Le-dernier-avatar">http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/06/Le-dernier-avatar</a> ; <a href="http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/04/statut-des-univ.html">http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/04/statut-des-univ.html</a></p>
<p>(10) L&#8217;auteur du jeu de mots se reconnaîtra.</p>
<p>(11) Pour une présentation d&#8217;une démarche inspirée de la « recherche » ainsi entendue, cf. <a href="http://contre-conference.net/Commencer+un+mouvement">http://contre-conference.net/Commencer+un+mouvement</a></p>
<p><strong>Réponse de Jean-Michel Roddaz, Responsable Département SHS/ANR :</strong></p>
<p>Cher collègue,</p>
<p style="text-align: justify;">Je viens de recevoir par l’intermédiaire de l’un de vos collègues le compte-rendu du dernier débat de l’EHESS sur le rôle et le fonctionnement de l’ANR. Je regrette de ne pas en avoir été l’un des destinataires directs ; cela m’aurait permis de m’adresser sûrement à la bonne personne. Dans la mesure où l’on a retranscrit un certain nombre de mes déclarations, je me sens autorisé à vous faire part -mais j’ignore si c’est vous qui avez rédigé ce texte- d’un certain nombre de remarques concernant la teneur de mon intervention. Je comprends par ailleurs la difficulté de donner une version parfaitement fidèle de débats parfois vifs et de bien traduire la pensée des intervenants lors d’échanges courts et parfois passionnés. Je n’ai disposé que de quelques minutes pour répondre à<br />
plus d’une heure et demi de remarques à charge contre l’ANR et sans doute, sur un certain nombre de points, me suis-je mal expliqué ou ai-je été mal compris.
</p>
<p style="text-align: justify;">Je me permets donc de revenir sur quelques points de mon intervention :</p>
<p style="text-align: justify;">1 – Je vous suis reconnaissant d’avoir bien voulu rappeler que le Département SHS est composé de scientifiques qui continuent à enseigner dans leurs universités de région et que nous avons tous eu (et continuons à avoir) des responsabilités au sein de nos équipes de recherche comme devant nos étudiants ou dans des instances nationales (CNU ou CNRS). Nous ne constituons en rien ‘une catégorie d’universitaires évaluateurs et managers’ destinée à se perpétuer à l’ANR. Si celle-ci veut bien fonctionner, il est nécessaire qu’il y ait un turn-over régulier et la plupart d’entre nous ont pour vocation de retourner rapidement dans leur université (Diane Roman, Professeure de droit public à l’Université de Tours, Michel Fayol, Professeur de psychologie à l’Université Blaise pascal, Jean Claude Rabier, Professeur de sociologie à l’Université de Lyon 2 et moi même, professeur d’histoire ancienne à l’Université de Bordeaux).</p>
<p style="text-align: justify;">2 – Je regrette que vous n’ayez pas rappelé un point important de mon intervention : effectivement l’ANR met à la disposition des équipes des sommes conséquentes et, à titre d’exemple, l’EHESS a reçu depuis 2005, 8,5 M€ : l’établissement est engagé dans 70 programmes et 33 équipes sont impliquées. Devons-nous regretter que les équipes SHS disposent enfin de moyens pour réaliser leurs projets de recherche. Avant même la création de l’ANR, cela était rarement possible et je ne crois pas qu’il y ait eu beaucoup de protestations quand on a mis en place à la fin des années 90 les ACI qui avaient comme objectif de pallier ce manque et qui eurent le grand mérite d’introduire la culture du projet. Les AAP de l’ANR se situent dans la continuité des ACI avec deux différences importantes : d’abord les sommes mises à la disposition de la communauté scientifique SHS ont triplé, voire quadruplé et d’autre part le champ des bénéficiaires s’est considérablement élargi : sur plus de 600 équipes qui bénéficient aujourd’hui des financements de l’ANR, pratiquement la moitié<br />
est constituée de formations qui ne reçoivent aucun moyen du CNRS, et parmi celles-ci 200 EA. Cela a complètement modifié la situation de la recherche dans un grand nombre d’universités et je ne prends pas en compte le montant du preciput (30 m€ sur 50) qui va directement aux établissements pour leur politique de recherche (cela équivaut à doubler le montant de leur BQR). La création de l’ANR a aussi permis la mise à disposition au profit des chercheurs d’une institution nationale du type de celle qui a fait ses preuves aux USA, au RU, en Allemagne ou aux Pays Bas comme en Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">3 – Je me suis mal fait comprendre sur la question Thématiques/non thématiques. La part des SHS à l’ANR n’est pas faible par rapport aux autres départements quand il s’agit du programme blanc, puisque les SHS représentent environ 12% du nombre de projets déposés et 10% des montants alloués au titre du blanc et ces rapports sont fixes : si nous recevons 400 dossiers, une centaine seront financés et si nous en recevons 300, ce sera 75. Donc le ‘blanc’ et le programme JC sont ‘protégés’. La faible part des SHS à l’ANR provient du fait que nous avons relativement peu de thématiques par rapport aux autres (2 à 4 sur une cinquantaine) et chaque fois que nous proposons une thématique, nous recevons en moyenne 70 dossiers supplémentaires. Or, certains dossiers déposés en thématiques ne le seraient jamais dans le blanc tandis que l’inverse n’est pas<br />
vrai. C’est pourquoi je disais qu’augmenter le montant du non thématique ne profitera certainement pas aux SHS dans la mesure où dans cette catégorie d’appels d’offres nous ne dépasserons jamais 300 à 320 dossiers déposés chaque année, tandis que chaque fois que nous lançons un Appel d’offre thématique, nous finançons une vingtaine de projets SHS supplémentaires !
</p>
<p style="text-align: justify;">4 – Sur les notions de transparence et d’évaluation par les pairs. Je rappelle que l’évaluation par les pairs est le système pratiqué par toutes les agences du monde et par Bruxelles, à l’ERC, dans les ERANET ou encore dans le programme cadre et que personne n’a jamais trouvé à y redire. J’ajoute &#8211; et tous les scientifiques qui ont participé à nos comités d’évaluation peuvent en témoigner &#8211; à aucun moment, le département n’intervient pour modifier le choix des évaluateurs ; cette règle a été scrupuleusement respectée. Par ailleurs, je maintiens qu’il y a une parfaite transparence du choix des évaluateurs ; le comité est composé en fonction des compétences scientifiques sur des propositions qui émanent du CNRS, de la DGRI et des universités mais aussi des agences étrangères puisque les comités sont composés pour un tiers d’étrangers. Chaque année l’ANR fait appel à l’ensemble de la communauté scientifique et ce sont des centaines de chercheurs qui participent aux trois phases de la procédure, programmation, évaluation, suivi des projets. La liste des scientifiques qui interviennent dans les différentes procédures est systématiquement publiée sur le site de l’ANR et chaque porteur de projet connaît la composition du comité qui a évalué son projet. Les critères sur lesquels se fondent le choix des « évaluateurs » (membres de comité, experts) sont connus : la compétence scientifique dans le champs de l’appel à projet et la complémentarité des expertises, afin de garantir la diversité académique. Tout est donc parfaitement clair et tout est vérifiable (toutes les procédures de l’ANR sont contrôlées par une agence indépendante qui veille à leur conformité avec les règles de transparence et de déontologie). J’ajoute que ce qui se pratique à l’ANR est le fait de toutes les agences internationales et que lorsque les pratiques de chacune de ces agences sont confrontées, l’ANR n’a jamais à rougir de la qualité de ses procédures et de la comparaison. Je redis ce que j’avais déclaré : deux conditions doivent être remplies pour que le système préserve la confiance ; la clarté et l’équité dans les procédures de nomination et le turn over des évaluateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">5 – La question des post-doc. Sur ce point aussi, mes dires ont été très librement interprétés, mais j’en suis sans doute le principal responsable. L’ANR n’a pas mission de créer des postes de chercheurs permanents ; c’est un fait. On peut en discuter autant que l’on voudra, mais ce type de poste est incompatible avec la notion d’appels à projets. Il faut donc maintenir ailleurs (CNRS et universités) le potentiel de scientifiques permanents. Je n’ai jamais dit que les porteurs de projets étaient responsables de la précarité, mais simplement qu’il fallait éviter d’accentuer la précarité en faisant tourner à l’intérieur des projets financés un trop grand nombre de post-docs. Un post-doc associé étroitement à un projet sur la totalité de sa réalisation trouvera certainement un bénéfice scientifique à la concrétisation de ce projet ; peut-être faudrait-il à ce sujet élaborer une charte. Le nombre de post-docs engagés dans le programmes ANR est considérable et je me permets de corriger ce que dit l’un des intervenants : les 47 CDD mentionnés représentent les postes ouverts par l’Appel d’offre sur les retours de post docs de l’étranger (il y a eu 8 candidats en SHS cette année) ; mais ce nombre n’a rien à voir avec le chiffre de post-docs recrutés chaque année par l’ANR (1500 en tout, et entre 150 et 200 pour les seules SHS !).</p>
<p style="text-align: justify;">6- La question des réformes à apporter : que le fonctionnement de l’ANR soit perfectible est évident. Nous travaillons, en concert avec les scientifiques et leurs organismes, à diversifier et améliorer nos appels. Le programme « retour des post doc » en témoigne. De même, nous réfléchissons à ouvrir un appel pour les projets individuels de faible montant ou encore à lancer des appels pluriannuels. Mais ces modifications ne pourront résulter que d’un véritable débat apaisé et sincère avec tous les acteurs de la recherche. Je ne veux pas entretenir la polémique sur le rôle de l’ANR, mais je tenais à<br />
rectifier certains points. Je ne suis pas sûr que ce soient deux conceptions de la recherche qui s’opposent, mais certainement deux façons de l’organiser et je ne suis pas sûr que la vision des scientifiques de l’ANR soit minoritaire si l’on prend en compte la totalité de la communauté scientifique des SHS (chercheurs et enseignants-chercheurs). Contrairement à ce qui a pu être dit par certains intervenants lors du débat, l’adhésion de la communauté aux pratiques de l’ANR est beaucoup plus large qu’on ne le pense et j’ai pu maintes fois le constater lors des rencontres avec les scientifiques, que ce soit dans les universités parisiennes ou dans les régions. Encore faut-il que tout le monde dispose de l’ensemble des données que le dialogue puisse s’établir et que les positions de chacun soient claires. Les miennes le sont : non, les crédits de l’ANR n’ont pas amputé ceux du CNRS. Oui, il est nécessaire de maintenir une part importante de crédits récurrents. Non, l’ANR n’a pas mission de se substituer au CNRS qui doit avec les universités structurer la recherche. Oui, la nouvelle organisation de la recherche doit reposer sur trois éléments complémentaires qui doivent définir leur champ d’activité (opérateurs, financement et moyen) et travailler ensemble, les Universités, le CNRS et l’ANR.</p>
<p style="text-align: justify;">En tant qu’universitaire, je réfute la qualification de professionnel de l’évaluation et du ‘managériat’ et je suis prêt à discuter de mes conditions de nomination,, des « prérogatives » dont je bénéficie, de la nature de mes fonctions, des méthodes et surtout du bilan. Je reste ouvert à tout débat avec la<br />
communauté des chercheurs et des enseignants-chercheurs à laquelle nous revendiquons, moi et mes collègues, l’appartenance .
</p>
<p style="text-align: justify;">Vous ferez, cher collègue, l’usage qui vous semble approprié de ce texte. Sans doute ai-je été trop long, mais croyez que je demeure, comme mes collègues, ouvert à tout débat et à toute discussion.</p>
<p style="text-align: justify;">Très cordialement</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Michel Roddaz<br />
Responsable Département SHS/ANR</p>
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		<title>Les évaluateurs de l’AERES sont-ils des « pairs » ?</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Apr 2009 11:26:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>micbarth</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Réflexions sur le débat à l’EHESS sur le thème « L’AERES et après ? » Par Michel Barthélémy, Sociologue, Cnrs Le premier des « Grands Débats de l’EHESS » à s’inscrire dans le prolongement de l’opération « Changeons le programme » s’est tenu le 25 mars 2009. Il a présenté un ensemble de témoignages, de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Réflexions sur le débat à l’EHESS sur le thème « L’AERES et après ? »</strong></p>
<p><strong><em>Par Michel Barthélémy, Sociologue, Cnrs</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le premier des « Grands Débats de l’EHESS » à s’inscrire dans le prolongement de l’opération « Changeons le programme » s’est tenu le 25 mars 2009. Il a présenté un ensemble de témoignages, de réflexions et d’analyses présentés quasiment à chaud sur la dernière vague en voie d’achèvement de l’évaluation des équipes de recherche par les comités de visite de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) (1). Ces interventions étaient le fait d’universitaires dont l’unité avait été l’objet de l’une de ces visites.</p>
<p style="text-align: justify;">Le présent texte ne prétend pas restituer en détail les différents points du débat (2). Il est plus limitativement consacré à discuter l’affirmation courante, et du reste réitérée par le représentant de l’AERES qui participait au débat, qui tient que l’évaluation à laquelle concourent ces comités est le fait de « pairs ». En ajoutant que le choix offert était entre cette configuration là ou bien le recours à un cabinet de consultants externes ou encore à des administratifs – « comme en Allemagne », a-t-il précisé.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue formel, il est indéniable que les participants à ces comités de visite sont composés de membres de la communauté universitaire. Un certain nombre d’entre eux sont des universitaires étrangers. A ce titre, ils peuvent se réclamer légitimement de ce statut de « pairs » vis-à-vis des membres des unités de recherche qu’ils viennent évaluer (3). Toutefois, une bonne partie du débat a avancé des arguments rendant cette identité pour le moins problématique. Le point faisant problème était précisément la signification qu’il convient d’accorder au terme évaluation en comparant les anciennes aux nouvelles pratiques qui se mettent en place.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on reprend l’affirmation du représentant de l’AERES, et qu’on la compare à l’intervention de N. Dodier, on s’aperçoit que les deux formes d’évaluation qui se font face sont très différentes l’une de l’autre dans leur esprit comme dans leur procédure. L’évaluation en vigueur jusque là, dans les commissions des organismes de recherche, notamment, est le fait de petits groupes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, dont une partie sont élus par leurs pairs, pour une durée de quelques années et qui mettent en place des règles d’évaluation ad hoc. Ils le font en fonction de critères qu’ils dégagent de l’intérieur même de leur comité et pour les fins pratiques de la tâche qui leur est assignée, soit l’évaluation d’équipes, projets de colloque ou d’édition, chercheurs, etc. La mise en place des critères jugés pertinents donc objectifs, c&#8217;est à dire acceptables par les participants comme fondement adéquat de leur travail d’évaluation, et reconnaissable sous ce jour par les instances supérieures de même que, potentiellement, par l’ensemble des membres de la communauté scientifique à laquelle ils appartiennent, suppose de faire activement partie de ces commissions et de prendre part à leur définition collective. En ce sens, la commission est à une double place d’observateur et de juge de la vie de la communauté dont elle est appelée à se prononcer sur les réalisations les plus récentes de ses membres ainsi que sur les activités projetées. Elle évalue leur intérêt et portée scientifique, sur la base de critères localement établis, internes à la profession, à son état et ses pratiques disciplinaires du moment, à la nature et à la teneur des dossiers à traiter ici-et-maintenant, en mobilisant la compétence et l’expertise variées de ses membres qui sont appelés à parvenir à une position commune sur les principes leur permettant de traiter les dossiers soumis à l’appréciation de la commission. C’est une version éprouvée de la parité et de la collégialité. Perfectible, certes, mais effective.</p>
<p><span id="more-656"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il maintenant de la démarche de l’AERES ? Les propos du représentant de l’AERES, cités plus haut, apportent un éclairage précieux sur ce point. La notion de « pairs » est présentée comme une protection, ou du moins comme une situation préférable à celle d’une évaluation réalisée par des « non-pairs ». Cependant, l’idée même que cette option pourrait être le cas, affaiblit gravement la pertinence de la défense que représenterait le fait qu’elle soit réalisée par des collègues, à partir du moment où il est explicitement admis que des membres de catégories étrangères au domaine d’activités examiné et à ses spécificités, pourraient tout aussi bien faire le (même) travail. Ceci conduit à penser que l’esprit et la procédure de l’évaluation dans ce nouveau système ont d’ores et déjà rompu avec la pratique collégiale qui existait jusque là. Ceci au sens où cette dernière exigeait que les évaluateurs soient des membres compétents du milieu sur lequel portait leur activité d’évaluation. Dans cette approche il n’était pas concevable de faire appel à des praticiens non informés des aspects distinctifs qui constituent le socle des activités des membres de la communauté universitaire. Ce n’est désormais plus le cas. On pourrait avancer que les « collègues » sont ici instrumentalisés et transformés en Cheval de Troie d’un ensemble de procédures initialement conçues pour le secteur privé, issues de la démarche qualité, et que les « pairs » évaluateurs ont pour mission première d’acclimater en douceur au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, sans en avoir discuté auparavant avec les principaux intéressés. Or, pour que les procédures employées puissent être mises en œuvre par des familiers du milieu, des « insiders », comme par des étrangers à celui-ci, cela implique que l’essentiel de la procédure suivie puisse faire l’économie d’une adéquation au milieu local visé par ses outils et son entreprise d’évaluation, sans nuire à son efficacité. Ce qui se paye par une externalité du dispositif et de ses catégories aux milieux et pratiques habituelles et effectives de la communauté visée, laquelle se trouve fortement invitée à y souscrire, souvent contre son gré,  si l’on en juge par les nombreuses réserves que suscitent les méthodes de la nouvelle agence au sein de la communauté scientifique (4). En bref, les universitaires évaluateurs mettent déjà en œuvre un cadre d’évaluation des activités scientifiques qui ne doit pas grand-chose à ce que réclamerait une connaissance interne du milieu examiné. Ils font ainsi le travail de consultants externes, comme ont pu le constater les membres des unités visitées, à la pauvreté des sujets de questionnement des évaluateurs portant plutôt sur des points de gestion ou des aspects périphériques par rapport à ce qui fait la particularité et la réalité du travail scientifique. Ces thèmes ne sont pas pour autant anodins. En effet, une manière de parvenir à imposer cette démarche en surmontant au passage le manque d’envie de la part des évalués de coopérer avec  les évaluateurs et leurs manières de voir et de faire, est précisément de prendre parmi les critères d’évaluation, p.e., l’usage que les évalués font, dans leur travail, d’autres instances tout aussi récentes et mal considérées que peut l’être l’AERES. Il en va ainsi de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) dont les dotations augmentent en même temps que les crédits de base des laboratoires en provenance des organismes de recherche, le Cnrs en premier lieu, diminuent. Si un indicateur du critère de qualité et d’attractivité d’une équipe de recherche est lié au nombre de contrats obtenus en particulier auprès de l’ANR, alors il va de soi que la recherche de tels crédits pour des travaux à trois voire quatre ans maximum, deviendra une nécessité. Ce qui conduira à faire entrer progressivement dans le paysage de la recherche cette instance controversée du fait de la captation des crédits de recherche qu’elle induit et de la politique de pilotage de la recherche orientée vers des thèmes finalisés qu’elle réalise (5). Un résultat qui se fait au détriment de la recherche fondamentale, laquelle obéit à une temporalité plus longue, sans pouvoir toujours arguer de résultats clairement anticipables longtemps à l’avance (6). Il a du reste été rappelé la proposition faite par les Etats Généraux de la Recherche de 2004 en matière de structure d’évaluation. Ceux-ci prônaient la création d’un Haut Conseil de la Science, responsable des opérations d’évaluation des laboratoires et des personnes. Une instance collégiale composée pour partie d’élus et pour partie de membres nommés et faisant le tampon entre le monde de la recherche et le pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure ces quelques remarques, je sortirai du cadre strict du débat pour proposer une réponse à la question initiale, celle de savoir si les évaluateurs sont des pairs de ceux qu’ils évaluent. Pour cela, il semble tout d’abord nécessaire de distinguer entre, d’une part, le statut professionnel des personnes impliquées, effectivement similaire, ainsi que nous l’avons dit,  et, de l’autre, l’activité d’évaluation conduite sous les auspices d’un modèle déployant des méthodes et procédures non spécifiques au milieu étudié. Par son extériorité même, ce dispositif d’évaluation investit le monde vécu de l’activité scientifique et modifie l’appréhension des pratiques de recherche et des modalités de son jugement. Il greffe sur des aspects effectifs de cette pratique des indicateurs arbitraires. En effet, il isole en les décontextualisant des éléments effectifs de la pratique du reste de celle-ci en leur faisant jouer le rôle de traits pertinents, non pas directement de l’activité de recherche concrète, mais en qualité d’éléments judicieusement choisis pour la constitution de son modèle. Ceci est réalisé en vue d’objectiver une production de recherche exprimée de manière quantitative et appuyée sur des outils quasi-automatisés à force connotation normative, permettant de décerner bons et mauvais points. Le tout sert à mesurer les « qualités » respectives des établissements, des équipes, et des personnes concourant à cette activité, ainsi qu’à faire des comparaisons entre pays (7). Au final, ce dispositif livre une image de la recherche sous les traits d’une activité banalisée qui soit compatible avec une description managériale et comptable de ses « outputs ». Elle peut être intégralement réduite à l’emploi d’un certain nombre de critères, d’indicateurs et d’une batterie de chiffres. Cette méthode a le défaut de sa qualité : sa (trop grande) universalité d’emploi. En d’autres termes, sa transversalité implique de pouvoir la référer à un niveau supérieur de synthèse, qui est, a minima, celui de l’Etat gestionnaire et de ses différents moyens et secteurs d’action.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, les mêmes « réformes » se retrouvent à l’œuvre dans d’autres organismes de recherche que le Cnrs (l’Inserm, par exemple) et dans d’autres secteurs de la fonction publique (outre l’éducation, la santé, notamment), et avec les mêmes objectifs : donner aux instances dirigeantes les moyens de contrôler et piloter l’activité de leurs établissements à l’aide notamment d’un système d’information alimentant des tableaux de bord. Par conséquent, leur extrême simplicité peut être vue, par leurs concepteurs et promoteurs, comme une force en leur donnant des outils pour mener une politique volontaire, réactive et, comme on le dit maintenant, « proactive ». Dans chacun de ces cas la collégialité, telle qu’elle se matérialise dans l’existence d’instances de concertation, fait les frais de la « réforme » (8).</p>
<p style="text-align: justify;">A cet égard, et dans le cadre précis de leur activité d’évaluation effectuée selon des normes empruntées à la démarche qualité issue du secteur privé, et gardant de celui-ci son orientation essentiellement budgétaire et quantitative des activités humaines appréhendées sous l’angle de la rentabilité et de la performance, les évaluateurs universitaires n’agissent pas en qualité de « pairs ». Il en est ainsi si l’on considère que leur mode d’action, leur processus de décision ne sont pas ceux traditionnellement en vigueur dans le milieu qui est le leur et où, comme indiqué précédemment, ils pourraient très bien être remplacés dans cette tâche par des évaluateurs professionnels étrangers au milieu en question.  Il y a là la source d’une ambigüité qui appelle un dépassement, d’une manière ou d’une autre.  En particulier, si dans le cadre strict de ces pratiques ces collègues ne sont pas des pairs – les membres de l’AERES ne sont pas élus, mais nommés ou cooptés, ils disposent d’un pouvoir unilatéral sur ceux qu’ils évaluent, leurs référents diffèrent profondément dans leur contenu et leur mode d’application de ceux des commissions fondées sur la collégialité, un principe central du mode de fonctionnement de cette communauté –, il se peut qu’ils représentent l’avant-garde en quelque sorte du visage futur de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche que la mise en place de ces nouveaux dispositifs contribuera à façonner. Ce peut être le cas si l’adhésion à cette nouvelle approche se diffuse sans entrave. Qu’est-ce que la recherche et la société ont à gagner à une telle concentration des pouvoirs dans les mains d’une poignée d’individus ? Mystère.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Cette agence possède un site particulièrement bien fourni en informations sur sa composition et ses missions. Cf. <a href="http://www.aeres-evaluation.fr/">http://www.aeres-evaluation.fr/</a></p>
<p style="text-align: justify;">(2) D’autant moins que Clémence Holleville du journal en ligne Médiapart en a présenté une synthèse. Cf. http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2265, cependant que l’intervention de Nicolas Dodier, sur laquelle je m’appuie plus particulièrement, est consultable (fichier audio) ici : <a href="http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/03/28/un-nouveau-regime-d-objectivite">http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/03/28/un-nouveau-regime-d-objectivite</a></p>
<p style="text-align: justify;">(3) Eux-mêmes sont membres d’unités de recherche qui sont ou seront évaluées par d’autres selon les mêmes principes et méthodes.</p>
<p style="text-align: justify;">(4) On pourra se reporter notamment au texte de Sylvain Piron sur la différence entre évaluation gestionnaire et scientifique : <a href="http://evaluation.hypotheses.org/374">http://evaluation.hypotheses.org/374</a></p>
<p style="text-align: justify;">(5) La part des programmes blancs étant jugée insuffisante.</p>
<p style="text-align: justify;">(6) Un autre problème, grave pour l’avenir de la recherche et de l’enseignement supérieur, est l’emploi des jeunes chercheurs, condamnés par la réduction des postes statutaires à travailler sur des contrats précaires de faible durée tels que ceux que propose l’ANR.</p>
<p style="text-align: justify;">(7) Sur ce dernier point, les outils statistiques utilisés inconsidérément réservent de mauvaises surprises en rendant équivalent ce qui ne l’est pas. Cf. à cet égard le texte de Jean François Méla [<a href="http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=125#more-125">http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=125#more-125</a>] sur les comparaisons entre les systèmes de recherche britanniques et français, où les données chiffrées négligent le fait que ce qu’elles mesurent n’est pas homogène, les différences structurelles et de pratiques d’un pays à l’autre n’étant pas prises en compte.</p>
<p style="text-align: justify;">(8) A ma connaissance, par exemple, la batterie d’indicateurs retenus pour évaluer la « bonne gouvernance » des équipes de recherche, notamment, ne comporte pas d’éléments permettant d’appréhender si les règles de fonctionnement des unités sont bien respectées (existence d’un règlement intérieur, de structures de concertation internes : conseil de laboratoire, assemblées générales, etc.) si la répartition des dotations budgétaires sont décidées collégialement ou pas, si les directeurs-trices sont imposé(e)s de l’extérieur ou sont issu(e)s des rangs des membres de l’équipe, si les directions n’excèdent pas le nombre limite de mandats autorisés pour permettre un renouvellement des personnes et des idées, etc.</p>
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		<title>Indiscipline répond à Bruno Latour le trop discipliné</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Feb 2009 22:00:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Igor Babou et Joëlle Le Marec. Bruno Latour, sociologue des sciences, vient de publier un article d’opinion dans Le Monde sous le titre : « Autonomie, que de crimes on commet en ton nom ! » (Le Monde, 25.02.09. Lire l’article en ligne). Enfonçant les poncifs journalistiques, l’article de Bruno Latour commence par une phrase choc accusant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Par Igor Babou et Joëlle Le Marec.</p>
<p style="text-align: justify;">Bruno Latour, sociologue des sciences, vient de publier un article d’opinion dans Le Monde sous le titre : « Autonomie, que de crimes on commet en ton nom ! » (Le Monde, 25.02.09. <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/25/autonomie-que-de-crimes-on-commet-en-ton-nom-par-bruno-latour_1160199_3232.html">Lire l’article en ligne</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfonçant les poncifs journalistiques, l’article de Bruno Latour commence par une phrase choc accusant les intellectuels (tous les intellectuels) de gauche (selon le poncif, un intellectuel est forcément de gauche) d’immobilisme : tel des « <em>chauffeurs de taxi</em> », les universitaires seraient installés « <em>dans la défense obstinée du statu quo</em> ». Merci de la comparaison avec les chauffeurs de taxi : on ne sait pas trop, cependant, qui cette plate analogie est chargée d’insulter, et pour le moment, le syndicat des chauffeurs de taxi n’a pas réagi. Dans la foulée du discours méprisant de Nicolas Sarkozy le 22 janvier 2009, Bruno Latour naturalise sans honte, outre le registre de l’insulte et de la stigmatisation qui fait le lit de l’anti-intellectualisme ambiant, ce qu’il ne peut pas ne pas savoir être un mensonge : contrairement aux accusations d’immobilisme, il y a un rythme intensif des changements dans l’enseignement supérieur et la recherche. Ces changements ont pu être liés aux initiatives du milieu universitaire lui-même. Mais cette dynamique des changements internes est désormais paralysée par le rythme frénétique des mutations imposées pat l’État, et elles seront évidemment entravées par la logique tatillonne, gestionnaire, managériale de la loi sur l’Autonomie des Universités.</p>
<p style="text-align: justify;">Réaffirmons-le avec force : l’université n’a en aucun cas été un lieu d’immobilisme durant les dernières décennies. Elle a formé des centaines de milliers d’étudiants, a développé d’innombrables filières, a créé feu les IUP (Instituts Universitaires Professionnalisés), qui ont été des succès remarquables avant de se voir supprimés par des réformes imposées sans aucune connaissance de ce qui se faisait localement à l’initiative des dynamiques propres de chaque université.</p>
<p><span id="more-451"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont également des établissements d&#8217;enseignement supérieur et de  recherche qui ont eu l&#8217;initiative des double cursus « Sciences et  sciences politiques » dans lesquels Bruno Latour enseigne aujourd&#8217;hui. Il  est surprenant qu&#8217;il ne compte pour rien ce dont il a pu bénéficier et  faire bénéficier à d&#8217;autres, collègues et étudiants, dans la vision  caricaturale de cette université immobiliste qu&#8217;il évoque.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, ceux qui s’opposent actuellement à la réforme ne sont évidemment pas tous des « gauchistes » : l’Académie des sciences, l’Institut Universitaire de France, le Conseil National des Universités, les Présidents d’université, les sociétés savantes, un grand nombre de laboratoires ont rejoint le mouvement. Bruno Latour est bien seul à penser que tous ces collègues en colère ne seraient « que » des gauchistes (de toute manière, cet usage injurieux du terme « gauchiste » n’est pas digne de quelqu’un qui prétend par ailleurs refonder le politique sur des bases écologiques).</p>
<p style="text-align: justify;">La mauvaise foi n’est pas surprenante de la part de Bruno Latour. Sa tendance à caricaturer des positions fictives au lieu d’affronter les arguments réels était manifeste lors de la discussion de questions comme la relation des sociétés à la nature, à la modernité ou aux sciences<sup>1</sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le second paragraphe de l’article du Monde, cette mauvaise foi prend une dimension démesurée : au nom de ses travaux, ayant montré l’étroite imbrication entre les savoirs et les pratiques sociales – travaux auxquels nous adhérons -, Bruno Latour prétend que la remise en cause de la loi sur l’autonomie des universités serait contradictoire : la science n’ayant jamais été « autonome » (au sens de séparée des pratiques et des enjeux sociaux), ce serait un non sens que de lutter contre une réforme lui apportant une autonomie qu’elle n’aurait jamais eue. Passons sur le caractère équivoque du raisonnement, mais on ne peut que s’étonner de l’analogie entre l’usage du mot « autonomie » quand il est mobilisé pour analyser le grand partage entre Science et Société (en effet, on peut accepter l’idée qu’il n’y ait pas « autonomie » des sciences) et l’usage du terme « autonomie » dans les discours ministériels et gouvernementaux sur l’université : il s’agit dans ce cas d’un mode d’organisation délégant un certain nombre de pouvoirs autrefois assumés collégialement au président de l’université, transformé en manager dirigeant son établissement comme un patron. Bruno Latour ne peut pas ne pas être au courant de cette distinction, et c’est donc en connaissance de cause qu’il confond un niveau descriptif et conceptuel de raisonnement avec celui, pratique et normatif, de la démagogie gouvernementale. Mais, fait significatif, c’est dans la presse « de qualité » du Monde qu’il s’exprime, certain qu’il est de ne pas être repris par des relecteurs qui lui auraient demandé de revoir sa copie au nom d’un refus d’analogies infondées s’il s’était exprimé dans une revue scientifique.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, le raisonnement latourien s’inverse lors de l’évocation du métier d’enseignant-chercheur. Bruno Latour y voit lui-même un de ces Grands Partages qu’il dénonce pourtant si souvent : le métier d’enseignant et le métier de chercheurs seraient distincts. Cet énoncé est sidérant sous la plume d’un professeur des universités. Notre actuel statut d’enseignants-chercheurs, celui-là même qui figure sur la fiche de paye de Bruno Latour en tant que professeur des universités, comme la pratique des chercheurs à plein temps du CNRS qui sont très nombreux à enseigner, indiquent suffisamment que les deux métiers ne sont pas dissociés. L’idée que l’enseignement serait une sorte de punition pour ceux qui ne sont pas des chercheurs assez performants est un implicite de sens commun, une naïveté étonnante des membres du cabinet Pécresse, tout à fait révélateur de leur méconnaissance du milieu, et qui a choqué profondément la communauté universitaire. Bruno Latour ne peut pas l’ignorer. A moins qu’il ne nous révèle là sa vision toute personnelle des liens entre l’enseignement et la recherche…</p>
<p style="text-align: justify;">Prétendre que cette séparation des fonctions pourrait favoriser le lien entre les enseignants et leur public d’étudiants, relève là aussi de la pure mauvaise foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le moment le plus désolant arrive à la phrase suivante, d’une violence et d’un mépris confondants : « <em>Les universitaires ont tellement perdu le goût de la liberté qu&#8217;ils se sont mis à confondre la dépendance à l&#8217;État avec la garantie de l&#8217;excellence </em>». Bruno Latour sait qu’en réalité c’est au nom des libertés académiques menacées par une réforme visant à concentrer les pouvoirs entre les mains des présidents d’universités et des directeurs de grandes écoles au détriment des instances collégiales, que l’actuel mouvement de remise en cause des réformes est né. Il ne peut pas ignorer non plus que la lutte contre les réformes vise à desserrer les liens structurels entre les champs politique et économique d’une part et le champ de la production des connaissances d’autre part, et qu’elle est donc une lutte pour une autonomie <em>intellectuelle</em> face à une bureaucratie et un pouvoir autoritaire chaque jour plus étouffants. Comment confondre aussi grossièrement la dépendance à l’État qui va se renforcer avec les réformes, et le fonctionnement collégial des sciences tel qu’il a été historiquement institué ? Cette collégialité menacée par les réformes est une garantie d’autonomie intellectuelle vis-à-vis des pouvoirs même si elle est fragile et si chacun d’entre nous en connaît bien les limites : autonomie non pas de la science vis-à-vis de la société &#8211; merci de ne pas nous faire l’injure de penser que nous ne vous avons pas bien lu ou que nous n’avons pas nous-mêmes mené assez de travaux de recherche sur les sciences pour ne pas en être déjà amplement convaincus &#8211; mais autonomie à l’égard de tutelles politiques et du modèle idéologique de la concurrence.</p>
<p style="text-align: justify;">Le simple constat de la brutalité et de la vulgarité de l’expression présidentielle à l’égard des universitaires et de la recherche, ou encore la lecture attentive des nombreux textes issus des coordinations ou des divers collectifs informels constitués depuis l’entrée en vigueur des accords de Bologne et de l’application de l’AGCS (accord général sur le commerce et les services) au secteur de l’enseignement supérieur, auraient du suffire à éviter à Bruno Latour d’écrire autant de bêtises !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il a préféré, comme souvent, jouer sur les mots et mettre en scène une fausse rupture avec des positions qu’il invente. Pierre Bourdieu, analysant ses travaux, avait déjà analysé ces glissements de sens et ces analogies outrancières :</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>[…] on peut, en jouant sur les mots ou en laissant jouer les mots, passer à des propositions d’allure radicales (propres à faire de grands effets, surtout sur des campus d’Outre-Atlantique dominés par la vision logiciste-positiviste). En disant que les faits sont artificiels au sens de fabriqués, Latour et Woolgar laissent entendre qu’ils sont fictifs, pas objectifs, pas authentiques. Le succès de leurs propos résulte de « l’effet de radicalité », comme le dit Yves Gingras (2000), qui naît de ce glissement suggéré et encouragé par un habile usage de concepts amphibologiques. La stratégie de passage à la limite est un des ressorts privilégiés de la recherche de cet effet (je pense à l’usage qui, dans les années 1970,  a été fait de la thèse illitchienne de l’abolition de l’école pour combattre la description de l’effet reproducteur de l’école) ; mais elle peut conduire à des positions intenables, insoutenables, parce que tout simplement absurdes.<sup>2</sup></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est ici insoutenable, outre l’usage d’analogies et le jeu sur le sens du mot « autonomie », c’est de voir un chercheur de renommée internationale s’appuyer sur son accès direct à une presse qui n’a eu de cesse de censurer la parole et les arguments des universitaires en lutte, pour s’exprimer, au nom d’une légitimité académique, contre un fonctionnement académique qu’il caricature au lieu de le décrire honnêtement, tout en ne tenant aucun compte des vrais arguments des opposants à la réforme qui, eux n’ont que peu de chance d’accéder aux pages du Monde : ou comment fausser le débat public en ne tenant aucun compte de sa propre position dans le champ médiatique et dans le marché aux idées de sens commun.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tout cela ne serait pas grand chose, finalement, en regard de l’avant dernier paragraphe de l’article : « <em>Les mauvaises universités disparaîtront enfin, libérant des ressources pour les autres : ce n&#8217;est pas à la gauche de défendre les privilèges de la noblesse d&#8217;État.</em> ». Alors que Bruno Latour a passé des années à nous assurer du caractère complexe, « touffu », « échevelé » des médiations construisant la relation « non moderne » entre les sciences et la société, alors qu’il a passé des années à nous mettre en garde contre les dichotomies et les grands partages abusifs constitutifs de la « modernité », voilà qu’il en revient à une conception essentialiste des institutions comme s’opposant, <em>sui generi</em>, sur l’axe du bon et du mauvais ! Il y aurait finalement des « bonnes » universités (sans doute les grandes écoles ou les universités bien dotées du centre de Paris) et les « mauvaises » : on imagine sans peine que les exclues du tableau d’honneur latourien seront les petites universités de province, ou celles n’ayant pas de double cursus avec Science Po Paris…</p>
<p style="text-align: justify;">Nul doute que ce retour à une sociologie de comptoir appuyée sur des catégories dichotomiques de sens commun (bon <em>vs</em> mauvais), insensible à la dynamique des institutions, à l’évolution complexe des recrutements, des travaux empiriques, de la programmation de la recherche, des soutiens financiers, de l’impact des réformes, de la gouvernance des établissements, ou encore aux enjeux démocratiques du savoir, sera propre à apparaître comme une position radicale et anticonformiste à Science po ou à l’ENA où la rhétorique journalistique et les raccourcis de sens commun font figure d’argumentation : en l’absence de travail sur les faits et sur les discours, le <em>faitichisme</em> des opinions et du jeu sur le sens des mots peut se déployer et prendre l’allure d’une lutte hardie contre les corporatismes, d’une sainte colère contre l’immobilisme académique.</p>
<p style="text-align: justify;">Une dernière chose, mais non des moindres : lors de la remise des premiers diplômes des double cursus « sciences et sciences politiques », et l’inauguration des nouveaux doubles cursus « sciences et histoire », dans l’amphithéâtre de la  Sorbonne, les présidents des universités de Paris IV, Paris VI, et le directeur de l’IEP de Paris faisaient face à des centaines d’étudiants lauréats ou nouvellement inscrits dans ces nouvelles filières issues non des réformes, mais de l’initiative des universitaires eux-mêmes. C’était un moment important, et Georges Molinié, président de l’Université Paris IV, a su s’adresser aux étudiants pour évoquer ce que signifiait dans le contexte actuel l’apparition de formations combinant les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales. Il a su évoquer l’unité du projet académique, de son utopie jamais atteinte, mais toujours inspiratrice. C’est l’explorateur Jean-Louis Etienne qui, étonnamment, a tenté assez maladroitement, mais avec beaucoup de chaleur, de tenir un discours sur les enjeux de ces formations pionnières, très exigeantes. Et Bruno Latour ? Assis sur le premier rang des gradins, il était plongé dans la lecture de son courrier, délibérément absent et indifférent, ne se réveillant que pour remettre les nouveaux diplômes et serrer des mains. Pas un mot de celui qui a tant écrit sur la politique de la nature, ou sur ce que la sociologie fait aux sciences.</p>
<p style="text-align: justify;">A côté de l’un d’entre nous, sur les gradins, deux étudiants venus à la rencontre du monde universitaire tentent comme ils peuvent de reconstituer l’évènement qui n’aura pas lieu en surinvestissant les quelques paroles de Georges Molinié, les seules qui aient été à la hauteur de leur attente. Et Bruno Latour ? Il n’a rien à leur dire. Il se réserve pour d’autres tribunes, plus rentables éditorialement. Un cénacle d’intellectuels pontifiant à Venise<sup>3</sup>, un article dans le journal « Le Monde ».</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_451" class="footnote">Voir à ce propos l’excellent – et vif – échange entre Alain Caillé et Bruno Latour dans la revue du MAUSS : <em>Revue du MAUSS </em>n° 17 - « Chassez le naturel… écologisme, naturalisme et constructivisme », 1er semestre 2001.</li><li id="footnote_1_451" class="footnote">Bourdieu, Pierre. <em>Science de la science et réflexivité</em>. Paris : Raisons d’Agir, 2001, p. 56.</li><li id="footnote_2_451" class="footnote">Latour, Bruno. <em>Les atmosphères de la politique : Dialogue pour un monde commun</em>. Paris : Empêcheurs de Penser en Rond, 2006.</li></ol>]]></content:encoded>
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