Rubrique "Criticas"


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On se souvient des déclarations du Medef critiquant certains manuels d’économie utilisés au lycée qualifiés de trop « marxistes »… Education et idéologie auraient des liens ténus. Soyons vigilants.

Quelles sont les valeurs enseignées à l’école en matière d’éducation civique ? Comment parle-t-on de citoyenneté aux nouvelles générations ?

Pour le savoir, il peut être utile de se référer au « Cahier du Citoyen » édité par Hachette Education (2005). Pour nombre de collèges, ce manuel figure dans la liste des fournitures et livres à acheter en début d’année de 5ième. Il en existe certainement d’autres, disponibles chez d’autres éditeurs : le traitement des axes du programme officiel y est-il sensiblement différent ? Comment sont choisis au collège les manuels pédagogiques de référence ?

Ces questions restent ouvertes mais la lecture critique du manuel édité chez Hachette fournit un début de réponse édifiant !

La citoyenneté enseignée à l’école : « Egalité, Solidarité, Sécurité »

Depuis quand la Sécurité est-elle une valeur citoyenne ?

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Au chapitre de cette éducation :

Passons sur la Sécurité routière page 58 redoublée par « un comportement responsable sur la route » (page 60) et un zoom de circonstance « conduire un 50 cm3 » (page 62).

- Page 54 : La sécurité dans la vie quotidienne

Où les notions enseignées sont désignées par « dangers », « accidents », « pièges » avec leur corollaires : bons « réflexes », « prévention ».

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Les réformes Sarkozy : pas en mon nom

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punir« Pas en mon nom » : ce mot d’ordre du mouvement anti-guerre pourrait être repris aujourd’hui pour exprimer le sentiment qu’inspire la stigmatisation de certaines catégories de la population. Ce que l’on appelle « réformes » consiste à purger, redresser, punir, contrôler, assainir, dégraisser. On prétend construire un projet collectif en éliminant ou en neutralisant ceux qui entravent la croissance, et que le marché considère comme improductifs.

En revanche plus personne ne parvient à imaginer qu’on pourrait se donner pour projet collectif d’éliminer la pauvreté, de réduire les inégalités, d’assurer le meilleur avenir possible à la génération qui grandit, de sauvegarder ce qui peut encore l’être de la diversité culturelle et des équilibres écologiques.

L’objectif de la Nation n’est plus de tendre vers la liberté, l’égalité, la fraternité. Il est de « libérer la croissance » qui était en prison quelque part, la pauvre, enfermée par les inutiles et les nuisibles : fonctionnaires, immigrés, etc.

C’est donc la croissance, instance vide, abstraite, qu’on doit libérer, et pour ce faire entraver la liberté et le développement personnel des individus sensibles et souffrants. Le tout au nom d’un amour du concret, du pragmatique. Comment ces instances vides et abstraites peuvent-elles passer pour des réalités plus vivantes que des êtres humains aspirant au bien être ? A coup de chiffres : 3% de croissance, 25 000 expulsions. Derrière ces chiffres à la puissance hypnotique, l’inhumain rôde.

Dernièrement, un rapport de la Cour des Comptes désigne les fautifs du déficit de la sécurité sociale : les médecins de ville, trop payés, qui ont le culot de choisir là où ils veulent exercer et vivre. On menace de les sanctionner s’ils persistent à préférer égoïstement leur confort personnel et familial à une saine gestion de la répartition territoriale des ressources. Que ce ne soit pas en mon nom : en tant que citoyenne ordinaire, peu m’importe que quelques médecins gagnent un peu plus qu’il ne serait raisonnable à côté de tous ceux qui ne comptent pas leurs heures. Je préfère pour cela payer plus d’impôt, que de rompre les rapports de confiance que j’ai avec eux.

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Romanesque et le Passager Clandestin

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Comment aujourd’hui peuvent naître et se développer des alliances entre des acteurs qui cherchent à défendre des formes d’action et de création indépendantes dans des milieux a priori très différents (création littéraire, milieu éditorial, recherche, éducation populaire) ?

Comment repérer et faire vivre ces alliances dans le contexte asphyxiant d’une injonction permanente à communiquer, promouvoir, rendre visible des initiatives qui la plupart du temps relèvent essentiellement du marché de l’innovation ?

Un exemple parmi d’autres nous en est donné avec la parution du roman « Romanesque » aux toutes nouvelles éditions du Passager Clandestin (en librairie, diffusion Pollen). Ce sont les nouveaux outils techniques d’aide à l’écriture et le contexte électoral qui ont inspiré son roman Romanesque 2.0 à Olivier Las Vergnas, par ailleurs astrophysicien, acteur de l’éducation populaire, directeur de la Cité des Métiers.

Ce roman paraît dans une maison d’édition créée ex-nihilo tout récemment : Le Passager Clandestin.

Ce que de telles initiatives montrent, c’est que la rationalisation forcenée des modes de production de l’innovation, y compris dans le domaine de la création littéraire, de l’édition, de la critique, ne peuvent pas empêcher l’initiative de recréer des espaces propres qui mobilisent à chaque fois de nouveaux collectifs.

C’est une dynamique toujours fragile, souvent saluée sur le mode ambigu d’une promotion de l’éclectisme et des démarches « expérimentales » pour mieux en minimiser la portée, mais qui peut fonctionner grâce aux liens entre des réseaux qui échappent aux déterminations politiques et professionnelles classiques. Ces réseaux ne se développent pas sur le mode d’une création marginale, clandestine, ils sont animés par des universitaires, des éditeurs, des acteurs institutionnels, des artistes, des militants, qui ne trouvent plus dans leurs milieux institutionnels professionnalisés les espaces d’action et de réflexion critique libre.

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Les trottoirs du quai Branly

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quai-branlyJanvier 2007. Je découvre pour la première fois le musée du Quai Branly. Je n’étais guère pressée de m’y précipiter, mais je dois assister à une manifestation qui s’y déroule, un séminaire de recherche organisé par une équipe de recherche de l’EHESS, séminaire quasi clandestin sans avoir cherché à l’être, non signalé, non fléché. L’institution génère ses interstices, ses panneaux sauvages. Pour le moment je longe le bâtiment, les jardins, le mur rouge, les plantes. Il y a du charme dans cette grande façade noyée dans la végétation, même si tout chuchote pesamment le discours du Grand Architecte, les métaphores trop évidentes, la nième déclinaison d’une avant-garde académique supposée questionner des formes convenues. Nous traversons une allée au milieu du jardin parisien, pour sortir déjeuner. En franchissant la porte d’accès à la rue, nous découvrons sur le trottoir que nous longeons à pied une ribambelle d’enfants assis par terre sur le bord de l’enceinte. Ils ouvrent leurs sacs à dos colorés et déballent les sandwichs, les canettes, les pommes, ils les posent sur les plastiques à terre ou sur le rebord, les maîtresses regardent anxieusement les installations, redoutent pour l’hygiène, le confort. Ils sont très jeunes, 4 ou 5 ans, à la fois calmes et animés, minuscules et nombreux, rangés à l’ombre du bâtiment du Grand Architecte. Pour le moment ils n’en veulent à personne parce que les puissances et les adultes ont prévu les choses telles qu’elles sont. Il n’y a pas de place pour eux dans le musée, il n’y a pas de place pour eux dans les jardins. Ils déjeunent sur le trottoir hors de l’enceinte du musée, un de ces musées du XXIème siècle trop occupés à regarder vers l’avenir pour apercevoir son tout jeune public refoulé à la rue. D’ailleurs qui pourrait le voir ? Le musée du Quai Branly et les musées du XXIème siècle sont fiers de sous-traiter la totalité de l’accueil et de la médiation à des sociétés extérieures. Les enfants déploient bien mieux que ne pourrait jamais le faire aucune exposition sur les cultures du monde le spectacle poignant de la diversité humaine : tresses serrées et cheveux blonds, grands yeux noirs, peaux sombres et tâches de rousseur, marques et imprimés contemplés un jour, ignorés depuis. Ils font à la fois plaisir et mal à voir. Ils sont venus aujourd’hui avec leur maîtresse visiter le musée des cultures du Monde, ils ont traversé un jardin, ils ont regardé, écouté, ils sont à face aux voitures et aux pots d’échappement, serrés comme des hirondelles, tâchant de ne pas mettre le pain sur le trottoir. Mon voisin conservateur, venu à Paris découvrir le musée du quai Branly, empoigné par la vision, saisit son appareil photo et photographie le scandale. C’est l’image qu’il gardera du musée du Quai Branly à Paris.

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Camille TAROT, Sociologie et anthropologie de Marcel Mauss. Paris, Éd. La Découverte, coll. Repères, 2003, 123 p.

tarot_maussLe thème du don, associé au nom de Mauss, connaît le même malheureux destin que le thème de l’espace public associé au nom d’Habermas : une pensée largement méconnue, réduite à un cliché qui annule le besoin d’aller voir directement ce qu’il en est. Pour cette seule raison, le petit livre de Camille Tarot, « Sociologie et anthropologie de Marcel Mauss », serait déjà nécessaire pour tout jeune chercheur en sciences humaines et sociales (SHS). Mais c’est également un texte magnifique, bienvenu dans le débat actuel suscité par la crise des structures de la recherche.

La trajectoire de Marcel Mauss et son commentaire par Camille Tarot évoquent un type d’exigence qui pourrait – qui devrait – être au cœur d’une tentative de compréhension de la société par la contrainte de penser la communication, moins comme réservoir de phénomènes intéressants à observer, que comme condition d’un inconfort nécessaire, reconnaissance de l’impossibilité d’objectiver des « faits » sociaux hors des médiations qui les constituent déjà comme tels. Le livre n’introduit pas à une œuvre, mais à la pensée et aux travaux d’un homme que l’on regrette constamment de ne pas avoir eu la chance de connaître.

Camille Tarot ne propose pas un usage actualisé d’objets anciens, mais une lecture actuelle de l’ambition scientifique et des enjeux de l’engagement dans la recherche sur la culture et à la société. Le rapport à l’héritage maussien qui y est proposé n’est en aucun cas une gestion critique et rationalisée d’un patrimoine de concepts, méthodes et courants. Il relèverait plutôt d’une réflexion sur le caractère construit – avec quel courage et quelle opiniâtreté ! – du désir de scientificité, qui n’est pas seulement désir d’objectivation, mais désir d’un mode d’être « total » au sens que le sociologue donne à ce terme. La lecture de Marcel Mauss proposée ici ne désigne pas a posteriori une « famille » scientifique qui pourrait revendiquer la gestion de son héritage, même si Mauss a loyalement contribué au projet durkheimien de fondation institutionnelle de la sociologie. Il restitue plutôt ce qu’est l’ambition scientifique, à la fois modeste et démesurée, inextricablement liée à une vision politique de la recherche : il s’agit de penser le social, sans rien lâcher de sa complexité, sans se simplifier jamais la tâche parce que le projet scientifique n’est pas de produire des objets intermédiaires, des artefacts, des idées, mais d’essayer de décrire et comprendre. Sans quoi, il n’a aucune valeur. Il suppose du courage, celui qui amène parfois à sortir de l’espace institutionnel pour mieux assumer le projet porté par l’institution, ou à s’isoler de sa famille politique naturelle par fidélité à l’idéal politique lui-même. Marcel Mauss aux prises avec la volonté de son oncle Émile Durkheim, Marcel Mauss admirateur de Jean Jaurès et lucide observateur de la révolution russe, Mauss passionné par le mouvement coopératif, Marcel Mauss terriblement éprouvé par la mort d’un grand nombre de ses collaborateurs et amis pendant la guerre…

Toute dimension biographique attache le lecteur à la figure de l’homme derrière l’œuvre. Dans le cas présent l’œuvre n’ayant jamais pu acquérir l’autonomie d’un corpus d’ouvrages achevés, c’est dans l’homme qu’on suit encore et encore un questionnement jamais clos, un mouvement toujours vivant, une volonté toujours tendue. Il s’agit de suivre l’homme à l’œuvre, celui qui n’écrivit pas de livres mais enseigna sans cesse, dépensa sans compter son ardeur et son temps, risquant sans relâche sa pensée et sa parole : « Par rapport aux mœurs intellectuelles actuelles, où la publication est de rigueur, et où la moindre idée valable est en général réservée pour l’article ou la monographie qui suivront, il est étonnant, pour tout dire émouvant, de noter quels trésors d’énergie Marcel Mauss a dépensés dans son enseignement aux Hautes Études » (James Clifford, Malaise dans la culture. L’ethnographie, la littérature et l’art au XXe siècle, Paris, Éd. de l’ENSBA, 1996).

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Enseignant-chercheur dans une discipline des sciences humaines et sociales, spécialiste des rapports entre sciences et société (c’est ce que dit mon CV…), je me sens concerné par les articles 80 à 87 des 125 propositions du programme des collectifs unitaires. N’ayant pas participé à leur élaboration, j’apporte ici ma modeste contribution à cette réflexion. Je vais me contenter de commenter les articles, afin d’impulser une dynamique de discussion, car il me semble qu’il y a encore fort à faire dans ce domaine. J’espère que certains voudront bien participer également à ce travail de lecture critique et de propositions. Je précise avant tout chose que tout ce que je vais écrire s’appuie sur une connaissance des sciences humaines et sociales, mais concerne moins les sciences de la nature : à mon avis, ces deux domaines sont très différents et on gagnerait à ne pas les traiter entièrement sur le même plan et à tenir compte de leurs spécificités.

Je mettrai en italique gras les citations du texte « Ce que nous voulons », et insérerai mes remarques à leur suite. Je salue et remercie les auteurs de ces propositions, en les priant de bien vouloir prendre les remarques et critiques qui vont suivre pour ce qu’elles sont : une invitation au débat tout à fait conforme avec l’exigence d’analyse critique que toute activité de recherche impose.

« C – ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET RECHERCHE Contre les logiques libérales, un service public développé, démocratisé, unifié. Notre ambition est la démocratisation de l’enseignement supérieur, l’ouverture de la recherche et son indépendance par rapport au marché. »

En ce qui concerne la recherche, l’ambition annoncée ne me semble pas devoir se résumer à affirmer son indépendance par rapport au marché. C’est certes un préalable, mais il y a un autre enjeu, essentiel à poser dès le début, qui est celui de restaurer l’ambition initiale de toute recherche : produire des connaissances originales. Le système actuel, fortement bureaucratisé et hiérarchisé, n’est plus un garant de l’indépendance intellectuelle des chercheurs, pour autant qu’il ait pu l’être un jour, ce dont je doute. Quoi qu’il en soit, ces dernières années, la bureaucratie et les pressions idéologiques ont été telles que l’indépendance de la recherche est menacée, et pas seulement par le marché : elles l’est au sein même des métiers de la recherche, par l’installation de profils exogènes à ses valeurs (postes de communiquants, de gestionnaires, de comptables, etc.) qui ont pris tant de pouvoir que notre métier n’a plus pour seule ambition la production de connaissances. C’est un des effets du libéralisme, mais il faut gagner en précision dans la description de ce qui se passe sur le terrain : le marché n’est plus extérieur aux institutions de recherche, il les colonise de l’intérieur, et cette colonisation n’est pas simplement économique, mais également gestionnaire.

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