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grandverreSi les débats autour de l’université et de la recherche sont si passionnés, c’est qu’ils ne se résument en aucun cas à des revendications corporatistes. En arrière plan des “réformes” en cours, il y a des visions du monde et des choix de société.

Si je suis attaché à mon métier d’universitaire, c’est parce qu’il porte justement des conceptions du monde et du rapport aux autres. Disons, pour faire court, quelque chose qui a à voir avec l’humanisme et que les régimes autoritaires et bureaucratiques, de droite comme de gauche, ont toujours combattu.

C’est ça, qui est en jeu depuis quelques années à l’université, et non nos payes, notre organisation ou nos supposés avantages. Ce qui se joue, c’est la lutte entre une vision de la société comme quelque chose d’égalitaire où la connaissance est considérée comme un patrimoine et un bien PUBLIC, contre une société de la concurrence, inégalitaire, où la connaissance, transformée en marchandise, se retrouvera privatisée et mise au service de quelques privilégiés.

Je suis bien conscient que le comportement quotidien de bien des universitaires – de droite comme de gauche – n’a rien d’humaniste, et ce, depuis bien longtemps. Pour autant, il ne faut pas confondre la manière dont les individus actualisent les possibilités d’un système, et les règles de ce système. Si l’autoritarisme bureaucratique des actuelles réformes gagne, il n’y aura plus aucune place pour l’humanisme : la barbarie bureaucratique aura gagné.

Pour le moment, nous héritons encore des derniers vestiges de l’humanisme et des Lumières : un savoir n’est pas une “donnée” échangeable sur un marché, mais quelque chose de construit collectivement et mis au service, souvent gratuitement, de la collectivité, dans le contexte d’une discussion publique entre pairs (la thèse, par exemple) ayant pour objectif l’établissement d’une vérité concernant une portion délimitée du réel. C’est pour cela que nous sommes des scientifiques ET des intellectuels, et non de simples techniciens de la connaissance : nous élaborons collectivement des discours à prétention de vérité portant sur la nature, les sociétés ou les individus, en principe dans le but de contribuer à une vie plus juste.

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LA POLÍTICA Y LA GLOBALIZACIÓN

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« Apreciar o desestimar las decisiones políticas impuestas en países vecinos, no es invadir las soberanías ni inmiscuirse en asuntos internos de otros ; pues eso es sólo, el ejercicio de la soberana libertad de opinión en un mundo interconectado »

Escribe Joan Guimaray Molina*

Nuestros políticos latinoamericanos de hipocresía agraciada, marchan al compás de las generosas melodías de la globalización. Se despiertan cotidianamente con el toque de su diana. Gozan de sus bondades, hablan de sus ventajas, sonríen amartelado de sus encantos. Aseguran que las fronteras ya no existen, que el mundo es una aldea donde todo está globalizado, que nadie puede sustraerse de ella, y quienes no dejan llevarse por la corriente, son retardatarios, retrógrados y caviares.

De modo que, pontifican sobre la interconexión mundial del comercio, de la información, de la instrucción y de muchas otras cosas más. Dicen que lo importante es la calidad de los productos, la idea de la competitividad y la excelencia del ser. Explican, sobre el libre mercado, reiteran sobre libre comercio, y las transacciones económicas a través de un simple clic : de un mundo a otro mundo, de un país oriental a otro occidental. En suma, dicen que nada ni nadie ya es ajeno a un todo, y porque en la aldea global, todos son parte de ella.

Entonces, cualquiera se la cree y queda maravillado de la humanidad y admirado del desarrollo de la civilización. Pero cuando algún político de voz disonante comenta o cuestiona las políticas antipopulares de sus países vecinos, o cuando condenan el abuso de los gobernantes sobre sus gobernados vecinos ; entonces, los felices políticos de la aldea global salen a mostrarnos sus verdaderos rostros : se envalentonan alegando sus ‘independencias’, saltan furiosos hablando de sus ‘soberanías’, lloriquean quejándose de la injerencia externa en asuntos ‘internos’. Y lo más patético de todo, se envalentonan, saltan y lloriquean sin que físicamente le hayan invadido sus países o sus territorios. Desde luego, nos inquieta a preguntarnos : ¿no era que en la aldea global todos éramos parte de un todo ?

Claro está que la globalización no es una opción ni una alternativa, sino una realidad ineluctable, para la cual, las clases políticas latinoamericanas deberían de estar mejor preparadas que los propios ciudadanos. Los gobernantes de turno debieran de actualizar sus ideas e innovar sus conceptos al ritmo que exige la interconexión mundial, a fin de evitar de hacer el ridículo, exhibiendo sus vergonzosos paralogismos y sus indigencias intelectuales. Pues, en la civilización actual, ningún ciudadano con un poco de sensibilidad, puede dejar de opinar o indignarse cuando sabe que su vecino maltrata a sus hijos o a su esposa. Y, en circunstancias como la de nuestro tiempo, ningún ciudadano de a pie, puede dejar de pronunciarse cuando al pasar por una calle cualquiera, advierte que del interior de una casa se escuchan gritos de niños y llantos de mujer.

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Les réformes Sarkozy : pas en mon nom

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punir« Pas en mon nom » : ce mot d’ordre du mouvement anti-guerre pourrait être repris aujourd’hui pour exprimer le sentiment qu’inspire la stigmatisation de certaines catégories de la population. Ce que l’on appelle « réformes » consiste à purger, redresser, punir, contrôler, assainir, dégraisser. On prétend construire un projet collectif en éliminant ou en neutralisant ceux qui entravent la croissance, et que le marché considère comme improductifs.

En revanche plus personne ne parvient à imaginer qu’on pourrait se donner pour projet collectif d’éliminer la pauvreté, de réduire les inégalités, d’assurer le meilleur avenir possible à la génération qui grandit, de sauvegarder ce qui peut encore l’être de la diversité culturelle et des équilibres écologiques.

L’objectif de la Nation n’est plus de tendre vers la liberté, l’égalité, la fraternité. Il est de « libérer la croissance » qui était en prison quelque part, la pauvre, enfermée par les inutiles et les nuisibles : fonctionnaires, immigrés, etc.

C’est donc la croissance, instance vide, abstraite, qu’on doit libérer, et pour ce faire entraver la liberté et le développement personnel des individus sensibles et souffrants. Le tout au nom d’un amour du concret, du pragmatique. Comment ces instances vides et abstraites peuvent-elles passer pour des réalités plus vivantes que des êtres humains aspirant au bien être ? A coup de chiffres : 3% de croissance, 25 000 expulsions. Derrière ces chiffres à la puissance hypnotique, l’inhumain rôde.

Dernièrement, un rapport de la Cour des Comptes désigne les fautifs du déficit de la sécurité sociale : les médecins de ville, trop payés, qui ont le culot de choisir là où ils veulent exercer et vivre. On menace de les sanctionner s’ils persistent à préférer égoïstement leur confort personnel et familial à une saine gestion de la répartition territoriale des ressources. Que ce ne soit pas en mon nom : en tant que citoyenne ordinaire, peu m’importe que quelques médecins gagnent un peu plus qu’il ne serait raisonnable à côté de tous ceux qui ne comptent pas leurs heures. Je préfère pour cela payer plus d’impôt, que de rompre les rapports de confiance que j’ai avec eux.

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bouteille_rueLes élections approchent. Que nous mettions ou non un bulletin dans l’urne, nous serons très nombreux à ressentir cette échéance comme une nouvelle occasion perdue de pouvoir exprimer une aspiration en votant. Nous sommes fatigués d’être méprisés et niés.

Pourtant nous avons des aspirations, pour nous, pour nos enfants, pour nos semblables. Mais il n’existe nul espace politique où les faire vivre et fructifier.

Le rapport au politique est colonisé par des structures chargées de faire de la politique de façon “efficace” et “rationnelle” avec les résultats que l’on sait : la professionalisation et la médiatisation engendrent la distance, la distance engendre le mépris, le mépris engendre la rage ou le désespoir. En cette veille d’élection, aucun parti, aucun candidat, ne comprend l’urgence d’inventer un autre avenir, d’autres rapports humains, d’autres modes de développement pour la planète.

Pour masquer l’impuissance, le public est désigné comme celui qui ne peut pas et ne veut pas changer : nous ne serions pas prêts à changer de vie pour stopper la catastrophe qui s’annonce. Nous ne serions pas prêts à changer des rapports de force incorporés, naturalisés. Nous ne serions intéressés que par notre confort, notre santé, nos craintes et nos méfiances, notre cadre de vie, nos salaires. La poursuite des petits aménagements provisoires serait notre seul horizon politique.

Même si aujourd’hui on travaillait à des cahiers de doléance en vue d’états-généraux, nous savons que rien ne s’ensuivrait d’autre que la reconduction aménagée des mêmes rapports de force et des mêmes scénarios.

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par Igor Babou et Joëlle Le Marec

Nous sommes enseignants et chercheurs en sciences humaines et sociales. Notre activité consiste à tenter de comprendre les faits sociaux, leur articulation avec les enjeux politiques, leur épaisseur historique, leurs manifestations contemporaines. Nous sommes aussi parents, enseignants en charge de la transmission des connaissances, des valeurs et du patrimoine culturel aux générations qui nous succèdent. En charge aussi et surtout de la construction d’un esprit critique s’appuyant sur les acquis d’une culture du questionnement héritée du siècle des Lumières qui a fondé nos démocraties.

Nous sommes les témoins du mouvement de contestation des étudiants et lycéens contre le CPE et plus largement contre le projet de loi pour l’égalité des chances. Il est impossible de rester étrangers à cette crise. Celle-ci secoue en réalité la société française depuis de nombreuses années, et atteint un paroxysme à l’occasion de différents phénomènes qu’il s’agit de comprendre ensemble : réformisme compulsif des institutions, loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information (DADVSI), projet de dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant, et loi pour l’égalité des chances et notamment pour le contrat première embauche. Ce n’est pas faire des amalgames que de signaler les liens organiques entre ces réformes. Une rhétorique monotone et uniforme de légitimation atteste de leur parenté idéologique : il s’agit de « débloquer la société », de « rattraper un retard », de s’adapter à la « réalité d’un monde qui change », d’« accroître la compétitivité », etc.

Le refus du CPE est l’indicateur qu’une autre lecture du monde est faite par les acteurs sociaux. Ceux-ci ne vivent pas naïvement dans un monde d’illusions, tandis les hommes politiques seraient, eux, dans la réalité vraie du monde [[M. De Villepin, le 16 mars, à l'occasion d'un déjeuner réunissant des journalistes et destiné à défendre le CPE : « Moi je suis dans le réel ! Les Français, les médias, sont dans le virtuel » (Le Monde du 30 mars 2006 p. 26).]]. On a affaire à différentes lectures du monde, sous-tendues par des rapports de domination dont certains vont profiter et que d’autres vont subir. Certains chercheurs, nous-mêmes dans nos propres enquêtes, faisons le constat d’une souffrance sociale croissante dans le monde du travail, et d’une menace sur les relations de confiance qui structurent le lien aux institutions. Dans ce contexte, au nom des connaissances que nous produisons – lesquelles ne se réduisent pas à des visions fonctionnelles et économistes de la société – nous ne pouvons que comprendre le mouvement de contestation du CPE, et y adhérer.

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