Archive for February, 2012

Translate original post with Google Translate

On sait le bruit médiatique et les réactions outrées qu’ont suscité, chez de nombreux intellectuels et responsables politiques de gauche, les désormais fameux propos de Claude Guéant sur les civilisations qui, selon lui, « ne se valent pas ».

La ficelle semble si grosse qu’on s’étonne que les uns – médias en quête de « petites phrases » qui font vendre et alimentent le buzz – comme les autres – responsables politiques de gauche si prévisibles qu’ils se jettent à corps perdu dans le premier piège qu’on leur tend – ne semblent pas s’être demandé une seconde à qui profiterait cette polémique, plus encore que les propos initialement incriminés.

Elle profite évidemment à la « droite dure » si bien représentée par Messieurs Guéant, Sarkozy, Hortefeux et consorts, comme nous le démontrerons aisément, et d’une manière bien plus complète et insidieuse qu’on ne nous l’a dit, feignant de croire ou croyant de bonne foi – mais non sans naïveté – que ces propos avaient pour seul objectif de « rabattre des voix d’électeurs du Front National » au profit du Président-candidat Sarkozy, en vue de l’élection présidentielle qui s’annonce.

Ces propos, justement, resituons-les dans leur double contexte : contexte au sens littéral, d’une part (d’où est extraite la fameuse petite phrase ? et que dit Monsieur Guéant avant et après, qui lui permette d’avancer une telle opinion, a priori scandaleuse à l’aune de la doxa antiraciste et postcoloniale ?) et contexte d’énonciation d’autre part (qui parle, où, quand et à qui ?).

Les propos dans leur contexte, rapportés par le Journal du Dimanche dans son édition du 5 février 2012, les voici :

Lire la suite

Translate original post with Google Translate

Voici un texte, rédigé par une philosophe Belge qui a décidé de démissionner de son université suite à une réflexion très générale sur les évolutions contemporaines de nos métiers, sur l’inanité des politiques de “l’excellence”, et sur la victoire de l’utilitarisme et du technicisme. Ce texte circule dans divers réseaux depuis peu, et il me semble contribuer à une nécessaire et urgente réflexion. J’adhère à 100% aux constats de ce texte, en espérant qu’ici et là il reste encore quelques énergies dans les interstices pour contrer la monté de la médiocrité de l’idéologie de l’excellence et de l’utilitarisme économique.

démission (le texte en version pdf)

-*-

POURQUOI JE DÉMISSIONNE DE L’UNIVERSITÉ APRÈS DIX ANS D’ENSEIGNEMENT

Plus que jamais il est nécessaire de réfléchir au rôle que doivent jouer les universités dans des sociétés en profond bouleversement, sommées de choisir dans l’urgence le type de civilisation dans lequel elles veulent engager l’humanité. L’université est, jusqu’à présent, la seule institution capable de préserver et de transmettre l’ensemble des savoirs humains de tous les temps et de tous les lieux, de produire de nouveaux savoirs en les inscrivant dans les acquis du passé, et de mettre à la disposition des sociétés cette synthèse d’expériences, de méthodes, de connaissances dans tous les domaines, pour les éclairer dans les choix de ce qu’elles veulent faire de la vie humaine. Qu’à chaque époque l’université ait manqué dans une certaine mesure à son projet fondateur, nous le lisons dans les critiques qui lui ont constamment été adressées à juste titre, et il ne s’agit pas de s’accrocher par nostalgie à l’une de ses formes anciennes. Mais jamais elle n’a été aussi complaisante envers la tendance dominante, jamais elle n’a renoncé à ce point à utiliser son potentiel intellectuel pour penser les valeurs et les orientations que cette tendance impose à l’ensemble des populations, y compris aux universités elles mêmes. D’abord contraintes par les autorités politiques, comme on l’a vu de manière exemplaire avec le processus de Bologne, il semble que ce soit volontairement maintenant que les directions universitaires (à quelques rares exceptions près) imposent la même fuite en avant, aveugle et irréfléchie, vers des savoirs étroitement utilitaristes dominés par l’économisme et le technologisme.

Si ce phénomène repose très clairement sur l’adhésion idéologique de ceux qui exercent le pouvoir institutionnel, il ne se serait pas imposé à l’ensemble des acteurs universitaires si l’on n’avait pas instauré en même temps une série de contraintes destinées à paralyser toute opposition, par la menace de disparition des entités qui ne suivraient pas la course folle de la concurrence mondiale : il faut attirer le « client », le faire réussir quelles que soient ses capacités (« l’université de la réussite » !), lui donner un diplôme qui lui assure une bonne place bien rémunérée, former en le moins de temps possible des chercheurs qui seront hyper productifs selon les standards éditoriaux et entrepreneuriaux, excellents gestionnaires et toujours prêts à siéger dans les multiples commissions et conseils où se prennent les simulacres de décisions — simulacres, puisque tant les budgets que les critères d’attribution et de sélection sont décidés ailleurs. De qualité, de distance critique, de réflexion sur la civilisation, il n’est plus jamais question. La nouvelle notion d’« excellence » ne désigne en rien la meilleure qualité de l’enseignement et de la connaissance, mais la meilleure capacité à engranger de gros budgets, de grosses équipes de fonctionnaires de laboratoire, de gros titres dans des revues de plus en plus sensationnalistes et de moins en moins fiables. La frénésie d’évaluations qui se déploie à tous les niveaux, depuis les commissions internes jusqu’au classement de Shanghaï, ne fait que renforcer l’absurdité de ces critères.

Lire la suite