Sur la “radicalisation” des luttes universitaires

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blocageLa quasi-totalité des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et leurs représentants (syndicats, coordinations, groupes informels), et ce de manière assez inédite depuis 1968, luttent actuellement ensemble contre des réformes catastrophiques et régressives. Face à ce front uni, ce qui caractérise la réponse gouvernementale face à ces remises en cause des “réformes” de l’université et de la recherche, c’est son autisme : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire à part des inepties ou des mensonges, et surtout  – mais ça, on le savait déjà -  ne rien penser. Dans ce contexte tendu de blocage du débat public, il est évident que la question de la radicalisation des formes d’action va se poser. Elle se pose d’ailleurs déjà, comme en témoigne le retour des occupations de bâtiments universitaires, encore assez sporadiques pour le moment, mais qui pourraient se multiplier si cet autisme perdure.

On risque alors de voir réapparaître de vieilles querelles au sein du front uni contre les réformes : quid de l’utilité et de la légitimité des blocages de bâtiments ?  Partisans et opposants au blocage pourraient, comme lors de la lutte contre la LRU ou le CPE, se renvoyer à leurs conceptions opposées de la légitimité des actions. Quel est donc le sens de ce qu’on appelle “radicalisation” dans ce contexte ?

Ce qu’il serait important de comprendre d’un point de vue tactique, c’est que la “radicalité” ne se résume pas à l’utilisation de la force pour bloquer physiquement un bâtiment universitaire ou de recherche. Il y a une radicalité de l’imagination, de l’inventivité, qui ne passe pas forcément par la violence. La théâtralisation des luttes (flash mobs, freeze in, etc.) ou la recherche de dispositifs alternatifs pour faire son travail (cours hors les murs, recherches hors financement et hors institution, dépôt systématique des résultats d’une recherche sous licence science commons au lieu d’une prise de brevet, etc.), ou encore la désobéissance civile (refus de remontée des maquettes de masters, grèves administratives, grève des signatures d’articles) sont des modes d’action au moins aussi radicaux que le blocage physique d’un bâtiment.

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Je me suis retrouvé embringué dans la Nuit des meutes en vertu du “Pacte de collaboration militaro-artistique” [[voir http://oia.vnatrc.net/ ; sites respectifs : http://vnatrc.net/ http://drone-zone.org/]] conclu fin 2002 entre v.n.a.t.r.c.? & la Drönésie Orientale. Tous les échanges entre nous, les actions menées ou fêtes vécues depuis lors portent pour moi cette marque d’une entente de fond. La Nuit des meutes retentit encore comme une réjouissante, stimulante convergence ; i&i bituur esztreym, finno-magyar filolog & expert en propagande perplexe de v.n.a.t.r.c.? & de dogmazic.net (aka musique-libre.org), m’y suis dédié le temps qu’il a fallu comme à un des exercices naturels constitutifs d’une présence au monde.

Je me suis souvent représenté comme “en marge“, “promeneur” de ce monde & de cette société. Aussi loin que je me rappelle, un sentiment d’étrangeté m’a toujours habité, d’où un écart et un peu d’appétence à “faire partie” ; une volonté aussi, longue à se formuler & dessiner, d’agir & parler. Toutes les entreprises que j’ai pu tenter visaient, je crois, à rendre habitable ce monde, y pouvoir habiter moi-même, & la communauté humaine inséparablement. L’aphorisme des pères du désert de Scété : “si tu vois quelqu’un monter au ciel tout seul, fais-le descendre !” s’applique au monde, à la communauté présente. Reste à trouver comment.

“Il y a, pour l’homme, son commencement et sa fin, la terre natale et funèbre, et les autres humains, tous les autres. Une société n’est pas un amas de groupes, ni un torrent d’affinités, mais le théâtre où se joue, tragique et comique, la raison de vivre” [[Pierre Legendre, La fabrique de l'homme occidental, Mille et une Nuits, 1996]]. L’initiative de la Nuit des Meutes m’a d’emblée convaincu d’une pertinence que le nom seul résume dans sa polysémie : meutes, précisément comme contradiction portée à la massification grégaire & à la particularisation forcenée ; émeutes comme insurrection festive & consciente des enjeux proprement politiques d’organisation, de liberté & de loi ; nuit comme pénombre ou ténèbre, & vigile du temps à venir, temps de concentration, préparation & constance.
La Nuit des meutes a placé la loi au premier plan : cela peut sembler paradoxal et pas très sexy pour une initiative qui put, quand on connaît le contexte régnant de communication lénifiante & raccourcis abêtissants, être perçue comme une manif de jeunes excités, de fêtards, amateurs de sons perturbants & de produits illicites.

La contradiction était portée justement là : agir comme êtres humains, citoyens, collectifs, communautés, en se saisissant de plein droit & résolument des dispositions de l’article 23-1 de la loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité (LOPS) n° 95-73 du 21 janvier 1995 (& son décret d’application n° 2002-887 du 3 mai 2002), lequel, fixant un cadre pour les “rave parties” soumet à déclaration toute manifestation de plus de 250 personnes, organisateurs compris.
Eh bien, au lieu de se soumettre, contents & consommant, aux appels & oukases d’en haut & s’agglutiner en autant de “tekni-veaux” dans autant de “sarko-vals”, organiser soi-même des fêtes où se réunir en toute liberté, respect & imagination. Politiquement, cela veut dire, au lieu d’accepter une sorte de contrat entre un ministre médiatique agissant en son nom & des “amas de groupes” trop contents d’être “reconnus” & qu’on leur permette d’être “libres”, préférer le cadre anonyme, public, de la loi, où chacun est respecté : “Le contrat peut se privatiser, la loi définit un espace public de l’intérêt commun, que fondent des principes” [[Bernard Stiegler, in Pourquoi le droit ?, in Colloque Unesco Droits d'auteur & droits voisins, BNF, 28-29 nov. 2003]].

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