Journée organisée par Joëlle Le Marec, Baudouin Jurdant et Thierry Lefebvre

Vendredi 14 novembre 2008 de 10h à 16h30, campus de Jussieu, tour 34-44, 1er étage, porte 103

L’exigence critique

Le monde académique (enseignement supérieur et recherche) subit une réforme destinée à rationaliser une production professionnalisée de savoirs sur la société : il devient un secteur soumis aux normes de l’efficacité plus qu’à l’exigence critique.

Il est actuellement menacé de perdre les liens vitaux qui le relie à l’ensemble des intellectuels impliqués dans la réflexion sur la société.

Nous souhaitons dans cette journée réaffirmer la nécessité absolue du lien entre recherche en sciences sociales et diversité des engagements dans la réflexion sur la société.

Les enjeux de cette circulation des savoirs, dans ou en dehors de cadres institutionnels précis, sont à la fois politiques et culturels. Il s’agira, à travers le récit d’itinéraires singuliers en marge du monde académique, de mieux comprendre ce qui a nourri et ce qui a fait obstacle à l’éclosion d’engagements intellectuels forts. Chaque intervenant fera une courte intervention initiale d’une trentaine de minutes pour nourrir la discussion et le débat.

Avec la participation de :

  • Gabriel Salinas, sociologue, Santiago, Chili
  • Ignacio Ramonet, Monde Diplomatique
  • Alex Foti, Membre du réseau italien Chainworkers, Bologne
  • André Gattolin, journaliste, membre du comité de rédaction de Multitudes, Paris

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Durant la nuit du 30 octobre 2004, plus d’une centaine d’actions revendicatives furent menées sur l’ensemble du territoire français. Il s’agissait d’une part de “free parties”, de rassemblements festifs inscrits dans la culture et dans les pratiques des activistes de la techno. Il s’agissait aussi d’un ensemble de discussions, de publications de textes et d’images, et de diverses actions menées durant la journée (volées de bisous dans le métro, tractage au Louvre, etc.). Plusieurs d’entre nous étaient très directement impliqués dans la préparation de ces actions, soit parce que nous sommes musiciens ou DJ amateurs, soit parce que notre intérêt pour les cultures en marge nous rend attentifs à ce type d’initiative.

faim-de-loupL’idée a démarré sur l’un des plus gros forum de discussion techno, aujourd’hui disparu, un peu sous la forme d’une boutade : “et si on organisait plein d’actions revendicatives en même temps, qu’est-ce que ça donnerait ?“. Cette idée d’une multiplication d’actions revendicatives coordonnées entre elles, proche des principes de la guérilla, fut alors reprise par une micro communauté composée d’universitaires, d’organisateurs de free parties, et d’activistes intervenant dans le champ politique (Droit au logement, activisme anti-sécuritaire, etc.). Cette micro communauté, très éphémère, s’est ensuite isolée en secret sur un forum privé, et en quelques mois de préparation et de coordination, a élaboré des appels, des textes théoriques et poétiques, des flyers d’information, le tout regroupé dans un site web. L’appel fut diffusé largement, relayé par des centaines voire des milliers d’autres acteurs, sans que ne soient mobilisés les médias.

Il n’y avait pas à proprement parler de “revendication”, en dehors de l’expression d’un refus radical des mesures sécuritaires imposées depuis les lois dites “Sécurité quotidiennes” ou “lois Mariani” (le 30 octobre en était la date anniversaire). Etait également visé par cette action le milieu de la techno lui-même : il s’agissait de démontrer qu’une action pouvait parfaitement être menée collectivement et mobiliser un nombre important d’acteurs, sans pour autant tomber dans le piège de la massification et des dérives des teknivals (l’appel demandait aux organisateurs locaux de faire en sorte que les soirées ne dépassent pas 250 personnes, afin de rester dans le cadre de la loi). Il s’agissait enfin de montrer une force d’organisation et de création de lien social entre des acteurs très différents, pour contrer les clichés tenaces sur l’identité de la scène techno, trop souvent considérée comme une scène composée de bourgeois hédonistes, de marginaux incultes, ou de drogués dépolitisés.

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Le concept de la Nuit des Meutes faisait écho avec les valeurs que je souhaitais défendre : mixité artistique, liberté d’expression, auto-gestion… Je me suis donc impliquée presque naturellement.

flyerfrancais_ndmJe me suis surtout penchée sur la communication de l’événement, la création graphique. De toute façon, nous ne pouvions qu’apporter une aide logistique puisque chacun était acteur de sa propre Nuit des Meutes. Avec l’aide d’autres graphistes, nous avons mis en place une bannière web, des flyers, des affiches… Et je me suis également impliquée dans la vie du forum de la Nuit des Meutes en essayant d’y apporter des infos, des données et d’y faire venir les artistes de ma région.

Mes proches, ma familles, mes collègues… tous connaissent mes convictions et mon engagement pour le milieu alternatif. Et nombreux ceux qui me soutiennent même si tous ne comprennent pas vraiment le fond des choses. De toute façon, je pense que c’est fondamentalement dans mon tempérament de me battre pour mes convictions. Je travaille dans le monde du graphisme, et je me sers de mes contacts, de mes connaissances pour nourrir cette dimension militante de mes occupations. On me demande souvent comment j’arrive à jongler entre les deux, tellement le fossé semble énorme. En fait, je ne jongle pas, je crée des passerelles. Mais toujours en faveur de mon activité militante.

En ce qui concerne la Nuit des Meutes, de mon point de vue, il ne s’agissait pas de se battre contre quelqu’un ou quelque chose, mais plutôt d’ouvre pour quelque chose la reconnaissance de cultures artistiques et musicales.. Il ne s’agissait pas non plus de convaincre, mais de faire prendre conscience.

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