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Le 19 Janvier prochain, Nicolas Sarkozy présentera ses vœux « au monde de la connaissance et de la culture », qui inclut la Recherche et l’Enseignement Supérieur. La teneur de son discours est prévisible.

Il parlera de la modernisation du monde de Recherche et l’Enseignement Supérieur, nous parlerons de destruction systématique de ce secteur comme des autres services publics.

Il parlera des merveilleux milliards du Grand emprunt, promis aux universités et aux laboratoires au travers des « initiatives d’excellence », nous parlerons de la restructuration sauvage de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche opérée sous couvert de promesses de milliards. Les « initiatives d’excellence » verront l’apparition des IDEX, LABEX, EQUIPEX et autres structures déclinées ad nauseam, créées dans notre dos.

Il osera parler de la simplification et de la clarification du paysage de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, nous rappellerons les dizaines de nouvelles structures qui, depuis 2004, ont été annoncées à grand bruit par différents gouvernements de la même couleur. Nous dirons que ce prodigieux empilement de sigles, nouvelle tour de Babel, n’a d’autre cohérence que d’affaiblir en les étouffant systématiquement, les structures collégiales existantes, organisme de recherche, universités, laboratoires.

Il parlera d’excellence, nous parlerons des effets d’aubaine et du clientélisme que produit immanquablement l’apparition soudaine de ressources hors de tout contrôle collégial.

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L’excellence, comme mesure de la performance de toute science, n’est ni réactionnaire, ni progressiste; elle est tout simplement : fasciste; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. (Librement inspiré par un texte fameux de Roland Barthes).

Cette maxime, pastiche d’une célèbre leçon de Roland Barthes au Collège de France, s’applique parfaitement à l’évaluation scientifique revue et corrigée par le new management model des universités et des grandes écoles à la sauce LRU. Plus aucun espace scientifique n’est en effet à l’abri de la colonisation par la rhétorique de “l’excellence” qui s’est imposée en quelques années et tient lieu de viatique à ceux qui ont la responsabilité des institutions scientifiques, et qu’il faut bien aujourd’hui qualifier de “managers”, ou de “patrons”, et non plus de “collègues”.

Tout doit se passer comme si une seule catégorie d’évaluation des produits universitaires mis sur le marché de l’innovation et des idées (on ne parle plus de “connaissances”, ni de “savoirs”, mots désormais entachés d’archaïsme ou de naïveté utopique…) pouvait rendre compte de l’hétérogénéité de nos pratiques universitaires, et des modalités d’investissement dans le temps (des carrières, ou du temps plus immédiat des projets de recherche) ainsi que dans l’espace de la circulation des idées. Le fascisme de l’excellence, qui s’est abattu sur l’enseignant-chercheur, lui impose de dire que son équipe est “excellente”, que ses publications sont “excellentes” et qu’elles trouvent place dans des revues ou des collections évidemment “excellentes”. Le mot revient inlassablement, sous la plume des bureaucrates du  management universitaire et des tutelles, comme dans la bouche d’un commissaire du peuple de la période stalinienne qui répèterait invariablement : “La production agricole augmente, nous allons dépasser les objectifs du plan quinquennal ». On sait pourtant à quelles famines ont abouti les idéologies staliniennes ou maoïstes quand elles ont remplacé l’analyse objective de la réalité…

Car la seule catégorie de pensée que reconnaît un président d’université ou un directeur de grande école un patron d’entreprise de la société de la connaissance… est celle de l’excellence. L’excellence ou rien : il faut que la tutelle, là haut, dans la tour du palais ou au fond du bunker où se prennent les décisions stratégiques, loin des réalités du métier et des enjeux du savoir, soit satisfaite. Pour cela, il faut pratiquer la flatterie : “Ho ouiiii,  mon maîîître, ouiiiii, nous sommes excéééééllents ! »

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